Des photos postées sous #JeSuisCute diffusées sur des sites pornographiques

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Suite à la vague de slut shaming liée au hashtag #JeSuisCute, des images ont été diffusées sur des sites pornographiques sans le consentement de celles qui y figurent.

Des photos postées sous #JeSuisCute diffusées sur des sites pornographiques

Mise à jour du 3 août 2018 — #JeSuisCute, c’est un mouvement bodypositive né le 28 juillet 2018 et dont je t’ai parlé dans l’article ci-dessous

J’y avais cité des personnes qui menaçaient les femmes de publier leurs contenus sur des sites pornographiques.

Surprise (non), certains sont passés à l’acte.

La diffusion non-consentie d’images sur des sites pornographiques

Dans plusieurs tweets, la mannequin qui a popularisé le hashtag, Manny Koshka, a expliqué que des images et des vidéos avaient été diffusées sur Pornhub, YouPorn ou encore XVidéos.

En plus du lien avec les plateformes, une plainte groupée devrait être déposée. La mannequin semble en tous cas préparer une procédure, et encourage les victimes à la contacter.

Évidemment, la diffusion non-consentie de ces images est illégale.

Certain·es affirment qu’« elles l’ont bien cherché », mais heureusement la balance s’équilibre avec d’autres types de réactions.

Une fois de plus, l’importance de la solidarité et de la sororité me paraît primordiale. Envoyons-nous des mots d’amour et faisons front !

#JeSuisCute : comment un hashtag d’amour de soi déclenche une campagne de slutshaming

Article initialement publié le 30 juillet 2018 — Nous sommes le 30 juillet 2018, et ce week-end j’ai vu monter en Trending Topics sur Twitter le hashtag #JeSuisCute.

Par curiosité, je suis allée lire ce à quoi il correspondait. Et je me suis retrouvée face à des déferlements d’insultes.

Ma première question a été : comment des flots d’insultes ont-ils pu dépasser l’affaire Benalla sur Twitter, alors que les internautes ne parlent que de ça depuis plusieurs semaines ?

Alors j’ai remonté ma timeline jusqu’à trouver l’origine du hashtag.

#JeSuisCute, un mouvement lancé par une mannequin

La personne qui a lancé ce hashtag est une mannequin, Manny Koshka. Cette jeune femme pose dans des photos dénudées et/ou érotiques, et considère que :

« la photo de nu est un moyen comme un autre de prendre confiance en soi ».

Elle a proposé le hashtag #JeSuisCute comme un encouragement à aimer et montrer son corps, comme une invitation à la liberté.

Suite à cela, de nombreuses femmes ont posté à leur tour des photos d’elles, parfois dénudées ou en lingerie.

À l’heure où Internet a du mal à accepter les corps des femmes, oser être libre sur le net était un sacré défi. Les réactions des internautes ne se sont — malheureusement — pas fait attendre.

Twitter explose quand il voit quelques bouts de peau

De nombreuses réactions négatives et souvent violentes sont venues s’accoler à ce hashtag.

Le premier type de réaction, et le plus évident, est constitué d’insultes. Il en émane un slut shaming qui ne me surprend même plus.

J’ai une question, à ceux qui trouvent que montrer son corps signifie être une pute. Où se situe pour eux la frontière entre ne pas cacher son corps et montrer son corps ?

Car c’est ça, qu’ils reprochent aux femmes qu’ils insultent de tous les noms, c’est de ne pas cacher leurs corps. Sauf qu’il va falloir qu’ils comprennent que ce n’est pas acceptable.

Parce que cacher le corps de quelqu’un c’est cacher son existence, nier sa présence. Ils auront beau se voiler la face aussi longtemps qu’ils le voudront, les femmes sont et seront toujours là autour d’eux. Peut-être même que ces reproches émanent de femmes.

Il va être temps d’accepter que ces individus féminins ont elles aussi un corps, qui ne leur sert pas qu’à… satisfaire les désirs sexuels des hommes.

Parce que d’où viendrait ce réflexe de « punir » les femmes qui se montrent si ce n’est du refus d’accepter que les femmes ont une sexualité, qu’elles maîtrisent ? Ou de la vue si insupportable pour certain·es de femmes qui se réapproprieraient leur image, alors que celle-ci est sans cesse critiquée, sexualisée, réifiée ?

Quel interdit transgressons-nous lorsque nous prenons le contrôle de nos corps, de nos culs et de nos cœurs ?

