Zoom sur le Nappy, ce mouvement de libération des cheveux frisés et/ou crépus !

Virginie te propose d'en apprendre plus sur le Nappy, ce mouvement de libération de la bouclette qui fait de plus en plus parler de lui !

Zoom sur le Nappy, ce mouvement de libération des cheveux frisés et/ou crépus !

Qu’est-ce que le mouvement Nappy ?

Plus qu’une tendance beauté, le Nappy, c’est un état d’esprit ! En effet, les femmes noires et métissées souffrent des mêmes diktats de beauté que les autres (la minceur, la « féminité »…) auxquels s’ajoutent des critères supplémentaires, comme les cheveux longs, lisses et brillants ou la peau claire. Ce premier, notamment, est absurde quand on connaît les caractéristiques (et la magnificence !) des cheveux bouclés et/ou crépus.

En réaction à ces diktats basés sur l’apparence des femmes généralement d’origine caucasienne, le Nappy est né !

Le terme Nappy vient de la contraction de deux mots anglais, « natural » et « happy ». Il regroupe toutes les femmes qui ont décidé de jeter leurs produits de défrisage (procédé chimique très agressif modifiant la texture du cheveu), de débrancher leur fer à lisser et de laisser leurs cheveux vivre leur vie. C’est une véritable communauté ; de nombreux blogs et forums spécialisés ont été créés pour guider les débutantes et permettre aux plus expérimentées de partager leurs conseils et astuces.

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En plus des préoccupations purement esthétiques, le mouvement Nappy est pour beaucoup une revendication politique liée à la place des populations noires et métissées dans la société. Être Nappy, c’est être fier•e de ses origines et de son identité. Dans les années 1970, avec l’émergence du parti des Black Panthers, c’était l’un des signes montrant que l’on refusait de se plier aux règles des Blanc•he•s, une sorte de doigt d’honneur pacifique.

Le cheveu frisé ou crépu : pourquoi tant de haine ?

Le cheveu très frisé ou crépu se présente comme un ressort, enroulé sur lui-même. Malgré les apparences, il est fin et fragile et demande beaucoup de soin pour être au top.

C’est souvent ce grand besoin d’attention qui pousse les jeunes femmes noires et métisses à réaliser leur premier défrisage, et même les mamans à défriser les cheveux de leur petite fille, comme s’en souviennent deux madmoiZelles :

« Je suis née avec un joli nuage crépu sur la tête, que ma mère avait beaucoup de mal à démêler ! J’avais 9 ans quand elle a décidé de me défriser les cheveux, pour faciliter le coiffage. » (Mélissa)

« J’avais 8 ans quand ma mère a décidé de me défriser les cheveux. Elle avait l’habitude de me faire des tresses au fil mais je n’aimais pas du tout et je pleurais tout le temps quand c’était le moment de me coiffer. L’objectif du défrisage était de lui faciliter la tâche. » (Aude)

D’autres, comme Lisa, sont plus amers concernant les raisons de leur premier défrisage :

« Mes parents avaient honte de mes cheveux crépus. Tous les jours, mon père me faisait une queue-de-cheval. Il disait que c’était plus pratique, mais je savais que c’était faux. J’ai fini par en avoir marre et j’ai pris l’habitude de détacher mes cheveux en arrivant à l’école.

La première fois que ma mère m’a vue comme ça, elle n’a pas dit un mot : elle m’a giflée devant tout le monde. Une petite fille et sa maman sont passées devant nous à ce moment là, et la petite fille m’a montrée du doigt en me comparant au chanteur du groupe Tokio Hotel, ce qui a beaucoup fait rire ma mère… Elle m’a ensuite proposé de défriser mes cheveux pour, que « je ressemble moins à une sauvage » — je cite. » (Lisa)

Si le premier défrisage n’est pas réalisé pour des raisons pratiques, il est parfois poussé par certains comportements ou réflexions déplacés. Heureusement, Audrey n’a pas cédé à la pression et est fière de ses cheveux naturels :

« Mouton, lion, Tahiti Bob, Afro Circus… J’ai eu le droit à tous les surnoms ! Même si on finit par s’y faire et par en rire, j’ai du mal à comprendre les questions parfois assez étranges des gens comme « C’est une perruque ? » ou « Est-ce que tu te laves les cheveux ? ». Mais le moment le plus humiliant pour moi reste quand même le jour où un coiffeur a refusé de me prendre à cause de mes cheveux naturels… »

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Audrey. Photo © Servan Ilyne

Pour Maëva, c’est l’impression de ne pas être dans la norme qui lui a fait acheter son premier kit de défrisage :

« Voir que toutes mes copines avaient des cheveux bien lisses m’a énormément complexée. Pour moi, mes ondulations qui devenaient des frisottis n’étaient pas dans la norme. J’ai alors acheté du défrisant, j’ai découvert les plaques… Sans oublier toutes les colorations et nouveaux produits capillaires « miracles » très agressifs. »

Le passage au natural and happy est souvent dû à un électrochoc, comme la peur de perdre ses cheveux :

« Un soir, j’ai cru que j’avais fait LE défrisage de trop qui allait me mener à la case Kojak. Mes cheveux s’était transformés en une paille sèche qui crissait sous mes doigts. J’ai alors décidé, sans savoir comment j’allais m’y prendre, que le défrisage c’était terminé ! » (Miss MLL)

« À force d’enchaîner les défrisages, ma mère a perdu ses cheveux et commençait à avoir une calvitie. Ça m’a choquée car elle n’avait que 37 ans ! » (Lisa)

D’autres, plus qu’un électrochoc, ont eu une révélation pleine de positive attitude :

« Un soir, dans une soirée organisée par un salon de coiffure, un coiffeur est tombé amoureux de mes cheveux. Qu’est-ce que cela m’a fait du bien ! En 20 ans d’existence, c’était la première fois qu’on ne me disait pas de faire un défrisage ! » (Camille)

« Au collège, une fille dans ma classe avait de magnifique cheveux bouclés et elle les assumait parfaitement ! Ça a été un véritable déclic pour moi. » (Lisa)

Big Chop ou transition, les différentes façons de rejoindre le mouvement

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Après la prise de conscience vient le moment de passer à l’action. Deux possibilités s’offrent alors aux Nappy en puissance : le Big Chop ou la transition.

