Mon père et moi, une relation fusionnelle — Fête des pères 2016

Pour la Fête des père 2016, cette madmoiZelle nous raconte sa relation exceptionnelle avec son père.

Mon père et moi, une relation fusionnelle — Fête des pères 2016

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Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours été proche de mon père. Je dirai même plus : nous avons toujours eu une relation fusionnelle. Ce terme peut sembler un peu extrême, pourtant c’est véridique. Au bout de plusieurs années à grandir aux côtés de mon père, j’en ai conclu que lui et moi, nous étions une seule et même âme, séparée dans deux corps différents.

On se complète autant que l’on se ressemble.

Du papa gâteau au modèle ultime

Lorsque j’étais petite mon père était très présent. Tout autant que ma mère d’ailleurs, mais lui avait une place un peu différente. C’était le papa gâteau, mais aussi le bon copain. Celui qui disait oui à tout les caprices de sa petite fille unique, qui me laissait des permissions que maman ne voulait pas donner, qui, lorsque l’on jouait, continuait de dire « Bon, encore un peu puis après c’est tout ! » alors que ça durait encore des heures.

Bref, quand je me remémore mes souvenirs d’enfance avec lui, ce sont les éclats de rires qui me viennent en premier.

Je l’ai mis sur le plus haut piédestal qui existe.

Lorsque j’ai commencé à grandir et que j’ai compris certaines choses de la vie, mon père m’est alors apparu comme un demi-dieu. Bon, mon avis a bien changé maintenant que je le vois du haut de mes 22 ans hein ! N’empêche que vers mes dix ans j’ai commencé à découvrir que derrière le clown qui m’avait fait rire toute mon enfance se cachait un homme fort. Très fort. Le plus fort que je connaisse.

Mais en plus d’être fort, il est sincère, entier et profondément gentil. Trop gentil, même. Il est alors devenu mon modèle : je l’ai mis sur le plus haut piédestal qui existe, même plus haut que celui de mes chanteurs et chanteuses préférées de l’époque (désolée Lorie).

J’ai alors décidé que, plus grande, je serais comme mon papa. Sauf que ce que je ne savais pas encore, c’est que j’étais déjà comme lui.

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Les années ont passé et beaucoup de choses dans ma vie ont changé. J’ai eu un mal fou à passer de l’enfance à l’adolescence. Le monde des adultes me faisait peur et je préférais rester bien confortablement dans ma petite bulle d’enfant.

Je subissais les moqueries au collège, mais mon père était toujours présent pour moi. Je me souviens qu’il m’avait acheté des bouquins pour ados qui traitaient de la confiance en soi et du stress qu’une personne de mon âge pouvait ressentir. Il était et est toujours très investi dans ma vie.

J’ai découvert que j’aimais les filles et sa réaction a été parfaite, je ne pouvais pas rêver mieux ! Il n’a même pas sourcillé : il a simplement dit que tant que j’étais heureuse, c’était tout ce qui lui importait.

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J’ai eu quelques bêtes soucis de santé et pourtant, aussi bêtes qu’ils aient été, il était toujours le premier à s’assurer que je prenais mes médicaments correctement. En bref, un vrai papa poule.

Père et fille, mais aussi meilleurs amis

Mais ce n’est pas tout ! J’ai commencé à me découvrir, qui j’étais, mes goûts, mes envies, mes rêves. Et j’ai réalisé que je ressemblais étroitement à mon père…

Comme lui, j’avais la fibre artistique. Comme lui, j’aimais la musique à en crever. Comme lui, je rêvais d’une carrière flamboyante et de succès. Comme lui, je préférais la folie au calme, les voyages à la routine.

J’ai réalisé que je ressemblais étroitement à mon père.

J’avais aussi son humour : nous avons eu un nombre de fous rires et de délires incalculables en l’espace de 22 ans. Comme lui, je devenais franche et honnête. Mais comme lui, je devenais aussi une personne très (trop) nostalgique qui ne sait pas décrocher son regard du rétroviseur de la vie.

