« Marion, 13 ans pour toujours », le cri du coeur d’une mère contre le harcèlement scolaire

Harcelée par ses camarades, Marion Fraisse, 13 ans, s'est suicidée en 2013. France 3 a diffusé hier soir le téléfilm adapté du livre écrit par sa mère, Nora Fraisse, Marion, 13 ans pour toujours, disponible pour une semaine en replay.

« Marion, 13 ans pour toujours », le cri du coeur d’une mère contre le harcèlement scolaire

Mise à jour du 28 septembre 2016, par Chloé P. — Hier soir, France 3 a diffusé le téléfilm Marion, 13 ans pour toujours, tiré de l’histoire de Marion Fraisse et dont le replay est d’ores et déjà disponible pour une semaine.

Un téléfilm essentiel car le harcèlement scolaire est toujours un grave problème de société, et malgré les témoignages, les luttes de parents comme Nora Fraisse ou les mesures gouvernementales, il tue chaque année.

Harcelée dans un collège lillois de la 5ème à la 3ème, Émilie, une autre victime, avait 17 ans lorsqu’elle s’est suicidée l’an dernier. Pour parler du quotidien qu’elle vivait, ses parents ont décidé de faire publier son journal intime dans la presse, et se confient sur ce qui transparaissait dans le comportement de leur fille. Une histoire dramatique de plus à relayer et partager.

Article initialement publié 28 janvier 2015 — Nora Fraisse est une femme dont la fille, Marion, est décédée en février 2013, alors qu’elle n’avait que 13 ans. Marion n’est pas morte d’une maladie, ni d’un accident : elle s’est pendue. Après le décès de sa fille, Nora Fraisse a découvert dans la presse que Marion avait laissé une lettre adressée à son collège, dans laquelle elle expliquait qu’elle avait mis fin à ses jours à cause des souffrances, humiliations et insultes que lui avaient fait subir les autres élèves.

Marion était victime de harcèlement scolaire. 

À lire aussi : J’ai été victime de harcèlement scolaire – Témoignage

Depuis, Nora Fraisse n’a pas cessé de se battre. C’est pour rendre hommage à sa fille qu’elle a écrit Marion, 13 ans pour toujours, un livre-témoignage paru le 21 janvier 2015. Nora Fraisse y raconte sa quête de justice : après le décès de Marion, elle avait écrit à Vincent Peillon, alors ministre de l’Éducation nationale. Avec son mari, elle a entamé une procédure pénale : ils se sont constitués partie civile pour violences, homicide involontaire, non-assistance à personne en danger. Leur but : sensibiliser, pour que plus jamais cette situation ne se reproduise.

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Dans une interview accordée à TF1 le 25 janvier 2015, Nora Fraisse expose l’une des raisons qui l’a amenée à écrire ce livre :

« Je suis la maman de Marion, mais je suis la maman de mes deux autres enfants. C’est aussi pour leur dire : on va s’en sortir coûte que coûte. J’ai envie qu’ils aient foi en l’école […]»

Comme Marion Fraisse, un élève sur 10 harcelé à l’école

Le harcèlement scolaire concerne un enfant sur dix en France, selon une enquête réalisée en 2011 par le ministère de l’Education nationale auprès de 18 000 élèves. Le harcèlement serait « sévère à très sévère » pour 6% des collégien•ne•s.

À lire aussi : Respire : « rendre le harcèlement comme un non-événement » pour en sortir

Marion Fraisse n’a pas été harcelée uniquement dans les murs du collège. Après son décès, ses parents ont découvert que les insultes déferlaient sur son téléphone portable et sa page Facebook.

Car le cyber harcèlement est une réalité. En France, en 2013, 40% des élèves déclaraient avoir été victimes de harcèlement en ligne, rapporte Catherine Blaya dans Les ados dans le cyber-espace. Les données publiées par l’Unicef en septembre 2014 sont aussi inquiétantes : selon elles, le harcèlement sur les réseaux sociaux concerne 10% des 12-14 ans et 16,6% des 15-18 ans.

En Grande-Bretagne, la London School of Economics révèle également qu’en 2013, le harcèlement numérique chez les élèves britanniques était devenu plus important qu’en face-à-face : 12% des enfants interrogés disaient avoir subi du cyber-harcèlement, principalement par l’intermédiaire des réseaux sociaux.

