Le porte à porte avec le PS – La Présidentielle 2012 vue du terrain

Marie.Charlotte a testé la formation porte à porte avec le Parti Socialiste. Elle vous dévoile l'envers du décor dans ce premier volet de son épopée.

Le porte à porte avec le PS – La Présidentielle 2012 vue du terrain

Je m’intéresse de près à cette campagne présidentielle, de très près même depuis le mois de janvier. Je me suis naturellement inscrite aux newsletters de tous les sites officiels. Tous ? Non : UMP, PS, MoDem, Verts et Front de Gauche. Désolée pour les “petits” et le FN, ma tolérance pour les mailings politiques a des limites, tant au niveau de la quantité que de la qualité des mails reçus…

Lorsque les premiers sites de mobilisation ont été lancés – Avec Eva, Tous Hollande, Nous Bayrou / Volontaires et plus récemment France Forte/NS Connect – je m’y suis naturellement créé un compte, manifestant ma volonté de participer concrètement à la campagne, c’est à dire de militer en ligne et sur le terrain.

Deux semaines après le lancement du site “Tous Hollande”, je recevais dessus un message d’une certaine “Isabelle”, présentée comme ma “mobilisatrice”. Je fais juste ici une incise pour préciser que par “participer à la campagne”, j’entendais “toute autre proposition que bourrer des boîtes aux lettres de tracts”. Dans son mail, Isabelle me propose de m’inscrire à la newsletter de mobilisation de mon arrondissement. OK, je ne suis plus à une newsletter près ! Il s’agit d’un email hebdomadaire listant toutes les actions de la semaine (tractages, porte à porte, cafés citoyens, meetings, etc.) avec surtout… un Doodle, LE Doodle de la semaine, sur lequel chacun est invité à s’inscrire aux activités auxquelles il souhaite participer.

Et nous ne sommes que fin février. Attention l’organisation !

Sur le Doodle, je n’ai que l’embarras du choix. Curieuse, j’opte modestement pour UNE action, la “formation PAP”. Non ce n’est pas un séminaire de formation accéléré pour la vente immobilière, PAP ici c’est “porte à porte”. C’est bien par curiosité que j’ai poussé un soir, à 19h, la porte du local de section PS de mon arrondissement.

Deuxième incise explicative : moi, tu ne m’envoies pas faire du porte à porte, même pas contre la guerre, la famine et le SIDA réunis. Alors pour un parti, imagine ! De 1, j’ai horreur de ça (position de principe). De 2, je ne réponds pas aux gens qui font du porte à porte (principe de réciprocité). De 3, j’ai sans doute plein de bonnes raisons, mais on va s’arrêter là (principe de flemme). Bref, j’étais tout sauf convaincue par la démarche. Au pire, je me disais que je pourrais en faire un article pour madmoiZelle en mode “J’ai testé pour vous, un porte à porte avec le PS, LOL”

Nous serons six à assister à cette formation, et j’irai de surprise en surprise.

Première surprise : la diversité des (six) participants. L’étudiant, le cadre, la bobo, le vieux-qui-a-besoin-de-s’exprimer (mode “thérapie de groupe”), le salarié lambda, l’engagée droits-de-l’hommiste… Un panel intéressant par sa diversité, que je réduis volontairement à six clichés, je n’ai pas fait plus amplement connaissance et je ne souhaite pas non plus être identifiée… (car je suis dans le panel, kikoo !).

Martin, le formateur PS, nous demande une présentation concise : prénom + “pourquoi vous êtes là”. Les prénoms ont été changés mais les motivations sont authentiques, bien que synthétisées ; et 2ème surprise, tout le monde n’est pas encarté…

  • Paul, sympathisant : “Sarko ça suffit”
  • Mireille, sympathisante : “Sarko ça suffit”
  • Moi, sympathisante : euh… pour le changement ? (>_< Big up, la meuf qui a lu l’affiche avant de venir !)
  • Pierre, militant : 100% pro-Hollande
  • Virginie, militante : pour les droits des étrangers
  • Henri, militant : pour le mariage + adoption pour les couples homosexuels.

Ok. “Voilà ce que vous allez dire aux personnes qui vous ouvriront leur porte”. Euh… Ah bon, on ne va pas lire et commenter le programme ensemble, s’entraîner à argumenter et défendre les mesures, taper sur Sarko et tout et tout ? J’en suis presque déçue. Je pensais mener une opération d’infiltration digne d’un prime M6, “50 min inside – La stratégie de campagne du PS” mais en fait non. Il n’y a pas de botte secrète, d’information “VIP”. Bon.

Martin allume le projecteur sur un Powerpoint qui n’a rien à envier aux présentations des cabinets de conseil les mieux cotés sur la place de Paris ; 3ème surprise !

Nous avons une heure trente pour cette formation, donc nous allons droit au but. L’objectif du PAP, c’est d’arriver à ouvrir 5 millions de portes d’ici au 6 mai – schéma pyramidal de mobilisation à l’appui, avec un petit bonhomme national qui coordonne les fédérations régionales, qui entraînent les formateurs, qui forment les mobilisateurs, qui mobilisent les volontaires, qui ouvrent 5 millions de portes.

