Pour une mode sans fourrure, la lutte continue

Aujourd'hui, Cherrycordia vous explique pourquoi elle est contre la fourrure dans la mode, et vous montre toutes les alternatives qui existent avec une petite interview de Manuela, styliste !

Pour une mode sans fourrure, la lutte continue

Depuis toute petite, j’aime la mode autant que j’aime les animaux. Mon message aux créateurs est donc simple. Je ne leur demande pas de justifier ou renier tous les choix qu’ils ont faits car je ne peux juger les motivations et pressions qui en sont à l’origine. Je les invite simplement à se rappeler qu’ils sont humains, et que comme tout être humain, ils évoluent constamment au fil de leur expérience et de leurs prises de conscience. Qu’ils ont le droit de remettre leurs décisions en question. Ils ont le droit de devenir sensibilisés à de nouvelles causes et de prendre de nouveaux chemins sans compromettre leur histoire ni leur créativité. Car cette créativité qui nous éblouit depuis des décennies a le potentiel et les possibilités pour nous éblouir encore sans torture animale.

90 millions d’animaux tués par an

La fourrure est produite un peu partout dans le monde, France inclue, mais certains pays ont une production de plus grande ampleur. La Finlande est le premier pays producteur de fourrure de renards, la Chine est tristement célèbre pour ses fermes à fourrure de lapins tandis que le Danemark et le Canada sont spécialisés en fourrure de visons. Qu’il s’agisse des lieux de production les plus connus ou des milliers d’autres, ils ont tous quelque chose en commun : la torture des animaux.

Cages minuscules et miteuses, entretien inexistant, méthodes d’abattage primitives… On pourrait penser que cette industrie est strictement contrôlée dans nos pays occidentaux et modernes, mais ne nous leurrons pas ; ce n’est pas pour rien qu’on retrouve du cheval étiqueté « boeuf » dans nos lasagnes.

Certes, la Chine a une règlementation inexistante en matière de protection animale et n’importe qui peut décider d’ouvrir une ferme à fourrure en charcutant les animaux comme il l’entend. L’Europe n’a cependant rien à lui envier avec des usines tout aussi sales et négligées. À côté des élevages, on trouve également la capture dans la nature, pour laquelle plus de 5 millions d’animaux par an agonisent des heures voire des jours dans les pièges. En plus des espèces ciblées, de nombreuses autres se prennent dans ces pièges par erreur.

La production de fourrure rapporte plusieurs dizaines de milliards de chiffre d’affaires par an et coûte des millions de vie. Les fabricants, comme les créateurs, s’entêtent à minimiser l’impact de cette industrie où la transparence n’est pas de mise. Et il faut malheureusement l’admettre : ça fonctionne ! Bien souvent, nous sous-estimons les pratiques qui se cachent derrière les vêtements mais pire, nous sous-estimons l’étendue de la fourrure. Elle ne se trouve pas seulement dans la haute couture ou les magasins spécialisés, elle est désormais commercialisée dans nombre de marques mainstream à notre insu. Le plus souvent en lapin, une fourrure devenue très abordable grâce à la production chinoise de grande échelle, elle sert alors à accessoiriser les vêtements (cols, manches, gants, bonnets…). Il est donc fréquent de confondre fausse fourrure et vraie fourrure en supposant qu’un prix abordable implique forcément du synthétique. Attention donc à bien lire les étiquettes en choisissant votre parka car derrière chaque morceau de fourrure, aussi petit soit-il, se cache la même réalité.

