L’égalité salariale, une « utopie » pour Christophe Barbier, une urgence pour la société

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Christophe Barbier, directeur de rédaction de L’Express et éditorialiste politique, démontre que les raisonnements de Jean-Luc Mélenchon ne tiennent pas la route économiquement… En prenant l’exemple de l’égalité des salaires.

L’égalité salariale, une « utopie » pour Christophe Barbier, une urgence pour la société

Christophe Barbier est le directeur de rédaction du magazine l’Express. Il officie également en tant qu’éditorialiste politique sur BFMTV, et il est régulièrement invité de Caroline Roux dans l’émission politique C Dans l’air, sur France 5.

C’est dans le cadre de cette émission que le journaliste a tenu les propos suivants, relayés sur Twitter. Voici l’extrait viral en vidéo pour écoute directe, la citation est retranscrite intégralement juste en-dessous.

« Assez utopiste », l’égalité des salaires

« Si on paie les femmes comme les hommes, à compétences égales, et tout le monde le souhaite, évidemment ça engendre des cotisations supplémentaires, donc on peut faire partir les gens à [la retraite à] 60 ans et c’est financé.

Sauf que c’est vrai au moment où nous parlons parce que les femmes qui seront à la retraite et qui seront payées, elles auront des petites retraites parce qu’elles ont eu des petits salaires pendant leur carrière, mais le jour où les femmes bien payées arrivent à la retraite, ça explose en vol.

Et au passage, d’un seul coup on dit : les femmes sont payées comme les hommes, tout le monde va applaudir, mais les entreprises vont avoir beaucoup de mal à encaisser ce surcoût de main d’oeuvre.

Donc les raisonnements de Jean-Luc Mélenchon sont souvent assez jolis, assez utopistes, et finalement participent d’une amélioration de l’humanité, mais ils ne tiennent pas la route quand on veut les appliquer »

— Extrait à 40 minutes environ dans le replay de l’émission intégrale, sur YouTube

L’égalité salariale, ce surcoût

Le thème de l’émission du 9 janvier était la candidature à l’élection présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, et c’est en critiquant ses raisonnements économiques que Christophe Barbier commente la proposition de rendre réellement effective l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes.

À lire aussi : Je veux comprendre… l’écart de salaire entre hommes et femmes

L’égalité des salaires, ça coûte(rait) cher aux entreprises, bien sûr. C’est « un surcoût », puisqu’aujourd’hui, les femmes travaillent déjà autant que les hommes, c’est juste qu’elles sont payées moins, en moyenne, à postes et compétences égales.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, cette année, symboliquement, les Islandaises ont arrêté de travailler. Et c’est aussi la raison pour laquelle les Françaises les ont imitées le 7 novembre à 16h34.

Parce que l’inégalité des salaires EST un problème, et c’est d’ailleurs un problème qui coûte déjà très cher à l’économie française, pour de multiples raisons.

Lisez à ce sujet pourquoi l’égalité professionnelle EST une priorité, et pourquoi la mixité en entreprise était une priorité du gouvernement, jadis, lorsque Najat Vallaud-Belkacem était ministre des droits des femmes.

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L’égalité salariale, cette utopie

J’ai ri en écoutant l’extrait dans lequel Christophe Barbier démonte le raisonnement économique de Jean-Luc Mélenchon en qualifiant l’égalité salariale d’idée « assez utopiste »…

J’ai ri parce que mieux vaut en rire, plutôt que de réaliser à quel point la route vers l’égalité est encore longue, si un journaliste politique peut « démontrer » très sérieusement que l’égalité est un surcoût, et une utopie.

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Je me demande si Christophe Barbier a des enfants, dont au moins une fille. S’il trouverait normal de l’élever dans une société où elle ne pourrait pas prétendre à être respectée au même titre que ses frères. S’il trouverait normal que sa fille soit moins payée que son fils, à postes et compétences égales.

Ah ! Mais ce n’est pas sur l’égalité salariale que le programme de Mélenchon ne tient pas la route, précise Christophe Barbier sur Twitter : c’est à propos des retraites !

Cécile Duflot, appelée dans le débat, n’est absolument pas venue à la rescousse de l’éditorialiste.

Mais vous savez Christophe Barbier, j’ai parfaitement compris votre démonstration. Je la comprends toujours dans votre mise au point sur Twitter, et vous persistez à considérer l’égalité salariale comme un surcoût pour les entreprises.

Et je comprends que vos propos aient autant fait réagir sur les réseaux sociaux, dans la presse Web. Parce qu’il y a quelque chose de profondément usant à entendre encore, en 2017, qualifier de « surcoût » et d’utopie l’ambition de remédier à une inégalité injuste et pénalisante pour l’ensemble de la société.

Peut-être que les raisonnements économiques de Mélenchon comme celui sur le départ à la retraite « ne tiennent pas la route quand on veut les appliquer ».

Peut-être aussi que c’est notre modèle de société qui ne tient pas la route et qu’il faudrait changer, surtout si l’égalité salariale entre les hommes et les femmes est « utopiste » dans ce cadre.

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Cécile Duflot, pour le mot de la fin

Vers 22 heures, Cécile Duflot est revenue sur Twitter, commenter le raisonnement philosophique de Christophe Barbier.

Heureusement que le monde change, envers et en dépit des nécessités économiques… Et des « surcoûts » que les progrès politiques, économiques et sociaux entraînent.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.


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Commentaires
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  • Jorda
    Jorda, Le 29 janvier 2017 à 17h09

    Koyali
    Ou sinon on paye moins les hommes comme ça eux-aussi coûterons moins cher! Et on résous plein de problèmes d'un coup!
    Et tu sais quoi? Je pense aussi que ça résoudrait pas mal de problèmes.
    D'ailleurs, d'une certaine manière, c'est ce que la ministre de la famille en Allemagne, Manuela Schwesig, a proposé : elle proposait une mise en avant de l'emploi à mi-temps pour équilibrer vie de famille et travail pour tous et notamment les hommes.
    Et franchement, je trouve que c'est pas bête du tout, et je connais même quelques hommes qui avaient apprécié l'idée.

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