Et si on arrêtait de juger l’assiette du voisin ?

Juger l'assiette de son voisin est quelque chose de malheureusement assez courant mais pas si anodin et Margaux en a ras la choucroute.

Et si on arrêtait de juger l’assiette du voisin ?

NB : cet article ne parle pas de végane VS carnistes, c’est un débat totalement différent ; et on peut tout à fait manger gras et végane, et sain sans être végane selon moi.

A priori, quand on dit « bouffe » ou « cuisine », beaucoup pensent tout de suite à la notion de plaisir (moi en tout cas, oui). Certains y voient simplement quelque chose d’essentiel à la survie et mangent principalement par devoir tandis que d’autres y voient un art précieux qui ne doit jamais être bafoué ou insulté à coups de sacrilèges de type tarte aux frites.

Pour moi, la cuisine c’est super important. Ça a toujours été un truc central et essentiel à ma vie parce que ça me permet de me faire plaisir, de faire plaisir à ceux que j’apprécie, ou même de briser la glace dans une fête !

« Salut moi c’est Margaux, j’ai fait des cookies au bacon, t’en veux ? Tu fais quoi dans la vie ? Mange.»

C’est une scène courante de ma vie. J’aime vraiment manger et faire à manger. On pourrait croire que quelque chose d’aussi vital et agréable que l’alimentation devrait être sujet à paix et amour, non ? Je veux dire, vous me foutez deux trois dictateurs à la même table, je leur sers des roulés de pizza au pesto et merci bonjour au revoir c’est la paix pour les 20 prochaines années. Enfin, dans mon monde. Je sais pas si c’est parce que j’ai grandi en regardant les vieux épisodes de Charlotte aux Fraises ou les banquets de fin de Astérix et Obélix mais dans ma tête, la bouffe est vecteur de paix et d’unité. C’est censé être la seule chose qui rassemble une famille ou des amis après une querelle et c’est aussi associé à la fête ! Qui n’a jamais pensé « Après cette séance de partiels, on part tous se faire la bouffe du siècle pour fêter ça » ?

Je suis donc tombée de haut quand j’ai lentement réalisé au fil des années que non, la bouffe n’est pas sujet de paix. Parce que certaines personnes appliquent ce principe de merde tout pourri de la vie qui est le suivant :

« Moi je préfère les choses comme ça, et pas cette personne. Elle est donc totalement en tort et je vais émettre un jugement de sa personnalité entière uniquement basé sur ce qu’elle mange actuellement. »

ET C’EST SUPER NUL. Là je parle de bouffe mais c’est pareil avec les goûts en ciné, en musique, en littérature ou en séries ! Chacun ses goûts, les goûts et les couleurs, chacun trouve midi à sa porte : les proverbes ne sont pas faits pour les chiens et ils sont vrais.

J’ai l’impression que la société entière est portée par ce shaming constant du corps. Forcément, l’alimentation est très intimement liée au corps. Dans beaucoup de magazines, on nous martèle d’injonctions à LA bonne alimentation et pour moi, ça fout tout en l’air. L’hiver : on est censé-e-s moins manger parce que « 5 astuces pour se détoxifier après les repas de fêtes ». Le printemps et l’été on est censé-e-s faire attention pour « Être prête pour la plage en 15 jours ! ». Attention hein, je ne dis pas du tout que c’est mal de vouloir détoxifier son corps ou de se sentir bien en bikini ! Mais le martèlement constant de l’idée selon laquelle il y aurait UNE façon d’avoir un bon corps me dérange énormément.

À lire aussi : « Are you beach body ready », l’affiche sexiste, jugée « non offensante »

Cette idée fout tout en l’air et fait penser plein de choses super négatives. Vous me direz qu’on pourrait fermer les yeux et s’en foutre, qu’il faut un peu arrêter de se laisser influencer par tout et n’importe quoi et d’être superficielle. Sauf qu’à part en passant sa vie à se boucher ses oreilles en hurlant « Lalalalalala » c’est impossible de passer à côté de tout ça. Et c’est en partie aussi à cause des personnes qui jugent au quotidien.

