La Première Dame de France, nouveau visage de la Vème République ?

La Vème République a connu de nombreuses femmes de Président qui ont, chacune à sa manière, réinventé ce rôle entre deux eaux. Marine, du chouette blog Raconte-moi l'histoire, a décidé de vous en parler sur madmoiZelle !

La Première Dame de France, nouveau visage de la Vème République ?

Historiquement, qui sont ces Premières dames ?

Si la loi salique a ôté aux femmes toute possibilité de régner par elles- même, il n’a pas été rare de croiser au fil de l’histoire des situations où les femmes ont pu prendre le pouvoir et avoir de grands rôles politiques.

À l’époque des Mérovingiens, par exemple, le pouvoir est collégial entre le Roi et la Reine. C’est chouette ! Mais bon quand même, c’est le roi qui a le dernier mot.

Plus tardivement, à partir du XIIIème siècle, les maîtresses des rois prennent tellement d’ampleur que la Reine s’efface de manière quasi-systématique. Ça empire sous l’influence des philosophes des Lumières qui pensent que la dualité du pouvoir entre les époux est toxique.

Oui, carrément, la femme est un poison dans l’exercice du pouvoir. Les Reines sont juste là pour pondre un héritier mâle légitime, et puis c’est TOUT.

Cependant, ce rôle maternel peut aussi s’avérer important à la mort du Roi, en cas de régence. Ici, celle qui était « la femme de » devient officiellement « la mère de » et peut acquérir du pouvoir sur le plan politique. En effet, « le Roi est mort, vive le Roi », mais si l’héritier est trop jeune, le pouvoir passe jusqu’à sa majorité entre les mains de sa mère.

Reine, puis ex-Reine… la voilà Régente, la voilà Régnante !

La Révolution passe : la royauté est guillotinée, Marie-Antoinette aussi. Les femmes n’ont plus de place dans l’espace politique. On ne leur laisse aucune chance. Il faudra attendre 1958 et le début de la Cinquième République pour voir les femmes de Président investir le devant de la scène, parfois volontairement, souvent malgré elles. Malgré tout, elles doivent faire front…

La Cinquième République, c’est beaucoup de changements. C’est super chouette, il y a la télé, la radio, et de jour en jour, l’espace privé devient public. Les médias s’immiscent dans la vie quotidienne du pouvoir.

Par moments, les couples présidentiels en jouent, en période de campagne, pour lancer un projet, une association, ou encore pour faire remonter une cote de popularité en berne. Mais aussi, parfois, ils en sont victimes. Je ne vous apprends rien, l’affaire Julie Gayet c’est pas tellement une nouveauté : certains Présidents couchent avec d’autres femmes tout comme certaines Premières dames avec d’autres messieurs.

Avant de rentrer dans le vif du sujet et de comprendre l’ambiguïté entre les médias et le rôle de Première dame, je vous propose une courte biographie de chacune d’entre elles !

Les Premières Dames de la Cinquième République

Yvonne de Gaulle

La Première dame de France sous la Cinquième République est Yvonne de Gaulle. C’est grâce à son frère aîné, Jacques Vendroux, qu’elle rencontre le général, son futur époux, au bal de Saint Cyr, en 1920 — « Ce sera lui ou personne », dit-elle à son frère.

Un beau mariage, des enfants… et puis la guerre. En 1940, les de Gaulle partent à Londres. Très discrète, Yvonne de Gaulle accompagne son époux dans tous ses déplacements avec le Gouvernement Provisoire. Ce n’est que le 21 avril 1958 qu’Yvonne de Gaulle devient Première dame de France.

Selon elle, son rôle consiste à être une bonne épouse et une bonne mère : elle va veiller à l’équilibre de sa famille, avec tout plein de valeurs catholiques… Et puis, il y a mai 68, et là, ça coince. Le Président cède sa place, et il a bien les boules.

Son épouse le soutiendra jusqu’à la fin de sa vie. Charles de Gaulle décède 18 mois après la fin de sa carrière politique ; en hommage à son mariage avec sa « brave Yvonne », il fera poser une stèle sur l’Église de Colombey ou est gravé « Pour vous Yvonne, sans qui rien ne serait fait ». C’est choupi.

Claude Pompidou

Georges Pompidou succède à Charles de Gaulle après sa démission en 1969.

Orpheline de mère à l’âge de huit ans, Claude trouve refuge dans la bibliothèque de son père et se passionne pour l’art et la littérature. Elle commence des études de droit à Paris et puis elle rencontre celui qui deviendra son époux, Georges Pompidou. Brillant professeur au lycée Henri IV, rien que ça !

