Élisabeth Badinter donne son avis sur le mariage pour tous

Élisabeth Badinter a été auditionnée par la commission des lois de l'Assemblée nationale sur la question du mariage pour tous. Son discours, limpide, est probablement l'un des meilleurs de ces quelques mois de débats.

La commission des lois de l’Assemblée nationale a auditionné le 13 décembre dernier des philosophes, ethnologues et anthropologues sur la question du mariage pour tous. Parmi eux, Élisabeth Badinter, militante féministe, s’est prononcée en faveur du projet de loi :

Durant ces treize minutes d’audition, la philosophe analyse les raisons de l’hostilité (ou du simple questionnement) envers le mariage pour tous et les démonte respectueusement, pédagogiquement. Selon elle, ce refus s’explique par deux raisons : « la représentation millénaire de l’union d’un homme et d’une femme jugée seule légitime dans nos sociétés » et le fait que le mariage pour tous ouvrira la voie à l’homoparentalité. Dans le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption pour tous, un argument revient souvent : un enfant aurait besoin d’un père et d’une mère pour bien s’épanouir. Le papa, parce qu’il est dans l’imaginaire (de moins en moins) collectif ferme et sévère, droit, inflexible, la maman parce qu’elle est supposément douce qu’elle fait bien à manger et qu’elle utilise de l’assouplissant Cajoline. Jusque là, personne n’avait répondu avec plus de clarté qu’Élisabeth Badinter lors de son audition :

« Ce que je veux dire ici : ce n’est pas parce que l’on est mère ou père que l’on est bons parents, capables de répondre adéquatement aux besoins de ses enfants. Ce n’est pas parce qu’on a porté et mis au monde un enfant que l’on est dotés des hormones du maternage, que l’on saura aimer cet enfant. L’instinct maternel est un mythe et la femme n’est pas qu’une femelle animale. Elle a une histoire et un inconscient, qui peuvent lui jouer les pires tours, avec toutes les conséquences que l’on sait sur son enfant. »

Comme on peut l’entendre à la fin de sa prise de parole, Élisabeth Badinter a souhaité revenir sur la gestation pour autrui (GPA) :

« Au fond on part quand même toujours de l’idée qu’une femme est faite pour aimer les enfants qu’elle porte. Je n’en peux plus de ce préjugé naturaliste qui est démenti chaque jour. Il faut accepter la diversité parmi les femmes. »

Un argumentaire intelligent et intelligible qui pose des mots justes et simples sur des idées qui n’en finissent plus de faire débat. Un discours qui devrait rester dans les esprits (au même titre que l’éclat de voix de Christiane Taubira) et dont j’ai eu envie de citer chaque phrase, chaque mot, chaque balbutiement.

Et toi, que trouves-tu à redire à cette prise de parole ?

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  • Ingr_idéaliste
    Ingr_idéaliste, Le mercredi 16 janvier 2013 à 19h07

    pitseleh;3865171
    Euh, bon moi, comme j'ai déjà dit sur Facebook, je vais faire mon empêcheuse de tourner en rond pour certaines: même si ce qu'elle dit est globalement pertinent, il faut ARRÊTER DE GLORIFIER cette intellectuelle.
    Je n'ai pas eu l'impression que, dans l'article et dans le forum, E. Badinter ait été glorifiée. De manière générale, ce sont surtout ses propos lors de l'audition qui sont applaudis.
    Et je pense que les filles qui montrent leur adoration connaissent bien sa philosophie et ses discours. Ça peut arriver.

    Pour ma part, je suis réticente à beaucoup de ses propos, mais pour le coup, sur ce sujet, elle a très bien parlé et je l'applaudis bien fort avec toutes mes mains :)

  • Fancy Candle
    Fancy Candle, Le mercredi 16 janvier 2013 à 19h25

    Je crois que je ne la connaissais pas, cette femme, donc je découvre ses idées sans aucun a priori. Et je suis à 100% d'accord avec tout ce qu'elle a dit dans ce magnifique discours. C'était parfait, merci madame !

  • Pitseleh
    Pitseleh, Le jeudi 17 janvier 2013 à 17h13

    fraen;3865236
    pitseleh;3865171
    - elle est pour les mères porteuses (instrumentalisation du corps des femmes, bonjour!), etc.
    "Préjugés et raccourcis bonjour ! :hello:

    Ma mère a été mère porteuse, de façon complétement "bénévole". "
    Accusation de préjugés et raccourcis, non merci (on ne se connaît pas, merci de ne pas me juger ainsi) mais voyons pourquoi.

