Emma Watson : « Je ne vois pas le rapport entre le féminisme et mes seins »

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Emma Watson, égérie du féminisme depuis sa nomination d’ambassadrice pour l’égalité à l’ONU, aurait trahi sa cause en posant… seins (presques) nus. L’actrice revient sur la polémique générée par son décolleté.

Emma Watson : « Je ne vois pas le rapport entre le féminisme et mes seins »

Nous sommes en 2017 et une jeune femme n’a toujours pas le droit d’embrasser son féminisme et sa féminité simultanément. Soit t’es une belle plante qui s’étale en couverture des magazines, faisant le jeu du patriarcat et renonçant à ses droits, soit tu es une activiste féministe nécessairement négligée, pas maquillée (cette trahison !), et certainement pas sympathique.

C’est ce que semble démontrer le cas Emma Watson : la jeune actrice est reconnue internationalement comme une figure du féminisme, depuis sa nomination d’ambassadrice pour l’égalité auprès des Nations Unies, en 2014.

Emma Watson, une carrière féministe engagée…

Depuis, Emma Watson ne s’est pas contenté d’écumer les galas en arborant de la haute couture : elle a lancé un programme d’action concrète pour l’égalité, en commençant par faire sortir du bois tous les gens qui sont déjà convaincus par la nécessité de ce combat, mais qui seraient rebutés par le terme « féminisme » ou encore qui n’auraient pas conscience de l’urgence, de la gravité des situations vécues par de trop nombreuses femmes, et d’hommes aussi, à travers le monde.

C’était l’appel aux féministes introvertis, qui s’est ensuite décliné dans la société : l’actrice a mobilisé des acteurs économiques, politiques, des figures de la société civile, pour relayer ce combat.

En parallèle, Emma Watson a pris la parole contre les violences sexuelles, contre la répression politique en Turquie, elle a donné la parole aussi à d’autres féministes, comme Malala Yousafzai.

Enfin, quand je parlais de défiler en haute couture, même lorsqu’elle se prête à ce jeu, l’actrice y met de l’engagement : à l’occasion de la promotion du film La Belle et La Bête, Emma Watson a créé un compte Instagram dédié, sur lequel elle détaille la provenance et l’impact écologique de ses tenues, bijoux et maquillage.

Histoire de montrer qu’elle met ses propres discours en actes, et qu’elle est attentive à l’impact de ses propres actions, fussent-elles aussi futiles que de choisir une tenue…

…réduite à néant par un décolleté ?

Mais ce CV de féministe engagée ne pèse rien contre la profondeur vertigineuse d’un décolleté… En effet, Emma Watson a posé pour Vanity Fair, très peu couverte. ATTENTION LES YEUX.

D’Hermione à Belle dans La Belle et La Bête, c’est un vrai parcours de maturité pour Emma Watson :

« Je m’en fiche totalement d’avoir un Oscar ou non, si le film dans lequel je joue ne raconte pas quelque chose que je considère important, un message méritant d’être entendu ».

« Féminisme ? Oh, voici mes seins ! », l’incompréhension

Et puis, sur Twitter, Julia Hartley-Brewer, journaliste pour une chaîne de radio anglaise, a posté ceci.

« Féminisme… égalité des genres… inégalités de salaires… Pourquoi, mais pourquoi est-ce qu’on ne me prend pas au sérieux ?… Oh, voici mes nichons ! »

L’incompréhension est totale, à plusieurs niveaux. D’autres internautes ont bien essayé de réagir pour expliquer qu’on peut aimer son corps, être à l’aise dedans, avoir envie de poser à demi-nu•e, ET avoir tout autant envie d’être respectée dans la société.

« — Parce que dieu sait qu’une femme ne peut pas être politisée ET sexualisée. Trop de pouvoir pour vous. Trop difficile à concevoir.

