Emma Watson et Malala Yousafzai parlent de féminisme et d’éducation

Emma Watson et Malala Yousafzai ont parlé de féminisme, d’Islam et de militantisme, autour de la projection du film He named me Malala au festival Into Film, au Royaume Uni.

Emma Watson et Malala Yousafzai parlent de féminisme et d’éducation

À ma gauche, Emma « Hermione » Watson, ambassadrice des Nations Unies pour l’égalité des genres, actrice à la renommée internationale, et très belle personne de son état. Elle a lancé en 2014 une grande campagne pour l’égalité, en invitant les hommes à se joindre au combat féministe, avec HeForShe.

À lire aussi : L’appel d’Emma Watson aux « féministes introvertis » : l’égalité se fera grâce à vous

À ma droite, Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix en 2014, militante pour l’accès des filles à l’éducation au Pakistan, un combat pour lequel elle a bien failli mourir, en 2012. Elle avait 15 ans lorsque des Talibans lui ont tiré une balle dans la tête.

Deux jeunes femmes brillantes, deux véritables inspirations pour leur génération, qui se rencontrent à l’occasion de la projection de He named me Malala, un documentaire sur la vie de la jeune activiste pakistanaise.

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À lire aussi : « He Named Me Malala », le documentaire sur Malala Yousafzai, a son trailer

Leur entretien a duré une vingtaine de minutes, pendant lesquelles Emma Watson a également relayé des questions des Internautes à Malala Yousafzai, lui permettant de présenter entre autres sa vision du féminisme, de l’Islam, de la place des hommes et de la religion dans le féminisme.

C’est en anglais, mais je vous ai traduit quelques passages.

Emma Watson rencontre Malala Yousafzai

Emma commence par féliciter Malala pour ce film, qui retrace sa vie et son parcours d’activiste : un documentaire qui l’a beaucoup touchée. Elle dit combien elle est honorée de pouvoir rencontrer Malala, que l’actrice admire énormément.

Malala lui répond qu’elle même est également extrêmement honorée :

« C’était aussi mon rêve de te rencontrer ! »

On est dans la pipouterie la plus totale. Laissez-moi vous faire des câlins à toutes les deux s’il vous plaît.

Emma Watson poursuit en livrant ses impressions sur le documentaire :

« Ce qui m’a le plus impressionnée dans ce film, c’est qu’il montre à quel point tu es une personne extraordinaire par toutes les actions que tu entreprends, mais surtout à quel point tu es une personne ordinaire. C’est-à-dire que n’importe qui a le pouvoir d’incarner le changement, d’y contribuer, pour le meilleur. »

L’actrice lui demande si sa fondation, The Malala Fund, a un objectif qui lui tient particulièrement à coeur, si la jeune femme a une vision, un projet qu’elle aimerait voir réalisé pendant sa vie.

Pour Malala, cet objectif ultime, c’est l’accès à l’éducation pour tou•te•s, à tous les niveaux d’éducation, dans le monde entier. Et c’est un objectif qui doit s’inscrire dans une perspective de développement durable, parce que sans éducation, les générations futures n’auront pas les moyens de s’émanciper.

  • Qu’est-ce que ça te fait d’avoir ton histoire projetée devant des milliers de personnes, à l’occasion du festival Into Film ?

Comme beaucoup de gens, Malala n’est pas très à l’aise avec le fait de se voir à télévision ou en film : « je ne supporte pas d’entendre ma propre voix ! », confie-t-elle. Mais elle est satisfaite du résultat, et de la manière dont le réalisateur a vraiment mis en avant le message de son engagement en faveur de l’éducation.

« Je voulais que ce film ne soit pas qu’un film, mais un mouvement »

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Les hommes dans le féminisme

À propos du rôle de son père, très présent dans le film, Emma Watson demande à Malala son sentiment lorsqu’elle entend certain•e•s militant•e•s/activistes dire que « les hommes ne peuvent pas être féministes » ?

Pour Malala, les hommes doivent montrer l’exemple :

« Nous devons tou•te•s avancer ensemble, c’est ainsi que nous arriverons à changer. »

La première fois qu’elle a entendu le terme « féminisme », il était connoté négativement pour elle, ce qui l’a fait hésiter à se l’approprier. Mais elle ajoute, à l’attention d’Emma Watson :

« Après avoir entendu ton discours : si pas maintenant, alors quand ? Si pas moi, alors qui ? J’ai réalisé qu’il n’y avait rien de mauvais à se revendiquer féministe. Alors je suis féministe, et tout le monde devrait être féministe, parce que le féminisme est juste un autre mot pour promouvoir l’égalité. »

Très touchée d’avoir contribué à cette réappropriation du féminisme, Emma rebondit sur ce témoignage de Malala :

« C’est devenu un mot si controversé, c’est d’autant plus beau lorsque les gens s’en revendiquent, parce que ça devrait être simplement un synonyme d’égalité »

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La mignonnerie totale d’Emma Watson lorsque Malala lui dit que c’est grâce à son discours à la tribune des Nations Unies que l’activiste pakistanaise a commencé à se revendiquer féministe.

Religion et éducation des femmes sont-ils compatibles ?

