Ces œuvres musicales qui ont marqué mon enfance

De Notre-Dame de Paris à Émilie Jolie, retour en nostalgie sur les oeuvres musicales qui ont marqué les enfants et ados des années 2000.

Ces œuvres musicales qui ont marqué mon enfance

Quand on était gamin•e•s, la musique se comptait en comptines et en chansons pour les tous-petits. Mais pas seulement. Certaines œuvres musicales sont restées dans la mémoire collective, et plus particulièrement dans la mienne, qu’il s’agisse de contes-spectacles ou de comédies musicales.

Petit tour d’horizon de ces chefs-d’œuvre de la chanson française qui m’ont fait peur, m’ont appris des trucs ou m’ont donné envie de chantonner à tue-tête à l’époque où mes pieds ne touchaient pas le sol.

Toni et Vagabond, la naissance de la conscience écolo

Si tu es né•e il y a une petite vingtaine d’années, il est fort probable que ton enfance ait été bercée par la voix cordiale et bonhomme d’Henri Dès. Mais au-delà de l’école-tagadagada où l’« on apprend des bêtises », le chanteur suisse moustachu a aussi enregistré en 1989 l’album complet d’un conte musical ! Il s’agit de Toni et Vagabond, une oeuvre composée par Annette Domont et Pierre Grosz.

L’histoire est plutôt basique : dès la première chanson, tu fais la connaissance de Vagabond, un chien un peu YOLO qui n’en fait qu’à sa tête (de mule) et adore faire tourner en bourrique son maître, François. Lequel en bave un peu, mais il adore Vagabond, d’autant que celui-ci est doté de la parole. Bref, un jour où Vagabond désobéit une fois de plus et prend la clé des champs en montagne, il voit une maman ours se faire attaquer par des chasseurs. Paniqué, il retourne en courant en parler à François. Pendant ce temps, le petit ourson s’est enfui et atterrit chez Coline, une copine de François, qui décide de le baptiser Toni et de prendre soin de lui.

Vagabond est reparti batifoler, et se prend les pattes dans un piège à ours, dont le délivre l’oiseau Efficace. Mais à force de bêtises, il est capturé par les chasseurs. Coline et François vont alors avoir besoin de la marmotte qui aime aider les gens, pour libérer tous les animaux capturés par les chasseurs.

Henri Dès est à la narration, et interprète à lui seul tous les personnages masculins de l’histoire, aussi bien Vagabond et François que la marmotte. Je pense qu’on peut déjà saluer ce talent d’acteur vocal, car petite, je croyais à fond aux différentes personnalités. Toni et Vagabond a aussi un aspect très « cinématographique » : en écoutant les paroles, on arrive très facilement à visualiser les différentes situations, de l’escapade en montagne à l’échappée des cages.

Et outre ses personnages attachants, Toni et Vagabond fait passer un message de solidarité (tout le monde aime tout le monde) mais aussi des valeurs écolos, évidemment, puisque les paroles sont clairement anti-chasse et anti-zoo :

« La vie d’ici, la vie sauvage
Si chacune a bien des avantages
Il faut laisser ceux qui sont nés
Dans la nature, y retourner.
Ouvrir les grilles, ouvrir les cages
Aux lions, aux loups, aux chats sauvages »

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Pierre et Le Loup, le traumatisme

Autre conte musical, autre pays, autre style. L’un de mes plus grands traumatismes d’enfance sans une seule image s’appelle Pierre et Le Loup. Il s’agit là encore d’une œuvre pour enfants, un conte composé par Sergueï Prokofiev, artiste prolifique de la Russie du XXème siècle, qui travaillait sans se soumettre aux règles de l’écriture musicale. Il a écrit l’intégralité de l’histoire en moins d’une semaine, sur demande du Commissariat à l’éducation de la jeunesse de l’Union soviétique.

Pierre et Le Loup raconte donc l’histoire de Pierre (et d’un loup, oui, certes, mais attendez un peu) qui habite dans la campagne russe. Alors que Pierre a laissé ouverte la porte du jardin, un canard s’introduit dans les lieux. Il se dispute avec un oiseau, qui s’enfuit alors qu’un chat débarque. Chat lui-même effrayé par le retour à la maison du grand-père.

Mais voilà que le loup a réussi à rentrer dans l’enceinte, et bouffe le canard… Pierre prend donc son courage à deux mains et mobilise tous les animaux du jardin pour capturer le loup. Les chasseurs qui s’étaient lancés à la poursuite de ce dernier arrivent de nulle part pour le tuer, mais tout le monde décide finalement d’embarquer le loup au zoo.

