Comment j’ai arrêté d’être nulle en maths

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Être nul•le en maths n'est pas une fatalité : la preuve par l'exemple avec Clémence Bodoc, ancienne traumatisée des problèmes qui n'était « pas une matheuse ».

Comment j’ai arrêté d’être nulle en maths

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— Article initialement publié le 8 septembre 2016

Je ne suis pas une matheuse, mais c’est pas grave parce que je suis une littéraire ! La première à avoir dit ça de moi, c’était ma mère, avec les meilleures intentions du monde : à dix ans, j’étais désespérée de ne récolter que des zéros — les premiers de ma vie, en plus — aux exercices de résolution de problèmes.

Je savais apprendre par coeur les tables de multiplication, poser les additions et les soustractions, même les divisions… Mais la difficulté du problème, c’est qu’il fallait d’abord trouver quel calcul faire avant de le poser.

Je ne suis « pas une matheuse », une prophétie en forme de sortilège

Et ça, rien à faire : je n’y arrivais pas. On m’expliquait, je ne comprenais pas. Pourtant, je comprenais l’énoncé, c’est du français, j’étais excellente en français. Justement. J’étais excellente en français parce que « je suis une littéraire », pas une matheuse. Et ça y est, dans ma tête, la boucle était bouclée.

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« Moi là je mettrais un adverbe mais bon jdcjdr »

Quand ça veut pas, ça veut pas

Au début, c’était juste les problèmes que je n’arrivais pas à résoudre. Après tout, j’avais pas perdu ma capacité à faire des calculs ! Je suis arrivée au collège, et si j’avais toujours des bonnes notes, ça coinçait dès qu’on parlait problèmes.

C’est intéressant parce que j’aimais beaucoup la géométrie, appliquer les théorèmes, tout ça, mais dès qu’on passait aux contrôles et aux « problèmes de géométrie », je ne m’en sortais plus.

Avec le recul, aujourd’hui, ça me paraît tellement évident. Mais à l’époque, impossible pour moi de faire le lien : à chaque fois que je galérais en maths, je me rappelais que je n’étais « pas une matheuse », comme si je n’avais pas le bon logiciel installé dans le cerveau.

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« Eh psst eh eh eh je t’échange la réponse contre ma trousse Diddl »

Le coup de grâce de ma prof de 3ème

C’était encore une fois avec les meilleures intentions du monde que le coup de grâce a été porté par ma très bienveillante prof de maths, en 3ème.

J’avais des notes plus qu’honorables, mais je cravachais vraiment pour y arriver. On sentait que mes techniques de résolutions de problèmes relevaient davantage du bachotage que de la réflexion.

Mais je me battais quand même, parce que j’adorais les sciences physiques, et que j’avais bien compris que tant que j’étudierai les sciences, il y aurait des maths à maîtriser en parallèle. Des outils. Donc j’en chie, mais je suis le rythme.

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Et en réunion parents-prof, cette prof de maths a dit à mon père :

« Clémence n’est pas une matheuse, mais c’est une bosseuse. »

C’était pensé comme un encouragement, comme la reconnaissance du fait que je n’avais pas forcément de facilités dans ce domaine (contrairement aux matières littéraires), mais que je ne baissais pas les bras pour autant.

Mais tout ce que j’ai entendu, c’était la répétition de la sentence déjà prononcée cinq ans plus tôt, par ma mère : je ne suis pas une matheuse. Malgré tous mes efforts pour lutter contre ce mauvais sort pendant ces dernières années, je n’ai pas fait illusion.

Je ne suis pas une matheuse. Tout juste une bosseuse.

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La découverte des prophéties auto-réalisatrices

Ce n’est qu’en dernière année de Sciences Po que j’ai fait cette découverte : les filles ont globalement plus de difficultés en maths que les garçons… Quand on leur dit que c’est normal qu’elles aient plus de difficultés.

