Ma mère est partie pendant 12 ans, et ça a tout changé

La Fête des Mères est dure à gérer si tu n'as pas de relation avec ta mère. Une madmoizelle raconte comment elle a vécu ce douloureux rappel.

Ma mère est partie pendant 12 ans, et ça a tout changé

C’est la Fête des Mères et y penser me demande toujours une effort conscient car pendant plus de la moitié de ma vie, cette célébration n’a eu aucune signification pour moi.

Enfin si…elle me ramenait à un manque. Un manque d’elle, ma mère, cette femme dont je me souvenais avec tendresse sans jamais la voir.

De la naissance à mes 7 ans : le bonheur et l’insouciance

Je garde des souvenirs émus et précis de mon enfance jusqu’à mes 7 ans et surtout de ma mère.

En effet, ma maman était si gentille, si douce et si jolie. C’était de loin ma personne favorite et je pensais être le centre de son univers, comme beaucoup d’enfants finalement.

Nous avions nos petits rituels : elle me coiffait les cheveux tous les dimanches, elle me cousait des robes, on se pomponnait pour sortir le week-end et on regardait les séries les plus cons ensemble.

Elle m’encourageait à faire ma star et à développer ma personnalité en rigolant à mes blagues et à mes impertinences.

Elle n’élevait jamais la voix. Mon papa a naturellement endossé le rôle de parent sévère, ce qui avec le recul n’était pas juste car je me souviens moins des bons souvenirs avec lui.

Je pense avoir vécu une enfance assez classique et heureuse (les deux ne sont pas forcément corrélés, toi-même tu sais) jusqu’à mes 7 ans.

La naissance de mon frère a été un pic de bonheur car le rôle de grande sœur me comblait et j’admirais ce nouvel être humain avec émerveillement.

Ma vie était parfaite… mais pas celle de mes parents.

J’ai appris plus tard que leur couple n’allait pas forcément bien, mais ne les ayant jamais vu se disputer, le départ de ma mère fut brutal. (Alors qu’en réalité, les torts étaient partagés.)

Sans mère pendant 12 ans : la douleur et l’engourdissement

Lorsque j’ai eu 7 ans, ma mère est partie en Afrique pour quelques semaines afin d’assister aux funérailles de mon grand-père.

Les semaines sont devenues des mois, puis des années, puis un divorce en a résulté. Mon frère et moi sommes devenus des dommages collatéraux.

Au début, j’étais persuadée qu’elle reviendrait : dans les lettres qu’elle m’écrivait, elle parlait de son retour et je ne pouvais pas imaginer un monde où ma mère ne reviendrait pas.

C’était absurde.

Ça aurait dû se passer comme ça…

Finalement cet absurde est devenu ma vie, les lettres se sont espacées puis je n’en ai plus reçues, mon déménagement n’y étant pas étranger.

Il faut savoir que tout ça s’est passé avant l’avènement des réseaux sociaux et mes parents n’étaient pas très versés en informatique donc pas d’échange d’e-mail.

J’ai peu de choses à raconter sur cette période car au bout de quelques mois, je me suis mise en pilote automatique et j’ai vécu dans un brouillard. Une question de survie.

Ainsi je n’entendais plus les questions incessantes de ma maîtresse de CE1 sur le retour de ma maman, je n’avais plus à gérer la curiosité ainsi que le manque de tact des autres enfants et des adultes.

J’étais toute seule, sur mon île, et plus rien ne me tenait à cœur.

Je faisais les choses qui étaient attendues de moi : bonne élève, je m’efforçais d’être gentille et discrète, je ne demandais rien pour moi sauf d’être dispensée de faire une carte pour la Fête des Mères.

C’était au-dessus de mes forces.

L’adolescence et la puberté ont été compliquées également car le vide a été remplacé par de la colère contre ma mère qui aurait dû être là pour me guider.