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Sa présence constante et entière, les goûts qu’on partageait culturellement, la confiance aveugle qu’on se faisait et ces ressentis qui étaient similaires comme si nous étions une seule et même personne nous ont rapprochés comme un père et une fille, mais aussi comme des meilleurs amis.

Ah vous allez commencer à vous dire que ça devient un peu trop, qu’il faut quand même mettre des limites pour respecter l’intimité de son enfant ! Mais non, ça me convenait parfaitement. Je sais très bien la chance que j’ai d’avoir un père comme lui, aimant, investi, qui ne jure que par sa fille.

Je n’avais juste pas prévu que la vie nous réservait quelques surprises qui l’abîmeraient.

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J’ai grandi, notre relation ne faisait que croître et on était devenus donc ce que j’appelle une seule âme séparée dans deux corps. Je vois mon père comme ma moitié, comme le seul et unique homme de ma vie, comme mon meilleur ami et comme la plus grande chance que m’a donné la vie.

En bref, tout allait pour le mieux, notre relation et notre complicité crevait les yeux de ceux qui nous entouraient. C’était parfait.

Je me suis rendu compte qu’il était rempli de blessures.

Sauf que voilà, la vie n’a pas été tendre avec mon père. Pour résumer la situation, on peut dire qu’il m’a donné tout ce qu’il n’a pas eu. J’ai donc découvert au fil du temps que mon père était aussi un homme rempli de blessures qu’il planque bien derrière sa bonne humeur, son énergie et ses blagues. J’avais conscience de ces blessures depuis toujours, mais elles m’ont éclatée au visage le jour où il a baissé les armes.

Son frère est tombé gravement malade et est décédé quatre mois plus tard.

Un tournant de taille

Cette période de notre vie a été un tournant pour moi. J’avais 17 ans, ça m’a fait basculer dans le monde adulte, j’ai pris conscience d’énormément de choses. Notamment que mon père n’était en fait ni un dieu, ni quoi que ce soit d’autre qu’un être humain qui souffre et qui, parfois, ne peut pas se battre tout seul.

Il a aidé son frère, l’a soutenu jusqu’à la dernière seconde. Sauf qu’il n’était pas capable de gérer sa souffrance et afin de planquer sa douleur, il s’est enfermé dans un bloc de béton ou personne ne pouvait l’atteindre, sauf moi.

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J’étais la seule à qui il laissait une porte ouverte pour que je puisse l’aider à apaiser sa souffrance, ses larmes, sa colère et son désespoir. J’ai pris un « coup de vieux » à cette période, parce que j’ai porté mon père, en prenant littéralement sa souffrance sur mes épaules.

Mon oncle était malade, mon oncle allait s’en aller, mais celui qui m’inquiétait le plus c’était mon père. Notre lien s’est solidifié à un point inimaginable. Je n’ai pas le vocabulaire suffisant pour expliquer à quel point pendant cet événement on ne faisait vraiment plus qu’un. J’étais sa bouée, et je ressentais sa souffrance presque comme si je perdais moi aussi un frère.

J’ai grandi en le soutenant.

La Terre a continué de tourner après ça, sauf pour mon père qui, lui, n’avançait plus. Il était coincé dans sa douleur, ses regrets, sa colère. C’était insupportable. Moi j’ai grandi, en le soutenant, triste de me rendre compte du mal qui l’habitait et souffrant de ne plus voir la petite étincelle de joie dans ses yeux.

Quelque chose avait changé pour toujours en lui et ça me bousillait quelque part à l’intérieur. Alors il a changé. Il est devenu triste, impulsif, impatient. Il luttait pourtant. Aussi, il s’est raccroché à moi encore plus qu’avant. Et c’est là que le vrai souci s’est posé.

Exclusivité VS indépendance

J’ai évolué, j’ai commencé à avoir ma propre vie dans laquelle les parents n’ont pas leur place. J’ai eu une relation de quatre ans, j’ai quitté le nid familial pour mes études, à 700 km de chez moi. Bref, je suis devenue une adulte à qui on a plus besoin de dire qu’il faut prendre ses cachets, manger des légumes régulièrement etc.

Sauf que mon père a dû louper un chapitre, parce que pour lui j’avais toujours 10 ans ! Du coup, il était devenu non plus le papa attentionné mais le papa collant. Non plus le papa copain, mais le papa curieux et intrusif.