    Quant au fait que ta mère ait pu porter un enfant pour le donner à quelqu'un d'autre, tu ne vis pas en France, c'est ça?
    Car la loi en France interdit la gestation pour autrui donc on ne peut pas, même bénévolement, être enceinte, accoucher d'un bébé et le faire adopter par quelqu'un qu'on choisit. Donc c'est peut être dans un autre pays ou alors, il y a quelque chose qui m'échappe dans l'histoire.

    Ensuite, le fait que ta mère ait bien vécu cette expérience est certes un témoignage intéressant mais les raisonnements basés uniquement sur un cas particulier dont on fait un principe général sont très limités.
    Et au delà de ça, le fait qu'une personne accepte de faire quelque chose n'implique pas, en soi, que cette chose soit bonne. (Donc, ce n'est pas un bon argument non plus, en tout cas, pas pris indépendamment)

    Pour ma part, mes arguments pour penser que la GPA peut constituer une instrumentalisation du corps des femmes sont notamment les suivants:
    - la grossesse n'est pas une maladie mais n'est pas non plus une partie de plaisir. Outre tous les "maux" de la grossesse, elle entraîne de nombreux bouleversements du corps et un retour à la "normale" n'intervient qu'environ 1 an après l'accouchement. Soit 9 + 12 mois de chamboulement corporelle et hormonale.
    - vu l'importance qu'une grossesse peut ainsi avoir, cela paraît difficile que cela puisse être un "don" complétement gratuit au même titre qu'un don de sang, de sperme, de moelle osseuse, etc. Il y a donc le risque qu'il y ait une rémunération (même occulte) de cette pratique et il n'est alors plus possible de savoir pour quelle raison une femme accepte de faire ça (par don de soi? pour l'argent? dès qu'il y a une quelconque rémunération/indemnisation, ça devient impossible de connaître la motivation et donc la liberté réelle ou altruisme réelle de cet acte).

    Je précise que je ne crois pas du tout à l'instinct maternel donc ce n'est pas ça qui me pose problème (voir à ce propos, un blog passionnant qui décortique la vulgarisation scientifique notamment sur ce sujet, ici:http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2012/03/12/maternite-science-feminisme/ )

    Voilà, je suis ouverte au débat en tout cas. :)

  • Fraen
    Fraen, Le jeudi 17 janvier 2013 à 18h14

    @pitseleh :

    Pour commence je te demanderai de retirer la citation comme je l'ai précisé dans mon post.

    Pour le " quelque chose qui t'échappe " cela restera de l'ordre du privé mais elle est française.

    Tu dis que les raisonnements basés uniquement sur un cas particulier dont on fait un principe général sont très limités et c'est exactement ce que tu as fait en disant que la GPA est une instrumentalisation du corps. Que certaines femmes le fasse pour de l'argent je l'entends, le débat n'est pas là. Mais d'autres ne le font pas pour ça, et il n'y a là aucune instrumentalisation du corps.

    Je reprends encore tes termes, le fait que toi tu ne trouve pas ça bien, ne rends pas cela mauvais pour autant.

    La grossesse n'est pas une maladie mais n'est pas non plus une partie de plaisir. Outre tous les "maux" de la grossesse, elle entraîne de nombreux bouleversements du corps et un retour à la "normale" n'intervient qu'environ 1 an après l'accouchement. Soit 9 + 12 mois de chamboulement corporelle et hormonale.

    Où est l'argument là dedans ? Pour certaines femmes justement si, la grossesse est une partie de plaisir. Une minorité ? Peut-être je n'en sais absolument rien mais je sais que ça existe. Si ça ne pose pas de problème aux femmes qui décide d'être mères porteuse en quoi cela te regarde les bouleversements du corps et le temps qu'elles mettront à s'en remettre ?

    - vu l'importance qu'une grossesse peut ainsi avoir, cela paraît difficile que cela puisse être un "don" complétement gratuit au même titre qu'un don de sang, de sperme, de moelle osseuse, etc. Il y a donc le risque qu'il y ait une rémunération (même occulte) de cette pratique et il n'est alors plus possible de savoir pour quelle raison une femme accepte de faire ça (par don de soi? pour l'argent? dès qu'il y a une quelconque rémunération/indemnisation, ça devient impossible de connaître la motivation et donc la liberté réelle ou altruisme réelle de cet acte).