Lorsque Georges Pompidou est nommé Premier Ministre, le protocole veut que le couple s’installe à l’hôtel Matignon mais Claude Pompidou refuse. Il est hors de question pour elle de quitter leur résidence sur l’île Saint-Louis.

Lors de l’investiture de son époux à la présidence de la République le 20 juin 1969, il est vu comme le président de la modernité. Elle s’affiche comme son égale et ne désire pas rester dans l’ombre. Claude Pompidou est vêtue de Chanel et va faire entrer la haute-couture à l’Élysée. Classe !

Cette Première Dame sera notamment très impliquée en ce qui concerne l’art et la culture.

Anne-Aymone Giscard d’Estaing

Anne-Aymone, comme celles à qui elle a succédé, n’aime pas la politique, et elle ne s’y intéresse absolument pas. Hélas, c’est sans compter sur son mari qui est passionné par le style des Kennedy…

Elle se retrouve ainsi, malgré elle, à la Une des magazines et des affiches électorales pour les présidentielles de 1969, affichant un franc sourire bling-bling. C’est un nouveau modèle de communication politique. Pour ne pas nuire à la campagne de son époux, l’apprentie présidente accepte ce rôle. Malgré les moqueries des journaux et de certains hommes politiques, le couple joue un rôle, à l’américaine.

Mais, petit à petit, la « first lady » quitte le devant de la scène et crée la Fondation pour l’Enfance, grâce à laquelle elle vient en aide aux enfants ne pouvant être hébergés dans de bonnes conditions, en leur trouvant des familles d’accueil.

Danielle Mitterrand

À dix-sept ans, Danielle Gouze s’engage aux côtés de sa sœur dans la résistance. En effet, Christine Gouze cache dans une cabane au fond de la forêt de Cluny, un homme, un certain François « Morland ». Chaque jour, Danielle lui porte de quoi manger et passe des heures en sa compagnie. Genre ça fricote sur l’herbe et tout et tout. Quelques mois après la libération de Dijon, le mariage de Danielle Gouze et François Mitterrand est célébré.

Pour les élections présidentielles de 1965, le couple pose pour Paris Match, genre supra moderne et dynamique. C’est un échec, puisque que c’est le bling-bling des Kennedy made in France qui l’emporte. Aussi, pour les élections de 1981, Danielle se présente comme une femme très simple pour prendre le contre-pied de celle qui la précède, et… son mari est élu. Coïncidence ? C’est pas si sûr.

En décembre 1981, le président apprend qu’il est malade, il décide de se rapprocher d’Anne Pingeot et de sa fille adultérine, Mazarine, tout en restant marié à celle qui est l’officielle Première Dame de France. François Mitterrand mène une triple vie, entre sa femme, son autre femme (et sa fille), et la politique.

En revanche, la « first lady » ne répond plus au protocole et refuse de le suivre en voyage diplomatique, déclarant : « Si les autres Dames veulent faire du tourisme, je les comprends. Moi j’ai autre chose à faire, je ne suis pas une potiche ». BIM, ça balance. Elle a beau être la Première Cocue de France, elle ne va pas rester sans rien faire.

La vie parallèle de l’épouse du président est complexe ; c’est sans doute la plus importante de toutes les Premières Dames. Danielle Mitterrand s’investit autant dans les affaires étrangères qu’aux affaires intérieures, mais en son propre nom, et ça va causer quelques problèmes au Président… mais on y reviendra dans un prochain article.

Enfin, la First Lady va créer la fondation France Libertés — Fondation Danielle Mitterrand, par la fusion de trois associations fondées peu après 1981. Elle est destinée à répondre aux appels de détresse de femmes et d’hommes démunis et opprimés. François Mitterrand décède peu de temps après la fin de son mandat ; désormais, celle qui a été la Première dame de France pendant quatorze ans va pouvoir mener ses propres combats.

Bernadette Chirac

Bernadette Chodron de Courcel est issue d’une famille bourgeoise catholique très pratiquante. Genre supra coincée et tout. Elle rencontre Chichi à Sciences Po Paris, et ils se marient malgré le désaccord des parents de Bernadette. Faut dire que le Jacques, il a les dents longues, mais il a pas un radis à cette époque. Du coup, les parents ont les boules.

Ensemble, le couple Chirac aura deux filles, Laurence et Claude, et en 1979 les époux adoptent Anh Dao Traxel.

Depuis 1995, le couple Chirac est comparé à un duo semblable à Bill et Hillary Clinton, chacun aidant l’autre pour progresser dans leur domaine. Bernadette Chirac, comme Danielle Mitterrand, refuse d’être une plante verte et décide de jouer un rôle important, c’est une femme d’action. Elle préside un grand nombre de fondations et d’associations : vous connaissez forcément les Pièces Jaunes, par exemple !