Dans les élevages en batteries du même type que ceux des poulets, les animaux sont confinés les uns sur les autres leur vie entière. Les cages entièrement grillagées mutilent progressivement leurs pattes et les empêchent de se mouvoir dans le peu d’espace disponible. Cette proximité couplée au manque d’hygiène et de soins génère, outre le stress intense, de multiples blessures et infections en tous genres ; morsures, cannibalisme et comportement atypiques pour les plus chanceux quand les autres finissent infestés de vers ou ne survivent pas jusqu’à l’abattage. La mort ressemble alors à une délivrance, sauf que les techniques d’empoisonnement, étourdissement et gazage sont si légères et mal menées que la moitié des animaux sont encore conscients lorsqu’on les dépèce. Ils sont encore capables de se mouvoir légèrement sans leur peau une fois jetés sur l’amas de cadavres et leur coeur peut continuer de battre plusieurs minutes…

Certains pays ne prennent même pas les méthodes de pré-extermination en compte, et se contentent d’écorcher vivants les animaux ou de leur écraser fortement la tête pour les maintenir, quand ils ne l’explosent pas au sol. Et parce que l’industrie ne manque jamais d’imagination, il existe même de la fourrure de foetus, à savoir d’agneau avorté dont la mère est violemment massacrée les derniers jours de sa gestation. Il y a là de quoi inspirer les producteurs de Game Of Thrones pour au moins quinze saisons.

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Mmoui, magnifique ce pelage, il y a du potentiel !

Entre prestige et prise de conscience

Ancestrale et présente depuis l’an -60 000, la fourrure est d’abord reconnue pendant des millénaires comme un tissu fort utile pour se protéger du froid. Pas étonnant donc qu’elle se développe énormément en Russie dans la seconde moitié du premier millénaire après Jésus Christ. Par la suite, son prix et son inaccessibilité la transforment peu à peu en un produit de luxe réservé à la noblesse et l’aristocratie. Des siècles plus tard, c’est toujours ainsi que le milieu de la haute couture veut la revendiquer.

Alors qu’en 1920, la première fausse fourrure en poils d’alpaga est tissée, la vraie ne recule pourtant pas. Derrière ce phénomène, on trouve des marques comme Fendi qui en font leur emblème dans les années 30 et la positionnent comme le summum du prestige. Elle connait pour ainsi dire un âge d’or dans les années 60 et 70 ; star des photoshoots et pièce indispensable dans le dressing de la bourgeoisie, elle se veut ouvertement authentique. C’est le paradoxe le plus triste de cette industrie de la mode pourtant si chère à mes yeux : parce que pendant des millénaires on a utilisé des matières animales faute de substituts, toutes les alternatives modernes et synthétiques sont présentées comme « cheap » – et cela vaut aussi pour le cuir.

On vante la « tradition » et le « savoir-faire d’antan » comme ce qui peut se faire de mieux, un peu comme s’il valait mieux s’enrubanner des kilomètres de tissus sous la jupe pendant nos règles au lieu de mettre une cup, ou éjecter nos dents cariées à coup de burin parce que c’est ainsi qu’on a procédé pendant des siècles. Le progrès et l’innovation ne sont-ils pourtant pas stimulants pour générer du style et de la créativité ?

Les années 80 ont vu naître la PETA aux États-Unis, et avec ses campagnes chocs et transparentes. Pour la première fois, la demande de fourrure a baissé significativement. Des partenariats avec des stars mondiales telles que Paul McCartney et Kim Basinger ont suivi, ainsi qu’avec plusieurs « supermodels » et le célèbre slogan « Je préfère être nue que porter de la fourrure ». Les ambassadeurs de la PETA pénètrent alors les showrooms comme Calvin Klein et les événements du milieu pour confronter les décisionnaires à la réalité de l’industrie de la fourrure. Cela fonctionne un temps, avant un retour fulgurant sur les podiums dès la fin des années 90.

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Derrière ce revirement, ce sont les créateurs en déclin qui souhaitent redorer leur blason à travers des matériaux dits de luxe. Avec le recul, on s’interroge également sur le revers de la propagande anti-fourrure qui a précédé et ses méthodes parfois extrêmes. On reproche aux activistes d’avoir été trop loin et d’avoir véhiculé une mauvaise image des défenseurs des animaux. On remet également en question la nudité des porte-paroles et le message qui en est réellement retenu par le public.