    D'où l'intérêt d'une loi encadrant la pratique. Il y a largement plus de risque aujourd'hui de rémunération illégale, que si on décide de mettre en place un cadre et une surveillance de cette pratique. Les lois sont là pour éviter les débordements, si tu considères que la rémunération  est un débordement alors tu devrais être favorable à une loi qui l'encadre et les réduits ( parce que si je dis " les évite " tu vas me sauter dessus pour me dire que ça ne les évitera jamais a 100% et tu aurais raison ).

  • Nepthys
    Nepthys, Le samedi 19 janvier 2013 à 15h34

    Je suis à 100% d'accord avec Madame Badinter et ce sur les 2 sujets évoqués: Mariage homosexuel et GPA.

    (et je l'ai déjà été sur d'autres sujets dont elle s'est fait l'écho)

    Merci Madame pour ce discours.

  • Versus
    Versus, Le dimanche 27 janvier 2013 à 00h52

    C'est quand même dingue qu'on doive faire appel aux philosophes pour ce simple rappel de pur bon sens.

    Néanmoins, je ne suis pas d'accord avec elle sur la GPA. Chacun est libre de disposer de son corps, mais ce n'est pas pour autant qu'on devrait autoriser sans poser de question des gens qui veulent se couper la jambe ou se castrer. Certes toutes les femmes ne vivent pas comme un déchirement d'être séparées de l'enfant qu'elles ont mis au monde, ne le considérant pas comme le leur. Mais il ne faut pas non plus oublier que c'est le patriarcat lui-même qui baptise "heureux évènement" ce qui est souvent, pour les femmes, une véritable torture dont les séquelles peuvent durer des années. C'est justement le fait d'élever leur enfant qu'elles ont désiré (dans le meilleur des cas) qui leur permet de passer outre la grossesse, l'accouchement et les conséquences. L'altruisme peut être aussi satisfaisant narcissiquement, mais c'est quand même risqué, et une femme avec les meilleure intention du monde a tous les risques de regretter après avoir souffert dans sa chair pour le simple bénéfice de se dire qu'elle l'a fait.

    Si certaines femmes adorent être enceinte sans pour autant adorer l'enfant qu'elles portent, j'y vois surtout une grande perméabilité au jugement de la société où une femme enceinte est valorisée, chouchoutée, limite divinisée. Peut-on vraiment laisser faire des femmes dont le simple volontariat peut laisser supposer une profonde immaturité affective ?

    Donc je ne sais pas trop si je suis absolument contre, ou pour un encadrement extrêmement strict, avec des entretiens pour juger de la solidité des motivations et de la stabilité émotionnelle de la candidate à la procréation... ce qui me fait inévitablement penser aux entretiens avant une IVG, ce qui me gave au plus haut point. J'avoue être dubitative.

  • Pitseleh
    Pitseleh, Le jeudi 31 janvier 2013 à 18h32

    Un bon article sur le sujet (avec un bon raisonnement): http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/08/la-gestation-pour-autrui-une-extension-du-domaine-de-l-alienation_1476850_3232.html

    Et pour s'informer plus complétement (et ne pas baser toute votre réflexion sur un seul cas particulier, comme unique source d'information...): http://www.scoop.it/t/prostitution-uterine-dite-gpa-french-and-english

    Pour finir, il ne faut oublier que la location (ou prêt) d'utérus comporte, dans les pays où c'est autorisé, un aspect de lutte de classe (parfois flagrant, comme en Inde) (des femmes pauvres proposent leurs "services" a des couples riches): http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article3061

    Et j'aimerais aussi rappelé que la mère de Fraen, même s'il est française, n'a pas pu faire ça en France et je me demande bien quel est la filiation légale de cet enfant avec le parent receveur non biologique (s'il y a un donneur, il y a un receveur). Pour le (ou un des) père (biologique ou non) pas de problème, il peut faire une déclaration de paternité classique, mais l'autre parent ne peut (en France, actuellement) avoir aucun lien de parenté légale avec l'enfant né de GPA.

