Ces dessins animés qui me rendaient triste quand j’étais enfant

De Rox & Rouky au Vilain Petit Canard, les dessins animés de notre enfance n'abordaient pas forcément que des sujets joyeux avec des monstres gentils. Zoom sur quelques-uns d'entre eux qui titillaient particulièrement nos glandes lacrymales.

Ces dessins animés qui me rendaient triste quand j’étais enfant

C’était un de ces dimanches pluvieux d’été où tu-ne-sais-pas-pourquoi-mais-t’as-pas-le-moral, et où tu passerais bien la journée en position foetale sur un canapé en ne faisant plus rien. En cherchant un film triste à regarder — parce que oui, quand tu as le cafard, tu regardes soit une oeuvre cinématographique pleine de bons sentiments soit quelque chose de totalement déprimant, histoire de t’enfoncer un peu plus dans tes méandres — une petite chanson m’est revenue en tête. Une chanson un peu gnangnan, un peu triste de dessin animé…

Eh oui : dans le monde merveilleux des longs et courts métrages de quand j’étais enfant, tout n’était pas que licornes et couleurs chatoyantes. Certaines animations m’ont plus secouée qu’elles ne m’ont fait rêver. C’est probablement le cas de plusieurs d’entre vous : d’après une étude canadienne publiée fin 2014, les dessins animés se révèleraient, pour les enfants, bien plus traumatisants que les films. Ils seraient plus violents, on y trouve souvent des décès ou des meurtres… Si l’on en croit les pédopsychiatres, derrière les épreuves vécues par les personnages se cachent toujours des inquiétudes qui font écho à celles des jeunes téléspectateurs.

Voici donc quelques dessins animés qui, plus petite, m’ont indignée, m’ont rendue morose, m’ont fait verser quelques larmes, et qui, encore aujourd’hui, me laissent un léger pincement au coeur.

Le Vilain Petit Canard

Le Vilain Petit Canard te dit sûrement quelque chose : il s’agit d‘un conte écrit par Hans Christian Andersen au XIXème siècle. Il raconte l’histoire d’un petit canard (bien vu Lulu), qui, à la naissance, ne ressemble pas à ses frères et soeurs et est considéré comme « laid ». À cause de cela, il est rejeté par les membres de la ferme, puis par les canards sauvages qui avaient pourtant l’air cool. Il se résout donc à quitter sa famille pour échapper à ce monde de merde, et rencontre des cygnes. C’est ainsi qu’un jour, en se regardant dans l’eau, il découvre que lui aussi est devenu un cygne beau gosse. Bim, leçon de respect pour tous ceux qui l’ont méprisé.

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Voilà pour la version originale. Outre une adaptation signée Disney, le conte a été transformé en dessin-animé en 1996 par Polygram, dans une version réalisée par Vladimir Gontcharov et Eveline Fouche. Le pitch de départ est à peu près le même : le bébé cygne gris est rejeté par ses trois frères canards un peu balourds, son père est à côté de la plaque, sa mère a de la peine mais ne le comprend pas. Alors le gentil petit gris fait son baluchon.

Heureusement, sur sa route, il va croiser une taupe du nom de Pile-Poil, un genre de mix entre Timon et Pumba et René la Taupe, qui voit toujours la vie du bon côté et chante avec une petite voix aigüe. Le jour où le village des canards se fait kidnapper par le chasseur, c’est le Vilain petit qui va venir à leur rescousse. Ils découvrent qu’en plus d’être malin, il est grand et beau et désormais capable de tomber les petites canes.

Ce dessin animé m’a toujours remué les tripes parce qu’il suscitait chez l’enfant que j’étais un grand sentiment d’injustice : mais enfin, comment les animaux peuvent-ils être aveugles et idiots au point de rejeter ce petit être trop gentil et un peu maladroit juste parce qu’il est différent d’eux ? Plus tard, j’ai appris que ça s’appelait de la discrimination et que c’était malheureusement beaucoup plus courant qu’on ne le pensait. Comme quoi, il fait bon être un enfant.

J’ajouterais enfin une mention spéciale pour le générique de début et de fin, aux paroles particulièrement tire-larmes, qui me donne envie d’envoyer des ondes de feel good à ce pauvre caneton, en lui disant qu’il est beau, qu’il ne faut pas écouter les autres et que demain tout ira mieux :

« J’veux rigoler et être aimé
Mais quand j’regarde dans mon miroir
J’suis qu’un vilain petit canard
Mais quand je s’rai grand, je m’envolerai jusqu’au firmament
Comme les grands oiseaux blancs »

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Brisby et le Secret de Nimh

Brisby et le Secret de Nimh, est tiré d’un autre conte pour enfants, beaucoup moins célèbre. Il s’agit de Mrs. Frisby and the Rats of Nimh, écrit par Robert C. O’Brien, auteur et journaliste américain, en 1971. Une adaptation en prises de vue réelles serait en cours, mais c’est bien la version animée de cette histoire, sortie en 1982, qui m’a fait des bleus au coeur quand j’étais gamine.

