La sexualité et ses débuts (plus ou moins) chaotiques — Témoignages

À l'occasion de la sortie du film À 14 ans d'Hélène Zimmer, des lectrices nous ont raconté leurs premières fois, qui ont été plus ou moins chaotiques.

La sexualité et ses débuts (plus ou moins) chaotiques — Témoignages

Cet article a été écrit dans le cadre d’un partenariat avec À 14 ans (chez Ad Vitam).
Conformément à notre Manifeste, on y raconte ce qu’on veut.

*Les prénoms ont été modifiés.

Trigger Warning : cet article évoque un viol et peut perturber certain•e•s d’entre vous.

Les débuts de la sexualité sont variables : pour beaucoup, il y a d’abord la découverte solitaire de la masturbation à un âge plus ou moins tendre, une façon de découvrir et s’approprier son corps. Le premier rapport sexuel avec un•e partenaire arrive de la même façon plus ou moins tôt.

Les madmoiZelles ont ainsi vécu leur première fois à 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 ans… Mais elles ne l’ont pas toutes fait pour les mêmes raisons, ni dans les mêmes conditions.

Des beaux débuts…

Il y a de très belles histoire, comme celle de Lise :

« Ma première fois, c’était avec mon copain actuel, en juillet 2013, à la fin de ma dix-septième année. On s’est rencontrés par le biais d’amis communs… puis ont suivi tous ces jolis regards, les petits sourires et les « Allez, rapprochons-nous, encore deux petits millimètres et je pourrai presque le frôler ».

C’était la première fois que quelqu’un m’attirait autant, j’étais comme aimantée, avec une envie folle de l’embrasser. Bon, finalement, ça a mis quatre jours. C’était bien plus rapide que ce que j’osais espérer, mais ça n’était pas pour me déplaire ! Il m’a dit tout de suite que j’étais sa première copine (ça tombe bien, il était mon premier copain), on a donc vraiment découvert la sexualité ensemble.

On y est allés progressivement et malgré tout très vite : quinze jours après s’être mis ensemble, alors que franchement on ne se connaissait pas vraiment, on avait fait l’amour. Personnellement, je l’ai fait avant tout parce que j’en avais tout simplement très, très envie : ça faisait environ trois ans que je voyais la plupart de mes ami•e•s passer le cap, j’étais (parfois) (souvent) frétillante d’hormones… Et puis il me plaisait affreusement, ce mec !

Je ne savais absolument pas si notre couple allait durer, si ça n’allait être qu’une histoire d’été, je ne savais même pas si j’étais vraiment amoureuse : je savais juste que je le trouvais irrésistiblement beau, qu’il me respectait et qu’il avait envie de passer le cap au moins autant que moi. J’étais totalement accro. Ses yeux, ses petites fossettes, ses cheveux, son torse, tout ça. Du coup, quatre jours avant qu’il ne parte en voyage avec sa famille et après quelques autres jours de tentatives qui n’ont pas abouti, on a fait l’amour.

Je ne l’ai pas forcément vécu comme un grââând événement bizarrement, alors que je m’en étais fait toute une représentation mirifique avant même de le rencontrer. C’était juste un échange de regards, des étreintes de plus en plus longues tout en se déshabillant, jusqu’à se retrouver nus.

Quant à l’acte en lui-même… Rien de très extraordinaire pour cette première fois, comme beaucoup je pense : c’était pas très agréable (même s’il faisait de son mieux pour me faire le moins mal possible en y allant le plus doucement qu’il pouvait), ça a duré une petite demi-heure, j’ai taché ses draps et on a pris une douche ensemble juste après, à 2h du matin.

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Mais malgré le côté désagréable de la chose, j’ai bien aimé, c’était un beau moment passé avec lui et rien que pour lui et moi ! D’ailleurs on a recommencé dès le lendemain ! »

Élise a quant à elle découvert la sexualité petit à petit, progressivement, au fil des expériences qui la tentaient :

« Depuis que je suis toute petite, mes parents nous ont toujours encouragées, mes sœurs et moi, à poser des questions : la sexualité n’a jamais été un sujet tabou à la maison. Pourtant j’étais loin de tout savoir et j’avais encore bien des interrogations.

Je me faisais une idée assez spéciale de la sexualité, j’imaginais ça comme une expérience presque mystique, quelque chose de magique, de l’ordre du sacré. Ma vision des choses a peu à peu évolué, et je n’imaginais plus forcément ma première fois avec quelqu’un dont j’étais amoureuse : je me disais que quand j’en aurais envie, je le ferais.

Je voyais ma sexualité future comme quelque chose de plus libéré, de plus simple… Peut-être aussi grâce à l’influence de ma grande sœur, qui me parlait souvent de ses expériences, et qui a toujours vécu une sexualité libre. Je lui suis reconnaissante d’avoir toujours répondu à mes interrogations et d’avoir partagé son vécu avec moi dans la plus grande sincérité et la plus grande bienveillance.