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Il voulait l’exclusivité et ne supportait pas qu’il y ait des domaines de ma vie dont il ne fasse pas partie. Mais c’était un fait : il ne pouvait pas avoir sa place partout, tout le temps. Les conflits ont alors commencé. On se disputait parce que je ne faisais plus d’activités avec lui, j’étais trop occupée à toujours tout faire avec ma copine, bref, vous voyez le genre.

Je ne pouvais m’empêcher de me mettre en colère à la moindre remarque du style « Comment ça tu n’as pas mangé de légumes depuis une semaine !? » Et on a fini par se friter gentiment, mais régulièrement.

Je suis son bébé, il ne changera pas d’avis.

Aujourd’hui, les choses n’ont pas vraiment changé. Je vis ma vie à 700 km de chez mes parents et il y a toujours ce petit décalage entre mon père et moi. Sauf que nous avons décidé d’y mettre tout les deux du nôtre.

Il essaie de ne plus être trop intrusif et de me laisser faire ma vie, d’accepter que je sois une adulte. Moi j’ai décidé de ne plus lui en vouloir de me voir comme un bébé, parce que ça ne changera jamais au fond. Je suis son bébé et je crois que personne ne pourra le faire changer d’avis…

Une relation père/fille fusionnelle

Malgré tout, notre relation est toujours aussi fusionnelle. On se marre toujours autant. On partage toujours des moments forts, qu’ils soient importants ou non. Que ce soit un concert de notre groupe préféré, une simple après-midi shopping ou un de nos films préférés qu’on regarde ensemble, tout est toujours fort et complice entre nous. On se soutient toujours autant.

Et je continue à dire que, même si j’ai maintenant ma propre vie, ma propre personnalité, que j’ai réalisé que mon père n’était qu’un homme et pas un demi-dieu, et que le temps l’a abimé malgré lui, nous partageons toujours la même âme.

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C’est le meilleur père dont n’importe quelle petite fille, adolescente et adulte peuvent rêver. Et je serais toujours fière de lui, et fière de notre relation unique.

Alors papa, peut-être que je vais te faire lire ça, pour te dire à quel point je t’aime. Tu vois, ça voudra dire que, pour une fois, tu peux regarder par-dessus mon épaule quand je suis sur mon ordinateur, sans que je râle ! Enfin bref, je voulais te remercier pour tout ce que tu m’as donné. Je sais que sans toi, je n’en serais pas là où je suis et je ne serais pas qui je suis !

Bonne fête à toi, et à tous les papas du monde !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Asz
    Asz, Le 20 juin 2016 à 20h39

    Merci beaucoup !

    Kim-Chi, merci à toi particulièrement, ton message me touche beaucoup, je suis contente qu'il ait plu à d'autres personnes que mon papa ! Alors, bien sûr que je vais te répondre. Je n'étais pas avec lui lorsqu'il l'a lu, mais il m'a appelé tout de suite après. Il était très, très ému, jusqu'aux larmes. Il m'a dit que j'avais tout bon sur tous les sujets et qu'il respectait tout ce que j'avais pu dire car c'était mon ressenti et qu'il respectait ça. Il a dit aussi que c'était son plus beau cadeau de fête des pères, depuis toujours ! Ca m'a d'autant plus touché qu'il le prenne comme ça. Je m'attendais à ce qu'il soit ému, mais là je t'assure qu'il l'était vraiment beaucoup.
    Pour ce qui concerne ton papa, je suis vraiment désolé. Je comprends ce que tu dois ressentir, tu dois te sentir impuissante et tu aimerais savoir à quoi ressemble ton père lorsqu'il est joyeux. Je suis sûre qu'il a toujours un peu de joie en lui, parce qu'il t'a toi ! Et une fille, c'est très précieux pour un papa. Ca peut être la plus grande source de son bonheur. Courage, peut-être qu'en creusant un peu, au fil du temps, tu découvriras qu'il n'est finalement pas si pessimiste que ça. C'est ce que je te souhaite en tout cas ! Merci encore pour ton message en tout cas.

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