Le « Manuel Bioéthique », ce livret anti-choix diffusé dans… un lycée

Un Manuel Bioéthique édité par la Fondation Lejeune diffuse des informations erronées sur la contraception et l'avortement. C'est une lycéenne qui dénonce le procédé, choquée d'avoir trouvé ce livret dans son établissement.

Le « Manuel Bioéthique », ce livret anti-choix diffusé dans… un lycée

Marie ne s’appelle pas vraiment Marie, mais elle ne tient pas à être reconnue. Elle est scolarisée dans un établissement privé catholique, sous contrat avec l’Éducation Nationale. Au téléphone, elle m’assure que son lycée est « plutôt laïque », là n’est pas le problème.

C’est plutôt côté information sur la contraception et l’accès à l’avortement que la jeune fille a eu une surprise fort désagréable. Elle m’explique avoir trouvé, parmi les brochures et les magazines mis à disposition des lycéen•nes sur l’espace « Vie scolaire » de l’établissement, un « Manuel Bioéthique » au contenu extrêmement dérangeant.

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« J’étais choquée », raconte la lycéenne

« J’étais choquée », m’explique-t-elle, en découvrant le contenu de ce livret, présenté de façon ludique et ciblant précisément un public jeune.

En effet, le « manuel » mêle des contre-vérités sur la contraception et l’avortement, mélange des informations voulues objectives avec des jugements de valeurs, et illustre ces développements de dessins « mignons » portant des messages anti-choix, ainsi que de témoignages de jeunes filles traumatisées.

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Ambiance.

La Fondation Lejeune, « pour la défense de la vie »

C’est la Fondation Lejeune qui édite ce « manuel », un organisme qui définit dans l’une de ses missions :

« La défense de la vie, du respect de la dignité du patient, avec un souci permanent d’éthique et de solidarité active, du commencement de la vie à la mort. »

C’est au niveau de la définition du « commencement de la vie » que ma notion de la « défense de la vie » diffère de la leur, j’imagine. En effet, comme on peut le lire dans ce Manuel Bioéthique, la Fondation Lejeune critique fortement la pratique des diagnostics prénataux.

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C’était déjà la Fondation Lejeune derrière cette campagne sur la trisomie 21, qui sous couvert de message « feel good » honorable, faisait la promotion d’idées anti-choix. Il suffit de feuilleter les pages du Manuel en question pour comprendre très vite les positions de la Fondation au sujet de la contraception, de l’avortement, et des diagnostics prénataux.

Petit échantillon…

« La mentalité contraceptive » et « la dérogation » du droit à l’avortement

Je peux comprendre les personnes qui préfèreraient qu’on n’ait pas besoin de recourir à une interruption volontaire de grossesse, à condition que ces mêmes personnes fassent une égale promotion de l’accès à l’information et à la contraception. Après tout, quel meilleur moyen d’éviter une grossesse non désirée que d’avoir une contraception adaptée à sa sexualité ? (Ça ne confère pas l’immunité totale, mais ça diminue considérablement le risque de grossesse accidentelle.)

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Ce Manuel de la Fondation Lejeune accuse certaines méthodes contraceptives d’être abortives, ainsi que la « mentalité contraceptive » de favoriser les avortements : on y lit notamment que le recours à la contraception « favorise les relations sexuelles avec des partenaires multiples, dans des relations instables ».

Oui, parfois, et ? Merci de vous occuper de VOS vies sexuelles, et de bien laissez les autres vivre leur sexualité, ou ne pas avoir de sexualité, sans vous en mêler. Cordialement.

À lire aussi : « Ma chère fille, j’espère que tu auras une vie sexuelle épanouie. »

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Une certaine notion de l’éthique

Au chapitre IVG, on peut lire que :

« Malgré leur banalisation, et une pratique « de convenance », l’IVG et l’IMG étaient donc des dérogations encadrées [au droit au respect de l’être humain dès le commencement de sa vie], et non des droits. »

Si seulement ces discours auto-proclamés « pro vie » défendaient les femmes qui meurent chaque année des suites d’avortements clandestins avec la même vigueur qu’ils défendent le droit des enfants à naître ! J’aimerais bien qu’on m’explique un jour pourquoi les vies de toutes ces femmes passent au second plan dans ce débat.

Car il faut bien rappeler qu’interdire ou même criminaliser l’avortement n’empêche pas les femmes d’avorter : cela empêche juste les femmes d’avorter dans de bonnes conditions, et donc de risquer leur santé voire leur vie.

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La Fondation Lejeune assume

Contactée par le Huffington Post, la Fondation Lejeune « ne comprend pas la polémique » :

« Ce manuel a été écrit par des médecins, des juristes, des philosophes. On y expose de manière objective la question de l’avortement », expliquent-ils au HuffPost.

« Nous n’avons jamais eu de souci, assurent-ils aussi. Ce n’est pas comme si c’était diffusé dans un centre de planning familial. Lorsque l’on met ses enfants dans un établissement catholique, pourquoi s’en étonner ? C’est la position de l’église sur l’avortement. »

Ah. Pas sûre que ce soit néanmoins la réaction de tous les parents catholiques face à cette information…

Laurence Rossignol réagit

Marie a pris en photo quelques passages édifiants de ce fameux Manuel Bioéthique, qu’elle a ensuite transmises à l’illustrateur Nawak, engagé aux côtés du Planning Familial dans la campagne #CeciNestPasUnCintre pour la défense du droit à l’avortement.

Le dessinateur a partagé les clichés sur sa page Facebook, en rappelant que sur la photo de famille publiée sur la page « Équipe » de la Fondation Lejeune, on peut apercevoir une certaine Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif Pour Tous. Tiens donc. Intéressant…

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Laurence Rossignol, la ministre de la Famille, de l’Enfance et des Droits des Femmes, a interpellé Nawak sur Twitter, afin d’obtenir plus d’information sur la provenance de ce Manuel Bioéthique visiblement en accès libre dans un lycée.

Et sinon, l’éducation sexuelle, on en parle ?

Tant que j’avais Marie au bout du fil, j’en ai profité pour lui demander si en dehors de ce prospectus très douteux, elle avait eu des séances d’éducation sexuelle au cours de sa scolarité. Elle a répondu de façon catégorique.

« Je n’ai jamais eu de cours d’éducation à la sexualité. »

Et pourtant, ce serait pas mal que l’Éducation Nationale se mêle vraiment d’apporter une information saine et objective autour de la contraception, ne serait-ce que pour contrer les récentes offensives de propagande anti-choix

Alors, à quand une véritable éducation sexuelle pour les jeunes en France ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Liza Radley
    Liza Radley, Le 5 octobre 2016 à 18h57

    Sur ton 1er paragraphe je suis d'accord, c'est ce que je dis aussi dans mon message : interdire l'avortement ne relancera pas la natalité et sera même probablement contre-productif. Pour autant, le problème de la dénatalité demeure absolument incontournable et pendant que les féministes/féminismes refusent de s'y confronter, il faut être bien conscient que d'autres prennent ce problème en charge pour elles. Non pas parce qu'on les empêche de parler, elles ont tout loisir de le faire. Mais simplement, elles n'ont rien à dire sur le sujet - à part répéter des slogans des années 60 comme des mantras. Au vue des enjeux et des conséquences qui se font déjà sentir, les slogans, aussi vibrants et fédérateurs soient-ils, sont vains. On ne peux plus continuer à réfléchir avec un logiciel vieux de plus de cinquante ans, c'est tout simplement jouer contre son camp.

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