Brisby et le Secret de Nimh présente des ressemblances visuelles frappantes avec certains films de Disney, et ça s’explique facilement. Don Bluth, le réalisateur, a en effet travaillé comme animateur sur plusieurs longs-métrages du papa de Mickey, comme Robin des Bois, Bernard et Bianca (tiens, tiens, une histoire de souris) ou encore Rox et Rouky. Les gentils ont une tête plus que mignonne, et les méchants font terriblement flipper.

Le film est aussi beaucoup plus noir que les dessins animés gentillets auxquels j’étais habituée à l’époque. Il s’agit de l’histoire de madame Brisby, une souris attentionnée et mère de famille, dont le mari est décédé et dont l’habitat est menacé de destruction par la charrue d’un fermier. Pour couronner le tout, son fils Timothy a une maladie quasi incurable. Bref, madame Brisby cumule tant de galères que je ne pouvais rester insensible à sa situation, tellement le sort semblait s’acharner sur elle.

Pour s’en sortir, elle demande de l’aide à Sébastien, un corbeau un peu empoté, et à des rats au comportement plus qu’inquiétant. Au fur et à mesure, on apprend que les rats sont en fait devenus intelligents après avoir été les sujets d’expériences dans des laboratoires scientifiques…

À sa manière, Brisby et le Secret de Nimh était une oeuvre écolo. Elle sensibilisait les enfants avant l’heure de la COP 21 à la destruction des milieux naturels, mais aussi aux dangers de l’expérimentation scientifique qui vise à transformer le patrimoine génétique pour tendre vers un idéal. Les humains y étaient présentés comme les responsables de la destruction de la quiétude de la société animale. Bien avant l’adolescence, ce dessin animé m’a fait perdre un peu de ma foi en l’être humain adulte et en sa supposée bienveillance.

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Le Noël de Mickey

De nombreux contes ont été la source d’inspiration de longs-métrages Disney, et Le Noël de Mickey ne déroge pas à la règle, bien qu’il s’agisse, cette fois, d’un court-métrage. Il est adapté d’un récit de Charles Dickens, sobrement baptisé Un chant de Noël.

L’histoire est connue de tous les enfants, ou presque : à la veille de Noël, Ebenezer Scrooge est un vieil homme avare et égoïste qui maltraite son employé Cratchit, et lui accorde tout juste un jour de congé pour aller festoyer avec sa famille — festoyer pas grand-chose, puisque ce dernier n’a pas un rond. Pendant la nuit, après un repas en solo, Scrooge reçoit la visite de trois esprits : le Noël passé, le Noël présent et le Noël futur. Il revit ses Noël gâchés par l’avarice, voit la misère dans laquelle vit son employé et a une vision du dernier Noël qui l’attend, seul sous une pierre tombale. Au matin, il est traumatisé et décide de devenir généreux.

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Chez Disney, l’avare Scrooge était bien sûr devenu Picsou, l’oncle radin de Donald. Diverses autres mascottes emblématiques des studios incarnent les personnages. Mais mon coeur allait à Mickey, alias Cratchit, avec sa petite voix fluette et ses kilos de misérabilisme sur les épaules…

Mickey faisait de la peine dès la première scène, le dos courbé sur son bureau, avec ses vêtements tout rapiécés et sa tendance à s’excuser comme si tous les malheurs du monde étaient de sa faute. Alors que zut, l’enfoiré du scénario, c’était quand même Picsou ! Quant à la scène où Mickey et sa famille se partagent un repas plus que frugal sous les yeux de ce cher canard blindé de thunes, elle était limite insoutenable.

C’était l’époque où Disney mettait le nez de la gamine que j’étais dans la pauvreté, certes fictive, mais lui apprenait le sentiment d’injustice. On pourrait même pousser le bouchon de champagne jusqu’à dire que Le Noël de Mickey évoquait les abus de patrons malveillants envers leurs employés — même si à 10 ans, je m’employais surtout à compter mes peluches.

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Le Triomphe de Babar

Babar est un des héros de fiction iconiques de la littérature enfantine, au même titre que Winnie L’Ourson ou Maya l’Abeille : le seul concurrent aussi éléphantesque que je lui connaisse s’appelle Elmer, pour tout te dire. Babar a été créé en 1931 par Jean de Brunhoff, d’abord peintre puis illustrateur. Il lui aurait été inspiré par une histoire qu’avait inventé sa femme pour endormir leurs enfants. Babar est aussi l’un des premiers animaux anthropomorphiques des livres jeunesse, puisqu’il s’habille et parle comme un être humain.