  • Le Big Chop, qu’on pourrait traduire en français par « la grande coupe » ou « le grand élagage », est le plus redouté des deux. Comme son nom le laisse deviner, il consiste à couper les longueurs défrisées pour repartir sur de bonnes bases. Évidemment, on ne touche pas aux repousses saines. Cette opération peut être psychologiquement assez traumatisante, surtout si la personne avait l’habitude d’avoir les cheveux longs.
  • La transition permet d’apprendre à (re)découvrir la nature de ses cheveux (certaines n’ont pas vu leurs cheveux au naturel depuis plus de dix ans !) et à les apprivoiser en douceur. Au fur et à mesure de la pousse, on raccourcit les longueurs abîmées, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus.

Certaines apprenties Nappy profitent de ce moment pour modifier complètement leurs habitudes de consommation et passer à une routine de soins entièrement naturelle, composée de produits purs et de mixtures maison.

Prendre soin de ses cheveux naturels

Le cheveu crépu ou très frisé a tendance à être sec et fragile, il a donc besoin d’hydratation et de douceur.

Pour laver ta crinière sans l’agresser, utilise un shampoing doux, si possible sans sulfates, et ne zappe jamais l’étape de l’après-shampoing. À moins de faire du sport ou de beaucoup transpirer du crâne, tu n’as normalement pas besoin de laver tes cheveux plus d’une fois par semaine. Le low-poo, aussi appelé co-wash, qui consiste à se laver les cheveux à l’après-shampoing, est aussi particulièrement recommandé aux Nappy Girls.

En plus d’un lavage tout en délicatesse, prends le temps d’offrir un soin profond à tes cheveux comme un masque avant-shampoing (une fois par semaine) ou un bain d’huile (deux fois par mois). N’hésite pas à laisser poser ton soin plusieurs heures avant de le rincer !

Tu peux opter pour des produits cosmétiques tout-faits, mais sache que ta cuisine regorge probablement de petites merveilles qui feront beaucoup de bien à tes cheveux, comme l’huile d’olive, la banane, l’avocat et le jaune d’œuf. Tu trouveras de nombreuses recettes naturelles sur le forum de madmoiZelle.

À lire aussi : Sélection de soins profonds pour cheveux sans silicones

Une fois sec, les cheveux très bouclés, frisés ou crépus sont difficiles à peigner. Je te conseille donc de les démêler sous la douche, avec un peigne à dents larges. Si tu veux te redonner un petit coup de peigne dans la semaine, humidifie d’abord tes cheveux avec un pschitt d’eau thermale pour assouplir la fibre capillaire. La nuit, avant d’aller te coucher, coiffer tes cheveux en grosses tresses pour éviter les nœuds.

Pour continuer de prendre soin de tes cheveux pendant la journée, applique une crème hydratante sans rinçage sur tes longueurs pour les protéger et les faire briller.

Sélection de produits afro’sement efficaces

— Jeu de mots illégal qui enverra très probablement votre dévouée rédactrice au cachot.

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Un très grand merci à Audrey, Camille, Mélissa, Aude, Maëva, Assia, Lisa, Anisah, Mayalan et Miss MLL pour leurs témoignages et astuces beauté !

Pour en savoir plus :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Saroush
    Saroush, Le 16 juin 2015 à 17h25

    Quand j'étais petite ma mère ne m'a jamais défrisée les cheveux. Ils étaient longs et magnifiques. Elle par contre se les défrisait et une fois elle me les à "assouplit" comme elle disait. J'ai perdu par la suite quelques cheveux sur les tempes et elle n'a plus tentée de faire cela. Quand je suis rentrée au collège j'ai été influencée par mes amies , les stars donc je me lissais les cheveux. Ils étaient extrêmement secs et abimées . Il y a 2 ans (en rentrant au lycée) maintenant , que j'apprends peu à peu à aimer mes cheveux, à savoir comment les hydrater,.. Je les ai couper et couper pour enlever toutes mes fourche et je ne regrette pas. Je fais toujours des tresses, j'alterne coiffures protectrices et mes cheveux au naturel. Ma mère aussi a arrêter le défrisant et on s'entraide, on apprend ensemble. Dans ma famille, les gens croient que mes cheveux vont se couper quand je ne les défrise pas ou quand je n'ai pas de tresses... Ils défrisent les cheveux de leur enfants alors qu'elles n'ont que 2 ans. Je trouves que c'est de la torture, je me souviens de l'image de ma mère qui se défrisait et qui perdait ces cheveux il y en avait partout. Je trouve que les gens qui se défrisent sont pour la plupart soit ignorants, soit sont influencés par les stars et par la société qui impose une norme. Mes mesdames nous sommes noires, nous avons les cheveux crépus, c'est comme sa et pas autrement. Je ne suis pas contre les tresses, les perruques, etc.. Mais ces coiffures sont là pas pour casser encore plus nos cheveux. Voila mon point de vue

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