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(Via)

À l’heure actuelle, les alternatives synthétiques se font toujours plus sophistiquées et douces mais peinent malgré tout à percer car l’industrie de la fourrure est à son paroxysme. En parallèle de la revendication des marques de luxe et des défilés spécialisés tel le « Haute fourrure » de Fendi et Chanel le 8 juillet dernier, des améliorations s’effectuent continuellement.

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En février 2015, le géant du textile Inditex, propriétaire de Zara, a ainsi officiellement annoncé le bannissement de la laine angora dans ses produits. Cette décision faisait suite à la diffusion de reportages infiltrés dans les exploitations chinoises. On voyait comment les poils sont arrachés aux lapins angoras vivants, hurlant de douleur avant d’être remis en cage le temps que les poils repoussent. Comme souvent, la motivation première a été d’étouffer un scandale et non pas une prise de conscience éthique, mais malgré tout, c’est le résultat qui compte.

Soixante-dix grandes marques et distributeurs, dont Asos, Topshop et French Connection, ont déjà cessé tout usage de l’angora. Début juillet 2015, c’est Hugo Boss qui a fait le serment de ne plus recourir à la fourrure dans ses défilés futurs, marchant ainsi sur les pas de Stella McCartney, Tommy Hilfiger et Calvin Klein. Enfin, Greenpeace a lancé la semaine passée sa campagne « Save The Artic » en collaboration avec plus de soixante célébrités comme la créatrice Vivienne Westwood, également partisane du mouvement anti-fourrure. Avec des gouttes d’eau dans l’océan mais une évolution constante, la lutte s’annonce encore longue et intense pour en finir avec ces pratiques. Heureusement les voix s’élèvent, toujours plus fort, pour clamer le respect de la vie.

Mode et amour des animaux : Manuela, styliste, choisit les deux

Manuela, ma professeure de stylisme en Italie, m’a d’emblée éblouie par son œil avisé, son sens du style et son ouverture d’esprit. Mais c’est lorsqu’elle a commandé une pizza sans fromage au restaurant que j’ai tilté. À Rome, personne ne demande à enlever le fromage d’une pizza, à moins que… Devant mon air intrigué, Manuela m’a confirmé qu’elle était végane. Depuis que j’ai choisi d’entrer dans cette industrie, je me demandais si j’arriverai à faire carrière en préservant mes convictions et elle m’a prouvé que c’est possible.

Végétarienne depuis plusieurs années, sa transition vers le véganisme est plus récente :

« Quand j’ai fait ce choix, je travaillais déjà dans la mode. Mais ça n’a rien empêché, car à ce stade de ma vie, c’était une évidence pour moi. Faire cette transition était bien plus qu’un changement d’alimentation : être végane, c’est prôner un respect à 360 degrés du monde animal, du monde tout court. Être constamment conscient•e•s de ce qu’on mange et de ce qu’on achète. »

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C’est une nouvelle voie en ligne avec des idées présentes depuis longtemps, mais effectivement pas toujours facile à appliquer dans une industrie très peu portée sur le bien-être animal. Avec une longue carrière de styliste et merchandiser derrière elle, c’est avec sincérité et sans tabou qu’elle admet avoir quand même cédé à l’usage de la fourrure quelques fois pour satisfaire des clients. Des compromis qu’elle regrette mais qu’elle assume, plus déterminée que jamais à ne plus y avoir recours.

« Je ne pourrais plus travailler avec de la fourrure ou du cuir. Dans mon travail, j’encourage à travailler avec des matériaux substituts, mais malheureusement je n’ai pas toujours réussi à les faire apprécier et reconnaître à leur juste valeur. Je ne renonce pas pour autant. C’est selon moi l’essence même de mon statut de végane dans la mode : l’esthétique ne doit pas primer sur la vie de quel qu’être vivant que ce soit. Et ce n’est pas pour autant y renoncer : il existe désormais tellement d’alternatives avec lesquels travailler, créer. La fourrure a longtemps représenté la richesse et le pouvoir. Mais les choses évoluent. Personnellement, rester ainsi bloqué•e•s sur l’idée d’un luxe antique me semble vraiment peu avant-gardiste. »

