Comment j’ai compris que le jeu vidéo n’était pas que « pour les mecs »

Le marketing genré ne concerne pas uniquement les poupées et les petites voitures. Ce phénomène a longtemps mis de côté les filles dans l'univers du jeu vidéo. Du coup, Lise a manqué pas mal de choses...

Comment j’ai compris que le jeu vidéo n’était pas que « pour les mecs »

Beaucoup de joueurs et de joueuses se souviennent de leur première console. C’est souvent une vieille machine qui se vend aujourd’hui à prix fort dans les rayons des boutiques de rétro-gaming : une GameCube, une NES ou encore une Megadrive… Quand on joue aux jeux vidéo, on aime se ressasser ces vieux souvenirs. Et je me sens souvent à l’écart de ces conversations parce que ma première console, c’était une Nintendo DS.

J’étais persuadée que les jeux vidéo, ce n’était pas pour les filles.

J’ai vingt-deux ans et je fais partie d’une génération un peu compliquée vis-à-vis du jeu vidéo : quand j’étais enfant, cette industrie s’était créée une place en France mais n’était pas encore « grand public ». Mes parents se méfiaient de ce loisir, et ont eu peur que je me coupe de toute vie sociale en m’y adonnant. Du coup, ils ne m’ont pas interdit de me lancer, mais ils ont refusé de m’offrir des jeux vidéo à Noël ou aux anniversaires. Comme c’était (et c’est toujours) un loisir assez coûteux, je n’avais donc pas les moyens de jouer beaucoup.

SEGA, c’est plus fort que… les filles

Mais ce n’était pas la seule raison : la première console dont j’ai eu vraiment envie était la GameBoy Advance. J’avais alors une dizaine d’année, j’étais à la fin de l’école primaire. Avant cela, je n’y ai même pas songé parce que j’étais persuadée que ce n’était pas pour les filles. Un exemple : dans cette compilation de pubs pour des jeux des années 90, on aperçoit UNE fille. Et elle ne joue pas avec une manette, mais avec un piano.

SEGA, c’est plus fort que toi surtout si t’es une meuf.

S’intéresser aux filles dans le marketing du jeu vidéo, c’est récent. Désormais, les joueuses représentent la moitié du public, même si cette parité ne se ressent pas toujours. À l’époque, on tentait quand même de s’adresser aux filles, avec la même maladresse que les rayons de jouets bicolores, roses d’un côté et bleus de l’autre. Le musée FEMICOM collectionne les jeux vidéo « girly » du vingtième siècle. Et sa collection est conséquente : GameBoy Hello Kitty, cartouche Barbie… Pour autant, ce sont des produits qui sont restés « marginaux » et auxquels on avait difficilement accès quand on se contentait de passer chez Micromania tous les mois.

Le jeu vidéo, loisir salvateur

Alors qu’est-ce qui m’a donné envie de me lancer là-dedans ?

Avant de commencer à jouer, j’ai subi le harcèlement scolaire. Vous allez me dire, quel est le rapport ? Le truc, c’est que je me suis retrouvée drôlement seule. Je ne vous apprends rien en vous disant que lorsque vous devenez bouc émissaire au collège, vous n’avez plus personne. Vos « ami•e•s » vous fuient comme la peste, vos parents sous-estiment vos problèmes et même quelques profs vous prennent en grippe. C’est peut-être différent aujourd’hui, maintenant que le problème est reconnu. Mais à l’époque, on considérait que ça « forgeait le caractère ».

À lire aussi : « Guests », un court-métrage sur le harcèlement scolaire avec Rico Rodriguez (Modern Family)

Derrière mon écran, personne ne me jugeait.

J’étais à la recherche d’une occupation qui sortirait mes problèmes insolubles de ma tête. En traînant sur internet, j’ai découverts les jeux massivement multi-joueurs gratuits. Si pas mal de mes potes ont joué à Dofus, j’ai flashé sur Gpotatoe, un studio coréen développant exclusivement des MMORPG. J’ai passé des heures sur Flyff, puis sur Dragonica. J’ai découvert les joies de killer du mob, de stuffer mon perso, de constituer des teams pour passer des donjons. Le bénéfice était double : derrière mon écran, on ne me jugeait pas. Et en plus, ça ne me coûtait pas un rond !

Suite à ça, j’ai compris non seulement que ce n’était pas un loisir « de mecs », mais qu’en plus ça valait vraiment la peine d’économiser. J’ai acheté ma première Nintendo DS à 13 ans.

Nintendo-ds-panzer

M’en fous, j’ai collé une grosse fleur dessus.

Je serais curieuse de connaître votre point de vue, vos débuts : comment avez-vous découverts les jeux vidéo ? Le marketing genré, ça vous a freiné•e•s, ça vous freine encore aujourd’hui ? Parlons-en !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Freehug
    Freehug, Le 5 janvier 2016 à 2h58

    Ah ah, il tombe à pic cet article ! J'ai découvert les jeux vidéo avec mes cousins et les enfants des amis de mes parents - tous des mecs - et surtout ma sœur. En gros j'ai été initiée par des garçons de mon âge puis j'ai moi-même fait découvrir cette merveille à ma petite sœur. On y a passé des heures, sur des jeux connus surtout, Zelda, Pokémon, Mario, Dofus, Soul Calibur et notre super chouchou de tous les temps, Tales of Symphonia, LE MEILLEUR JEU DU MONDE !!! (Tu la sens ma grosse objectivité là ?). Aujourd'hui, je suis limitée par ma carte graphique misérable vieille de 7 ans et mon absence de budget pour les consoles, mais je m'éclate sur des jeux indés comme Don't Starve, Rogue Legacy ou Limbo.

    Sauf que... J'ai attendu quasiment la vingtaine pour admettre que j'adorais ça et en parler autour de moi. Parce que j'ai été persuadée toutes ces années que c'était un truc de mecs et donc un peu honteux. Pareil pour les mangas : dans la cour de récré on s'échangeait des shôjô (que j'aimais pas) et avec ma sœur on lisait en cachette des shônen ou des seinen.

    C'est complètement con. En plus, mes parents nous payaient volontiers des jeux ou des mangas "pas pour filles" adaptés à notre âge sans y voir de problème tant qu'à côté tout allait bien (cours, amis etc). Vraiment, c'est débile...

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