Interview de Stéphanie, militante du Front de Gauche

Jusqu'au premier tour de la présidentielle, nous allons rencontrer des jeunes militantes engagées auprès d'un parti politique dans la course à l'Elysée. Aujourd'hui, nous vous proposons une interview avec Stéphanie qui milite pour le Front de Gauche, rassemblement de gauche mené par Jean-Luc Mélenchon.

Interview de Stéphanie, militante du Front de Gauche

Pour cette première interview dans le cadre de la campagne 2012, on part tout à gauche : nous avons rencontré Stéphanie, jeune femme active et engagée aux côtés du Front de Gauche depuis quelques mois afin de parler de son engagement et du rapport qui l’unit au parti en question.

Le Front de Gauche

Pour rappel, le FDG, c’est la coalition de plusieurs partis de la gauche antilibérale. Composé entre autres du Parti Communiste (PC) et du PG (Parti de gauche), il a présenté Jean-Luc Mélenchon comme candidat à la présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon est le candidat officiel du Front de Gauche depuis juin 2011, date à laquelle une consultation interne a montré qu’il était le candidat que les militants communistes voulaient avoir. Avant cela, sa candidature avait déjà reçu le soutien du Parti de Gauche, de Gauche Unitaire, de la Fédération pour une alternative sociale et écologique et des délégués du Parti Communiste. Depuis le début de la campagne, sa candidature ne cesse de progresser dans les sondages et a même dépassé Marine Le Pen dans un sondage par BVA pour RTL et la presse régionale.

Connu pour ses prises de position virulentes à l’encontre des médias, Jean-Luc Mélenchon a mis l’humain au coeur de sa campagne, à tel point que c’est dans le titre de son programme : L’humain d’abord, disponible gratuitement en téléchargement numérique.

Pour plus d’informations

Interview de Stéphanie

Stéphanie, tu es militante au Front de Gauche depuis peu… Qu’est-ce qui t’a fait opter pour ce parti ?

Je suis militante depuis le mois de décembre. J’ai auparavant été militante au Parti Socialiste pendant longtemps, de 2006 à 2011. Je pensais qu’on pourrait faire bouger les choses là-bas. Mais il y a eu la défaite de Ségolène Royal à la présidentielle en 2007. Parallèlement, je suivais le parcours de Jean-Luc Mélenchon. Je le connaissais bien (rappelons que Jean-Luc Mélenchon faisait partie du PS jusqu’en 2008, ndlr). Depuis, j’ai été déçue par les propositions et le programme du PS. Quand Ségolène Royal a perdu les primaires du PS au mois d’octobre, j’ai décidé de partir pour le Front de Gauche après avoir pris le temps d’étudier ses propositions pour me décider.

Tu as commencé à militer très jeune pour le PS et tu es aujourd’hui engagée aux côtés du Front de Gauche : comment expliquerais-tu ce besoin de t’engager politiquement ?

Je ne me l’explique pas, en fait. Je ressens un besoin de militer. Je comprends les personnes qui ne veulent pas s’engager politiquement, mais c’est un besoin vital pour moi.

Comment exprimerais-tu ton ressenti vis-à-vis de cette campagne présidentielle un peu spéciale (coups bas entre les partis, insultes, focalisation sur des sujets « anecdotiques » comme le halal…) ?

A mes yeux, le Front de gauche mène une bonne campagne. On arrive à attirer et à rassembler du monde. En revanche, les médias essaient en ce moment de nous imposer un débat sur la sécurité, sur l’insécurité, encore plus depuis ce qu’il s’est passé la semaine dernière avec la fusillade de Toulouse. A mes yeux, il y a des sujets plus importants à traiter, à débattre. Je pense notamment aux problèmes du logement. Le Front de Gauche se déplace régulièrement pour parler avec les gens et les écouter parler de leurs problèmes – comme la semaine dernière à Bobigny par exemple.

Es-tu satisfaite que le Front de Gauche ait opté pour Jean-Luc Mélenchon dans cette course à l’Elysée ?

