Entre FN et abstention, la révolte pantouflarde de la jeunesse française

La participation en France aux élections européennes a péniblement atteint les 43% d’inscrit-e-s. Parmi les chiffres de la soirée électorale, celui de l’abstention des moins de 35 ans nous interpelle : 73%.

Entre FN et abstention, la révolte pantouflarde de la jeunesse française

Dimanche 25 mai, les citoyen-ne-s français-es étaient appelé-e-s aux urnes pour élire leurs représentant-e-s au Parlement européen. À l’issue du dépouillement, le Front National est arrivé en tête avec près de 26% des suffrages exprimés. L’UMP arrive deuxième (21%), devant le PS (14%), le Centre (UDI-Modem 10%) et EELV (9%).

Au bal des absent-e-s, la médiocrité règne

La soirée électorale aura été à l’image de la couverture médiatique de cette campagne européenne : médiocre. Les politiques qui intervenaient sur les différents plateaux ont été constants dans leur égocentrisme, chacun voyant dans les résultats de l’élection la preuve que son analyse et son discours étaient les bons, quand bien même son score misérable et l’abstention importante constituaient des indices autrement plus équivoques.

Et en prime, un concentré de testostérone. Bonne soirée.

J’ai déserté cette soirée électorale, comme des millions de Français-es ont déserté les urnes. Bien sûr que je comprends le désintérêt et l’agacement profonds de ces abstentionnistes, puisque je les partage : voilà des mois que ces politiques de carrière s’insultent à coups de petites phrases par médias interposés.

Ces mêmes médias, ce sont ceux toujours prompts à nous servir des « offs » aux petits oignons, mais qui rechignent à retransmettre les débats de fond ou à faire oeuvre de pédagogie envers les citoyens. « Pas vendeur » ! Vraiment ? Ou est-ce plutôt l’offre d’information qui n’est pas adaptée à la demande ?

73% d’abstention chez les moins de 35 ans, 30% pour le FN

Mais il serait trop facile de se dédouaner ainsi : c’est parmi les jeunes que le taux d’abstention a été le plus fort, selon IPSOS.

  • 57% parmi tou-te-s les inscrit-e-s
  • 73% chez les moins de 35 ans

Nous ne sommes que 27% : moins d’un-e jeune sur trois est allé-e voter dimanche, rendez-vous compte ! Et parmi ceux et celles qui se sont déplacé-e-s, 30% ont glissé une liste Bleu Marine dans l’urne.

Quel paradoxe ! Nous, les jeunes, les mal-aimés de la politique, nous, qu’élus et médias caricaturent régulièrement en feignasses, je-m’en-foutistes, rebelles, nous nous comportons exactement comme ce cliché, en adoptant une approche très clientéliste du vote, en poussant un coup de gueule à moindre frais.

« L’offre électorale » ne rencontre pas nos demandes, nos attentes. Ne pas voter parce qu’on ne « se reconnaît pas » dans les candidat-e-s, soit. Mais j’ai compté plus de vingt listes dans ma circonscription. Avec le mode de scrutin proportionnel, une liste pouvait espérer élire sa tête dès 5% des suffrages.

On est loin du carcan d’un deuxième tour d’une élection à scrutin majoritaire, où l’électeur se retrouve parfois face au dilemme Peste ou Choléra :

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans devraient pourtant connaître. 

Paresse intellectuelle ?

J’ai eu beau m’intéresser à ces élections, j’ai découvert le jour J qu’il y avait plus d’une vingtaine de listes déposées dans mon bureau de vote. J’en déduis que si je l’avais voulu, j’aurais pu me renseigner en amont, j’aurais pu en savoir plus sur ces listes et ces candidat-e-s dont je n’ai pas entendu parler dans les médias de grande écoute.

Désintérêt peut-être… mais notre génération connectée peut-elle prétendre à la désinformation ? Les réseaux sociaux ont fourmillé d’infographies, de débats retransmis en live sur le Web, les liens des sites militants et institutionnels ont circulé dans les sources des papiers d’actualités.