Dès mes 14 ans, j’avais un désir un peu plus grandissant, sans pour autant avoir d’expérience. C’est plutôt à l’âge de 15 ans que j’ai commencé à vivre des choses plus ou moins concrètes. Ma première expérience sexuelle, c’était avec une fille. Nous étions toutes les deux curieuses et ouvertes, et notre relation a engendré de nombreuses questions sur notre orientation.

Nous avons souvent pu reparler de ce qu’il s’était passé entre nous et je n’ai jamais regretté car c’était une amie très proche : je suis heureuse d’avoir partagé ces premiers moments avec elle. J’ai ensuite été très attirée par un garçon de 21 ans, qui multipliait les « coups d’un soir ». Le feeling passait bien et à chaque soirée, nous étions un peu plus proches, si bien qu’un soir nous avons fini par atterrir sous la douche tous les deux.

J’en garde un souvenir très beau, c’était un garçon très respectueux en qui j’avais vraiment confiance. Nous n’avons pas couché ensemble mais plutôt fait le tour des préliminaires. J’étais heureuse de prendre du temps pour apprivoiser mon corps et celui de l’autre, voir de quoi j’avais envie ou non, prendre soin de moi, découvrir ce qui me procurait du plaisir, et ce qui en procurait à l’autre, entrer dans ce monde du sexe tout en douceur.

J’étais très heureuse aussi de me découvrir beaucoup moins timide que d’habitude, et je me sentais libre de communiquer, de dire mes besoins, mes envies : j’étais totalement à l’aise avec ma sexualité nouvelle. C’est ainsi que j’ai vécu plusieurs expériences avec plusieurs garçons, souvent en soirée, parfois dans d’autres contextes…

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C’était agréable de me sentir désirable et sexuellement active, mais plusieurs fois j’ai fini par être frustrée de ne pas aller plus loin que les préliminaires. J’avais hâte de coucher avec un garçon et de voir enfin ce que c’était, ce dont tout le monde parlait.

Ma première fois se passa pendant une soirée où j’ai rencontré de nouvelles personnes, dont un garçon qui me plaisait. Tout a été très vite : j’avais un peu bu, lui aussi, on s’est embrassés et cinq minutes plus tard nous étions nus dans un lit. Je garde un bon souvenir de cette première fois bien que je n’ai pas été subjuguée, mais je ne regrette pas malgré les circonstances. Manque de chance, le préservatif a craqué et j’ai dû en parler à mes parents pour prendre la pilule du lendemain. J’étais vraiment gênée même si je savais qu’ils réagiraient bien.

La deuxième fois que j’ai couché avec un garçon, c’était avec mon copain avec qui j’étais depuis deux mois. C’était tellement différent, je me sentais aimée et désirée, je pouvais enfin dire « je t’aime » et « faire l’amour ». Je ressentais pour la première fois un plaisir aussi fort et je me sentais libre. »

Arielle voulait de son côté le faire avec une personne qui comptait pour elle :

« J’ai fait l’amour pour la première fois à 17 ans, quelques jours avant mes 18 ans. C’était la première fois que j’avais une copine et que j’avais l’occasion d’avoir un rapport sexuel. Je n’avais pas envisagé de coucher avec quelqu’un que je ne connaissais pas ou à peine ni avec quelqu’un que je n’aimais pas.

On s’aimait, on avait envie de faire l’amour donc voilà, ça s’est fait. Assez rapidement après que l’on s’est mises ensemble, mais on était tellement bien ensemble que ça ne semblait pouvoir n’être qu’ainsi.

Ça s’est très bien passé. Vraiment. Genre… incroyablement bien. Je ne sais pas si le fait que ma première fois ait été lesbienne et que ma copine ait eu plusieurs années de plus que moi y sont pour quelque chose, mais ça a été très naturel. Sans gêne ni questionnement. Tout s’est enchaîné tout seul. C’était doux mais pas niais, sensuel et brûlant sans être dégradant ou gênant. Parfait. Je me suis tout de suite dit que je voulais recommencer ça le plus souvent possible et c’est ce qui est arrivé.

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Comme je viens de le dire, mon rapport au sexe a été positif donc je n’ai pas noté de changement particulier au fil des relations. Peut-être que j’ai petit à petit appris à « jouer » de mon corps, de l’effet qu’il faisait, que je me suis amusée à savoir ce qu’il pouvait inspirer… Mais je n’ai jamais eu de problèmes à être nue ou à faire l’amour avec ma copine, donc pas de grands changements sur ces points-là. »

Rachel a quant à elle découvert son corps avec les débuts de sa sexualité :

« La première fois que j’ai fait tomber la culotte, j’avais 14 ans — pour certain•e•s, cela peut sembler tôt. C’était avec mon premier copain (qui était également vierge) avec lequel je suis restée un an et demi : mon premier amour et celui avec qui j’ai fait toutes les premières fois qu’il puisse exister sur le plan sentimental.

On était chez lui et c’était entre midi et 14h. Sur le moment, ce jour-là et avec ce mec-là j’en avais envie.