La femme n’est pas au service de l’homme

Il y a une raison pour que cela choque tant. Quand la sexualité des femmes leur appartient, elle est ôtée… aux hommes.

S’ils tiennent tant à cette « norme », si la société est si critique envers les femmes qui n’appartiennent qu’à elles-mêmes, c’est parce que dans un inconscient — pas toujours si inconscient — collectif, elles comme leurs désirs sont censés être au service de ceux des hommes.

Elles sont catégorisées selon ce qu’elles peuvent apporter aux hommes, d’où le triptyque de la mère, la vierge et la putain.

Pour ceux qui adoptent ce mode de pensée, leur mère n’est pas une pute, les femmes ça va si elles se couvrent, mais dès lors qu’ils voient un décolleté, ils implosent et ne répondent plus de rien.

En gros, ils voient les femmes en trois groupes : les mères, les vierges et les putains. Mais ont-ils envisagé que le corps des femmes pouvait avoir une utilité différente de l’acte sexuel ? Se sont-ils déjà demandé si ces jambes qu’ils aperçoivent dans la rue pouvaient servir autrement qu’autour de leurs cuisses, par exemple au hasard à marcher ?

Peut-être qu’en considérant le monde sous cet angle, ils seront moins offusqués qu’un téton dressé se dévoile sous un t-shirt.

Et même si ça fait certainement beaucoup pour eux, il va falloir qu’ils se fassent au fait que les femmes baisent.

Les femmes baisent, mais quand ELLES le veulent

D’accord, je me suis emportée, et c’est un peu condescendant de m’adresser ainsi à des personnes qui savent bien que les femmes baisent. D’ailleurs, sur Twitter, ces gens le savent si bien qu’ils ne voient plus que ça.

En lisant ces tweets, j’ai été prise d’un sentiment de dégoût incroyable. Félicitations à leurs auteurs, j’imagine que c’était leur but.

Alors j’aurais peut-être dû préciser ci-dessus, mais les femmes baisent, oui, mais surtout elles baisent quand ELLES le veulent.

Cela signifie qu’elles doivent être consentantes pour baiser, et que personne, jamais, n’aura le droit de leur imposer son désir.

Personne, jamais, ne devrait sexualiser une femme sans qu’elle ne le souhaite.

Alors oui, on me demandera certainement quelle est la différence entre balancer le nude d’une meuf et une meuf qui balance son propre nude, qui ne semble pas toujours évidente.

Et bien Fred, c’est très simple : la distinction est la présence ou non du consentement de la meuf en question. Consentement qui change complètement la portée d’une image.

En plus de cela, le contenu des photos postées sur le hashtag est loin d’être pornographique. Seule une perception qui fait que chaque corps féminin est considéré comme sexuel peut donner cette impression.

Ce sont juste des corps. Pourquoi les corps des femmes dérangent-ils autant, tellement plus que ceux des hommes ?

La nudité des femmes n’affecte pas leur dignité

Bon, après ces joyeuses insultes (non), j’ai constaté que de très, très nombreuses réactions traitaient de la « dignité » des femmes qui postaient et l’opposaient à leur nudité.

Voici quelques exemples, pour que tu puisses te faire une idée.

Sans rentrer dans des débats philosophiques, je suis allée chercher la définition de « dignité » dans le Larousse. Peut-être que c’était moi qui jusqu’à présent avais mal compris, ou qu’en effet la dignité avait un lien avec le corps.

Et j’ai trouvé « respect que mérite quelqu’un ou quelque chose ». Pas de trace du corps des femmes ni de leur nudité là-dedans. J’ai fait le même exercice avec « respect », parce que je suis de bonne foi, mais là, toujours aucune mention du corps des femmes.

J’irais même plus loin : le respect est défini comme un sentiment, il est donc subjectif et n’est influencé que par le regard de la personne dont vient ledit respect.

Cela signifie que peu importe ce que les autres font en face, c’est le regard qu’on a sur eux qui fera évoluer ou non le respect qu’on leur porte.

Donc : ce jugement ne vient que des personnes qui en sont à l’origine, il n’y a pas de loi universelle qui dirait qu’à partir de telle profondeur de décolleté nous serions des putes. Si une tendance se dessine, c’est qu’elle est sociétale.

Et voici une belle preuve que notre société est machiste jusque dans ses racines.

Être nue sur les réseaux équivaudrait à être antiféministe ?