J’ai entendu parler de cette expérience sociologique édifiante, où l’on prend à part deux groupes de filles et de garçons.

Au premier groupe, on donne un test de géométrie en leur disant : c’est pour démontrer que les filles ont des moins bons résultats que les garçons en maths.

Au deuxième groupe, on donne LE MÊME TEST de maths, en leur disant : c’est un exercice de dessin. Amusez-vous.

Spoiler alert : dans le premier groupe, les filles se plantent, dans le deuxième, elles ont les mêmes résultats que les garçons.

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Comme beaucoup de filles, j’ai été conditionnée pour être « nulle en maths ».

En découvrant cette expérience, j’ai réalisé que j’avais moi aussi été conditionnée pour être « nulle en maths ». C’est comme si j’avais passé ma scolarité dans le premier groupe… Mais prendre conscience de ce biais sexiste ne m’a pas aidée à sortir de son emprise.

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Au passage, quand je vannais les L dans le clash des bacs de la rédac, je tirais ça de ma propre expérience, et de ma propre tendance à décrocher dès qu’il était question de maths dans un problème !

Comment je me suis réconciliée avec les maths

Il y a deux ans, j’ai découvert la plongée sous-marine. Quel est le rapport avec la choucroute, me direz-vous ? Dès le premier niveau, il faut maîtriser quelques notions de physique assez élémentaires.

Ayant été une grande fan de physique-chimie au collège, et étant devenue une grande fan de plongée, je n’ai eu aucun mal à me re-familiariser avec ces histoires de volumes-pressions-températures-densité. Surtout qu’on ne parle pas du tout de maths dans les explications, seulement d’ordres de grandeur, et de rapport !

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Et puis, j’ai continué à passer des niveaux, jusqu’à tenter le Divemaster en Indonésie. Et là, ce fut : LE RETOUR DES MATHS.

Pour préparer l’examen théorique, mon instructrice m’a filé des problèmes à résoudre, de type :

« Sachant qu’un plongeur part avec une bouteille de 12L gonflée à 200 bar, qu’il consomme 20 litres par minute, combien de temps peut-il rester à 30 mètres ? »

Il fut un temps où mon cerveau aurait enclenché le mode « panique » rien qu’à la lecture des mots « sachant que », introductifs d’un énoncé de problème… c’est-à-dire du mode échec annoncé.

J’ai oublié que j’étais nulle en maths

Mais voilà, je n’étais plus « une bosseuse » en train de préparer le bac ou le brevet, j’étais désormais une plongeuse en train d’étudier la théorie de son sport. Le mode « passion » l’a emporté sur le mode « échec » de mon cerveau.

J’ai oublié que j’étais nulle en maths, parce que j’étais en train de comprendre comment fonctionne mon matériel de plongée, pourquoi je suis limitée en temps et en profondeur, et qu’est-ce que je risque si je les dépasse.

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Le mode « passion » l’a emporté sur le mode « échec » de mon cerveau.

J’avoue, me dire qu’il y a quand même ma vie dans la balance est une meilleure motivation qu’une bonne note sur mon bulletin. Ça valait le coup de se poser pour tenter de résoudre les problèmes.

En fait, j’ai arrêté de regarder les chiffres, pour comprendre la réalité qu’ils décrivaient. Et le même exercice mental qui me laissait complètement dépourvue il y a encore quelques années est désormais devenu une gymnastique encore un peu rouillée, mais de plus en plus souple.

Même quand j’y arrive, je continue à douter

Mais on ne « guérit » pas de la nullité en maths aussi facilement. J’ai beau réussir à dérouler tout ce raisonnement, je doute toujours de mon résultat. Et si je me suis plantée en cours de route ?

Eh bien je n’ai qu’à revérifier !

