Je suis introvertie, et alors ?

Claire est introvertie, et prône son droit à la tranquillité et à une vie sociale minime. Aujourd'hui, les gens qui apprécient le calme et la solitude ne sont pas franchement bien vus... et elle en a plus que marre d'être considérée comme « anormale ».

Je suis introvertie, et alors ?

Publié initialement le 19 mai 2015

Introverti : pourquoi en parler ?

Après des années d’incompréhension, de mise à l’écart et de malaises, après un nombre incalculable de réflexions plus intolérantes les unes que les autres sur ma personnalité, mon fonctionnement et ma façon d’être, il est temps pour moi d’expliquer ma vraie nature.

Ce texte est dédié à toutes celles et ceux qui croient me connaître et m’ont souvent jugée au regard de leurs propres critères de « normalité ». Il va vous dévoiler le contenu – souvent vu comme confus — de ma petite tête et vous fera, je l’espère, mieux comprendre les introverti-e-s qui vous entourent probablement.

Ce texte est également dédié à toutes celles et ceux qui, comme moi, vivent l’intolérance au quotidien et se voient souvent coller l’étiquette d’asociaux, de gens anormaux ou d’ermites, alors qu’en réalité, ils ne sont qu’introvertis.

Je suis introvertie, pas timide !

Ça y est, le mot est lâché. Petit florilège de ce qu’on a pu me rétorquer :

« Tu te caches derrière un mot juste pour ne pas dire que t’as la flemme de sortir ! »

« Toi, introvertie ? N’importe quoi… Dis plutôt que t’es vieille avant l’heure et que tu préfères rester chez toi ! »

« Mais non, c’est pas ça, t’es pas timide, toi. »

« Ouais, bon, ok t’es bizarre… Mais pas à ce point-là ! »

Eh bien si, je suis une introvertie. Mais cette affirmation n’est pas à prendre à la légère et, tout comme il ne faut pas amalgamer extraversion et extravagance, j’aimerais qu’on arrête de confondre l’introversion avec la timidité ou l’asociabilité.

Quand je dis ça, on me répond souvent : « Introvertis, timides, asociaux, cas sociaux ouais ! Vous êtes chelous et puis c’est tout ! ».

brides maids

Mettons donc les choses à plat, une bonne fois pour toutes. Qu’est-ce qui, au juste, différencie un introverti d’un timide ou d’un extraverti ?

L’introverti choisit d’être seul quand le timide, poussé par la peur ou l’anxiété, ne peut pas faire autrement que de se tenir à bonne distance des autres. L’un aime passer du temps avec lui-même pour se ressourcer quand l’autre subit son isolement. L’extraverti, quant à lui, apprécie le regard et l’approbation d’autrui, qui l’aident à se construire et à se placer dans la société.

Je vous rassure : pendant longtemps, je n’ai moi-même pas su faire la différence. Je n’ai que très récemment pu mettre un mot sur ce trait de caractère particulier et enfin dire merde haut et fort à ceux qui me jugent. Mais, auparavant, et du fait de mon jeune âge, j’ai naïvement écouté les réflexions blessantes et désobligeantes autour de moi, me faisant croire que j’étais timide voire asociale…

Voilà pourquoi, aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie différente, carrément à part : les autres ont décidé pour moi que je serais bizarre et marginale, juste parce que j’aimais être seule et que j’étais calme.

À trois ans déjà, je savais que quelque chose n’allait pas. Je revois encore le visage hilare de mes « camarades » de classe qui, quand je leur ai demandé si je pouvais jouer avec elles, m’ont répondu dans un éclat de rire dédaigneux que « Non, parce que d’abord on n’aime pas ta robe, elle est pas belle, comme toi ! ».

Les quelques vingt années qui ont suivi ont été ponctuées de moqueries du genre, de critiques sur ma façon d’être et sur ma « timidité », tant et si bien que je me suis réfugiée dans mon monde. On me disait timide et asociale ; je suis alors devenue sauvage et flippante, ne me laissant que très rarement approcher, bien décidée à ignorer royalement tous ceux qui me faisaient chier.

Pourtant, je ne suis pas timide et ne l’ai jamais été. Je n’ai pas peur de parler en public et il m’arrive de participer à des soirées surpeuplées. Je ne suis pas non plus agoraphobe. Je ne suis pas gênée par les interactions sociales et il m’arrive fréquemment de sortir de chez moi.

Sex and the City

Ceux qui me connaissent me diront « Mais c’est parce que tu as changé, tu as grandi. Souviens-toi de la petite fille timide et renfermée que tu étais ! » : non. Je n’étais PAS timide, et encore moins renfermée. C’est l’étiquette que certains extravertis m’ont collée sur le visage, peut-être parce qu’ils ne comprenaient ma façon de fonctionner.

Être introvertie… c’est si mal d’aimer la solitude et le calme ?

Je n’étais pas timide, donc, juste une enfant qui ne savait pas encore comment défendre et protéger son espace vital. Je me montrais aux autres telle que j’étais, ne réalisant pas à quel point interagir avec eux vidait mes batteries.