Cécilia Sarkozy

Cécilia Ciganer-Albeniz se lance dans des études de droit après son baccalauréat, mais abandonne (comme beaucoup, en fait, d’ailleurs ça a bien failli m’arriver, bref). Elle accumule les petits boulots et devient finalement mannequin (en revanche, ceci n’aurait jamais pu m’arriver).

La politique ? Comment dire… Elle s’en fiche un peu. Malgré tout, elle accompagnera très activement Nicolas Sarkozy durant sa campagne présidentielle en 2007. Sa durée de séjour officiel au palais de l’Élysée est l’une des plus courtes de l’histoire de la République française : Cécilia Sarkozy n’est restée Première dame que durant cinq mois.

Carla Bruni

Après quelques mois sans Première Dame, Nicolas Sarkozy va changer la donne en se mariant lors de son mandat électoral. C’est tout nouveau dans l’histoire de la Cinquième République : certains râlent, d’autres s’en foutent, les autres achètent son album.

Carla Bruni accompagne le président de la République lors des voyages officiels notamment en Angleterre (Elisabeth la kiffe) et le représente dans certains cas, comme lors de la visite du Dalaï-Lama en France.

À l’image des anciennes Premières Dames de France, Carla Bruni-Sarkozy est engagée socialement, notamment contre le SIDA, la fourrure animale, ou l’illettrisme, cause pour laquelle elle a créé en 2009 une fondation destinée à promouvoir l’accès à la culture et à la connaissance pour tous.

En 2011, est né le premier « bébé présidentiel », Giulia, qui a eu un retentissement médiatique très important !

Valérie Trierweiler

Valérie Trierweiler a accompagné François Hollande durant toute sa campagne électorale ; cependant après son élection, elle refuse d’être appelée et considérée comme une Première Dame. Elle compte bien garder son emploi, son indépendance et ne pas se plier au protocole.

L’idée est bonne, très bonne. Hélas, rapidement, la compagne de François Hollande va devoir faire quelques concessions ; elle va partir en visites officielles mais sans jamais oublier ses engagements personnels, notamment en ce qui concerne les droits des femmes dans le monde.

Le couple s’étant séparé, la Cinquième République se retrouve à nouveau sans Première Dame. Pour l’instant…

Les Premières Dames débarquent sur madmoiZelle !

Après cette petite mise en bouche, je vous propose de découvrir dans les semaines à venir quelques articles sur les femmes de présidents sous la Cinquième République.

L’idée est de vous exposer le passage de l’ombre à la lumière (devenir la Première Dame de France), leurs comportements sous les projecteurs (être Première Dame de France, c’est pas si facile), leurs présences incontournables dans la vie politique de leurs époux (le rôle politique des Premières dames de France), et enfin, on conclura sur la volonté d’affranchissement et d’autonomie de ces dernières (Première dame, mais femme avant tout).

À bientôt, donc !

Retrouvez Marine sur Raconte-moi l’histoire et sur sa page Facebook !
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Voici le dernier commentaire en date :

  • Marine raconte
    Marine raconte, Le 11 mars 2014 à 12h12

    euki;4645836
    @Marine raconte
    Comme d’autres, les légendes des photos me laissent un peu perplexe. Je suppose que c’est pour alléger un peu le sérieux de l’article. :)

    En fait, ce qui me dérange le plus, c'est que le terme « Première dame » soit utilisé car il n’existe pas en France, comme ça a déjà été souligné.
    Il s’agit de l’épouse, de la compagne du Président, et ça s’arrête là. Elle n’a aucun autre statut. (elle n’est pas non plus « présidente » comme c’est dit dans la partie sur Anne-Aymone Giscard d’Estaing).
    Du coup, je trouve que ça porte à confusion. L'utilisation d'un terme erroné dans un article documenté, c'est dommage, ça décrédibilise un peu le tout. :shifty:
    C’est un coup à ce que les lectrices qui auraient un devoir à faire là-dessus se fassent taper sur les doigts par leur prof :slap:

    -
    Sinon, je trouve l’article intéressant, et j’attends de voir le développement de chacune :)
    Bonjour, je ne suis pas à l'origine des illustrations, je n'ai fait que le texte, mais bien sur, ca a été fait pour alléger l'article !

    Lorsque j'utilise le terme de Premiere Dame, c'est par praticité, c'est une qualification comme épouse de Président, pas une fonction, ou un statut, c'est évident ! Il est également question de présidente, mais c'est toujours dans l'idée de -femme de.

    La suite arrive bientot !

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