Reportage auprès des femmes d’En Marche, dans les starting blocks des législatives

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L’appel d’Emmanuel Macron pour une vraie parité au sein de son mouvement se traduit dans les faits par des séances de coaching et d’entraide. Reportage au QG d’En Marche pour ce 2ème dimanche consacré à l’engagement politique des femmes.

Reportage auprès des femmes d’En Marche, dans les starting blocks des législatives

En janvier, le mouvement En Marche lançait un appel à candidatures pour les élections législatives, qui se tiendront les dimanches 11 et 18 juin prochains. En effet, un programme présidentiel reste une déclaration d’intention si le candidat victorieux ne dispose pas ensuite d’une majorité au Parlement.

C’est l’Assemblée Nationale et le Sénat qui disposent du pouvoir législatif, qui peuvent donc proposer et voter les textes de loi permettant la réalisation concrète des programmes politiques.

Problème : le premier bilan des candidatures reçues pour le mouvement En Marche ne comptait que 15% de femmes. Or d’une part, le respect de la parité est désormais une obligation légale pour les partis politiques. Mais d’autre part, au-delà de cette contrainte, ce déséquilibre n’est pas satisfaisant pour le chef de file du mouvement, Emmanuel Macron.

Face à ce constat, le candidat s’est exprimé par vidéo, pour inciter les femmes à lever les obstacles qui les empêcheraient de se lancer.

La vidéo est rapidement devenue virale, et nous commentions cette démarche dans cet article.

Comment se lancer ? Travaux pratiques

Mais concrètement, comment se lancer ? Est-ce que la prise de conscience de son auto-censure est suffisante pour franchir le pas ? Et surtout, n’y a-t-il que l’autocensure qui explique le faible nombre de candidatures féminines ?

Toutes ces questions étaient au coeur de la 2ème session de coaching et réflexion autour de l’engagement politique des femmes, organisée au QG d’En Marche. J’ai assisté à la matinée (ouverte à la presse).

#EllesMarchent, et elles prennent la parole — Reportage

J’ai tendu mon micro à 5 femmes rencontrées lors de cette journée :

  • Véronique Tommasi, co-organisatrice de la journée, référente En Marche pour les 7ème et 8ème arrondissements de Paris
  • Marlène Schiappa, référente de la Sarthe et membre de la commission d’investiture
  • Lucile, 22 ans, étudiante à Sciences Po
  • Chloé, référente des Jeunes avec Macron du 17ème arrondissement de Paris
  • Flavie, 22 ans, référente des Jeunes avec Macron des 7ème et 8ème arrondissement de Paris, co-organisatrice de la journée

Elles me racontent pourquoi elles se sont investies dans le mouvement En Marche, et pourquoi il était important pour elles de participer à cette journée de coaching.

Le changement passera aussi par celles qui s’engagent

Il y a quelque chose de paradoxal à vouloir que « ça change », mais à attendre que le changement viennent d’ailleurs, et surtout toujours des mêmes. Celles qui sont déjà engagées auprès d’En Marche ou qui songent très fortement à le faire partagent ce constat : Emmanuel Macron tient un discours différent, présente une vision différente, et surtout nouvelle de l’engagement politique.

Alors, pourquoi s’engager ? La première partie de la matinée fut un tour de table de rôles modèles, de femmes déjà investies, déjà élues pour certaines (à gauche comme à droite), qui partagent leur propre expérience.

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Laurence Haïm, l’une des porte-parole d’Emmanuel Macron, s’exprime en premier. Le ralliement de celle qui couvraient depuis plusieurs mandats les élections et la politique américaines pour Canal+ et iTÉLÉ m’avait surprise : c’est un changement de carrière assez radical. Mais à l’écouter sur scène ce matin-là, j’ai compris ses motivations.

La journaliste explique que le tournant pour elle, a été d’entendre la manière dont Donald Trump parlait des femmes, et des conséquences pour les femmes de sa victoire aux dernières élections. Elle a suivi Barack Obama pendant de nombreuses années, elle l’a vu s’entourer de femmes, changer sa politique à leur écoute.

Et surtout, souligne-t-elle : « j’ai vu les ravages du populisme en politique ».