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L’histoire de Marion Fraisse et le harcèlement scolaire : pour les parents, une prise de conscience difficile

Toujours dans l’interview de TF1, Nora Fraisse explique qu’elle s’en veut terriblement, en tant que mère, de n’avoir pas su détecter la souffrance de sa fille, de n’avoir pas pu l’aider :

« J’ai une culpabilité à vie, celle de ne pas avoir vu sa souffrance, de ne pas avoir su comprendre ce désarroi […] Je ne cherche pas des coupables, je pointe les responsabilités des uns et des autres »

Elle n’est sans doute pas la seule à avoir des difficultés à détecter ce type de comportement. Un sondage réalisé en 2012 par l’IPSOS à la demande du gouvernement indique que 94% des parents d’élèves interrogés trouvaient que le harcèlement scolaire était un sujet préoccupant. Mais seuls 24% pensaient que leur enfant en avait déjà été victime, et 27% que ce harcèlement avait pu toucher un•e autre élève dans la classe.

L’histoire de Marion Fraisse et le harcèlement scolaire : quel rôle pour l’équipe éducative ?

Nora Fraisse veut aussi mettre en lumière les défaillances du personnel de l’établissement scolaire, qui selon elle n’a pas su ou n’a pas voulu voir ce qui se passait. Marion avait déjà été harcelée quelques années auparavant, comme sa mère l’a raconté à Europe 1 :

« Marion, en 6ème, avait été embêtée. Mais à l’époque, en 6ème et en 5ème dans ce même collège, il y avait un principal-adjoint, qui prenait la mesure des faits, qui était très vigilant sur les violences verbales, les violences physiques. Je passais un coup de fil, je mettais un mot dans le cahier de correspondance et le lendemain c’était réglé. En 4ème, nouveau principal adjoint et là, tout a basculé. Dès les premiers jours, Marion, quand on a vu la liste des élèves, on a eu très peur. »

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Le comportement de Marion en classe avait pourtant changé : alors qu’elle était bonne élève, ses résultats scolaires ont dégringolé, elle s’est mis à être insolente, et l’a soigneusement caché à ses parents en se procurant un autre carnet de correspondance dans lequel elle continuait de s’attribuer des bonnes notes.

En conclusion de son enquête, Nora Fraisse considère que l’équipe éducative du collège ne reconnaît toujours pas sa responsabilité dans ce qui est arrivé à Marion, comme le rapporte 20 minutes :

« En face de nous, nous avions une administration muette, des enseignants fuyants et des parents parfois hostiles. »

En novembre 2013, le gouvernement avait lancé une campagne contre harcèlement scolaire. Invitée de C à vous le 22 janvier dernier, Nora Fraisse estime maintenant qu’il faudrait un vrai plan national, une autre vraie campagne de prévention contre le harcèlement scolaire :

« J’ai entendu François Hollande qui disait : il n’y aura plus d’incivilités, tolérance zéro, il y aura des sanctions. Très bien, mais à l’égard de qui ? Des professeurs, des maîtres ? Mais pour nos enfants, il n’y a pas de sanction, c’est toujours à la victime de partir. »

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Si le site du ministère mentionne de son côté des sanctions prévues, il est certain qu’il reste du travail sur le sujet. Et comme le rappelle Nora Fraisse à TF1 : « Il n’y a rien qui justifie le harcèlement ».

À voir

  • Souffre-douleurs, ils se manifestent, diffusé le 10 février 2015 sur France 2. Ce documentaire présente des témoignages de six jeunes de 15 à 23 ans victimes de harcèlement, mais aussi de parents dont les enfants sont décédés à cause du harcèlement scolaire, dont Nora Fraisse. La chaîne consacrera d’ailleurs ses programmes de la journée à ce sujet.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Miquette
    Miquette, Le 21 septembre 2015 à 18h55

    Sempiternellea
    Je tiens vraiment à insister sur le fait que mon expérience n'est pas du tout représentative. Tu cites plus loin : " 60% des personnes qui ont harcelé à l'école ont un casier judiciaire à l'âge de 24 ans.". Je suis très loin d'avoir un casier judiciaire et je fais de hautes études_ j'imagine que je dois faire partie du 40% restant.



    Je pense que le plus gros problème est l'effet de groupe: si la personne qui commence à harceler la victime n'a pas de soutien, tout se terminera bien vite. A part énormément de prévention, et associer le harcèlement de manière automatique à un acte honteux, je ne sais pas comment il serait possible d'agir. Le plus important est certainement pour la victime d'en parler. C'est dur de le faire, mais ça peut tout changer. Après, je suis sincèrement persuadée que c'est un comportement naturel de domination qui se perpétuera d'une manière ou d'une autre.



