Les mignons petits malentendus de la relation mère-fille en période d’adolescence

À l'occasion de la fête des mères, Émilie Laystary revient avec humour sur tous ces mignons malentendus qui jalonnent le rapport mère-fille lors de l'adolescence.

Les mignons petits malentendus de la relation mère-fille en période d’adolescence

Le cycle de la vie est-il un éternel recommencement ? Passé outre ce que le Roi Lion nous apprend de la chose, je vous donne rendez-vous dans une vingtaine d’années quand vous serez Maman, et je vous le donne en mille : vous serez aussi indignées (devant le comportement de vos enfants rebelles) que vos mères l’ont été (devant vos pitreries d’adolescentes). Si si si.

Oh quoi, ne faites pas la mauvaise tête, et souvenez-vous avec tendresse de tous ces malentendus inhérents à votre croissance et maturation – ils ont été presque aussi inéluctables que la poussée de vos seins et l’arrivée de vos règles.

Vous étiez en mal d’indépendance, elle était raidie par la peur de vous voir prendre la mauvaise voie. Vous vous sentiez bohème, elle se sentait délaissée. Vous disiez être incomprise, elle subissait vos sautes d’humeur. Vous détestiez recevoir des ordres, elle aimait vous donner des conseils. Vous la décriviez comme guindée dans ses principes, elle vous voyait comme une jeune fille encore trop impulsive.

Récit rétrospectif de ces situations (dont on peut rire maintenant qu’on a pris son indépendance et que Maman est devenue une copine, une vraie). Dans 50% des cas, c’est vous qui abusiez. Dans les 50 autres, c’est Maman qui stressait trop.


L’épisode de la garde à vue (ou comment Maman a appris à relativiser)

J’avais 13 ans et demi, c’était l’été avant ma rentrée en seconde. On faisait une soirée chez un pote qui avait « sa case de libre » (ses parents étaient en weekend). Après quelques verres de Manzana bien diluées, mes potes fermement décidés à s’encanailler, me proposent une escapade dans la zone d’industrielle d’à côté, des bombes de peinture plein le sac à dos. Je les suis (« chouette, une mission nocturne ! »), on a le temps de tagger 3 conneries, de rigoler 10 minutes, puis on se fait embarquer par une fourgonnette de police, comme des débutants. Garde à vue de plusieurs heures, jusqu’à ce papa-maman viennent m’extirper de cette cellule moite où on m’avait foutue, sans écharpe ni lacets (ça aurait été dommage que je me suicide, attendez).

La réaction de Maman : « Dans 1 mois, Émilie rentre au lycée. Cet incident annonce t-il le début d’une adolescence tumultueuse où fugue, MDMA, jean troué et whisky-coca sans coca seront les maîtres mots ? Ma fille est-elle en train de nous lancer une mise en garde, perchée sur la pente névrotique de la perdition et des moeurs de bas fonds ? »

Ma réaction : « Mais Maman, une GAV, c’est tellement RIEN si ton casier judiciaire reste vide après ! Arrête de faire ta réac’, sérieux. Ah mais ce rigoriiisme, j’te jure… ça me tue. »

Aujourd’hui : Maman est forcée de constater que je ne suis pas devenue une junkie. Et moi, d’admettre que faire venir mes parents au commissariat de Roubaix un samedi à 4h30 du matin alors que j’ai même pas 14 ans, c’est très moyen.

La réalité des seins (ou comment je me suis appropriée la leçon d’Erasme : « Le bonheur consiste principalement à s’accommoder  à son sort, à vouloir être ce que l’on est »)

J’avais 15 ans et une soirée où je mourrais d’envie d’aller. Mes parents en avaient décidé autrement : ce soir, c’est repas de famille chez ma tante. Je suis dans la salle de bain avec Maman, elle enlève son tee-shirt pour enfiler une robe de circonstance. Dans le miroir au dessus du lavabo, nos regards se croisent : « Maman, tu crois que j’aurai ta poitrine, un jour ? »

La réaction de Maman : « Ahahah, non je ne crois pas. Ils grossiront encore dans les années à venir, mais vu leur taille alors que tu es déjà au milieu de ta puberté, je crois qu’ils seront de toute façon plus petits que les miens »

Ma réaction à l’époque : « LA-DÉ-PRI-ME. Je ne peux affronter la vie que forte de cet attribut classique de la féminité : des boobs de feu. Nan mais attend, toute ma vie on va me prendre pour un GARÇON ?! » (à imaginer avec la voix la plus paniquée du monde)

Aujourd’hui : Je ne mets peut-être pas du D chez Triumph, mais mes petits seins mignons sont les plus beaux dans du B chez Princesse Tam Tam !