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S’engager, mais pas pour faire de la figuration

Dans les premières questions, vient celle de « la gagnabilité » des circonscriptions. Si on n’est là que pour faire figure paritaire et éviter les amendes, merci mais non merci. Alors, qu’est-ce qu’une circonscription gagnable et est-ce que c’est vraiment sérieux, cette histoire d’inviter les femmes à s’engager ?

Marlène Schiappa, membre de la commission d’investiture (qui examine les candidatures reçues et valide celles qui seront effectivement investies pour les législatives) l’assure : ce n’est pas un parité de façade qui est recherchée.

Oui, présenter 50% de candidates aux élections est une obligation légale, mais ce que veut En Marche, c’est faire entrer 50% d’éluEs à l’Assemblée.

À partir de là, les questions, mais surtout les interventions des élues, seront plutôt pragmatiques : comment ça se passe d’être une femme en campagne ? Et d’ailleurs, faut-il le revendiquer, ce « être une femme » ?

Chacune partagera son expérience et les réponses qu’elles ont mises en oeuvre, sans prétendre donner la leçon.

Pascale Luciani, 20 ans de carrière politique, témoigne

Pascale Luciani a un CV impressionnant. En plus d’avoir réussi de brillantes études, elle cumule un engagement politique de long terme avec des créations d’entreprises. Ah, et elle est aussi mère de famille. Entre carrière et famille, elle a tout choisi.

Lorsqu’elle prend la parole pour partager son expérience, je m’attends à de grands discours façon « Yes We Can ». Mais c’est une liste de points très pragmatiques que livre l’élue locale, presque des détails auxquels je n’aurais pas pensé spontanément… Mais qui se trouvent effectivement être de potentiels freins à l’engagement plus courant des femmes en politique :

« Ce que je veux vous faire toucher du doigt, c’est peut-être des petites choses du quotidien, que vous allez vivre en tant que candidate, sur le terrain.[…]

La première fois que j’étais candidate seule, sans être « colistière de », il a fallu gérer, arbitrer, fédérer toute seule ! Parce qu’une candidature aux législatives, c’est vous. C’est votre tête qui est en gros, partout. C’est plus celle du candidat !

Il faut quand même intégrer le fait que si vous êtes candidate, c’est votre bobine qui sera sur l’affiche ! Et il va falloir gérer ce retour d’image.[…]

Première chose qui m’a frappée, c’est qu’à un moment donné, je ME vois partout. Ça ne nous arrive pas, en général ![…]

J’ai appris à gérer le fait de me voir tout le temps, et c’est pas si facile. Peut-être que pour certains messieurs, c’est glorifiant, mais moi, j’étais très mal à l’aise de me voir partout.

Le deuxième point, c’est que cette partie d’image, il n’y a pas que vous qui allez la voir. Lorsque vous avez des enfants, vos enfants vous voient. Ça veut dire que les camarades de vos enfants, leurs parents aussi vous voient.[…]

Et donc il faut gérer aussi du point de vue de la famille, des enfants, donner des mots aux enfants pour qu’ils puissent se dégager de ce que vous êtes en train de vivre vous.

Dès l’école primaire, il faut dire : il n’y a pas de politique à l’école. Tu n’es pas obligée de défendre maman ou de parler pour maman. Maman est assez grande pour le faire elle-même.

Tout cela s’apprend, et il va aussi falloir coacher votre famille, parce qu’eux aussi, il faut leur mettre dans la bouche des mots qui sont protecteurs pour eux.[…] »

Pascale Luciani développe ensuite les techniques qu’elle a développées pour accroître sa notoriété : adopter un code vestimentaire, pour pouvoir être repérée facilement, et surtout parce qu’elle a très vite noté que les hommes politiques ont un dress code naturel, le costume cravate.

On arrive alors au coeur du sujet : être une femme, engagée en politique, c’est un avantage ou un inconvénient ? Est-ce que le regard des autres, ou nos propres représentations, nos propres comportements qui nous différencient des « hommes » politiques ?