Je ne compte plus tous ces commentaires en live de gens que je connais ou pas qui m’ont sorti que j’allais grossir si je me lançais dans la chronique culinaire (oui car avant de travailler ici il est bien connu que je ne mangeais pas et que la bouffe n’avait aucun intérêt pour moi) (si), le nombre de gens qui mettent mes recettes en rapport avec mon bikini…

Je crois que ce sont les seules choses à avoir pour être « beach body ready » : de la musique, de la bouffe et un chat.

C’est là que ça peut devenir malsain. Les gens ont l’impression de n’être qu’une personne de plus laissant un petit avis sur une recette, puis ça part sur l’alimentation, et on assiste à ce mécanisme un peu douloureux qui amène à penser « cette recette n’est pas bonne pour moi, elle n’est donc bonne pour personne, la personne qui l’a écrite doit repenser tout son mode de vie. »

Mais attention, je ne dis pas qu’il faut arrêter d’avoir envie d’un corps sain et à notre goût. Si tu kiffes ton corps en mangeant des burgers et du gras, va cours, mange ! Et si tu kiffes ton corps en mangeant léger et en faisant beaucoup de sport : super aussi ! Je vois également pas mal de gens qui ont l’air blessé par ces injonctions à une norme unique et qui se trompent de bouc émissaire : c’est pas les gens adeptes du mode de vie sain sur qui il faut taper, ils font bien ce qu’ils veulent ! À mon avis c’est tout bêtement ceux qui se mêlent d’un peu trop près de ce qu’il y a dans l’assiette des autres et qui le ramènent à eux qui ont une attitude problématique.

joey doesn't share food

Une grande philosophe (oui bon, Amy Poehler, mais c’est tout comme) a dit « Good for her, not for me » : en français, « Tant mieux pour elle mais moi c’est pas trop ma came ». Je pense que ça résume assez bien les choses. Je veux dire, il me viendrait pas à l’idée d’aller voir quelqu’un qui a une voiture rouge alors que je préfère le bleu et de dire  « WOW, ça va tranquille ? Pas trop honte te de trimballer avec la voiture la plus moche du monde ? Chacun ses goûts mais toi t’as vraiment des goûts de merde ma couille » ! C’est pareil avec la bouffe : évidemment qu’on a le doit d’avoir ses préférences et son avis, mais je crois que si on arrêtait de l’aboyer au visage des gens comme un reproche, la vie serait beaucoup plus douce.

Pour moi la bouffe c’est la paix. Quel que soit le régime alimentaire et le mode de vie que qu’une personne adopte, elle a le droit de manger sans qu’on lui dise que ce qu’elle aime de toutes ses forces ressemble à du vomi/n’est pas bon pour elle/n’a rien à faire là. NOT COOL.

Ce que j’aimerais, c’est juste qu’on foute la paix aux assiettes et aux corps des autres et qu’on arrête de juger le mode de vie entier d’une personne sur ce qu’il y a dans sa bouche.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mido
    Mido, Le 19 juin 2016 à 17h21

    Anera
    Malheureusement, il est comme ça, il ne fait pas l'unanimité mais par contre, c'est quelque chose d'inhérent à beaucoup de personnes, non ? Je veux dire, ce n'est pas le seul à défendre son opinion corps et âme et dans un sens, c'est un peu compréhensible. Après, je peux largement comprendre que ça te rebute, je pense que je suis moins choquée parce que je suis en accord avec certaines de ses opinions. :hesite:
    Malheureusement oui, et c'est vrai que j'ai beaucoup de mal avec les gens qui sont pétris de certitudes, surtout quand ils manquent de motivation ou de capacités pour argumenter efficacement (là je suis juste embarrassée pour eux et pour la cause qu'ils défendent). Après effectivement c'est toujours moins choquant quand on partage la même opinion qu'eux à la base... mais dans ce cas-là on prêche des convertis, la discussion ne sert pas à grand-chose.

    Merci en tout cas pour ta réponse ! :happy: Tout ça m'a donné envie de lire Singer cet été...

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