Gran Torino

Clint Eastwood bande encore à 79 ans, et il tient à nous le rappeler dans son dernier film, Gran Torino, sorti ce mercredi vingt cinq février dans les salles. L’histoire est simple, Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée et ancien ouvrier chez Ford, termine ses jours dans son pavillon de la banlieue […]

Gran Torino

Clint Eastwood bande encore à 79 ans, et il tient à nous le rappeler dans son dernier film, Gran Torino, sorti ce mercredi vingt cinq février dans les salles.

L’histoire est simple, Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée et ancien ouvrier chez Ford, termine ses jours dans son pavillon de la banlieue de Détroit avec pour seule compagnie ses souvenirs, ses flingues, sa chienne Daisy et sa Gran Torino 1972. Le voisinage change peu à peu, et le quartier autrefois bien blanc devient le terrain de jeu des différents gangs se divisant le territoire. Walt, raciste, amer, et récemment veuf, regarde d’un mauvais oeil l’emménagement de ses nouveaux voisins, une famille d’immigrés Hmong, jusqu’au jour où il se liera d’amitié avec un adolescent rejeté par tous.

WALT KOWALSKI RESSUSCITE ET ENTERRE L’INSPECTEUR HARRY

Clint s’est taillé un rôle sur mesure : celui du vieillard acariatre, misanthrope, aussi hargneux qu’un pitbull envers tout ceux qui ne sont pas blancs et n’ont pas de couilles, évidemment seul, passant ses journées à siroter des bières en scrutant sa pelouse et vivant déjà dans la mort. Clint Eastwood retrouve les méthodes expéditives qu’il employait en 1971 dans l’Inspecteur Harry, un flic qui avait de la gueule et savait se faire respecter – peu importe comment et un peu n’importe comment. Le Walt Kowalski d’aujourd’hui tient toujours les autres en respect « ça t’est déjà arrivé de croiser un type que t’aurais jamais dû emmerder ? C’est moi. » dit il en pointant son index comme une arme sur le torse des membres d’un gang.

Clint Eastwood renoue avec les personnages qui ont fait son succès, mais l’idée et le masque ont mûri, le justicier s’est fait avoir en Corée et il a été marqué à vie par la violence qu’il a vue et infligée – il a fait l’expérience de la mort et n’a jamais vraiment réussi à vivre depuis. Il reste alors marqué et derrière son personnage de vieux réac’, il singe aussi les rôles qui ont fait son succès, on grince des dents à mesure qu’il profère ses remarques acerbes les unes derrière les autres. Son franc parler teinté d’humour noir avoue à demi mots qu’il n’est pas dupe, il n’aime pas les étrangers, il n’aime pas son époque, il n’aime pas sa famille, il n’aime rien mais se fait le devoir de rester juste malgré tout. C’est un début d’humanisme, ses râleries ont une justification et un homme bon se cache derrière sa gueule de chien méchant, Clint nuance son ancien personnage, Dirty Harry, avant de finir par le clouer au sol.

DU ZÉRO AU HÉROS

C’est lorsqu’on a fait le tour du personnage brillamment interprété par Clint Eastwood (faut-il le préciser ?) que le film bascule, sort de sa noirceur pour aller vers un peu plus d’humanisme. De vieux con, Walt se transforme en héros de quartier lorsqu’il sauve le jeune Tao d’un gang de chinois voulant l’embarquer de force. Ce même Tao qui avait essayé de voler sa Gran Torino quelques jours plus tôt.

Si Clint n’aime pas ces gangs qui paradent à longueur de journées devant chez lui, si Clint n’aime pas qu’on essaie de lui voler sa caisse, il n’aime vraiment pas que des étrangers se battent sur sa pelouse. Dès lors, il a beau se défendre et se retrancher derrière sa carapace de vieillard grincheux, la famille qu’il vient d’aider veut lui montrer sa reconnaissance. Pas habitué aux remerciements et toujours un peu bourru, il se fait doucement avoir par ces braves gens pleins de bons sentiments, et il découvre en eux plus de générosité et d’honnêté que chez ses pairs, blancs, occupant le territoire américain depuis leur naissance.

Le film bascule à ce moment-là, lorsque Walt réalise qu’il peut se sentir à l’aise entouré de gens aussi différents, issus d’une autre culture, imprégnés d’un traditionalisme dans lequel il retrouve les valeurs qui manquent tant à son époque. Assoiffé de justice, Walt veut faire sa loi, appliquer sa morale et défendre les valeurs en lesquelles il croit. Sur fond de morale ricaine, évidemment, il va prendre Tao sous son aile – une aile un peu rugueuse, et lui donner quelques leçons de vie parce qu’il croit en lui, et en lui seul.

Ce jeune homme si différent est un espoir, et en comprenant cela, Walt dépasse ses préjugés et lui transmet tout ce qu’il n’a pas pu ou voulu transmettre aux autres, il fait preuve d’une telle empathie, campé dans son rôle grossier, qu’on est forcément touchés par l’évolution du personnage, loin de la mièvrerie ou du renoncement.

UN DERNIER GRAND ROLE ?

Le personnage joué par Eastwood dans Gran Torino interpelle pour une autre raison, c’est un vieil homme en bout de course, qui se sait sur ses derniers jours, ses dernières gloires, et qui se prépare à en finir. Le film agit comme un miroir, on y retrouve d’évidentes allusions au célèbre Dirty Harry, on y ressent aussi l’émotion et le tragique de Sur la route de Madison.

Clint prépare ses derniers rôles, fait le bilan de ses expériences et de ses succès passés, il en retire des personnages plus riches, lui collant toujours autant à la peau, mais qui gagnent en profondeur. C’est assurément l’un des meilleurs films et un des meilleurs rôles de Clint Eastwood, un bouquet final mêlant ses plus grandes performances.

Alors peu importe les grosses ficelles des productions américaines, la morale républicaine sous jacente, on assiste a un film sans concession, brut, amer, jusqu’au boutiste, et on ressort de la salle en ayant reçu une grande leçon de vie et une bonne beigne dans la tronche.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dies Irae
    Dies Irae, Le 13 septembre 2009 à 13h27

    J'ai l'impression d'être la seule illuminée à ne pas avoir aimé Gran Torino. Et je ne comprends définitivement pas l'engouement général pour ce film.
    J'ai été déçue par Eastwood, mais alors déçuueee...

    Je le trouve tellement bourré d'incohérences et de facilités scénaristiques...
    Ça fait pas mal de temps maintenant que je l'ai vu, mais je me souviens précisément de l'impression que j'avais eue : la bande annonce m'avait fait très envie, mais nombre de scènes tirées de cette bande annonce qui auraient de mon point de vue dû se situer vers le milieu du film étaient en fait carrément au début, et n'avaient du coup aucun sens.
    Exemple : Walt se fait inviter chez ses voisins. En voyant la bande annonce, je m'attendais à voir cette scène après un long déroulement d'événements pouvant amener à une évolution du personnage, qui est censé être un vieux xénophobe acariâtre qui ne supporte pas les asiats. Et bah en fait non, suffit qu'une jolie jeune fille se pointe chez lui et l'invite à boire un coup pour qu'il se joigne à une famille entière de Hmong, qu'il ne connait ni d'Eve ni d'Adam, tape la discute avec les ptis jeunes et décroche même un sourire.

    J'ai eu l'impression de m'être fait complètement arnaquer : je m'attendais à ce que tout l'intérêt du film soit porté justement sur ce qui a pu pousser ce vieux scnock antipathique à devenir un type au fond sympa qui aide ses voisins alors qu'à la base il peut pas les blairer... Au final, je me pose toujours la question.

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