« En 2012, c’était pas normal d’être une femme. Moi, ce que j’ai senti d’office, c’était : est-ce qu’elle est bien à sa place ? »

Chassez votre syndrome de l’imposteur, il revient au galop

L’élue raconte ensuite une anecdote très révélatrice du syndrome de l’imposteur. Ce n’était pas sa première campagne électorale, loin de là. Mais pourtant, ce jour-là, elle est restée muette. D’ailleurs, elle-même en faisant ce récit, enjoint l’assistance de ne surtout pas reproduire son propre comportement :

« J’étais en fin de campagne, je déroulais mes argumentaires, et un jour, une personne (une femme) vient me dire :

« mais je vous fais confiance, vous êtes une femme très bien, d’ailleurs on voit ce que vous avez fait dans la ville, c’est vrai. Mais vous savez, dans la période dans laquelle on vit, il faut VRAIMENT être très bon en économie. Vous voyez, là, il y a un candidat, il a été à Bercy ! » [Bercy est le lieu où se trouve le ministère de l’économie]

Je la regarde, je dis : et alors ?

« Eh ben, il est quand même bon en économie ! »

Alors, pour l’anecdote, la personne en question est chargée de mission en communication à Bercy, dans un ministère qui se trouve être à Bercy. Donc ça a suffi pour dire, pour faire penser à cette personne qu’il était très bon en économie.

« Moi, je suis dans le monde économique. Je ne l’ai pas dit. »

Et moi, ce jour-là, et je vous invite à NE PAS refaire ce que j’ai fait…

Ce jour-là, j’ai même pas osé répondre que moi, j’étais docteure en Sciences, moi j’avais fait une grande école de commerce, moi j’ai des entreprises…

Moi, je suis dans le monde économique.

Je l’ai pas dit. Tellement ça a été une claque, une violence, qu’on puisse m’opposer une compétence que je savais être inexistante en la matière chez ce concurrent électoral. »

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2017, l’occasion rêvée ?

Pascale Luciani conclut son témoignage par un encouragement adressé à toutes les femmes de l’assistance :

« Je ne serai pas candidate sur ces élections-là, pour des raisons personnelles et professionnelles, mais ce que j’avais vraiment envie de vous dire, c’est de raconter une partie de ce vécu, mais surtout vous dire que vous avez aujourd’hui une chance, c’est un moment d’histoire incroyable.

Ça fait vingt ans que je fais de la politique, je n’ai jamais entendu porter à un si haut niveau, par un candidat à la présidence de la République, une telle volonté de mettre les femmes en position de définir la République de demain telle qu’on la conçoit, c’est-à-dire en ayant des députéEs.

Il n’y a jamais eu un discours aussi fort, une prise de conscience qu’il faut qu’il y ait des femmes, et qu’il faut qu’il y ait cette parité, parce que c’est la moitié de l’humanité.

Aujourd’hui, on a une très très grande chance, c’est un rendez-vous avec l’histoire.[…]

On ne peut pas, par respect pour celles qui l’ont fait avant vous, pour vos enfants demain, se dire « c’est pas pour moi ».

C’est pour nous toutes, et je vous engage toutes, véritablement, à oser la candidature aux élections législatives.

Merci ».

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Combien ça coûte, une campagne électorale ?

Après ces témoignages inspirants — Pascale Luciani n’ayant pas été la seule à partager son expérience, est venu le temps des échanges avec la salle.

Un gros bruissement d’approbation a accueilli LA question qui brûlait visiblement beaucoup de lèvres :

« Combien ça coûte, à peu près, une campagne électorale, et comment la financer ? »

Réponse de Marlène Schiappa, membre de la commission d’investiture :

« Une campagne électorale, ça coûte cher, et c’est une somme que chaque candidat•e doit avancer.

La commission vous indique que le montant moyen du coût de cette campagne, c’est 30 000€. Ça varie selon les circonscriptions.

C’est de l’argent qui est remboursé selon un plafond, mais c’est effectivement un investissement à faire, et l’immense majorité des gens ne disposant pas de 30 000€ dans leur poche, il y a donc un prêt bancaire à faire.

Vous aurez un mandataire financier à nommer, qui sera une personne de confiance, chargée de faire toutes les démarches liées aux dépenses, au budget, à votre banque pour vous, etc.[…] »

Anne Lebreton, adjointe au maire du 4ème arrondisement parisien, ajoute :

« Si En Marche arrive à avoir dans 50 circonscriptions plus de 1%, ce qui est garantit pour nous, on a droit au financement public. Et si on dépasse 5% dans les circonscriptions, on est remboursé de la campagne. […]

Sur cette question du financement, 30 000€ c’est la super belle campagne, mais moi j’ai déjà fait une campagne pour 4 700€.