Boom. Je suis toujours pas une matheuse, mais je sais résoudre des problèmes pratiques. J’ai comme l’envie de claquer le plus fier des high fives à la moi du CM2. Et si j’avais une machine à remonter le temps, j’irais me souffler à l’oreille :

« Ne les écoute pas, Clémence. Y a pas de « t’es une matheuse ou t’es pas une matheuse ». Ne laisse personne définir tes propres capacités. Peut-être que tu ne comprends pas les problèmes aujourd’hui. Ne lâche pas, ça viendra ! »

« Tu vas même participer à une heure sur les maths à la Nuit Originale ! »

Une leçon toujours valable contre les croyances limitantes

Quinze ans plus tard, il est trop tard pour rejouer le match. (Quoique Thomas Hercouët m’a filé des idées avec son re-passage du Bac dix ans après… Et si j’allais laver l’affront des problèmes de probabilités au bac S 2017 ?!)

Combien de croyances limitantes ai-je intégrées ?

Mais la leçon que j’ai apprise cet été reste valable pour l’avenir : en dehors des maths, combien d’autres croyances limitantes ai-je intégrées, et suis-je encore en train de laisser ralentir mes ambitions ?

Je ne suis pas une matheuse. Je ne suis pas sportive. Je ne suis pas douée pour ceci, ou cela. Je ne serais pas capable d’en faire mon métier. Je ne pourrais pas en vivre.

Combien de prophéties négatives auto-réalisatrices ai-je intégrées, ou proférées contre moi-même ?

J’ai arrêté de croire que c’était impossible

Et si j’arrêtais de m’auto-limiter dans la vie, en me déclarant — me décrétant ? — incapable de faire ou de comprendre ceci ou cela, au motif que ça ne me vient pas comme une évidence ?

J’ai jamais dit que me réconcilier avec les maths avait été facile : ça a été déconcertant et frustrant, et je continue de faire des erreurs. Mais j’ai arrêté de croire que c’était impossible !

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
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  • AngelTen Richard II
    AngelTen Richard II, Le 3 septembre 2017 à 21h47

    Pareil mais pour le sport. J'ai beaucoup de complexes vis a vis de mon corps et tout ce qui tournait autour me mettait mal à l'aise, et parce que je suis trans tout le côté "sports de filles avec les filles" me mettait mal. Je me suis persuadé que de toute façon j'étais nul, tout en rêvant de devenir un beau gosse musclé
    Alors maintenant J'ai encore du mal, à part la piscine où j'ai cessé de complexer dans mon maillot depuis que je vais à un endroit où les vestiaires sont individuels, et que je nage seul, donc pas de pression sur le fait d'être une femelle en maillot de bain avec des poils aux pattes, je me sens plus jugé comme un bout de viande par mes camarades de collège.
    Ça m'a fait ça pour beaucoup de choses d'ailleurs, j'ai pris le fait d'être une fille comme une fatalité, y compris vis à vis de mes propres envies pour mon genre (envie de ne plus avoir de poitrine ni de fesses évasees, envie de vêtements au look masculin...).
    La course est encore difficile, et bon avec ma vue c'est vrai que tous les sports à balle sont compliqués (pour le coup j'ai vraiment un problème avec les ballons) mais déjà je fais du sport et j'arrête de penser au fait que je suis nul ou bon, j'en fait pour moi et je me fixe mes propres objectifs, tant pis s'ils sont différents de ce qui devrait être fait selon telle ou telle directive de santé, régime minceur, anciens profs de sport, ou ma mère. Ça permet de se réapproprier son corps et de ne plus avoir honte de soi. Je crois que les croyances limitantes jouent beaucoup sur la peur et sur la honte. On a honte parce qu'on se compare aux autres, du coup la stratégie de défense est "C'est normal, je suis nul-le, c'est le destin". Et en tant qu'assignées filles on est encouragées à ne pas chercher à changer les choses et à avoir un impact sur le monde. On est pas encouragées à se depasser, à être exceptionnelles mais au contraire à se conformer.

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