L’information était là. Certes, elle n’était pas en prime time, pré-digérée par une mise en scène à mi-chemin entre le talk show et le divertissement. Mais depuis quand nous, les moins de 35 ans, nous reposons-nous massivement sur la télévision pour nous informer ? Ce n’est plus le cas depuis qu’on a le haut-débit, non ?

Il va falloir arrêter de se voiler la face, et d’accuser « les autres », « les vieux », « les politiques », « les médias » de favoriser la montée du FN : le parti d’extrême-droite réalise son meilleur score parmi les jeunes et les ouvrier-e-s.

Ceux et celles qui « favorisent la montée du FN », ce sont nous, les jeunes. Par notre vote, et par notre abstention.

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Les limites de « l’abstention militante »

Sur les réseaux sociaux, certain-e-s abstentionnistes refusent d’être les boucs émissaires de ces résultats accablants. Pour eux, ne pas voter est un choix assumé. L’offre électorale ne leur convient pas, ils et elles ne se retrouvent dans aucun des partis en lice (à supposer qu’ils ont pris connaissance de toute la diversité de l’offre électorale).

Leur non-vote est protestataire et militant

Un exemple parmi tant d’autres.

Cependant, le vote n’est pas un sondage d’opinion : on ne nous demande pas d’exprimer une préférence intellectuelle, mais bien de porter des hommes et des femmes aux responsabilités politiques. Si c’est contre ce principe même que certain•e•s s’abstiennent, alors adieu la république démocratique !

S’abstenir ne conduit pas à réformer nos institutions ni à faire évoluer les règles du jeu. S’abstenir revient à laisser la parole à ceux et celles qui jouent, et à être confiné-e dans une posture de « mauvais joueur ».

L’attentisme citoyen

Les moyens de mobilisation existent. Déjà, les appels à manifester contre le FN fleurissent sur les réseaux sociaux. C’est donc que nous sommes capables d’agir, d’utiliser les réseaux sociaux pour mobiliser autour de nous. Mais où était notre ferveur citoyenne avant le 25 mai ?

« Nous dénonçons le racisme » dans la rue, mais pas dans les urnes ?

Ces manifestations n’ont-elles pas une bonne semaine de retard ? Aller glisser un bulletin dans l’urne est peut-être un acte trop aliénant pour le citoyen forcé à voter « par défaut », mais c’est un geste qui produit des effets concrets, immédiats.

Battre le pavé « contre le F-Haine » est sans doute intellectuellement plus confortable, mais ça ne fait pas bouger les lignes.

Les moyens d’agir pour faire évoluer le paysage politique existent, ils sont à notre disposition. À nous de le recomposer si celui-ci ne nous représente pas. La jeunesse aussi a ses lobbies et ses associations : on vous parlait récemment de l’Appel de la Jeunesse avec Générations Cobayes par exemple, mais aussi des Zèbres :

Le vote blanc comptabilisé

C’était la grande nouveauté de ce scrutin : la loi étant entrée en application, les bulletins blancs ont été décomptés à part des bulletins nuls. Attention, ils ne comptent pas pour autant dans les suffrages exprimés. Ils ne comptent pas, en fait, pas plus qu’avant, mais au lieu d’annoncer « x bulletins blancs et nuls », on annonce désormais « x bulletins blancs ».

540 000 bulletins blancs ont donc été comptabilisés dimanche.

Humour de Droite propose une autre analyse du « vote blanc » :

Certes, le score du Front National est inférieur à son niveau de 2002 : le vote FN est finalement en baisse, le succès d’hier ayant été boosté par l’abstention. Et donc ?

On peut retourner le problème dans tous les sens, multiplier les analyses, diversifier les explications et diviser les responsabilités, mais le fait est là.

La France enverra 24 députés Front National au Parlement européen. Dont Jean-Marie Le Pen, qui disait 3 jours avant l’élection que « le virus Ebola pourrait résoudre les problèmes d’immigration en trois mois ». Un bien bel ambassadeur du Pays des Droits de l’Homme.