Je ne suis arrivée que récemment et je n’ai pas participé aux votes. Mais sa personnalité est selon moi un point fort : c’est un bon orateur, qui explique bien, il fait preuve de pédagogie et il sait se faire entendre ; il en impose. Et puis, c’est la première fois que je vois quelqu’un lire du Victor Hugo pendant les meetings, par exemple. En fait, il est habité par une réelle énergie militante, comme tous les militants.

Cette énergie, on l’a par exemple particulièrement bien ressentie le 18 mars à la Bastille. Les militants chantaient dans le métro pour motiver les gens à nous rejoindre à la Marche pour la VIème République. Non, c’est vraiment une bonne campagne que mène le Front de Gauche.

Et puis, on organise également des soirées culturelles tous les vendredis au QG du parti (situé aux Lilas, dans une ancienne usine à chaussures). Le local fait 700m², ce qui est vraiment bien puisque ça nous permet de faire plein de choses. Ça s’appelle Les Vendredis à l’Usine, c’est ouvert à tout le monde, c’est gratuit et il y a un peu de tout : certains vendredis, il y a des pièces de théâtre, d’autres des lectures de poèmes ou des concerts.

D’ailleurs, quel est ton rôle dans la campagne ? Comment se traduit ton engagement pour le Front de Gauche au quotidien ?

Je m’occupe par exemple de la librairie aux Vendredis à l’Usine. On y vend des livres édités par Bruno Leprince Editions ; ce ne sont que des livres politisés, mais tous les sujets évoqués dans le programme y sont représentés (écologie, économie,…). Quand des artistes viennent jouer, on vend également leurs CD pour leur donner un petit coup de pouce par exemple. Je suis également présente pendant les manifestations (celle pour les droits des femmes du 8 mars, ou à la place de la Bastille). J’ai également fait un peu de tractage en porte-à-porte.

A ce propos, vous êtes bien reçus quand vous faîtes du porte-à-porte ? Comment ça se passe ?

Je ne l’ai fait que très rarement pour l’instant, mais j’ai toujours été bien reçue. Bien sûr il faut cibler, ne pas revenir plusieurs fois au même endroit. On s’est déjà vus répondre par les gens que nous consultions qu’ils allaient voter François Hollande, par rapport à ce fameux « vote utile », mais c’est de plus en plus rare. Ça s’est toujours bien passé pour moi, mais je sais que l’ambiance peut fluctuer selon les quartiers.

Selon un sondage de BVA pour RTL et la presse régionale dévoilé vendredi, Jean-Luc Mélenchon pourrait-être le troisième homme à l’issue du premier tour. Comment expliques-tu cet engouement pour lui à ton niveau ?

Je pense que ça s’explique par le programme du Front de Gauche. On peut par exemple comparer les discours du Front de Gauche avec ceux du Parti Socialiste, qui nous martèle l’argument du vote utile pour faire face à la droite. Le FDG mise plutôt sur ses idées et organise également beaucoup de débats. En plus, le parti s’organise pour qu’il y ait dans la mesure du possible un groupe de militants dans chaque ville. Chaque jour, les membres du parti travaillent et militent en faveur du FDG. Je pense par exemple à ce qu’il s’est passé ce week-end : des militants du Front de Gauche ont perturbé la visite de Marine Le Pen sur un marché à Meaux et l’ont interpellée en criant « Résistance ! » ou en chantant.

Si je te demandais de manière tout à fait personnelle et subjective de mettre en avant un seul projet figurant dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, lequel choisirais-tu ?

Je dirais la proposition de limiter et d’encadrer les CDD dans les entreprises. Le Front de Gauche propose d’instaurer un quota de 5% de CDD dans les grandes entreprises et de 10% pour les petites et moyennes entreprises (les PME).

Pourquoi ce choix ?

Parce que sans CDI, on ne peut pas faire de projet. On ne peut pas non plus trouver de logement, on a du mal à se projeter, on se demande ce que l’on fera dans un ou deux ans. Pour moi, c’est important.

