Mademoiselle se meurt, par François Morel

Ce matin, le billet de François Morel sur France Inter avait la disparition de "Mademoiselle" comme sujet principal. Forcément, ça nous parle.

Mademoiselle se meurt, par François Morel


(Ce matin, une lectrice nous a envoyé un mail pour nous inviter à écouter le billet de François Morel sur France Inter, accompagnant sa recommandation par ces quelques mots :

J’ai trouvé ce qu’il disait sur la signification de mademoiselle assez juste et j’ai pensé au site parce que la description des mademoiselles qu’il fait me parait assez proche de celle que vous défendez.

Merci à elle pour sa réactivité et pour avoir aussi bien cerné l’esprit du site !)

« Mademoiselle se meurt, Mademoiselle est morte, on ne la reverra plus. »

C’est par ces mots qu’a commencé la chronique de François Morel sur France Inter ce matin, où il y déplorait la disparition de « Mademoiselle ».

Après l’argument classique de l’étrangeté d’appeler une adolescente madame, le chroniqueur a avancé la proposition suivante :

« S’il avait fallu supprimer un mot, il aurait mieux fallu effacer « Madame ». En gardant « Madame », vous sous-entendez que la normalité c’est la femme établie, installée, mariée. »

Si j’approuve la symbolique utilisée par François Morel qui définit le terme « madame » comme désignant les femmes établies, installées, mariées, avec un appart et une vie bien rangés, – un terme dans lequel je ne me reconnais pas, un terme qui me fait presque peur -, je dois avouer que je ne me sens pas non plus concernée par « la gaieté, la jeunesse et l’insouciance » ou pas « [les] robes fleuries et [la] crinoline » qui vont de paire avec les « demoiselles » selon le chroniqueur. Au contraire, j’estime qu’on peut être particulièrement attachée au terme « mademoiselle » sans pour autant être dans l’insouciance et la légèreté.

Si j’aime ce billet de François Morel, c’est que je suis de son avis sur un point : si on m’avait demandé de trancher dans le débat Madame VS Mademoiselle, j’aurais opté pour la disparition du premier. En revanche, je comprends les femmes qui pensent l’inverse, je les entends, je les écoute. C’est juste que, tout comme Jack Parker, tout comme Laystary, j’estime qu’on peut se sentir plus mademoiselle que madame, tout en étant féministe.

Si j’aime ce billet de François Morel, c’est que je le trouve terriblement poétique, aussi.

Cependant, je me permets d’émettre quelques bémols sur cette prestation : par exemple, il n’est pas question d’interdire l’utilisation du terme « mademoiselle » dans la vie de tous les jours, mais de faire disparaître la case mademoiselle des documents administratifs. On peut également noter qu’il a une vision unique, probablement radicalo-centrée et stéréotypée du féminisme. En outre, rappelons également que contrairement à ce qu’avance le chroniqueur, les mouvements féministes qui ont milité pour la suppression de la case mademoiselle ont continué à se battre en parallèle pour l’égalité salariale et qu’une revendication n’en annule pas une autre.

Justine_ a un avis différent du mien et nous avons pensé qu’il serait intéressant de confronter nos deux points de vue dans ce papier. Je lui laisse donc la parole :

Ce matin, la chronique de François Morel pour France Inter m’a brisé les ovaires – et même les castagnettes que je n’ai pas.

