Geneviève De Gaulle et Germaine Tillon entrent (enfin) au Panthéon

Germaine Tillon et Geneviève De Gaulle, résistantes pendant la Seconde Guerre Mondiale, entrent aujourd'hui au Panthéon. Retour sur deux femmes hors du commun.

Geneviève De Gaulle et Germaine Tillon entrent (enfin) au Panthéon

Aujourd’hui, mercredi 27 mai 2015, quatre résistant•e•s vont faire leur entrée au Panthéon : Geneviève De Gaulle, Germaine Tillon, Jean Zay et Pierre Brossolette. Deux femmes vont donc intégrer ce temple des « grands hommes » : un petit pas pour la mixité, un grand pour la reconnaissance des femmes dans l’Histoire.

Jusqu’à présent aucune femme n’était entrée seule au Panthéon. En 1907, Sophie Berthelot avait intégré le monument en hommage à sa « vertu conjugale », puisqu’elle avait décidé de ne pas être séparée de son mari à sa mort. En 1995, Marie Curie était la première femme à entrer au Panthéon pour ses « mérites propres » ; toutefois, elle intégrait le monument en même temps que son mari Pierre, pour leurs travaux communs.

Panthéon-2

Après deux siècles de « panthéonisation » quasi-exclusivement masculine, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes a salué cet acte qui « normalise la reconnaissance du rôle actif qu’ont pris les femmes, à égalité avec les hommes, dans l’Histoire et notamment dans la Résistance ». Même si c’est encore peu raconté dans les manuels scolaires, le travail des historien•ne•s démontre qu’à toutes les époques, de nombreuses femmes se sont illustrées dans les domaines de la pensée et de l’action.

À lire aussi : Les Résistantes à l’honneur dans un documentaire sur France 3

L’historienne Michelle Perrot souligne notamment  l’importance de « multiplier les signes de la mémoire » pour permettre de sortir d’une vision de l’Histoire qui, sous le couvert de l’universel, nous transmet une vision dont les seuls acteurs seraient les hommes blancs.

Retour sur ces deux femmes qui ont marqué l’Histoire à tout jamais !

Geneviève de Gaulle Anthonioz, résistante et militante

Genevieve-de-gaulle

Geneviève est la nièce du célèbre Général De Gaulle. Lorsque la guerre éclate en 1940, c’est une jeune étudiante en histoire. Rapidement, elle va s’engager dans la Résistance : elle s’active dans plusieurs réseaux (Musée de l’homme, Défense de la France) et écrit de nombreux articles pour la presse clandestine afin de démocratiser les positions politiques de son oncle Charles, alors réfugié à Londres et peu connu du grand public.

Arrêtée à la suite d’une trahison, elle est emprisonnée à Fresnes et déportée à Ravensbrück (un camp de concentration réservé aux femmes). Choisissant de ne cacher ni son identité, ni sa filiation avec le Général De Gaulle lors de son arrestation, Geneviève est rapidement devenu un des symboles de la résistance française.

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Relâchée après la libération en avril 1945, elle devient présidente de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la résistance (Adir) afin d’entretenir la mémoire des déportées françaises. En 1958, elle rencontre le père Joseph Wresinski, qui officie à dans un bidonville à Noisy-le-grand. Frappée par les conditions de vie dans ces camps qui lui rappellent « l’odeur » de Ravensbrück, elle décide de s’engager dans la lutte contre la pauvreté.

Elle dirige à partir de 1964 l’association Aide à toutes détresse (ATD) et luttera jusqu’à la fin de sa vie en faveur d’une loi contre l’exclusion sociale, finalement votée en 1998.

Germaine Tillon, ethnologue engagée

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Germaine Tillain débute dans les années 1930 des études d’ethnologie à Paris. Lorsque la guerre éclate en 1940, elle décide de s’impliquer dans la résistance et devient le pivot de certaines organisations : elle planifie l’évasion de prisonniers et rédige régulièrement des tracts pour le réseau Musée de l’homme. Arrêtée sur dénonciation en 1942, elle est, comme Geneviève De Gaulle, emprisonnée à Fresnes puis déportée à Ravensbrück.

À Ravensbrück, Germaine découvre le système concentrationnaire nazi qu’elle analyse à travers le prisme de l’ethnologie. Décryptant les mécanismes et le fonctionnement des camps de concentration, elle utilise ses connaissances pour survivre mais aussi pour tenter d’aider ses camarades. Elle donne des conférences clandestines aux autres déportées, écrit au fond d’une caisse en bois Verfügbar aux enfers, une opérette qui raconte les dures conditions de détention avec humour, sur des airs populaires. Durant sa déportation, elle récupère de nombreuses informations qui lui permettront de mener une étude sur les crimes de guerre nazis à sa libération.

Elle aussi membre de l’Association des déportées et internées de la résistance (ADIR), Germaine est présente aux procès de Hambourg (1946-1947) et de Rastatt (1950) où sont jugés les chefs SS de Ravensbrück.

Panthéon

Parmi d’autres, ces grandes dames ont contribué grandement à notre Histoire ; leur faire intégrer le Panthéon semble être alors un juste retour des choses. Bien que symbolique, la parité de cette journée historique laisse entrevoir une évolution au regard de la place de la femme dans notre société…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lucieloukim
    Lucieloukim, Le 30 mai 2015 à 23h10

    Egalement étudiante en Histoire je reconnais qu'au niveau universitaire (et dans ma faculté AMU) il est question des femmes plus qu'au niveau collège/lycée.
    Mais l'exemple du livre grand public sur le théâtre des Variétés donné avant illustre bien selon moi la transformation qui s'opère entre les travaux universitaires et la vulgarisation des recherches. La place des femmes est minimisée.

    J'ai connu Germaine Tillon et Geneviève De Gaulle seulement au semestre dernier à travers un cours "La France et les guerres du XXeme siècle" puisqu'on a parlé de la résistance et de leur déportation. Notre prof travaille (notamment) sur les femmes tondues donc il a pas mal insisté sur les femmes.
    Mais dans l'imaginaire collectif le résistant c'est souvent quand même le jeune homme intrépide qui s'engage pour son pays... alors que oui il y a beaucoup de femmes dans la résistance. Parfois "juste" dans l'approvisionnement des maquis certes mais elles prenaient aussi des risques terribles et sans elles pas de maquis quoi, elles sont autant des héros que les hommes et pourtant reléguées dans l'ombre. (Et bien d'autres profils d'hommes résistant également.)

    J'ai découvert des femmes inconnues de toutes les époques durant ma licence.
    Pas avant.

    Je pense qu'en tant qu'étudiants et Historiens on ne peut pas brandir notre savoir et traiter les autres d'incultes.
    Comme si quelqu'un qui a fait de la musique se foutait de ta gueule car tu chantes faux, ou que tu fais mal une perspective ou que tu sais pas résoudre les équations du second degré (je peux vous faire 30 pages d'exemples)

    Mais en effet j'estime qu'un bref rappel sur Jean Zay et Pierre Brossolette aurait été le bienvenu (ne serait-ce que pour la culture Gé). D'autre part je comprend également le parti pris de madmoizelle, parti pris dont nous sommes je pense au courant.

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