Comment je suis devenue cheminote… un peu par hasard !

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Morgane est cheminote, agent de la circulation des trains. Elle vous raconte ce métier méconnu, entre la fatigue des horaires décalés et l'enrichissement du travail en équipe.

Comment je suis devenue cheminote… un peu par hasard !

Je suis cheminote depuis 4 ans, et je suis arrivée là un peu par hasard, comme la plupart des collègues de ma branche. Pour tout vous dire, il y a 5 ans j’étais en deuxième année de LLCE anglais, je voulais être professeur en lycée mais le système ne me plaisait pas : toutes ces études, la recherche obligatoire en master, les inégalités d’obtention dudit master selon les facs…

Bref, j’en avais marre et j’avais envie de rentrer dans la vie active.

J’ai décidé d’arrêter la fac à la fin de ma deuxième année, une fois mon DEUG obtenu, et de passer des concours dans l’administration publique puisque trouver un travail reconnaissant mon diplôme aurait été mission impossible.

Mais mes vacances d’été ont changé la donne. Je suis partie avec quelques amis, et sur le trajet nous avons passé quelques jours dans leur famille.

Le métier de cheminote : une découverte inattendue

Ils étaient tous cheminots mais incapables de vraiment nous expliquer leur métier. Je me suis cependant dit que je trouverais peut-être quelque chose qui prendrait en compte mon diplôme, et au retour des vacances j’ai déposé une candidature sur le site SNCF emploi pour être technicienne supérieure de la circulation ferroviaire.

Pourquoi ce poste ? C’était le seul qui prenait en compte mon niveau de diplôme sans demander une formation spécifique antérieure à la signature du contrat.

J’ai signé mon contrat en n’étant que vaguement au courant de ce dans quoi je m’étais engagée.

À partir de ce moment, un mini parcours du combattant a commencé.

Après un entretien téléphonique et plusieurs à Paris, des tests médicaux avec un ophtalmologue, un cardiologue et un psychologue sur environ quatre mois, j’ai enfin signé mon contrat le 10 janvier 2013 en n’étant que vaguement au courant de ce dans quoi je m’étais engagée — le seul contenu explicatif que j’avais, c’était la fiche de poste.

Je suis alors partie en école SNCF pendant trois mois, où l’on m’a appris tous les règlements de base pour permettre la circulation des trains en toute sécurité.

Mon cursus de formation n’était cependant pas terminé : il a duré deux ans. Il s’est effectué la plupart du temps en poste d’aiguillage, et quelques semaines par-ci par-là en école SNCF pour parfaire la connaissance et la maîtrise des règlements.

Heureusement, à ce stade-là je maîtrisais ce en quoi mon job de technicienne consistait !

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Être cheminote, entre routine et incidents

En gros, il s’agit de faire rouler les trains en toute sécurité et avec la meilleure régularité possible. Il faut donc jongler avec les imprévus (les incidents de circulation comme les personnes qui se promènent sur les voies, un rail cassé, une rupture de caténaire…) en appliquant la règlementation.

Plus précisément, je gère deux kilomètres de voies non loin d’une grande gare parisienne, tous les trains qui en partent ou qui y vont passent par mon poste.

Je dois donc tracer leur itinéraire, gérer les conflits de circulation (beaucoup de trafic sur un nombre restreint de voies, ça donne des trains qui se croisent et il faut donc décider lequel passe en premier), et gérer les problèmes de sécurité : quand un mécanisme est défaillant, il faut appliquer tout une règlementation pour continuer de faire rouler les trains en toute sécurité malgré ce dysfonctionnement.

À tout ça s’ajoute la gestion des travaux, principalement la nuit, qui se font bien entendu en appliquant une stricte règlementation pour permettre au personnel SNCF de travailler sur les voies sans risquer de se faire électrocuter par la caténaire ou écraser par un train.

Il existe ainsi plusieurs technologies pour faire circuler les trains, avec de l’informatique où chaque parcours est préenregistré et où il faut « jouer » avec la programmation (on déplace les lignes de programmation si les trains sont en retard).

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Bienvenue dans la Matrice.

Il y a aussi de la mécanique : on renverse un levier pour bouger une aiguille sur le terrain et donc donner la direction de droite ou de gauche aux trains…

Le problème de mon métier, c’est qu’une fois qu’on connaît bien son poste, on s’ennuie : les trains sont les mêmes tous les jours et, en fonction de l’heure, il n’y en a pas toutes les 4 minutes, ce qui peut rendre le temps long. Mais à côté de ça, il y a les imprévus où il faut gérer des problèmes.

Le problème de mon métier, c’est qu’une fois qu’on connaît bien son poste, on s’ennuie.

On ne voit alors pas le temps passer, et c’est assez « excitant » de se retrouver face à un évènement qui bouleverse le quotidien, de devoir le régler en toute sécurité et de faire au mieux pour les voyageurs.