Comme toutes les stars à succès, Babar a fini un jour par atterrir à la télévision. Le Triomphe de Babar, réalisé en 1989 par Alan Bunce, un animateur canadien, est l’une des adaptations en dessin animé inspirées des albums du petit éléphant. Dans le scénario, Babar a carrément pris du grade, puisqu’il est Roi des éléphants, et se retrouve à expliquer à ses enfants l’origine du défilé de la Victoire du royaume. Tout s’est passé à l’époque où il était petit, et a dû déjouer les plans de l’infâme rhinocéros Rataxès, assoiffé de pouvoir, qui s’était lancé dans la conquête du territoire et l’esclavage de tous les éléphants… Bonne ambiance.

Oui, Le Triomphe de Babar était une oeuvre à peine métaphorique sur les conséquences du totalitarisme politique et/ou de la colonisation. Les villages envahis, les éléphants déportés et réduits en esclavage par les rhinocéros… Avec le recul, je ne peux m’empêche de noter que ces scènes font écho à des événements de l’Histoire qui ont moins d’un siècle. Et je peux te dire que mon traumatisme face à ces pauvres pachydermes qu’on avait dépouillés de leurs vêtements, et qui trimballaient du bois menottés les uns aux autres, fut fort.

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La musique était aussi particulièrement bien conçue. La fameuse scène où les rhinocéros prêtent allégeance à leur chef s’avère extrêmement flippante, en plus de présenter des ressemblances frappantes avec une séquence d‘Indiana Jones et le Temple Maudit. Je te mets au défi de ne pas avoir un frisson lorsque les voix caverneuses des rhinocéros, qui marchent d’un pas uniforme et déshumanisé, entonnent un chant sectaire à base de :

« Vive Rataxès, notre seul maître
Le roi du mooooonde »

Rox & Rouky

Toi aussi, tu le voyais venir, le deuxième Disney dans cette liste ? Rox & Rouky, donc, est adapté d’un roman (tiens, pour changer), The Fox and the Hound, écrit par le journaliste américain Daniel P. Mannix en 1967. Tod, un renard roux, y est adopté par un humain, tandis que Copper est un chien limier qui appartient à un chasseur local. Lorsque Tod provoque le décès du chien préféré de ce fameux chasseur, ce dernier se lance dans une chasse au renard sans relâche, qui va durer des années. Un jour, après une longue poursuite, Tod finit par mourir d’épuisement. Copper décède quelques mois après.

Chez Disney, l’histoire est presque identique, mais moins épouvantable puisque les deux protagonistes resteront vivants. Bébés, Rox et Rouky deviennent amis, malgré la morale qui veut qu’un chasseur et sa proie ne doivent pas s’apprécier, adultes, ils s’entretuent. Heureusement, Rox sauve la vie de Rouky, qui à son tour fait changer le chasseur d’avis, et ils finissent par faire la paix.

Mais je ne compte même plus les scènes déchirantes qui m’ont mis la larme à l’oeil dans ce film. Déjà parce qu’il commence par la mort de la maman de Rox. Ensuite parce que la scène où la veuve Tartine le relâche dans la nature après s’être occupée de lui pendant des années s’apparente terriblement au moment où des parents voient leur enfant quitter le nid, et que les regards qu’ils échangent alors feraient fondre tout le Pôle Nord. Le sommet du pire étant atteint lorsque Rouky rentre dans le rang que lui a réservé le chasseur depuis le début, et devient l’ennemi juré de Rox au décès de Chef, le chien plus âgé qui lui servait de mentor. 

À l’époque, Disney m’a douloureusement fait ressentir ce que pouvait être une rupture amicale, et, plus inconsciemment, à quel point le poids de la société et des conventions peut peser sur nos relations aux autres.

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Et toi, quels sont les dessins animés qui t’ont fait sangloter lorsque tu étais gamin•e ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Victo2664
    Victo2664, Le 21 août 2015 à 15h39

    Je me souviens surtout de "Les malheurs de Sophie", je me précipitais sur "Midi les Zouzous"
    le midi avec mes sœurs et même ma mère pour regarder. :joy: L'histoire est tellement touchante,
    ces conneries me faisaient tellement rire mais 2secs après je pleurais car elle se faisait taper
    par son ignoble et méchante Belle-mère! Sans oublier la scène du naufrage avec sa mère,
    pouah jamais un dessin animé m'avait autant marqué.
    :tears:

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