    "Si vous pouviez voyager dans le temps et dissuader votre ancienne vous de harceler, que lui diriez-vous? "



    Encore une fois, peut-être que mon cas est à part, mais comme je l'ai déjà dit, je ne regrette pas ce que j'ai fait, tout simplement car en plus d'y avoir pris du plaisir, j'ai satisfait ma curiosité en menant une véritable étude psychologique sur tout ceux qui m'entouraient. Je frappe et je regarde comment ça réagit. J'ai ainsi réussi à apprendre plus sur moi-même, et surtout comment manipuler les autres. Je sais que mes mots provoquent indignation/dégoût etc, mais pour ceux qui voulaient connaître la vérité, il fallait s'attendre à ce qu'elle blesse. Je ne pense pas être particulièrement plus profondément froide/cruelle que d'autres. Je pleure devant les films romantiques, j'adore mes chiens, j'ai beaucoup d'humour ; c'est juste que je parviens à mettre des mots sur ce que je pense/ressens/expérimente, et si ça vous choque, je vous considère comme une personne bien naïve.







    Je suis désolée pour cette situation. J'espère que mes commentaires t'aideront à te rendre compte que même l'enfant, le parent ou le professeur le plus adorable/le plus innocent est potentiellement quelqu'un qui soutiendra le harcèlement. Tu auras du mal à trouver les responsables, tu auras du mal à faire entendre à des parents la vérité sur leur enfants, en partant du principe que ces même parents seraient en mesure d'accepter une critique et d'y réfléchir dessus. Et c'est surtout le silence des enfants qui permet le harcèlement, le fait que ta fille puisse se confier à toi, c'est déjà une énorme avancée.







    Pour mieux m'expliquer, voici deux parties de message que j'ai envoyé:



    "Et puis j'ai grandi, j'ai réfléchi, j'ai réalisé que tout ce que je voulais était prendre le contrôle, car en dehors de cela ma vie était absolument chaotique. Il était trop tard pour me racheter, alors j'ai décidé d'agir autrement et de localiser les "faibles" afin de devenir leur amis, les aider à reprendre confiance en eux et à s'épanouir. "



    "Encore une fois, peut-être que mon cas est à part, mais comme je l'ai déjà dit, je ne regrette pas ce que j'ai fait, tout simplement car en plus d'y avoir pris du plaisir, j'ai satisfait ma curiosité en menant une véritable étude psychologique sur tout ceux qui m'entouraient. Je frappe et je regarde comment ça réagit. J'ai ainsi réussi à apprendre plus sur moi-même, et surtout comment manipuler les autres."



    Quand je vous dis que je ne suis sûrement pas un cas représentatif, j'insiste. Je ne sais pas combien d'autres enfants se sont mis en tête dès la primaire de mener une étude psychologique sur les autres. J'ai très, très vite réalisé que j'étais différente des autres, et le seul moyen de m'intégrer a été d'observer,d'analyser, et si possible d'imiter, avant d'intégrer tel ou tel comportement comme quelque chose de naturel et d'automatique. Alors je teste tout, la position du méchant et du gentil, et quand je me lasse ou je ne suis pas satisfaite je passe à autre chose jusqu'à trouver ce qui me convient.



    C'est assez étrange, car j'ai été élevée de telle sorte que par automatisme, je ressens une culpabilité intellectuelle. Un peu comme quand on t'as toujours dit de finir ton assiette, alors tu ne te poses plus la question et tu finies. Et bien c'est pareil, je sais que ce que j'ai fait devrait me rendre coupable, alors j'essaye de me "racheter", quelque part, j'imagine. Dans l'absolu, mes parents m'ont laissé un très grande liberté, mais ma mère a toujours insisté sur l'importance du bien, de la bonté, etc; j'imagine que c'est resté gravé dans l'esprit: mais encore une fois, je ne me sens pas coupable. De la primaire à aujourd'hui, je n'ai jamais regretté ce que j'ai fait, et j'y ai très peu pensé de manière "sentimentale"_ je ne sais pas si je parviens à exprimer ce que je souhaite dire .



    Ce qui m'a motivé à agir de manière « positive » c'est donc d'abord par curiosité, mais aussi parce que parmi ces « faibles », j'ai rencontré des personnes que je suis réellement parvenue à apprécier et même à aimer.
    @Sempiternellea, j'ai du mal à comprendre comment tu peux te délecter pendant plusieurs post d'avoir harcelé d'autres personnes. Tu es sur un topic grave et lourd, peux-tu essayer de faire preuve d'un peu de tact et d'empathie ? Tu te rends bien compte que tes messages peuvent être blessants (surtout dans ce contexte). Je te demande, s'il te plaît, d'arrêter de jeter de l'huile sur le feu (et je te link notre charte par la même occasion).

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