Plusieurs versions de ce conte musical ont été enregistrées en français, par des narrateurs très connus : Jacques Brel, Gérard Philippe, Fernandel, Lambert Wilson, Jean Rochefort, Denis Podalydès

Pierre et Le Loup a beaucoup marqué les esprits, et notamment le mien, par son aspect pédagogique : les différents instruments sont nommés par le narrateur et produisent un son pour signaler leur présence. À chacun d’entre eux est identifié un personnage : si le loup-cors est véritablement effrayant, le grand-père-basson me terrifiait par son autorité implacable. Plus que l’histoire, un peu trop naturaliste à mon goût, ce sont les mélodies qui sont véritablement gravées dans mon cerveau.

La musique moderne de Prokofiev arrive en effet à créer un sentiment d’angoisse qu’aucune chanson pop ne pourrait fabriquer. Et si les thèmes musicaux de Pierre et Le Loup sont restés cachés quelque part dans le tréfonds de tes souvenirs, tu n’y as probablement pas échappé en grandissant. La piste Pierre se promène a entre autres été utilisée dans une publicité pour Coca-Cola !

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Notre-Dame de Paris, l’oeuvre culte

Que celui ou celle qui n’a jamais braillé à tue-tête « BELLE, c’est un nom qu’on dirait inventé pour elle », me jette la première pierre (mais celui-là ne mérite pas d’être sur Terre). Bref, si une oeuvre musicale de grande ampleur a accompagné mes shampoings post-piscine et autres trajets dans la voiture familiale, c’est bien Notre-Dame de Paris !

Cette comédie musicale est tirée du roman du même nom écrit par ce cher Victor Hugo. Elle a été montée en 1998 par Richard « j’ai attrapé un coup d’soleil » Cocciante et Luc Plamondon, parolier canadien qui avait déjà fait un carton dans les années 1980, avec Starmania, autre comédie musicale culte.

La trame de l’histoire suit globalement celle du roman : au XIXème siècle, les bohémiens débarquent à Paris. Claude Frollo, archidiacre de la cathédrale Notre-Dame (un homme d’Église, en bref), demande au capitaine Phoebus de les chasser. Malheureusement pour lui, Phoebus, qui doit se marier, tombe amoureux d’Esmeralda. Frollo lui-même a un gros faible pour elle, que l’Église lui interdit de concrétiser. Sans parler de Quasimodo, le bossu qui sonne les cloches et que Frollo a recueilli à la naissance. Le scénario a l’issue dramatique que l’on connaît.

Tu le sais sans doute, Notre-Dame de Paris a été un triomphe auprès du public, y compris à l’international. La comédie musicale permis de révéler quelques futures grandes stars de la chanson française des années 2000 : pas sûr que Garou aurait hissé la grand-voile Sous le vent, Patrick Fiori et son accent corse explosé auprès du public, ni qu’Hélène Ségara aurait pensé qu’Il y a trop de gens qui t’aiment, si on ne les avait pas si fortement identifiés à leurs personnages.

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Force est aussi de constater que près de vingt ans après leur sortie, les chansons de Notre-Dame de Paris ont pris beaucoup moins de rides que leurs interprètes. Et pour cause : plutôt que de coller bêtement à l’histoire originale, certains textes sont teintés d’une conscience politique qui entrait et entre encore en résonance avec l’actualité et les sujets de société :

« Nous sommes
Des étrangers
Des sans-papiers
Des hommes
Et des femmes
Sans domicile »

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Émilie Jolie, leçon de vie insoupçonnée

J’ai longtemps cru que Notre-Dame de Paris était la première comédie musicale à laquelle mes oreilles s’étaient frottées dans l’enfance, mais c’est faux. Avant, bien avant Quasimodo et Esmeralda, il y a eu Émilie. En 1979, après quelques chansons remarquées, Philippe Chatel, compositeur français, écrit un conte musical pour sa fille. Ce sera Émilie Jolie, qui raconte l’histoire d’une petite fille dans une chambre vide, dont les parents sont visiblement absents…

Émilie s’ennuie, plonge dans les pages de son livre d’images et atterrit alors dans un univers de type Alice au Pays des Merveilles. Des lapins, des oiseaux, une sorcière, un extra-terrestre, un coq, un âne : la jeune fille rencontre un véritable bestiaire musical, doté de la parole. Elle va aussi donner de sa personne pour aider tous ceux qu’elle rencontre sur son chemin.

La première version a été enregistrée par des grands noms de la chanson française de l’époque : Julien Clerc, Henri Salvador, Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Robert Charlebois, Eddy Mitchell, Louis Chédid, Alain Souchon et Laurent Voulzy, Yves Simon, Isabelle Mayereau et Georges Brassens ! Et le succès a été immédiat, a tel point que le conte a été transformé en film et en pièce de théâtre quelques années après.