Heureusement, de plus en plus de mouvements féministes permettent aux femmes de se montrer et de s’accepter ou non, selon leur souhait, leur parcours.

Mais visiblement, poster des photos librement sur Internet desservirait « la cause ».


Bon, là ça commence à me fatiguer sévère.

Osez essayer de me faire croire que les corps des femmes ne sont pas un enjeu.

À l’heure où une femme sur 10 a été ou sera violée au cours de sa vie. Osez me dire que ces corps ne sont pas des terrains de guerre.

À l’heure où les femmes sont battues, à l’heure où l’une d’entre elle meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou son ex conjoint. Osez affirmer qu’écraser les femmes par le corps n’est pas un outil de domination.

À l’heure où, sur Twitter, pour une photo que nous sommes fières de partager, nous nous prenons en pleine face une déferlante d’insultes. Osez déclarer que la nudité des femmes n’est pas un combat à mener.

Si ce n’était pas le cas, ce hashtag ne serait même pas monté en puissance. Si ce n’était pas le cas, presque personne n’aurait réagi aux photos postées. Si le corps des femmes n’était pas un terrain à conquérir, seule l’indifférence leur aurait répondu.

Mais ça n’a pas été le cas.

Et pourtant, de l’autre côté, celui des hommes, celui des bites et des couilles qui n’ont rien d’obscène, celui des tétons apparents qui ne choquent personne, celui des mollets velus qui ne provoquent aucune remarque, les réactions sont loin d’être les mêmes.

J’en prends pour exemple le tweet ci-dessous, qui inverse la tendance. À lui seul, il semble déjà absurde.

Edit : J’ai dû retirer ce tweet qui était intégré à l’article, puis flouter les pseudos et cacher le visage de la personne qui apparaît sur la photographie suite à une vague de harcèlement et de critiques envers la personne qui les a émis.

J’invite tout le monde à débattre en cas de désaccord, mais surtout pas à harceler qui que ce soit. Je rappelle que le cyberharcèlement est puni par la loi.

Mais plus absurde encore que ce qui est dénoncé par ce tweet, ce sont les réactions à celui-ci.

En effet, et c’est l’un des problèmes. Pourquoi une femme qui montre un décolleté choque, alors ? De plus, durant la finale de la Coupe du Monde, Internet s’est esclaffé en voyant un homme complètement nu (bite à l’air, oui), monté sur un poteau et approchant un drapeau de son anus.

Ça a fait beaucoup rire. Et il n’a pas été traité de salope, mais plutôt en héros.

Là, je n’ai pas grand-chose à rajouter, puisque cette réponse se suffit déjà à elle-même.

Enfin, visiblement montrer un homme dénudé en lui intimant de se rhabiller (ironiquement, je précise) est visiblement passible d’insultes. Tandis qu’à l’inverse, cracher sur une femme peu vêtue est un acte visiblement honorifique et banal.

Et je ne compte dans les mentions de cette jeune femme pas de critiques envers cet homme qui met fièrement en avant son torse.

Cela veut dire qu’il est possible de se remettre d’un bout de peau posté sur le net.

Ce n’est pas parce que Twitter permet de réagir à chaud qu’il faut réagir à tout et tout le temps

Voilà selon moi le problème de Twitter : une grande partie de ses utilisateurs et utilisatrices est persuadée qu’on leur demande leur avis sur tout.

Sauf que ce n’est pas le cas. Du tout. Ce n’est pas parce que la plateforme permet de réagir rapidement et à chaud qu’il faut réagir à tout et tout le temps.

Même s’il arrive d’avoir un premier jugement facile, irréfléchi et plein de préjugés, j’invite chacun·e à réellement prendre le temps de réfléchir avant de s’exprimer.

La personne a-t-elle vraiment besoin de mon avis ? Celui-ci est-il pertinent ? Dans quelle mesure n’est-il pas un réponse préconçue par la société dans laquelle j’évolue ? Risque-je de faire du mal à la personne à qui je réponds ?

À l’inverse, aux femmes qui n’osent pas s’assumer, se lancer, aux femmes qui doutent ou qui ont peur, aux femmes qui n’ont pas confiance et à celles qui sont dans une mauvaise passe : aimons-nous !

Aimons-nous, prenons soin de nous, soyons bienveillantes envers les autres et surtout envers nous-mêmes, parce que Twitter ne le fera pas à notre place, loin de là.