Sophia Dembling, auteur de The Introvert’s Way : Living a Quiet Life in a Noisy World (pour les non-anglophones, comprenez Les introvertis ou comment vivre calmement dans un monde bruyant), a d’ailleurs pointé le problème du doigt : les enfants introvertis sont souvent catalogués comme timides, enfermés dans leur coquille, en marge des autres ou encore effacés. Ce qu’ils sont, en réalité, c’est observateurs, calmes, réfléchis et très attentifs au monde qui les entoure.

« Ok, mais t’es plus la même aujourd’hui », me diront certain-e-s. Certes, aux yeux du monde, j’ai l’air d’avoir beaucoup changé. Au fil du temps et presque instinctivement, j’ai appris à contrôler ma réserve d’énergie. Aujourd’hui je sais comment, à l’aide de divers masques, me préserver, me recharger. De ce fait, je peux m’adonner à toutes sortes d’interactions sociales, aussi épuisantes soient-elles pour moi.

Une fois ces interactions terminées, il me suffit de prendre le temps de me retrouver. Faire « mon autiste » comme certains me l’ont reproché !

Sur ce point, il me semble d’ailleurs nécessaire d’insister : vous, les extravertis qui avez besoin du monde extérieur pour vivre, vous qui puisez votre énergie vitale chez les autres, comprenez que nous, bien que nous soyons capable d’apprécier la vie en société (toujours selon Sophia Dembling, les introvertis font d’ailleurs très souvent d’excellents orateurs et leaders), nous avons un besoin vital de calme et de solitude pour nous ressourcer.

Et ces moments de paix intérieure qui peuvent sembler être causés par la peur de l’autre, ou par une dépression, sont, pour nous, de purs instants de bonheur. C’est pourquoi j’aimerais vraiment qu’on arrête de juger les personnes qui, comme moi, aiment prendre du temps pour se retrouver avec elles-mêmes, qui préfèrent les sorties avec seulement trois ou quatre amis plutôt que les « méga fiestas » où l’on se connaît à peine et qui, plutôt que de parler sans arrêt, trouvent beaucoup plus d’amusement dans le fait d’observer et d’écouter.

brides maids

On s’amuse aussi bien à deux, d’ailleurs !

Être introvertie, ou une autre façon d’appréhender le monde

Nous ne sommes pas des êtres bizarres et incompréhensibles : notre manière d’appréhender le monde est tout simplement différente. Beaucoup d’extravertis ont logiquement du mal à le comprendre, puisque leur fonctionnement est différent (ce qui ne le rend ni mieux, ni moins bien, précisons-le).

Nos phases d’observation ou de silence, souvent prises pour du mépris, de l’arrogance ou du je-m’en-foutisme, sont en fait le moyen d’analyser au mieux tout ce qui nous entoure, d’en percevoir le fond, bien plus important que la forme. Nous prenons le temps d’écouter, de réfléchir et de connaître les choses et les gens, pour les apprécier ensuite à leur juste valeur.

En société, je préfère donc m’assoir dans mon coin et écouter. Autour de moi, j’ai qu’un cercle amical et familial assez restreint, privilégiant la qualité à la quantité, pour assurer à chacun une place définitive dans mon cœur. Je n’ai 350 « amis » Facebook, ni 1200 followers sur Twitter. En revanche, je peux affirmer que ceux qui me contactent sur Internet, je les connais dans la vraie vie !

J’aime me retrouver en petit comité, entourée des gens que j’aime, plutôt que noyée dans une foule que je ne connais pas et qui va m’épuiser. J’adore passer mes week-ends devant la télé avec mon introverti de petit-ami, confinée dans notre bulle, à l’abri du monde extérieur, souvent trop rapide et bruyant pour moi.

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Mais je n’aime pas que l’on me reproche d’être comme ça.

Je ne demande pas aux extravertis d’être moins fêtards, de moins sortir le soir ou de rester chez eux le week-end. Alors j’aimerais vraiment qu’on arrête de vouloir me transformer, de vouloir me changer jusqu’à ce que je devienne comme certains le veulent.

Je suis une introvertie. Voilà, c’est dit, et ça n’est pas prêt de changer, alors qu’on me laisse tranquille !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MsOriginalDoll
    MsOriginalDoll, Le 12 juillet 2014 à 19h19

    Je suis à 75% du temps introverti et quand je le suis, je le suis à fond et c'est pour cela aussi que je n'ai pas beaucoup d'amis. J'ai tendance à beaucoup observer les gens, à vouloir parfois les aider même et en les observant s'enfoncer dans leurs propres mouises, je me dit qu'il n'y a plus rien à faire. Pourtant, j'ai des moments où j'ai terriblement envie de sortir, de m'amuser et dans ces moments, je me sens vraiment profiteuses des extravertis en leur demandant si je peux allez avec eux alors qu'en journée, on ne se voit que très rarement enfin bref, ma vie est un défi permanent et je te remercie pour cet article qui remet les choses dans leurs contextes ;).

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