On s’est beaucoup inspirés de la campagne menée par Obama. On a fait le constat que si on additionne toutes les voix de la gauche, on est souvent majoritaire, le problème est que les quartiers populaires votent beaucoup moins. Comment les convaincre ? On passe la diapo d’analyse méthodologique, dont je vous épargne les détails, mais voici les conclusions des études :

  • Le collage d’affiche ne convainc personne ; ça donne de la visibilité, mais lorsque le candidat est déjà connu, ça sert à rien. Pas de guerre de collage avec l’UMP, ce serait stérile.

  • Le tractage permet de convaincre 1 personne sur 100 000. Bien sûr on va tracter sur les marchés, c’est important de montrer qu’on est présent, mais il faut savoir que ça ne permet pas de convaincre.

  • Le “phoning” (NDR : téléphoner aux gens) c’est risqué… voire contre-productif. Ca agace les gens plus qu’autre chose, ça ne convainc pas non plus.

  • La télévision a une grande influence, difficile à mesurer et surtout, difficile à maîtriser. C’est le job du candidat et de son équipe de campagne.

  • Internet c’est bien pour la visibilité, pour toucher les jeunes, mais pas les quartiers populaires, qui sont notre électorat “socle”, faut-il le rappeler.

  • Le porte à porte : permet de convaincre une personne sur quatorze qui ouvrent leur porte. Là tout de suite, le ratio est beaucoup plus intéressant.

Je ne réagis pas, mais si mon sympathique mobilisateur s’imagine que je vais passer mes samedis à débattre du bien-fondé du programme socialiste par dessus les paliers de mon immeuble, il risque une sérieuse déception…

Diapo suivante – hallucinante – une carte de mon arrondissement, tachée de bleu (un peu) et de rouge (beaucoup, plusieurs nuances). Explications : on a pris les résultats de Ségolène Royale en 2007, par bureau de vote, et on a croisé avec l’abstention. Ségolène en tête + forte abstention = rouge foncé. Nous allons aller exclusivement dans les quartiers “rouge foncé” et gagner les zones rouges si on a fini de ratisser ces cibles prioritaires. Et les zones bleues ? C’est inutile. Si les gens votent à droite, faire du PAP serait une perte de temps et d’énergie. Tu ne convainc personne en 4 minutes sur un palier de porte, ce n’est pas le but de la manoeuvre (…ah ?). En revanche, tu peux, en 4 minutes, convaincre une personne déjà acquise de se déplacer pour voter.

Voilà. Le PAP du PS vise d’abord et avant tout à faire voter ceux qui, en théorie, votent déjà PS. C’est donc d’abord et avant tout une campagne contre l’abstention. Parce que le Parti Socialiste n’est pas non plus une ONG Suisse, forcément, quand on rencontre un abstentionniste indécis, on se permet de donner un avis. Mais les consignes données ont été très claires :

“En aucun cas vous ne devez promettre aux gens que François Hollande va résoudre leurs problèmes personnels. Il y a eu un tel élan d’espoir avec l’élection de Nicolas Sarkozy qui avait fait tant de promesses, la déception a été si importante (NDR : on ne dit pas que c’est la faute exclusive de Nicolas Sarkozy, il y a eu une crise quand même), les gens sont désabusés. Il ne faut pas leur promettre monts et merveilles. Oui on veut gagner l’élection, gagner des voix, mais pas à n’importe quel prix. L’argument que vous utilisez pour convaincre est simplement de leur dire pourquoi vous êtes là, pourquoi vous, sympathisant, militant, vous donnez de votre temps pour faire du PAP. C’est tout.”

Je dois vous avouer que c’est cet argument qui m’a convaincue de m’inscrire, la semaine suivante, à une session de PAP (sur le Doodle, oui). Je ne sais pas si François Hollande va “changer la vie” ou pas, je ne suis pas qualifiée pour affirmer que le projet du PS est fondamentalement “meilleur” que celui de ses concurrents, mais je veux que les gens aillent voter le 22 avril, qu’on n’ait pas 30% d’abstention comme certains sondages le laissent présager. Si je peux avoir la possibilité de motiver des personnes à aller voter en ne leur promettant pas que les tracts que je distribue sont la potion magique à leurs problèmes, alors oui, je veux bien “agir sur le terrain”.

Alors quand la porte s’ouvre, si tout ce que j’ai à faire est de demander si vous allez voter, et d’expliquer pourquoi je suis là, devant votre porte, oui, je veux bien m’engager.

>> La suite de l’aventure ici !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Emel-
    Emel-, Le 5 avril 2012 à 23h09

    Marie.Charlotte
    C'est pour ça que d'une certaine façon, je ne vois pas l'intérêt du PAP. Enfin, j'ai du mal à concevoir l'idée de militer en faveur d'un parti qui se préoccupe "peu" (voire pas) des problèmes de ces personnes.

    Pour les retraites, il ne recule pas. Je n'arrive pas à comprendre comment les gens acceptent de voir ces acquis sociaux piétinés (la retraite entre autres). Etant issue de la classe ouvrière (mon père est peindre en bâtiment), ça me sidère d'autant plus. Si je n'adhère pas au PS, ni aux partis qui parlent de rigueur, de "rééquilibre budgétaire", c'est parce que je sais quelles conséquences cela aura pour mes parents, pour les classes "populaires" en fait.
    La rigueur, c'est nous qui la subirons. Pas les classes moy supérieures ou la bourgeoisie qui continueront de mener un très bon train de vie.
    On oublie qu'au fond, ce sont deux camps qui s'opposent.

    Je ne mets pas en doute la sincérité de ta démarche d'ailleurs et j'ai hâte de lire l'article (pour savoir comment ça s'est passé).

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