Les exemples ci-dessous sont des preuves que nous devons nous entraider et nous soutenir, puisque nous croulons sous la bêtise à chaque fois que nous osons respirer.

Vraiment, je ne vois pas le problème.

Si nous décidons de partager des photos desquelles nous sommes fières, libre à nous.

Invoquer nos parents ou nos employeurs pour exprimer un désaccord, c’est nous infantiliser. Cela revient à dire « tu as fait une bêtise, tu seras punie ». Sauf que, attention, révélation, les femmes peuvent aussi se comporter en adultes et faire des choix éclairés.

Qu’ils cessent d’essayer de nous faire peur pour nous faire taire.

Qu’ils cessent de détruire notre légitimité. Le tweet ci-dessous en est un autre exemple.

D’abord, si la personne tweete des photos d’elles pour avoir des compliments, grand bien lui en fasse.

Ensuite, qui est cette personne pour juger de la légitimité ou non de quelqu’un à avoir des complexes ? Est-ce qu’il y a un droit aux complexes qui a été inscrit dans la Constitution ? Dois-je me rendre à la Mairie et effectuer une longue démarche administrative pour obtenir l’autorisation de ne pas aimer ma fesse droite ?

Les complexes touchent tout le monde, et sont loin d’être sympas à vivre. Ils sont irrationnels, parce que tous les corps sont beaux. Mais à force de se faire matraquer qu’il n’y a qu’un seul idéal à atteindre absolument, nous nous sommes persuadées que nous ne pouvons pas être belles.

Plutôt que de rajouter une couche de honte à quelqu’un qui ose se montrer et tenter de s’aimer, j’aurais voulu voir des compliments qui encouragent cette personne à s’accepter comme elle est.

Au cyberharcèlement nous opposerons la sororité

Suite à toutes les réactions sur le #JeSuisCute, Manny Koshka a appelé à la sororité dans un thread.

Elle y dénonce le fait que, toujours en 2018, « une femme qui dispose de son corps, sera toujours une pute, une femme sans valeur et sans dignité ».

Mais elle ne s’est pas arrêtée à ce constat, et au contraire, va plus loin en invitant au soutien, et en encourageant les femmes qui ont posté des photos sur le hashtag.

Je me joins à elle pour envoyer toute ma force aux femmes qui ont partagé des photos dans lesquelles elles se trouvent belles, des femmes qui ont envie de s’aimer et qui ont bien raison.

J’invite les plus fragiles des twittos à « muter » le hashtag s’ils ont peur de ne pas se remettre de tant de femmes qui s’assument dans leur timeline.

Et au passage, je leur propose de me bloquer, car je ne compte pas me taire ni cesser de m’indigner face à leurs comportements honteux.

Je serai avec les femmes, toutes les femmes, celles qui veulent se couvrir comme celles qui veulent se montrer, celles qui baisent et celles qui ne couchent pas, celles qui sont mères, et vierges, et putains à la fois.

À lire aussi : Elle explique magistralement le slut-shaming… au plus misogyne des réacs

Mathilde Trg


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Commentaires
  • Hexagoneyes
    Hexagoneyes, Le 6 août 2018 à 14h53

    Je suis pour le respect de toutes les opinions et la bienviellance en general.
    C'est pour cette raison que je déteste les trolls...
    Je plains les pauvres filles qui ont répondu au #JeSuisCute et qui se sont retrouvées propulsées sur les sites porno ou qui se sont faites insultées. Toutes ne sont surement pas aussi fortes et combative que Mathilde Trg. Je pense qu'il doit y avoir de très jeunes âmes qui ne réalisent pas les consequences d'un post sur un réseau social.
    Militer pour le droit des femmes est important mais un militantisme volontaire! Il faut éduquer les filles sur les réseaux sociaux. Certaines ont du se retrouver au Coeur d'un combat militant sans en avoir conscience ou l'avoir voulu!
    Personne ne trouve triste qu'une fille un peu mal dans son corps pense à se dévoiler nue sur internet comme thérapie? N'y a t-il pas d'autres moyen de liberation de ses complexes?
    Je ne juge pas une fille... je pense à la societée actuelle dans sa globalité. Les réseaux sociaux deviennent incontournables et perso, je trouve cette histoire un peu triste... très violent en fait.
    Se liberer ... oui... mais rester pudique en meme temps c'est possible? Je suis generation Y mais je dois être un peu vieille dans ma tête...
    Attention: je ne parle pas de pudeur religieuse hein.

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