La Route du Rock 2011 comme si vous y étiez

La Route du Rock 2011, sous la pluie et dans la boue, Binnie y était. Passage en revue de 3 jours de concerts au coeur de la Bretagne.

La Route du Rock 2011 comme si vous y étiez

En pratique, faire Paris – Saint Malo par la route, ça prend cinq plombes de bagnole. Autant dire qu’il y a de quoi prévoir la playlist de l’année, en prélude au festival breton dans sa version été. Nous, on a juste parlé, en écoutant Arcade Fire en sourdine. Pas la peine d’exagérer dès le trajet quand on sait qu’on va avoir les oreilles en carton trois jours plus tard (j’avais oublié mes boules Quiès.)

C’était un jeudi, après la journée de taf la plus longue du monde, me voilà fin prête à partir dans les meilleures conditions (euphorie et énergie), attendant ma copine Biscuit porte d’Italie. L’Ille et Vilaine, pour une fille née dans le huitième arrondissement de Marseille, c’est le comble de l’exotisme. Je suis déjà venue en Bretagne mais j’avais 11 ans et j’étais en vacances avec mes parents, autant dire que c’était un grand moment de rock’n’roll. Alors, prenons un raccourci : ce week-end, disons le carrément, je découvrais la Bretagne, et… sa météo.

À ce niveau là, il ne faut surtout pas croire que « ça va aller ». Ça, c’est la pensée magique de la bleusaille. Non, ça ne va pas aller, et t’as intérêt de prévoir du lourd : bottes de pluie en caoutchouc, fringues relativement chaudes pour le mois d’août du genre pulls, cabans, écharpes, bonnets, et collants. Et ton deux pièces de pétasse American Apparel, don’t even think about it : tu peux le laisser dans ta garde robe, on est pas à Calvi, ici. Je vais vous dire ce qu’aucun breton vous dira : à la Route du Rock, il a plu, il pleut, et il pleuvra. Si on vous dit le contraire, et on vous le dira, ne le croyez pas !

En réalité, je voulais un festival humide. Je voulais que mon week-end soit couleur locale : de la boue, des trombes malouines, des cheveux mouillés dans ma figure, la foudre qui claque, les orages, la bruine, la peau qui colle, sexy. En réalité, une fois sur place on retrouve son sens pratique et on oublie toutes ces conneries romantiques. On ne souhaite plus qu’une chose : le soleil, ou, dans une certaine mesure, l’absence de flotte.

Conseil pratique à ceux qui pensent se rendre à la Route du Rock (ou sur tout autre festival) avec un parapluie. Parce qu’il faut bien le dire, dans un k-way ou un ciré, on est sexy comme un film de Chabrol. Mais alors pourquoi tout le monde s’accoutre de la sorte pendant les concerts dès que la pluie décide de sévir ? Y avez-vous déjà pensé ? Tout simplement parce que l’on ne peut pas avoir de parapluie sur un festival, c’est dangereux. Si vous ne me croyez pas, vous pouvez faire le test : une baleine dans l’œil arrive vite, et une ratonnade de parapluie, encore plus.

VENDREDI

Passage éclair à l’entrée le temps de récupérer le pass et admirer le campement de Festihut. Avant de parler musique, je dois vous expliquer les Festihuts. C’est important. Vous voyez, ce petit abri de jardin en bois que votre mère s’éclate à repeindre au Bondex le week-end de Pâques ? Bien. Imaginez la même chose, en pin brut, meublé de deux lits superposés spartiates et pourvu d’une ouverture en auvent qui permet de créer un espace convivial (un bar) dès le réveil. Détail qui a son importance, les Festihuts sont posées sur un terrain de camping longeant le chemin d’entrée du Fort, derrière un grillage nu. 15.000 festivaliers vous regardent. Cela ne vous rappelle rien ? Moyennant l’ajout d’une voie ferrée, vous voici en Pologne (1942), ni plus ni moins. Si vous décidez de camper à la Route du Rock (good morning Vietnam) je vous conseille donc de monter votre propre tente, ou alors, d’apporter de quoi aménager votre Festihut. Ne pas hésiter à y aller franchement sur la déco d’ailleurs, vous avez une marge de progression sympa vu l’aspect du truc, alors je conseille de taper direct dans les tentures de laine péruviennes, les couvertures polaires multicolores, posters de Franck Zappa et les coussins à grelots.

Mais assez causé Festihuts : les concerts commencent enfin. Nous arrivons devant la grande scène alors que Sebadoh vient d’attaquer son set dinosaurjunioresque (yeah !) et donc très loud, nerveux et mélodique. C’est une belle performance et le public semble ravi : l’entrée en matière est franchement agréable pour ce début de festival crépusulaire.