Un des trucs les plus flippants dans ce métier, mais qui le rend aussi intéressant à mes yeux, ce sont les responsabilités : si on se trompe, si on applique mal le règlement, on peut tuer des gens.

Tous les jours on prend le service, pendant huit heures on est responsable de toutes les décisions prises et on n’est pas seulement responsable vis-à-vis de notre employeur, on est pénalement responsable. Ça, c’est vraiment flippant.

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Travailler en décalé, une histoire de fatigue

J’ai plusieurs journées type. Il y a les matinées (6h-14h), les soirées (14h-22h) et les nuits (22h-6h), qui diffèrent selon qu’on soit en pleine semaine ou en week-end.

Le week-end est globalement plus calme, mais la semaine c’est assez difficile : de 22h à 2h du matin, on jongle entre les trains qui circulent encore et les travaux à effectuer, entre 2h et 4h on a un petit moment de pause et vers 4h les trains recommencent à rouler.

Les matinées, c’est encore pire : je me lève à 4h30 pour être sur mon lieu de travail un peu avant 6h, ce qui est extrêmement fatigant. Les soirées c’est plutôt sympa, et en général c’est là qu’il y a le plus d’imprévus.

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Le gros inconvénient de ce travail, ce sont les horaires décalés. On pourrait croire que l’on a plus de temps pour soi quand on est de matinée et qu’on rentre à 15h, sauf qu’en réalité je suis trop souvent trop crevée pour faire tout ça.

Le fait est qu’avec les horaires décalés, dans tous les cas on rogne sur notre sommeilEt puis je n’ai généralement qu’un vrai week-end par mois, le reste du temps mes jours de repos sont en semaine.

Le gros inconvénient de ce travail, ce sont les horaires décalés.

C’est vrai que j’évite alors le monde pour faire les courses ou du shopping et que je peux prendre des rendez-vous plus facilement, mais au final je m’ennuie. Il m’arrive même de déprimer un peu en attendant que mon copain rentre du travail, parce que bien sûr ma famille et mes amis travaillent la semaine et pas le week-end.

Et c’est là que c’est encore plus chiant : travailler le week-end, ça veut dire ne pas pouvoir aller au ciné ou à la soirée d’anniversaire de untel ou unetelle. Je dois poser des journées de congé quand je suis prévenue suffisamment à l’avance pour faire des trucs en famille ou entre potes.

Travailler en décalé influence donc beaucoup ma vie. C’est vraiment fatigant et ça me rend parfois exécrable — heureusement que mon copain n’y prête pas trop attention.

Cela a aussi un impact sur la vie de couple puisque des fois on ne se voit que trois heures dans la journée, et qu’à d’autres moments je suis trop fatiguée pour avoir envie de faire quoi que ce soit. Je pense que ce rythme de vie est difficile moralement pour les deux personnes.

Travailler en décalé influence également mon corps au niveau du poids.

J’ai décidé d’aller voir une diététicienne il y a environ un an et demi pour contrôler un peu tout ça. Parce que forcément quand on travaille la nuit on mange pour rester éveillé•e, et nos repas ne sont jamais à la même heure : c’est tout une organisation pour essayer de rester en bonne santé.

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Être cheminote : une ambiance conviviale et pleine de tolérance

Je crois que le seul côté positif à travailler en décalé, avec la chance que j’ai de bosser avec des gens que j’apprécie, c’est qu’il y a une ambiance particulière. On est entre 5 et 10 personnes dans mon poste d’aiguillage, et du coup l’atmosphère est plutôt cool.

Travailler avec ce type d’horaires crée une ambiance particulière.

C’est même parfois un peu trop bruyant, on pourrait se croire dans un lycée parce qu’il y a une rumeur sur truc ou bidule (comme c’est plutôt un milieu masculin, en arrivant dans ce métier je ne m’attendais pas du tout à ça, comme quoi bravo les clichés !).

Mais j’ai eu la chance, avec le travail décalé et en équipe, de rencontrer plein de gens d’horizons différents, et d’échanger avec eux.

On n’a pas tou•tes le même niveau d’étude, on n’a pas le même âge, on n’est pas tou•tes dans la même situation familiale ; certain•es sont athées, d’autres musulman•es, d’autres chrétien•nes, et il y a des personnes de toutes les couleurs.

Et on s’entend tou•tes, on apprend les un•es des autres. En général on mange tou•tes ensemble, et quand il y a un•e collègue végétarien•ne on fait en sorte qu’il ou elle puisse manger avec nous, ou quand on a des musulman•es qui mangent halal, on fait pareil et ça ne pose de problème à personne.

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Melissa

Mélissa fait les témoignages, mais ce n'est pas elle qui vit toutes les histoires qu'elle raconte - et heureusement parce que sa vie serait un peu compliquée ! Elle aime les pois et s'empiffrer de Kinder en sirotant son thé.

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