Paternaliste et condescendant, Morel a utilisé son talent et sa voix suave pour nous balancer du sexisme pendant trois longues minutes – à mon sens. Dégainant dès les premières secondes que si les féministes ont tué « mademoiselle », elles n’ont pas cependant pas conquis l’égalité salariale, François semble penser qu’entre la lutte contre la faim dans le monde et la suppression d’un terme, les féministes ont choisi – quelle bande de hyènes sans cœur. Avec l’air de ne pas y toucher, le comédien accuse « les féministes » d’avoir attaqué une « discrimination supposée » (d’être un peu paranoïaques, en fait), de ne pas « aimer les nuances », de verser dans le « ridicule » et dans la « bêtise » : non mais franchement, qui pourrait appeler une fille de 14 ans « madame » ? Hein ? Cette idée le défrise, parce que François, il souhaiterait que nous restions des demoiselles pour toujours (oui, toujours), parce qu’une mademoiselle c’est gai, c’est jeune, c’est innocent, c’est le courage, la vertu, les robes à fleurs et le regard intimidé. Ouais, tout ça : mademoiselle, c’est la vierge effarouchée, c’est frais et léger (qui a dit « et parfait pour les petites faims » ?). A l’inverse, madame, c’est plan-plan, c’est l’ennui et le renoncement. En gros, dans l’esprit de Papa François, une madame, c’est flétri, et vaudrait mieux que les jeunes filles restent toujours des jeunes filles et « continuent à illuminer nos jours » (soyons clair-e-s sur le sous-entendu : à illuminer les jours des hommes avec nos robes à fleurs et notre innocence patentée), pour ne pas succomber à la normativité et le conformisme.

François, deux choses : 1/ la norme, aujourd’hui, c’est le sexisme ordinaire, les « mademoiselle » pour les jeunes et non mariées et les « madame » pour les autres ; et 2/ personnellement, je n’en ai rien à carrer d’illuminer tes jours – ou ceux de quiconque d’ailleurs. Au cas où l’on n’ait pas bien saisi son délire, la conclusion est magistrale de sexisme ; « restez légères, imprévisibles et désinvoltes ». Je crois que François ne nous voit pas ministre et qu’il nous infantilise, qui plus est à l’impératif. Et si j’ai envie d’être grave, prévisible et mesurée ?

Pour François Morel, la suppression de la case « mademoiselle » dans les formulaires administratifs n’est peut-être pas une victoire, c’est peut-être un truc anecdotique, c’est peut-être rien, mais ce « rien » renforce un sexisme ordinaire. C’est peut-être anodin, mais le « mademoiselle » (qu’il soit utilisé par votre mairie ou votre voisin) impose aux femmes d’être catégorisées soit en fonction de leur statut marital, soit de leur âge (ou de l’âge qu’elles ont l’air d’avoir). Nous l’avons toutes (ou presque) intériorisé : la première fois qu’on nous balance du « madame », c’est une petite claque, justement parce que l’on nous sort de la catégorie « jeune, fraîche, légère », une catégorie qui est socialement transmise et valorisée. Le truc, c’est que tout est lié, l’égalité, c’est un ensemble – dont même les symboles font partie. On ne peut pas choisir entre les combats, et en se battant contre le « mademoiselle », on se bat aussi pour le reste. Le sexisme ordinaire et les violences sexistes sont deux choses sur un même continuum – la domination masculine.

Sur Twitter également, les réactions divergent à propos de ce billet :

Si tout le monde ne peut pas être se rallier derrière les propos de François Morel, on peut en revanche noter la qualité stylistique de ce billet, tout en rimes, en poésie et en douceur. Un point de vue intéressant à écouter, associé à une jolie déclaration d’amour aux femmes telles que les aime le chroniqueur.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 25 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Creepyc
    Creepyc, Le 5 novembre 2012 à 13h54

    bah, moi j'aime mademoiselle.
    Après, je déteste que l'on dise que ça fait "vieille pucelle"! Je suis fiancé mais pas encore marié! Bon, sur le papier, ça me fais ni chaud ni froid(mais ça fait partie de mon histoire... pourquoi l'enlever?).
    Et puis, pour l'oral, même si ça n'existe pas sur le papier, beaucoup de personne(surtout agé, j'avoue) disent "jeune homme" au lieu d "monsieur"... et quelqu'un s'en plein?
    Moi je pense qu'on ne devrait pas le supprimer, mais plutôt de changer son sens.
    Et comme dit dans la vidéo, autant supprimer les deux! Pour moi, madame sa fait maman, grande dame, etc... et bon, mademoiselle fait jeune femme, pas encore dame. Donc, si ni l'un, ni l'autre vous plait,, autant les virer, en plus de monsieur(hey, pourquoi être les seules à changer? merdeuh!)

Lire l'intégralité des 25 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)