Le jour où j’ai eu mes règles, c’est par exemple la mère de ma meilleure amie qui m’a expliqué ce que je devais savoir et le reste m’a été transmis par mon prof de SVT.

La colère m’a vite lassée et a fait place, quand j’ai eu 16 ans, à de l’indifférence. Pas de bol, c’est le moment qu’a choisi ma mère pour reprendre contact avec moi par mail.

Je ne me suis pas investie dans cette relation épistolaire car je ne souhaitais pas la faire entrer dans ma vie, laquelle était semée d’embûches.

J’étais déjà en train de découvrir qui j’étais donc je n’avais que peu de temps pour découvrir qui était ma mère. Il ne m’a jamais traversé l’esprit que les deux étaient liés.

De mes 19 ans à maintenant : la déception et l’acceptation

Ma mère est revenue dans ma vie définitivement et s’est réinstallée en France lorsque j’ai eu 19 ans. C’était il y a 10 ans.

Je ne pense pas que ça m’ait rendue heureuse à proprement parler mais sur le coup, j’étais contente de ne plus avoir à justifier de son absence dans ma vie.

À son retour elle a souhaité parler des raisons pour lesquelles elle était partie mais pas moi, en tout cas pas tout de suite, et ça l’a énormément frustrée.

Plus tard nous en avons un peu parlé et elle m’a expliqué avoir profité du décès de son père pour se séparer du mien, ce que j’ai trouvé… faible.

C’est d’ailleurs une des choses qui m’ont déçues chez ma mère lorsque j’ai réappris à la connaître : elle n’était pas la super-héroïne de mes souvenirs.

Plus elle m’expliquait ses décisions, plus je les trouvais ineptes.

Moi qui aspirais à être une femme forte, indépendante et réfléchie, j’avais au final une mère qui n’était rien de tout cela, que je ne pouvais pas ériger en modèle.

Je lui ai fait payer mon sentiment de déception en étant franchement odieuse et en manquant grossièrement d’empathie.

Depuis, j’ai appris à relativiser et je respecte ses décisions même si je ne les comprends pas. Et puis elle m’aime.

Bon, disons que parfois ce n’est pas suffisant mais comment elle ne peut pas me rendre la stabilité et l’équilibre affectif dont j’aurais eu besoin à l’adolescence, autant me concentrer sur notre relation actuelle.

Je suis parfois encore dure avec ma mère et je m’en veux mais en grandissant sans elle j’ai également dû apprendre à ne plus avoir besoin d’elle.

C’est pourquoi aujourd’hui toutes les pièces de ma vie s’emboîtent, sauf elle, presque comme si je n’avais pas l’utilité d’une mère. Je lui fais néanmoins une place tant bien que mal dans ma vie pour ne pas la faire souffrir.

Toute cette colère, cette rancœur et cette amertume que je ressentais ont fait place à de la tendresse au prix d’un GROS travail sur moi-même.

Je ne sais pas si j’aime ma mère, je m’interroge souvent, mais au final je ne suis pas persuadée que ce soit important.

Je profite juste du respect et de la tendresse ainsi que de l’équilibre que nous avons miraculeusement instauré.

Ce n’est pas parfait mais c’est à nous.

À lire aussi : À ma mère qui ne cesse de me dire « T’as encore grossi »…

Une madmoiZelle

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Commentaires

moldova

Je n'ai pas l'habitude de commenter des témoignages (chacun son vécu, ses ressentis… et sans le contexte je ne me sens pas capable de dire grand chose de pertinent) mais je voulais au moins laisser quelque chose pour celui-ci, qui m'a touchée d'une manière que je n'arrive pas à m'expliquer. Si ça ressemble un peu à ce que j'ai vécu avec mon père, mais pas complètement, j'ai surtout été marquée par l'amertume que j'ai ressentie à travers chacun des mots employés. Les blessures structurelles que peuvent laisser les parents lors de l'enfance sont toujours les plus difficiles...
 

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