— Non, elle se plaint que les femmes sont sexualisées, et puis elle se sexualise dans ses propres travaux. C’est hypocrite. »

Le quiproquo du féminisme moderne : la notion de liberté

Alors non justement, ce n’est pas hypocrite, c’est exactement ce que le féminisme vise à donner aux femmes : la liberté de choix.

Il y a une différence fondamentale entre n’être qu’un corps, n’être vue et perçue qu’à travers son apparence, et choisir, lorsque la situation s’y prête — par exemple, lors d’un shooting photo de mode, de mettre en avant ses attributs.

On aura effectivement besoin du féminisme tant qu’une femme devra choisir entre avoir des opinions politiques ET montrer ses seins, pour résumer. Féminisme et féminité ne sont pas incompatiblesfaut-il le rappeler ?

L’actrice elle-même a réagi à cette micro-polémique, née sur les réseaux sociaux.

« Je ne vois vraiment pas le rapport avec mes seins »

« Je crois que ça révèle à quel point il y a encore beaucoup de confusion sur ce que le féminisme est réellement.

Le féminisme vise à donner aux femmes le pouvoir et le droit de choisir. Le féminisme n’est pas un bâton servant à frapper d’autres femmes !

C’est une question de liberté, d’émancipation, d’égalité. Je ne vois vraiment pas le rapport avec mes seins. C’est très perturbant pour moi ! »

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« Le féminisme n’est pas un bâton servant à frapper d’autres femmes ! »

Emma Watson, en répondant à la polémique, a prononcé cette phrase qui me touche particulièrement : le féminisme n’est pas un bâton servant à frapper d’autres femmes. Ce n’est pas un concours !

À chaque fois que des femmes reprochent à d’autres femmes de servir ou desservir la cause du simple fait des choix individuels qu’elles font, elles se trompent d’adversaires.

Il y a deux ans, nous parlions d’un phénomène aussi étrange que préoccupant : cette vague de « femmes contre le féminisme », dont les messages « je n’ai pas besoin du féminisme parce que… » énonçaient en réalité précisément ce que le féminisme leur apporte.

À lire aussi : Féminisme, militantisme et pédagogie, un équilibre délicat

Nous sommes en 2017, et Emma Watson a raison : il y a toujours une grande confusion autour de ce qu’est ou n’est pas le féminisme. Et c’est certainement faire porter une trop grande responsabilité aux seins d’Emma Watson, que d’en faire le symbole d’une hypocrisie féministe.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
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  • Anna Stesia
    Anna Stesia, Le 9 mars 2017 à 11h38

    @Zébule L'animalisation participe de l'hyper sexualisation dans le cas de la fetichisation des femmes noires, les deux sont liés. Il faut voir le livre Jungle Fever, il illustre parfaitement cette idée.
    Quant au reste, je cite les travaux conséquents d'auteurs différents abordant ce sujet de différents points de vue (l'art, la politique, la sociologie...) et à différentes époques et je pense effectivement que le doute n'est plus permis face à leurs travaux. Je ne dis pas qu'il ne faut pas remettre en cause l'un d'entre eux ou un de leurs points de vue mais il me semble que ce sujet précisément est bien assez nourri de sources différentes (universitaires mais aussi de témoignages) pour ne pas être remis en cause. La fetichisation des femmes racisées existe et elle régit encore la façon dont ces femmes sont traitées aujourd'hui. On ne peut en douter ou alors il faut remettre en doute des années de travaux documentés et, pour le dire plus clairement, je ne crois pas que ce soit possible.

    J'ai demandé aux auteurs de me transmettre l'étude (Understanding the Relationships Among White and African American Women’s Sexual Objectification Experiences, Physical Safety Anxiety, and Psychological Distress - Laurel B. Watson, Jacob M. Marszalek, Franco Dispenza & Christopher M. Davids ) dont je parlais plus haut sur l'objectisation des femmes noires en particulier. Je n'ai pas le droit de l'utiliser en public mais rien ne m'interdit de l'envoyer par mail si elle vous intéresse.

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