  • Katnissvsw
    Katnissvsw, Le jeudi 31 janvier 2013 à 18h51

    pitseleh;3899291

    Et j'aimerais aussi rappelé que la mère de Fraen, même s'il est française, n'a pas pu faire ça en France et je me demande bien quel est la filiation légale de cet enfant avec le parent receveur non biologique (s'il y a un donneur, il y a un receveur). Pour le (ou un des) père (biologique ou non) pas de problème, il peut faire une déclaration de paternité classique, mais l'autre parent ne peut (en France, actuellement) avoir aucun lien de parenté légale avec l'enfant né de GPA.
    Dans certains pays , sur l'acte de naissance, c'est le nom de la mère (receveuse) qui est considéré comme celui de la mère donc pas de soucis (si c'est légal en France) , il aura les mêmes droits que les enfants de parents français qui sont nés à l'étranger.
    Si la mère porteuse est française, la mère receveuse  peut très bien  faire une possession d'état ou l'adopter

  • Pitseleh
    Pitseleh, Le jeudi 31 janvier 2013 à 19h06

    sophie-scholl;3899340
    pitseleh;3899291

    Et j'aimerais aussi rappelé que la mère de Fraen, même s'il est française, n'a pas pu faire ça en France et je me demande bien quel est la filiation légale de cet enfant avec le parent receveur non biologique (s'il y a un donneur, il y a un receveur). Pour le (ou un des) père (biologique ou non) pas de problème, il peut faire une déclaration de paternité classique, mais l'autre parent ne peut (en France, actuellement) avoir aucun lien de parenté légale avec l'enfant né de GPA.
    Dans certains pays , sur l'acte de naissance, c'est le nom de la mère (receveuse) qui est considéré comme celui de la mère donc pas de soucis (si c'est légal en France) , il aura les mêmes droits que les enfants de parents français qui sont nés à l'étranger.
    Si la mère porteuse est française, la mère receveuse  peut très bien  faire une possession d'état ou l'adopter
    Ce n'est pas vrai:

    La transcription en France de ces actes de naissance n'est actuellement pas possible: http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/la-vraie-question-est-celle-de-la-filiation-31-01-2013-1989376.php
    Donc, non, il n'aura pas les mêmes droits que les enfants nés à l'étranger de parents français.
    Et on ne peut pas adopter un bébé "au choix" en France (donc pas un bébé que quelqu'un nous aurait confié).
    Enfin, l'établissement de la filiation par possession d'état ne peut être établi que plusieurs année après la naissance (il faut la constatation d'une stabilité du lien de fait) et cela concerne plutôt les pères (qui n'aurait pas fait de déclaration de paternité dans les temps). Par ailleurs, la filiation ne pourra pas être établi s'il y a un doute qu'elle a été obtenu de manière frauduleuse (ce qui devrait être le cas si c'est une mère qui fait la demande!)

  • Katnissvsw
    Katnissvsw, Le jeudi 31 janvier 2013 à 19h15

    pitseleh;3899371
    sophie-scholl;3899340
    pitseleh;3899291

    Et j'aimerais aussi rappelé que la mère de Fraen, même s'il est française, n'a pas pu faire ça en France et je me demande bien quel est la filiation légale de cet enfant avec le parent receveur non biologique (s'il y a un donneur, il y a un receveur). Pour le (ou un des) père (biologique ou non) pas de problème, il peut faire une déclaration de paternité classique, mais l'autre parent ne peut (en France, actuellement) avoir aucun lien de parenté légale avec l'enfant né de GPA.
    Dans certains pays , sur l'acte de naissance, c'est le nom de la mère (receveuse) qui est considéré comme celui de la mère donc pas de soucis (si c'est légal en France) , il aura les mêmes droits que les enfants de parents français qui sont nés à l'étranger.
    Si la mère porteuse est française, la mère receveuse  peut très bien  faire une possession d'état ou l'adopter
    Ce n'est pas vrai:

    La transcription en France de ces actes de naissance n'est actuellement pas possible: http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/la-vraie-question-est-celle-de-la-filiation-31-01-2013-1989376.php
    Donc, non, il n'aura pas les mêmes droits que les enfants nés à l'étranger de parents français.
    Et on ne peut pas adopter un bébé "au choix" en France (donc pas un bébé que quelqu'un nous aurait confié).
    Enfin, l'établissement de la filiation par possession d'état ne peut être établi que plusieurs année après la naissance (il faut la constatation d'une stabilité du lien de fait) et cela concerne plutôt les pères (qui n'aurait pas fait de déclaration de paternité dans les temps). Par ailleurs, la filiation ne pourra pas être établi s'il y a un doute qu'elle a été obtenu de manière frauduleuse (ce qui devrait être le cas si c'est une mère qui fait la demande!)
    Je crois qu'on s'est mal comprise, je pensais que tu parlais si la loi passait comment ça se passerait techniquement.
    Mais sinon pour le moment, je suis d'accord avec ce que tu as dit.

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