La question suivante est un peu similaire, dans le sens où Emma interroge Malala sur la réponse qu’elle apporterait aux gens qui disent que l’éducation des femmes et la religion entre forcément en conflit :

« Qu’est-ce que tu réponds aux gens qui disent que le respect des Écritures fait obstacle à l’accès des femmes à l’éducation, à ceux qui disent qu’éduquer les femmes est une idéologie occidentale ? »

Mais pour Malala, c’est une mauvaise interprétation de l’Islam qui est à l’origine de ces préjugés :

« Je crois que les gens ne comprennent pas les religions, et particulièrement l’Islam. « Islam » veut dire « paix » ! Et le Coran commence par dire aux hommes et aux femmes de lire, c’est-à-dire de s’éduquer. L’Islam est une religion de paix, qui est mal interprétée, qui est détournée. »

Elles parlent ensuite de la candidature d’Hillary Clinton à la présidence américaine ; Malala n’a pas de position arrêtée à propos de la politique intérieure américaine. Simplement, pour elle, ça ferait du bien aux États-Unis d’avoir une femme à leur tête. Pour changer…

Si Malala était invisible pour une journée ? Elle retournerait au Pakistan, qu’elle a dû quitter après avoir été victime d’une tentative d’assassinat.

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Les deux jeunes femmes ont conclu leur entretien avec quelques questions des internautes. Malala est revenu sur l’importance de promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons, et de les traiter en tant qu’individus égaux, ainsi que sur ses études à Birmingham.

Emma Watson, féministe engagée et inspirée par Malala

Sous le lien de la vidéo, Emma Watson a publié un long post pour raconter sa perception de cette rencontre, qui a l’air de l’avoir énormément marquée :

« Aujourd’hui, j’ai rencontré Malala. Elle était généreuse, extrêmement agréable, convaincante et intelligente. C’est peut-être une évidence mais j’ai été d’autant plus touchée en la rencontrant. Il y a énormément d’ONG dans le monde, qui oeuvrent pour le bien, mais si je devais en choisir une pour y investir mon argent et lui faire confiance pour changer ce monde, ce serait The Malala Fund. Malala ne perd pas de temps, elle ne mâche pas ses mots (l’une des nombreuses raisons pour lesquelles je l’aime autant).

Elle a la force de ses convictions, couplée à une détermination rare. Et le succès qu’elle a déjà remporté n’a pas diminué cette détermination d’un iota. Et enfin… Elle dégage une sensation de paix. Je l’ai gardé en dernier parce que je pense qu’il s’agit du plus important. Peut-être est-ce une résultante des épreuves qu’elle a traversées ? Personnellement, je pense que c’est plutôt lié à sa personnalité propre.

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Peut-être que le moment le plus émouvant de la journée, pour moi, a été lorsque Malala a amené le sujet du féminisme. Pour vous donner un peu de contexte, j’avais prévu de lui demander si elle s’identifiait en tant que féministe, mais en faisant des recherches pour savoir si elle l’avait déjà dit publiquement, je me suis ravisée. Je n’ai rien trouvé, donc j’avais décidé de ne pas lui poser la question.

À ma grande surprise, Malala a repris la question dans une de ses réponses. Peut-être que « féminisme » n’est pas un mot facile à s’approprier… Mais elle l’a fait quand même ! Vous pouvez probablement voir ma surprise dans la vidéo.

Elle m’a également donné le temps de reparler de mes propres projets à la fin des questions, ce qu’elle n’était absolument pas obligée de faire. J’étais venue pour l’interviewer elle.

Je crois que ce geste est symbolique de ce dont Malala et moi avons parlé. J’ai déjà souligné à quel point le mot féminisme était devenu controversé. Plus récemment, j’ai appris combien ce mouvement était divisé en factions. Nous allons tous et toutes dans la même direction. Faisons en sorte que se revendiquer féministe ne fasse plus peur. Je veux en faire un mouvement accueillant et inclusif.

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Joignons nos forces et avançons ensemble pour créer un véritable changement. Malala et moi sommes déterminées, mais on a besoin de vous. »

Qu’en penses-tu ? Est-ce que tu te revendiques féministe ? Si non, pourquoi ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cecelight
    Cecelight, Le 18 mars 2016 à 5h31

    Antinomia
    @cecelight on ne peut pas être humanistes avec ce que vivent les femmes actuellement et d'autant plus, si tu es une femme racisée, tu vis une double oppression, celle d'être femme et racisée. Le féminisme intersectionnel est très intéressant et les Black Panthers en sont un bon exemple!

    Je n'ai pas honte de dire que je suis féministe radicale, je connais que des personnes sexistes, conséquence d'une société patriarcale et de la culture du viol.
    On ne peut pas être humanistes ? Mais d'où tu me sors ça?
    C'est justement parce que je suis une femme ET racisée comme tu dis que je suis humaniste. LE fémnisme est utilisé pour une égalité entre sexe, or moi je suis pour une égalité à tout point de vue au dela du sexe de la religion et de la couleur de peau. Purquoi? Parce que comme moi mon père est noir. Parce que mon frère est noir, et que j'aimerais qu'ils aient les mêmes opportunités que moi, ou qu'un mec blanc. Je ne suis pas pour défendre uniquement MA part du gâteau mais plutôt la part de tout le monde. Feministe pour moi, tel que le terme soit conçu aujourd'hui est trop réducteur tout simplement parce qu'une Patricia arquette aura plus qu'une Lupita Nyongo mais aussi plus qu'un Rami Malek, or je souhaite que Rami, Patricia et Lupita soit au même niveau que Tom cruise. Ce combat est clairement plus long et je serais ravie que les femmes aient plus de droits mais outre les termes c'est tout le monde qui devrait avoir une avancée. Car à la fin de la journée, c'est mon frère ui a plus de chance de se faire descendre par un flic.

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