La chambre jamais rangée (ou comment je me suis résolue à m’astreindre à un minimum d’ordre)

J’adorais déambuler dans ce que j’appelais « mon bordel organisé ». Mes jeans recouvraient à ce point le sol que j’en avais presque oublié qu’il était fait de parquet flottant, mes magazines me servaient de tables de nuit poussiéreuse (3 piles = 3 tables de nuits, Mac Gyver c’était moi). Mes vêtements étaient roulés en boule dans ma garde-robe et les mots de mes copines recouvraient pêle-mêle le mur au dessus de mon bureau, à droite de mon tableau Velleda à private joke (« l’éléphant à lunettes homosexuel avec le prof de maths triple anus au menton – délire avec Laura, 22/01/2002, cours de vie de classe » => HEIN?) Sans parler des petites cultures de micro-organismes que j’expérimentais bien malgré moi (si vous ne voyez pas de quoi je parle, essayez de laisser traîner plusieurs mois une brioche Doowap trempée dans du lait, et on en reparle).

La réaction de Maman : « Comment tu peux réviser ton bac dans tout ce désordre ? Tes fiches d’histoire sont mélangées aux pages recette de Cosmo. »

Ma réaction à l’époque : « Maman, tu veux pas arrêter d’être engoncée dans ton conformisme ? Tu connais Nietzsche et sa théorie du chaos : « l’excès d’ordre amène le désordre ». Mon moi artistique a besoin de s’exprimer. Et il s’étale dans ma chambre pas rangée, c’est comme ça, alors ne te mets pas en travers de ma créativité s’il-te-plaît. »

Aujourd’hui : Je me suis débarrassée de mes oripeaux de fausse enragée. J’ai 23 ans aujourd’hui, et 5 classeurs pour ranger mes quittances de loyer, papier d’assurance, dossier de scolarité et papiers administratifs. Sinon je ne m’en sors pas, D’ACCORD.

L’anecdote string apparent au dessus du baggy (ou comment j’ai finalement appris à avoir du recul sur le concept d’esthétique vestimentaire)

Je portais des jeans Carhartt super larges et amples, parce que j’étais « à fond dans » les skateurs. Je me suis mise à porter des strings, parce que je trouvais ça classe sur Heather Locklear. Un jour, j’ai osé porter les deux en même temps.

La réaction de Maman : « Prend du recul sur l’association de ces 2 modes, et réalise qu’elle est de très mauvais goût. »

Ma réaction à l’époque : « Maman, pourquoi tu veux toujours ENTRAVER ma féminité et PORTER ATTEINTE à ma liberté d’expression vestimentaire ? Je pourrais exiger d’avoir un piercing à l’arcade sourcilière ET à la langue, comme Esther, estime toi heureuse ! Et en plus, sa mère ne lui dit rien, à elle. »

Aujourd’hui : J’admet que Maman n’était pas un bourreau bafouant le respect des droits de l’homme, juste une personne de bon sens. Je veux revenir en arrière et convaincre la jeune fille que j’étais que, dans pareilles circonstances, le port de la ceinture est obligatoire.

En bref

Quand Maman exagérait dans son stress, moi j’étais laxiste dans mon jemenfoutisme. Quand Maman essayait de me raisonner, moi je refusais tout net le concept d’autorité. L’adolescence est parfois le théâtre d’une amplitude thermique sentimentale jamais égalée, entre une maman qui cherche à protéger sa fille, et sa fille qui, de fait, cherche à lui échapper. Et si j’en crois l’actuel comportement de ma petite soeur avec ma Maman, j’en conclue qu’on est tous des enfants ingrats, avant de devenir à notre tour, des parents inquiets. L’éternel recommencement susnommé, donc.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ptitenmerdeuse
    Ptitenmerdeuse, Le 25 juillet 2014 à 3h15

    Heu comment dire j'ai 15 ans je n'est jamais été en garde à vie, j'ai jamais mis les pieds dans une soirée et je ne met pas de string. Daccord c'est vrai ma chambre ressemble plus à une poubelle qu'autre chose mais comment mes parents peuvent oser dire que je suis une plaie ? ^^

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