Elle déplore le manque d’intérêt de l’industrie de la mode pour les questions éthiques et écologiques au sens large, au profit du prestige et de l’image. Comme expliqué plus haut, on fait désormais face à de nouveaux défis avec un marché de la fourrure parallèle et mainstream qui la rend plus omniprésente que jamais :

« La situation s’est aggravée avec l’ouverture au marché chinois et l’importation de fourrures à bas coût. Le nombre d’espèces exploitées et exterminées à ces fins a donc augmenté en même temps que la demande. Un produit de luxe est ainsi devenu un produit de masse et aujourd’hui, la vraie fourrure est présente un peu partout, le plus grave étant que nous n’en avons pas toujours conscience. Il faudrait réellement de la transparence, une information honnête et accessible sur tous les arguments aux consommateurs pour prendre conscience des enjeux. »

Elle donne un discours inquiet face à une situation complexe, mais elle n’en reste pas moins positive pour l’avenir :

« Aujourd’hui indépendante, je me sens capable de choisir comment et avec quoi travailler, d’assumer tous mes choix. Mais ce que je souhaiterais réellement, c’est un changement global dans le secteur. Un changement visant à optimiser l’usage des nombreux matériaux alternatifs à travers la créativité puissante et croissante qui sert la mode depuis toujours. Je me sentirais ainsi, plus qu’une designer cohérente, une cliente végane plus satisfaite, une femme qui aime les animaux et la mode et voudrait de tout son cœur une mode « cruelty-free ». À ceux qui me disent que mon rêve est une utopie, je réponds souvent : « Si tu ne peux pas tout faire, tu peux quand même faire quelque chose. » »

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(Via)

C’est là le plus important : agir à sa mesure, car chaque geste, même le plus petit, compte. Végane ou non, sensible à la cause animale ou non, consommateur ou non de fourrure, il n’est jamais trop tard pour s’ouvrir à une cause. Cuir de vache et de chien, peau de crocodile et de serpent, laines en tous genres… Soyons honnêtes, il reste encore de nombreuses problématiques à résoudre pour atteindre un « respect des animaux » à proprement parler dans la mode. Non, la fourrure n’est pas le seul problème, mais elle représente l’une des industries de torture animale les plus puissantes et on peut s’y opposer sans trop de contraintes.

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C’est donc un choix à la portée de tous qui peut sauver des millions d’être vivants, et c’est une première étape vers une mode plus éthique. Ne pas acheter, c’est ne pas cautionner et véhiculer le message que la mode n’a pas besoin de vraie fourrure pour nous éblouir. Alors pour tou•te•s ceux et celles qui pensent que style et respect des animaux sont un mix & match possible et très bien assorti, disons non à la fourrure !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Freehug
    Freehug, Le 11 août 2015 à 4h06

    @marion-perso : je suis extrêmement choquée par ton message, vraiment. Tu as fait quoi hier ? Tu as mis...quoi ? Un PULL ??!? Help, je suis en train de fondre ici à Paris ! Échangeons nos maisons, s'il te plaît !

    ......................

    Blague à part, je trouve que l'article a eu raison de se focaliser sur la fourrure parce que d'une part, les alternatives sont déjà largement utilisées (le synthétique : c'est doux, agréable, plus hygiénique, je ne trouve pas que ça encourage le port de vraie fourrure, il faut juste durcir la législation sur l'étiquetage), et d'autre part, presque personne n'a les moyens d'en porter de la vraie. Donc pourquoi ne pas arrêter de l'utiliser, point ? En plus, les animaux concernés ne servent même pas à nourrir des gens après, c'est vraiment de la torture sans aucun intérêt. Pour des Inuits qui chassent eux-mêmes et vivent par -20°C, encore je veux bien, mais pour nous Occidentaux aux logements chauffés et qui considérons un hiver à -5°C comme "rude", euh stop non ? Pour le cuir et la laine, c'est plus compliqué, il faudrait un autre article je pense.

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