Marine Le Pen fait la Une des quotidiens européens, et toutes les analyses n’y changeront rien : ce lundi 26 mai 2014, le Front National est le premier parti de France.

Gueule de bois électorale, encre sur papier journal, 26 mai 2014. 

Alors, fièr•e•s d’être Français•e•s ?

Tous les résultats des élections en France et en Europe :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • BruteEpaisse
    BruteEpaisse, Le 11 juin 2014 à 20h56

    angelten;4761670
    Pourquoi voter pour les pourris qui nous gouvernent ?

    Parce que ce sont peut-être des pourris, mais au moins, ce sont des pourris qui nous autorisent à avorter, qui nous autorisent à nous marier avec qui ont veut, à coucher avec qui on veut, qui nous laissent manifester, qui nous laissent nous exprimer, qui nous laisse la liberté.
    Parce qu'il vaut mieux une démocratie qui merde plutôt qu'une dictature qui marche.
    Mmh d'accord. le système est nul, mais c'est ce qu'il y a de mieux, donc allez vous faire gentiment enculer sans trop vous plaindre, t'imagines dans les dictatures ils utilisent même pas de lubrifiant!!!
    Le système est en train de nous prouver que non, ce n'est pas le meilleur. Ou en tout cas, on l'applique d'une façon particulièrement foireuse. Déjà, dans la démocratie de l'Antiquité, les philosophes mettaient en garde contre les démagogues, ces mecs qui emportent l'adhésion du public en flattant leurs bas instincts (eh non, ils n'avaient même pas le don de voir l'avenir), craignant qu'à la longue ce beau système soit corrompu par des orateurs qui ne fassent que jouer sur les émotions et les craintes du peuple et que la démocratie finissent par devenir vide de sens car simple instrument de pouvoir des plus malins.
    La Grèce antique (enfin les Cités plutôt) a connu ce problème. On le connait aujourd'hui en bien pire, bah oui à l'époque y avait pas encore le capitalisme effréné que nous connaissons. Les orateurs sont des démagos qui jouent sur nos peurs, nous font haïr ce qui est différent, et pire, pointe du doigt les plus pauvre d'entre nous, les plus faibles, en les accusant de ralentir notre société, alors que les coupables ce sont eux, ceux qui pointent du doigt. Ceux qui sont riches à milliards et ne payent pas d'impôts. Ceux qui copinent avec des labos. Ceux qui cachent leurs biens pour ne pas avoir à payer. Ceux qui volent, tuent, violent en toute impunité parce que TU les a mis au pouvoir en allant voter. Et cherche pas quel bord, quel parti, tu trouves des ordures partout.
    Tu peux défendre la démocratie antique, celle que l'on a aujourd'hui n'en est qu'une pâle copie moribonde, et qui va bientôt mourir d'elle-même. Parce que la parole n'est plus au peuple, mais à l'élite, aux vieux hommes blancs puissants qui votent les lois qui les arrangent, plus quelques unes pour nous faire croire qu'ils se préoccupent du peuple. Mais ils ne se préoccupent pas de l'environnement, de la pauvreté, du chomâge, ni même de l'immigration (mdr, la plus grosse carotte de l'histoire!). NON. Ils se préoccupent de leurs petits arrangements, de leur pot-de-vin, de leurs comptes cachés, de leurs procès en cours, de maintenir leur image à la TV.
    OK j'ai zero solution. Je suis découragée. Seulement quand le système aura explosé, et si je suis toujours de ce monde, là j'essaierai de faire quelque chose. J'espère qu'il y aura une prise de conscience avant, et que ceux qui nous gouvernent comprendront d'eux-mêmes qu'ils ont été trop loin. Que se faire élire juste pour profiter du panier-repas, ça suffit.
    Une première chose serait déjà de ne pas les payer, ou presque pas. Personne ne viendrait? Si, peut être les gens sincères, ceux qui ne sont pas motivés par le fric et ont un travail à côté qui les maintiens sur terre.
    Une démocratie de merde vaut autant qu'une dictature. Quand un pays se crashe, on voit pas la différence.

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