La hiérarchie – Les joies de la vie en entreprise

Après avoir réussi avec brio son entretien d'embauche, Almira Gulsh vous propose de vous raconter ses aventures dans son nouveau job.

La hiérarchie – Les joies de la vie en entreprise

La hiérarchie c’est compliqué. Surtout quand on est tout en bas. Étymologiquement (l’étymologie, c’est mon dada. C’était ça ou le macramé. Mais je sais pas tricoter alors…), la hiérarchie se réfère au sacré.

Phonétiquement, la hiérarchie ça emmerde.

Et bien dans la vraie vie du quotidien de tous les jours, c’est la même chose. Ça fait chier, mais on n’y peut rien, parce que la hiérarchie c’est sacré. Et quand on est tout en bas de la chaîne alimentaire de l’entreprise, c’est particulièrement vrai.

L’entreprise, c’est la jungle : soit tu bouffes, soit tu te fais bouffer. Mais contrairement à la vie sauvage, dans la vie de l’entreprise, la proie que je suis ne peut mettre en place aucun mécanisme de défense. Impossible de me peindre en rouge pour faire croire que je suis toxique. Pas moyen de me planquer dans un terrier. Impossible de détaler comme un impala. Je suis là, vulnérable et désarmée, à la merci de ses innombrables prédateurs que représentent la hiérarchie.

Le problème des prédateurs hiérarchiques, c’est qu’ils ont tendance à utiliser des techniques de chasse contradictoires et parfois anarchiques, dont le n-1 absolu fait en général les frais. Impuissant, il est celui sur qui se cristallisent tous les conflits et désaccords de la ribambelle de n+1 qui gravitent au-dessus de lui.

Un exemple ? N+1 me donne ma mission du jour : photocopier en 6 exemplaires un dossier de 130 pages, les classer avec 7 méthodes différentes, puis de les ranger dans des chemises de couleurs numérotées (ouais, je sais, ça fait plaisir de faire des études) (et non, contrairement aux apparences, je ne suis pas stagiaire). Le taylorisme a encore de belles heures de gloire devant lui.

Une fois la tâche bien avancée, alors que mon cerveau est passé en mode off depuis bien deux heures, au point où lorsqu’une pensée effleure mon cortex ça me fait sursauter, le N+1 de mon N+1 entre dans le bureau :

– Oh ben ma petite Almira (notez l’usage du « petite » bien que je mesure 1m75) qu’est ce que vous êtes en train de faire ?
– Moi. Trier. Papiers. Moi. Faire. Tas. Avec. Papiers. Moi. Baver. Un. Peu.
– Ah ben je vois ça hein ! Ça en fait des tonnes de choses à ranger ! Vous êtes là depuis quand ?
– Moi. Plus. Savoir. Moi. Avoir. Faim. Moi. Avoir. Envie. Pipi. Moi. Avoir. Barbe. Dumbledore.
– Ah ben vous m’étonnez aussi ! C’est N+1 qui vous a demandé ça ?
– Bave.
– Et elle ne vous a pas montré le copieur à l’étage qui a une fonction tri ? Parce que bon, là vous perdez tout de même un temps fou, alors qu’une machine aurait très bien pu faire ça à votre place ! Elle exagère N+1 tout de même, ne trouves-tu pas ? Vous lui direz tout à l’heure de ma part qu’elle manque sacrément de logique.
– Moi. Déjà. Etre. Machine. Toi. Savoir. Ou. Être. Sarah. Connor ?

Une machine qui aurait pu faire le job à ma place. Moi qui fais sur ordre de mon N+1 le job d’un copieur multi fonctions. Un brillant avenir de manutentionnaire qui s’ouvre comme un boulevard sous mes yeux ébahis (mais qui néanmoins s’emplissent de larmes). Quand soudain, N+1 entre dans le bureau :

– Tiens Almira, je t’ai apporté des petits gâteaux, comme si ça pouvait te faire oublier à quel point la tâche que je t’ai confiée est avilissante et dénuée du moindre intérêt.
(avec plein d’espoir dans la voix parce qu’il me reste encore des monceaux de papiers à copier et à trier, ce serait une opportunité incroyable d’en être débarrassée au plus vite pour pouvoir enfin faire quelque chose nécessitant l’usage de mon cerveau) C’est vrai qu’il y a une machine en haut qui peut trier automatiquement les documents ?
– Qui t’a dit ça ?
– Ben, N+2, il a dit qu’avec la machine je finirais bien plus vite. Et moi aussi j’aimerais finir vite. Parce que bon, là j’en ai un peu marre !
– Almira, N+2 te dit n’importe quoi. La machine est cassée depuis 7 mois et on n’a pas le budget pour la réparer. Tu diras à N+2 que s’il veut que tu finisses plus vite, il a qu’à t’aider. Après tout, son salaire est 10 fois supérieur au tien, et là il est tranquillou dans son bureau en train choisir une croisière pour emmener sa maîtresse. Tiens, je te donne aussi ces 25 dossiers de 100 pages chacun, ce serait super si tu pouvais les relier.

Almira, son regard désespéré et un peu mouillé posé sur les piles de papiers à trier, à archiver, à assembler et maintenant à relier: …

La jungle je vous dis.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mdame
    Mdame, Le 17 octobre 2011 à 16h16

    C'est chouette de mentionner "la gueule de l'emploi".

    J'ai regardé ce documentaire avec beaucoup d'effarement mais en pensant que c'était de la fiction (recruteurs acteurs mais candidats réels). Je me suis effondrée à la fin en découvrant que tout était réel...

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