Electrelane est le groupe qui m’a décidé à revendre mes billets de train pour Marseille et me tirer à l’Ouest. Allures d’écolières sages, cheveux brossés et attitudes de rockeuses soignées, les héritières du rock indé britannique ont fait un joli score à Saint-Malo avec quelques phases brillantes, même si le live pêchait un tantinet en reprise et nervosité. Cette sensation de non laché-prise de la part des anglaises se fera sentir pendant tout leur set, et ne sera pas vraiment rattrapée, pas même par leur touchante version de smalltown boy. Le concert se termine par un déchainement de guitare, toujours trop dans la maitrise. Un petit manque de conviction ou de colère dans la restitution de leur musique face au public. Pour autant, peut-on reprocher un excès de flegme aux anglais ? La performance était tout de même mémorable.

Biscuit est complètement fan de Mogwai. Elle aime planer, bouche ouverte, bave aux commissure des lèvres les yeux baignés par les lumières de la scène le temps d’un concert. Moi, je préfère danser et avoir envie de crier un peu, du coup Mogwai c’est un peu chiant pour moi, et après Electrelane, j’étais un peu dans la lune et tristounette : les sets de nos artistes favoris sur un festival sont toujours courts – même lorsqu’ils durent plus d’une heure comme à la Route du Rock (et pas 40 minutes comme à Rock en Seine #mean.)

J’avais envie de m’asseoir et boire un verre, je passe donc le set à regarder l’écran qui retransmet une projo de la scène depuis l’espace presse en discutant de sophrologie avec Charles Mouloud de Rue89, ce sujet de conversation n’étant pas tombé sur la table par hasard (de là ou nous étions, nous entendions tout de même très bien la musique.)

The Suuns entre en scène et je ne sais pas du tout de quoi il s’agit alors. J’ai beaucoup aimé, leur musique est difficile à dépeindre, bourrée d’influences multiples. Ils sont dans ma liste « à écouter » post festival.

Pour la suite, il faut que j’explique un peu. J’aime autant la musique électronique que le rock, c’est quelque chose qui compte pour moi. Dans ma vie, c’est aussi important que les cheeseburgers, les grasses matinées, les jours férié ou le fait de pouvoir aller faire pipi quand on en a vraiment envie. J’aime presque tout : de la house à la drum’n’bass, de la techno hardcore aux atmosphères cotonneuses de Boards of Canada, je suis capable de tout apprécier. Autant dire que j’attendais un monstre sacré comme Aphex Twin avec une certaine fébrilité, même si le fait de le voir jouer sur la grande scène d’un festival n’a pas le charme de dates secrètes qu’il avait l’habitude de dropper au dernier moment avant, mais encore fallait-il pouvoir l’attraper.

Coté genre c’est drill’n’bass, breakbeat, acid tech, breakcore, limite tribe parfois. Y a de tout, comme s’il avait sorti tous les restes de son frigo pour en faire une espèce d’énorme pudding électronique. On dirait que cette figure de proue titanesque veut trop de montrer qu’elle a tout intégré et digéré, cela donne une performance déstructurée sur toute sa durée, où l’on ne peut jamais danser, et merde il est trois heures du mat, et Richard (quand même) ne se décide jamais à laisser un pied un peu « carré » s’installer. On piétine, on ne sait pas quoi faire de ses jambes, et c’est frustrant. La techno aurait-elle besoin d’un peu de simplicité pour être agréable ? Moi, j’en suis persuadée.

Bilan carbone : cinq rhums-coca, un paquet de Camel lights, deux cigarettes roulées, un acouphène léger, sept heures de sommeil profond et réparateur.

SAMEDI

Night off. Il tombe de cordes, on reste dîner à la maison, au chaud, et au sec. Dommage de rater The Kills, Battles et Blonde Redhead, même si mes copains bénévoles au catering m’ont assuré que la chanteuse était « désagréable » (avec son petit chien), pour reprendre des termes qui n’étaient pas les leurs.

Mention spéciales aux twitpic de bagnoles embourbées vers 2 heures du mat. La météo semble optimiste pour la suite, partie remise au lendemain.

DIMANCHE

Je me lève et je me bouscule pour ouvrir les volets afin de constater les dégâts depuis la fenêtre de ma chambre (inondations, digues pétées, mont Saint-Michel à la baille…)

Après une promenade, on se rend sur le site pour vingt heures. La boue ressemble à de la pâte à modeler, on ressent cette bonne ambiance de relâche grâce aux premières soirées qui ont déjà détendu tout le monde, les gueules de bois sont soignées (l’heure de l’apéro est passée) et la pluie qui s’est déjà soulagée la veille.

