Lettre ouverte à mon ex

Les histoires d'amour finissent mal en général mais certaines ruptures nous permettent d'avancer plus que d'autres. Témoignage de Jack Parker.

Lettre ouverte à mon ex

Il y a un peu plus de deux ans et demi, j’ai vécu ma première – et à ce jour, unique – rupture difficile. Mon ex m’a quittée au bout de sept mois, parce que je n’étais qu’une petite conne égoïste et stupide, et que j’ai foutu en l’air la meilleure chose qui me soit arrivée sur le plan sentimental. Je lui ai promis de changer, mais c’était trop tard. Néanmoins, ça m’a pris du temps, mais j’ai réussi à tenir ma promesse. Et c’est grâce à lui, car bien qu’il n’ait rien demandé, il a joué un rôle extrêmement important dans ma vie post-rupture.

J’aimerais le remercier, tout connement. Il a été mon moteur, ces deux dernières années. Ma conscience. Cette voix qui me rappelait à l’ordre quand j’étais sur le point de faire une connerie, cette douche froide quand mon sang commençait à bouillir. A chaque fois que j’étais sur le point de partir en couille, de réveiller la harpie que j’ai envoyée dans le coma depuis notre rupture, son visage me revenait à l’esprit – et avec lui, le souvenir de tout ce que j’avais perdu à cause de mes conneries. Je me concentre toujours sur cette phrase à la con qui dit qu’il vaut mieux se réjouir d’avoir vécu cette histoire plutôt que de pleurer sa perte, et ça fonctionne, la plupart du temps. Je déborde tellement de reconnaissance que j’aurais aimé lui en faire part. C’est en grande partie à lui que je dois tout ça, tout ce que je vis aujourd’hui, tout ce que je suis en mesure d’accomplir, parce que j’ai finalement été capable de tenir la promesse que je lui ai faite (mieux vaut tard…).

Je repense souvent aux quelques mois qu’on a passé ensemble, à tout ce qu’il m’a offert, à tout ce qu’on a vécu, à tout l’amour que j’ai eu pour lui – tellement que parfois, je n’arrivais même plus à respirer. Je n’ai aimé que lui, et plus j’avance, plus ça m’emmerde. J’ai tellement aimé ça, que j’aurais aimé retomber amoureuse aussitôt après – mais c’est plus dur que ce que je pensais. Ils passent tous, se succèdent, ne lui ressemblent pas, et mon coeur ne semble pas vouloir se réveiller. Quelques sursauts, quelques faux espoirs, mais rien de palpable, rien de renversant, rien de durable. Il me disait “je t’aime” même dans son sommeil, et aujourd’hui je suis terrifiée à l’idée de l’entendre dans la bouche d’un autre. Je ne peux pas dire qu’il me manque – je ne le connais plus, je ne sais plus qui il est, j’ai parfois peur de savoir – mais c’est ce qu’on partageait, ce qu’il me faisait ressentir, qui me manque. Pendant les sept mois qu’on a passés ensemble, j’ai gardé les papillons dans le ventre, l’appréhension, la hâte, le manque constant, l’obsession. J’étais toujours aussi heureuse de le voir, quand je le voyais apparaître j’avais toujours envie de me pincer pour vérifier que je ne rêvais pas, qu’il était bien là, que c’était bien lui, pour moi. Je crois qu’il m’a aimée aussi, il en avait l’air, il savait le montrer – pas comme moi.

Il ne savait pas dire non, je ne savais pas dire oui. J’ai gardé de vieux mécanismes de défense, alors que j’étais loin d’être en danger. Dès qu’une situation me faisait souffrir – une douleur irrationnelle, basée sur des angoisses infantiles – il fallait que je le fasse souffrir en retour. Plus que moi. Il fallait que je le voie tomber à mes pieds pour me sentir à nouveau en confiance, parce que j’avais le pouvoir. Je faisais sans cesse peser la menace de la rupture, j’aimais faire croire que j’étais prête à partir au moindre faux pas. En réalité, jamais, pas une seconde, pas une seule, je n’ai envisagé de le quitter, à partir du moment où je suis tombée amoureuse. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit, je le voulais plus que tout, aussi longtemps que possible. Mais j’étais incapable de le dire quand j’avais peur. Le voir pleurer, souffrir, flipper, m’offrait la satisfaction du mépris. J’ai tout foutu en l’air pour des questions d’orgueil.

Quand je lui ai offert ses premiers cadeaux, j’arrêtais pas de répéter “haha, je suis la meilleure petite amie du monde, si il s’en rend pas compte avec ça franchement, je mérite limite une médaille”. Il m’en offrait tous les mois, pour nos moisiversaires, sans compter tous les cadeaux non-matériels qu’il me faisait au quotidien. Il fallait toujours qu’il vienne à moi, je choisissais l’endroit, le programme, le déroulement de la soirée ou de la journée, j’étais maître du monde – et il me laissait faire. J’ai tenté de le mettre en garde, je lui ai demandé de me tenir tête, de me prévenir quand je prenais trop de terrain – mais ce n’était pas à lui de le faire, c’était à moi de grandir.

Aujourd’hui j’ai 23 ans, bientôt 24. J’en avais 20 quand on s’est rencontrés, et j’ai l’impression que c’était il y a cent ans. J’ai vécu d’autres histoires qui ont duré trois heures, trois semaines ou trois mois, et plus j’avance plus je prends conscience du manque. De la difficulté de trouver un mec bien. Et même quand on en trouve un, rien ne dit qu’il sera bon pour nous. On croit enfin se réveiller, puis on retombe à nouveau, nez à nez avec l’échec. Depuis, c’est moi qui donne. Je donne, j’écoute, je bouge mon gros cul de feignasse, je fais des cadeaux sans raison, parce que je sais à quel point tout ça fait plaisir. Et puis j’arrête, parce que je ne ressens rien, juste le goût du vide et de la déception, et je reprends ma route. J’ai eu la chance de passer sept mois avec lui, de connaître un premier amour qui a surpassé tous mes rêves et mes espoirs, qui m’a poussée à grandir, à avancer et à me débarrasser petit à petit de ma carapace pour laisser de la place aux autres dans ma vie.

Et pour ça, je voudrais le remercier, du fond du coeur. Et si cette expérience a pu faire office de garde-fou pour moi, j’espère que toutes les harpies en puissance qui tentent désespérément de se calmer trouveront bientôt le leur aussi. J’suis personne pour vous dire ça, mais si vous avez un mec comme ça dans votre vie, ou même des amis qui vous portent la même affection, faites pas les connes. Ça a été l’expérience la plus douloureuse de ma vie – je ne l’aurais jamais cru, j’étais la connasse qui pensait que toute personne sensée pouvait se remettre d’une rupture en 72 heures, qu’il fallait être sacrément débile pour pleurer la perte de son ex pendant des mois sur son oreiller et qu’aller de l’avant c’était pas si compliqué. Au final je me suis salement croûtée, j’ai mordu la poussière, j’ai perdu beaucoup plus que ce que je ne pensais, j’arrivais plus à manger, à respirer, à parler sans pleurer, j’avais même plus conscience du temps qui passait.

J’me sens con, à dire ça, mais putain faites gaffe aux gens qui vous aiment. Les gens comme ça ne viennent pas par paquets de dix, et une fois qu’ils ont disparu, qu’ils ont atteint leur limite, vous pouvez toujours vous brosser pour revoir leur sourire et recevoir leur soutien. C’était l’enfonçage de porte ouverte du jour, mais ça fait du bien de le (re)lire de temps à autre.

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  • Mackerly
    Mackerly, Le 16 décembre 2015 à 13h37

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