Chacun peut moduler. Là on est en train de faire campagne pour un grand parti, le nombre de tracts et d’affiches [est assez constant].

Après, là où on dépense l’argent, c’est est-ce qu’on paie son directeur de campagne ? Ça permet de l’avoir à plein temps, c’est quand même plus utile, c’est avoir un site très cher, pouvoir faire un film, ce sont des choses en plus !

30 000€ est un plafond ».

La matinée de questions-réponses prendra fin avec ce débat. J’ai trouvé très intéressant, pour ma part, de suivre l’évolution de la salle au fil des interventions.

Les freins les plus gros, à mon sens, ont été rapidement balayés. Il a suffit d’une question sur « comment se former » à la députation, et d’une réponse un peu provocatrice pour lever une croyance limitante largement partagée : et les hommes députés, ils se forment où ?

S’ils sont capables de le faire, vous en êtes capables aussi, il n’y a pas de raisons, les femmes ne sont pas moins compétentes que les hommes par défaut !

C’est finalement sur la dimension très pragmatique de l’engagement politique (combien ça coûte, comment se dégager du temps, comment poser les congés prévus par la loi pour ce faire, etc) que les questions auront été les plus nombreuses.

#EllesMarchent, à suivre ?

En Marche a l’ambition de présenter 50% d’éluEs, et tient aussi à ce que 50% de ses élu•es soient issu•es de la société civile (c’est-à-dire qu’ils et elles ne soient pas des politiques de carrière).

Alors, même si d’actuel•les ou d’ancien•nes député•es quittent leur famille politique d’origine pour rejoindre En Marche, ils et elles n’auront pas automatiquement l’investiture : priorité à la qualité des candidatures, et à la diversité des profils.

Sur les plateaux télé, Emmanuel Macron fait la promesse d’un renouveau en politique. Sur le terrain, ce renouveau s’organise.

Quoiqu’il advienne d’En Marche dans les mois à venir, ces femmes auront réfléchi à leur engagement, et dépassé les croyances limitantes les ayant convaincues que la politique, c’est une affaires d’hommes.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.


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Commentaires
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  • Black Phillip
    Black Phillip, Le 11 mars 2017 à 13h43

    Aussi le fait d'appeler leur réunion "coaching" ça a du sens. Elles disent qu'elles doivent être plus confiantes et oser prendre les places auxquelles elles n'ont pas accès en tant que femmes, mais le problème de ce discours, c'est que certes des séances de coaching peuvent avoir un effet d'empowerment, mais en même temps elles ne remettent pas vraiment en question le système d'une façon plus globale. C'est un peu comme quand on dit que les personnes qui font des burn out doivent "prendre de la distance", "aller voir un psy", d'accord, mais le problème est avant tout d'ordre structurel. La personne pourra faire autant de séances de psy et de yoga qu'elle veut, quand elle va se retrouver confrontée à l'entreprise et à d'aussi mauvaises conditions de travail qu'auparavant, ben elle n'aura pas beaucoup de chances de s'en sortir ou alors elle sera obligée de partir. ça n'aura pas réglé le problème, et même si elle arrive à s'en sortir, d'autres personnes qu'elle seront toujours confrontées à ce problème.
    Là de la même manière, elles peuvent se coacher autant qu'elles veulent pour gagner en confiance, le problème de sexisme existera toujours à un niveau structurel, et le fait qu'elles soient plus confiantes ne le réglera pas, ou alors seulement de façon très partielle.
    Un des problèmes (pas très étonnant) de leur discours, c'est qu'elles disent seulement :" je n'ose pas", "syndrome de l'imposteur" bla bla, finalement elles endossent la responsabilité de l'absence de femmes dans ce genre de sphères et placent le curseur à leur niveau individuel, presque comme si leur comportement en était la cause, mais sans jamais vraiment remettre en question le système qui les cantonne à des rôles subalternes. Pour moi ce genre de discours n'a aucune efficacité politique en fait.

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