Si le pseudo de l’héroïne est un peu cucu-la-praline, Émilie Jolie est une histoire plus complexe qu’il n’y paraît. D’abord parce qu’elle met des petits taquets dans les dents du traditionnel conte à la Disney : la sorcière n’est pas vraiment méchante, et elle finit avec le Prince charmant, qui a été dessiné un peu à l’arrache par le narrateur, et qui n’a donc pas tout l’attirail qu’il faudrait, « sans carrosse et sans cheval blanc », comme il le dit lui-même.

Le scénario délivre aussi quelques messages plutôt sympas aux enfants : Émilie prend en pitié le hérisson, car se moquer de la différence, c’est moche, elle ramasse le petit caillou trop seul qui devient son ami, preuve qu’il faut s’ouvrir aux autres, et le Grand Oiseau lui explique qu’il faut profiter de tous les moments de la vie sans vouloir grandir trop vite.

Émilie Jolie est enfin d’une grande richesse musicale et poétique, que tu ne captes pas forcément à six ans, trop occupée à jouer à la compagnie des lapins bleus avec tes potes. Les baleines sont des « baleines de parapluie », l’extra-terrestre monte la gamme à partir du A440 (la fréquence de la note du la), et le loup chante du blues tandis que l’autruche bat de l’aile sur du jazz. Bref, si l’histoire et ses costumes sont plutôt destinés aux enfants, Émilie Jolie se réécoute très bien quelques dizaines d’année plus tard et hors scénario.

Roméo et Juliette, l’eau de rose nostalgique

À dix ans et des pâquerettes, mes petits potos chantaient sans complexe (et sans y comprendre grand-chose) que « Nous on fait l’amour on vit la vie, jour après jour, nuit après nuit ». Et oui, à l’aube des années 2000, le CD de Roméo et Juliette, De la haine à l’amour tournait à pleine balle sur tous les baladeurs familiaux. En surfant sur le succès des comédies musicales qui se multipliaient depuis Notre-Dame de Paris, le compositeur Gérard Presgurvic a écrit cette oeuvre, inspirée de la pièce dramatique de William Shakespeare, Roméo et Juliette (quelle recherche dans les titres, dites).

Le scénario nous plonge donc en plein coeur de Vérone, où s’affrontent les familles Capulet et Montaigu depuis des générations. Poussé par ses amis, Roméo, le fils des Montaigu, atterrit dans un bal organisé par les Capulet. Comme de par hasard, il tombe amoureux au premier regard de Juliette, la fille des Capulet. Tybalt, cousin de Juliette et secrètement amoureux d’elle, les dénonce.

Les deux amoureux arrivent tout de même à se marier en secret, mais Mercutio, l’ami de Roméo, est tué par Tybalt lors d’un duel, lui-même tué par le héros dans un acte de vengeance. Roméo est banni. Juliette ingère un poison pour se faire passer pour morte, mais son époux la croit décédée et se suicide, et elle en fait autant.

À son époque, Roméo et Juliette était le grand concurrent de deux comédies musicales du même genre : Les Mille et Une Vies d’Ali Baba, dont on a connu surtout le visage de Sonia Lacen, et Les Dix Commandements, de Pascal Obispo, porté par la chanson Le Dilemme. Au final, c’est sans doute les paroles bien calibrées pour te rentrer dans le crâne de Gérard Presgurvic qui ont eu la peau des deux autres oeuvres. Preuve de sa capacité à survivre, la comédie musicale a été représentée dans une nouvelle version et avec de nouveaux interprètes en 2010.

Malheureusement, aucun•e des interprètes originaux de Roméo et Juliette n’a vraiment percé par la suite. Cécilia Cara, a.k.a Juliette, s’est tout de même bien débrouillée ! Elle a fait un duo avec Florent Pagny, avec Ronan Keating, a fait un détour par le cinéma, un autre par le théâtre, a intégré la troupe des chanteurs a capella Voca People, et tourne encore sur des comédies musicales. Damien Sargue, lui, n’a pas trop réussi en solo, mais il a participé à la deuxième version de Roméo et Juliette, et a esquissé quelques pas à l’émission Danse Avec Les Stars.

C’est peut-être parce qu’ils étaient très jeunes à l’époque où ils chantaient qu’« Aimer, c’est ce qu’il y a d’plus beau », mais j’ose croire que le public a gardé une certaine sympathie pour les deux interprètes principaux. Et même si Roméo et Juliette était un peu guimauve, il y aura toujours un karaoké pour s’en souvenir au même titre que des chansons de Céline Dion.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lullabulle
    Lullabulle, Le 14 avril 2016 à 20h46

    J'étais fan de Roméo et Juliette (j'étais en 5°!)^^ Nostalgie, nostalgie!

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