Au contraire, peux-tu me citer un point du programme avec lequel tu n’es pas d’accord ?

Je suis un peu sceptique en ce qui concerne l’euthanasie (Jean-Luc Mélenchon qui se déclare partisan à la légalisation de l’euthanasie a par ailleurs participé avec Eva Joly à un meeting en faveur du « droit de mourir » samedi 24 mars). Tout ne me paraît pas très clair à ce sujet et je pense que cette question mérite un débat plus poussé, plus développé. Un peu comme le parti propose de le faire avec le thème du nucléaire (Jean-Luc Mélenchon souhaite l’organisation d’un référendum sur l’énergie nucléaire afin que ce soit le peuple qui décide de son avenir).

[A ce moment de l’article, une pause s’impose : le petit-ami de Stéphanie, qui écoutait la conversation d’une oreille souhaite prendre la parole au sujet de l’euthanasie]

Petit-ami de Stéphanie : Il faut que les gens aient le choix. Ce n’est pas à l’Etat de décider de légaliser ou pas ce qui est au fond un suicide. La médecine a pour but de maintenir le corps en vie. Est-ce le rôle des médecins d’aider les gens à mourir ? En plus, comment ces partis progressistes peuvent-ils prôner le « triomphe du désespoir » alors qu’ils défendent l’idée même d’espoir ? L’euthanasie, je dis oui dans un cadre privé, si ce sont les proches qui administrent le produit, mais l’idée que ce soit fait dans un cadre médical me dérange.

Et puis la douleur n’est pas que physique, elle peut aussi être psychique. Imaginons que demain, je perde ma copine, ou un proche, que j’ai envie de mourir, qu’est-ce que je fais ? On parle du respect du droit de mourir. Ca mérite d’être débattu plus en profondeur.

Stéphanie : Voilà, c’est ce que je voulais dire.

Stéphanie, dimanche dernier a eu lieu une marche pour la VIème République. Peux-tu expliquer avec tes propres mots l’utilité de sa mise en place ?

Les gens s’imaginent que la Vème République est synonyme de stabilité, mais c’est faux : la Constitution de la Vème République a été modifiée une petite vingtaine de fois depuis 1958. La VIème République telle que la souhaite le Front de Gauche reviendrait à arrêter avec la présidentialisation (aka le renforcement du pouvoir du président). Le parti veut quelque chose de plus ouvert aux citoyens, de plus participatif, et un pouvoir pas seulement concentré principalement dans les mains d’une seule et même personne mais une participation plus importante des Français.

Un dernier mot aux madmoiZelles qui hésiteraient encore sur leur vote à la présidentielle ?

Je leur dirais « comparez les programmes et [si vous êtes de gauche] vous verrez que le Front de gauche est le plus à gauche, justement ». Et je leur rappellerai qu’il n’y a pas de proposition pour une VIème République dans le programme du PS (alors que c’était le cas en 2007, ce qui est un peu bizarre).

Encore merci à Stéphanie !

N’oublie pas : si tu es toi aussi militante pour un parti politique représenté à l’élection présidentielle et que tu souhaites témoigner, n’hésite pas à nous contacter

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 22 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • VII
    VII, Le 11 avril 2012 à 23h32

    Lieve

    Ah je comprends mieux :)
    Je trouve quand même qu'il y a eu de réels progrès sociaux (alphabétisation, système de santé, l'antique réforme agraire) et puis les différentes révolutions on eu le mérite de montrer aux gens que c'était possible. C'est pour tout ça que les positions "tous pareils, les avancées n'existent pas" ça me gêne un peu ^^

    Pour l'électorat de Mélenchon ça reste partagé entre déçus du PS, petits partis etc, je chipote mais le communisme ça reste une notion clairement définie et son programme c'en est pas (ahah) mais il y tend (certes).
    C'est sans doute parce que la notion est pas mal galvaudée mais je ne pense pas qu'on puisse trouver un bon exemple (au sens démocratie, égalité etc) de capitalisme réussi.
    Bref je m'égare.

Lire l'intégralité des 22 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)