M, de et par Sara Forestier, un premier film qui met une claque

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M, le premier film de Sara Forestier en tant que réalisatrice, sort en salles le 15 novembre. Clémence a eu un coup de foudre pour cette histoire d’amour très particulière, et pourtant, si universelle.

M, de et par Sara Forestier, un premier film qui met une claque

 

Comment décrire avec des mots ce qui les dépasse ? La bonne nouvelle, c’est que personne ne pourra te spoiler M, le premier film de Sara Forestier.

Je pourrais te raconter toute l’histoire, je pourrais même te décrire l’intégralité du film, plan par plan, que tu ne saurais rien de ce qu’il dit vraiment.

C’est toute la prouesse de ce premier long-métrage écrit, réalisé, et joué par Sara Forestier : ce ne sont pas des lignes de script, ni des scènes, qui portent l’histoire.

Ce sont des émotions qui émaillent le récit.

Lila et Mo, les étoiles contraires de M

M, c’est une histoire d’amour. C’est ce que j’aurais écrit sans avoir vu le film. Au sortir de la séance, je me vois obligée de rectifier : c’est l’histoire DE l’amour, dans toute son universalité.

Mo a 30 ans, il ne fait rien dans la vie, et pour cause : il ne sait ni lire ni écrire. Va donc décrocher un job sans ces acquis de base, et on reparlera de ses perspectives.

Lila a 18 ans, elle est en Terminale littéraire, et c’est le contraire de Mo : les mots sont ses amis. Enfin, ceux qu’elle écrit. Parce que Lila est bègue, et elle en a honte, alors elle ne parle pas.

Tous les mots qui restent coincés dans sa gorge, broyés par ses mâchoires serrées, ils n’ont qu’une seule échappatoire : l’encre des stylos que Lila épuise sur ses carnets.

Lila et Mo se rencontrent, chacun dans la honte de son propre fardeau. Elle pose le sien et décolle au contact de Mo, mais lui s’enfonce lesté par son secret.

M est le récit d’une rencontre, d’un coup de foudre, de destins contraires et contrariés, c’est l’histoire poignante d’une grande vulnérabilité qui coûte à être acceptée… et gagne tant à être partagée.

M, de Sara Forestier, une palette d’émotions brutes

Je pourrais en dire davantage, mais ce serait tellement inutile. Comme décrire une toile de maître : aucun mot n’égalera le sublime alliage des couleurs, les jeux de lumières et d’ombre, la discrétion des perspectives.

Ce film est d’une sincérité déconcertante. Il est construit avec la même finesse qu’un tableau, il se déroule avec la même harmonie qu’une sonate, il s’apprécie avec la même liberté qu’un poème.

C’est une oeuvre complète, comment le dire autrement ?

C’est comme si Sara Forestier avait peint l’histoire qu’elle voulait raconter. L’écran de cinéma, c’est une toile blanche. Les couleurs, ce sont des émotions.

M est construit comme ça, une succession d’émotions brutes, mélangées avec une précision déroutante, une authenticité transcendante.

M ne se raconte pas, j’insiste sur ce point. Je dirais même qu’il ne se regarde pas qu’avec les yeux, il se ressent par le ventre, par les tripes. Là où naissent, grandissent et parfois pourrissent les émotions les plus puissantes.

Le premier film de Sara Forestier en tant que réalisatrice

Sara Forestier m’avait déjà conquise en tant qu’actrice — fun fact, ma critique du film Le Nom des Gens, qui lui a valu le César de la Meilleure Actrice, est également mon tout premier article publié sur madmoiZelle !

M est son premier film en tant que réalisatrice, et je n’espère qu’une chose : qu’elle réussira à tourner ses prochains films plus rapidement que celui-ci, qui lui aura pris 15 ans en tout et pour tout, de la naissance de l’idée à la sortie en salles.

Sara Forestier se focalise sur les émotions : ce sont elles qui déterminent l’intérêt d’une scène, son succès, et le passage à la scène suivante.

Le résultat, c’est un long métrage condensé d’émotions si justes qu’elles touchent en plein coeur.

Il n’y a pas un plan qui dépasse dans cette heure et demie de film. La sobriété des illustrations contraste avec la passion des personnages, la noirceur de certains regards équilibre le feu de certains autres.

Un tableau de maître, je vous dis. Déroulé sur une pellicule. Quelle prouesse.

Sara Forestier sera-t-elle la première femme française à remporter la statuette de meilleure réalisatrice ? C’est tout ce que je lui souhaite, j’ai la conviction qu’elle le mérite pour M : une véritable pépite.

La dernière fois que j’ai eue une conviction aussi forte, c’était au sortir d’Yves Saint-Laurent, pour Pierre Niney en meilleur acteur. J’espère sincèrement qu’elle obtiendra la même reconnaissance.

En attendant, si on pouvait faire péter les scores de M au box office, ce serait déjà une superbe récompense.

Mais ne le faites pas pour elle : faites-le pour vous, vous la remercierez ensuite.

Pour la formidable leçon de vulnérabilité, pour vous avoir réconcilié•es avec vos hontes et vos faiblesses, pour vous avoir raconté la plus puissante histoire d’amour qui soit : celle de l’Amour, de l’étincelle jusqu’au brasier, tout simplement.

Pourquoi « M », comme titre ? Je pourrais vous l’expliquer, mais quel intérêt ? La réponse est dans le film. Évidente, simple et puissante.

« Le désir d’une femme est plus important que celui qu’elle suscite » — Sara Forestier, à coeur ouvert

Pour en savoir plus sur les thèmes du film, voici ma discussion à coeur ouvert sur l’amour et la vulnérabilité, en tête-à-tête avec Sara Forestier.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.


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Commentaires
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  • Mar.S.
    Mar.S., Le 17 novembre 2017 à 0h21

    Ouahou.

    En fait, c'est un peu comme le film, votre entrevue (bien que je n'ai pas vu le film, mais de ce que tu en dis (j'ai hâte d'aller le voir!)). Tu sais pas quoi trop dire, parce que ça fait vachement réfléchir, et ça travaille de l'intérieur, ça se ressent.

    J'ai failli verser ma larme aussi sur la fin, de te voir pleurer @Clemence Bodoc ! De voir comment ça te touche, ça nous touche aussi forcément, enfin pour ma part.
    Je t'ai trouvée super jolie :fleur:

    Merci pour cet article! :jv:

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