Rien d’excitant niveau programmation ce soir pour moi, mais on ne se laisse pas abattre, j’aime les festivals aussi parce que j’y découvre de nouvelles choses à écouter.

La soirée commence avec Okkervil River, que je ne connais pas. À vrai dire, même après avoir vu leur concert, je ne me souviens encore de rien. Est-ce de ma faute ou de la leur ? Le mystère reste entier, mais je suis toujours capable de vous raconter dans les moindres détails ce concert de Dondolo vu à la friche de la Belle de Mai à Marseille en octobre 2007. Je pense que c’est quand même de ma faute.

Soucieuse de rendre la soirée divertissante, je vais rapidement me chercher à boire. Je commence à avoir honte de commander des rhums coca car les barmans me reconnaissent à force. Fille à chats, fille à rhums-coca, c’est un peu le même genre de honte, je décide donc je changer de booze pour semer le doute et retourne illico me poser devant Cat’s Eyes, un de ces groupes de rock improbables dont on se demande s’ils font ça comme un job de comptable ou si c’est juste un passe temps comme un autre. Sérieusement. La chanteuse lyrique nous fera rêvasser quelques minutes en s’accompagnant au xylophone sur une berceuse (plutôt malvenue à 21 heures), mais c’est tout ce que l’on en retiendra (ça, et le nom du groupe.)

Fleet Foxes leur emboite le pas devant un public enthousiaste (j’en conclu qu’ils sont à la mode.) Comment décrire Fleet Foxes … Il s’agit d’une sorte de Simon and Garfunkel hipsters, je dirais. Leurs chouinements m’ennuient ou m’amusent (de manière bipolaire) et le tout est gâché par un son mal réglé (problèmes techniques du à la pluie de la veille ?) Bref : on s’emmerde. Enfin juste moi en fait, puisque tout le monde semble quand même apprécier, sauf sur Twitter ou je me trouve des compagnons d’infortune en notant ceci :

Avec ces histoires, le public attend Crocodiles avec impatience. Tout ce qu’ils auront à offrir, c’est un rock’n’roll rétro singé déjà vu et revu. Attention, ça se laisse écouter, mais quand est-ce qu’on va danser et être un peu transporté ce soir ? Je ne sais pas : Biscuit m’envoie des SMS effrayés pour que je revienne car elle veut rentrer chez elle.

Pour finir une mention « gros foutage de gueule obvious » à Dan Deacon (je crois) qui entame son set avec Let me hear you say weho #noshit profitant de l’ennui palpable des festivaliers pour tenter un happening sur la petite scène dite de la Tour. Le pire, c’est que ça marche, la jeunesse éconduite se précipite pour grappiller quelque divertissement. Là encore je me souviens de mes twenties pleine de basses et repue de kicks, et je pense que ça ne sera pas suffisant pour moi même avec le whisky-coca. De toutes façons, nous sommes déjà sur le chemin du parking, déçus par cette soirée de clôture. Biscuit et Laurent, fidèles à la Route du Rock depuis plus de 10 ans, échangent leurs impressions, amers et mélancoliques (mais pas au sens hugolien du terme.)

Plus tard, en me couchant, je rigole en apprenant grâce à Twitter que Mondkopf (yet another laptop DJ) plante son set en plein milieu. Et bien, pensais-je, ce genre de mésaventures n’arrive pas lorsque l’on monte sur scène avec du vrai matériel et de la débrouille ; « ça t’appendra à ne pas avoir de disques » j’ai envie de dire : une bonne paie de CDJ Pioneer avec une mixette au milieu, ça ne plante jamais.

Bilan clinique : un ginto, un wisky-coke, deux rhums coca, une bière (laissé-allé.) Quinze cigarettes. Neuf heures de sommeil, avec une série de rêves plus relous que des films de Chabrol.

À l’année prochaine.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Skjoldmø
    Skjoldmø, Le 14 septembre 2011 à 17h42

    oups! pardon. Je me suis rendue compte après coup que mon commentaire était "un commentaire condescendant"
    (en référence à cette article : Les commentaires sur internet - L'Instant Putassier #34 | madmoiZelle.com)
    bref désolé!
    j'étais très contente de voir un article sur la route du rock en plus, les médias n'en parlent pas énormément (à part Ouest France et Télérama).
    et je ne suis bretonne mais plusieurs membres de ma famille le sont donc j'y passe pas mal de temps.

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