Je ne peux pas dire que j’étais prête à 100% : j’étais quand même une vraie trouillarde ! Il faut que je précise qu’à cette période, en pleine adolescence, j’étais très complexée par mon corps. Je n’aimais quasiment rien chez moi. Et c’est grâce à mon copain de l’époque que j’ai petit à petit réussi à accepter mon corps, à m’aimer et surtout à l’assumer. C’est pour ça que j’étais à l’aise avec lui et que je suis passée à l’acte.

Mais il faut le dire : pas doués comme on était, j’ai eu très très mal (et le mot est faible). C’est moi qui me suis mise au-dessus la première fois (oh grand regret !) et ça n’a duré que quelques minutes : c’était insupportable (sur le plan de la douleur).

Et la cerise sur le gâteau : à peine mon ex retiré de moi, des sons inattendus sont sortis d’un endroit où je ne savais même pas que c’était possible. Trois ou quatre (déjà beaucoup trop !) pets de vagin ont résonné dans la chambre. J’étais tellement gênée, et mon ex se retenait de rire ! Bizarrement, ce fut (pour l’instant) la seule fois de ma vie où ça m’est arrivé… »

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Nina a de son côté commencé par une expérience purement physique :

« J’ai 18 ans, et ma première fois a eu lieu il y a (intense calcul mental)… environ six mois. Ça s’est fait de manière un peu particulière, avec celui que je définirais comme mon meilleur ami, sans qu’il n’y ait de sentiments amoureux derrière, tout simplement parce que le célibat me pesait. Cela paraît bizarre dit comme ça, mais cela m’a semblé et me semble toujours très naturel.

On a toujours eu une relation hyper honnête, sans jamais être gênés par quoi que ce soit vis-à-vis de l’autre. Je savais qu’il en avait envie, étant en période de célibat sexuel depuis un peu trop longtemps à son goût. Comme on était en vacances à la campagne, uniquement avec des amis, je lui ai proposé. On en a un peu parlé avant, il m’a demandé si j’étais sûre, etc.

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Je n’ai jamais vraiment sacralisé la première fois. Pour moi, ça ne se résume pas à une seule première fois, et chacun décide un peu de sa « vraie » première. Disons que j’ai vécu ma première fois physique, ce qui était précisément ce que je cherchais. En effet, j’en avais marre de ne rien connaitre à la sexualité « pratique », et j’appréhendais le moment où je ferais l’amour sans expérience, avec quelqu’un pour qui j’aurais des sentiments.

Le fait de vivre cette première fois (et les quelques suivantes depuis) avec mon meilleur ami a été un moyen de me détendre, de rire de mes maladresses (et des siennes aussi, faut pas déconner) et de poser plein de questions techniques (je ris encore de la situation aujourd’hui).

Pour ce qui est de l’aspect concret, je l’ai plutôt bien vécu. Je n’ai pas eu mal, ni saigné, même si je me suis retrouvée couverte d’herbe (oui, c’était un instant assez bucolique) !

On a continué de temps en temps pendant quelques mois, en découvrant de nouveaux aspects du sexe à chaque fois. Je n’ai jamais atteint l’orgasme (du moins j’espère pas, sinon ça vaut vraiment pas tout le boxon qu’on en fait), mais j’ai passé de très bons moments. Mon rapport au sexe est donc assez décomplexé, la limite se résumant au consentement des deux (ou trois, ou vingt-quatre c’est bien comme on veut) parties concernées. J’espère qu’il en restera ainsi à l’avenir.

Maintenant, je suis plus dans l’attente d’une première fois avec des sentiments et tout ce que ça implique, stress inclus. »

La découverte de la sexualité fait aussi voler en éclats les préconceptions stéréotypées que l’on a souvent. Alix raconte ainsi :

« Quand j’étais vierge, j’en avais une image faussée, pour moi les partenaires jouissaient en même temps, y avait pas de fluides corporels, pas d’odeur, bref, une image très lisse. J’ai vite compris que cette affaire était un poil plus complexe. »

…et des mauvaises expériences

Mais les débuts ne sont pas toujours roses, selon la personne avec laquelle on les fait, et ses propres raisons. Pour Lisa, cela a par exemple été particulier :

« J’ai fait ma première fois à 16 ans, avec mon premier copain « sérieux » — probablement que j’en avais envie et ça me trottait dans la tête depuis un moment. Clairement je me sentais honteuse vis-à-vis des garçons de ne l’avoir jamais fait. Ce n’est pas ça qui a motivé ma décision, simplement je pensais être prête et que c’était le moment.

Ce n’était pas très bien les premières fois, j’ai eu des douleurs physiques, donc je pensais que j’avais un problème physique, type vaginisme, que jamais je ne pourrais faire l’amour. Je me suis mis la pression toute seule et j’étais avec un garçon pas assez mature sur la question, donc ça n’a rien arrangé.

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Nous n’avons jamais discuté de nos rapports, ce qui me semble juste une aberration aujourd’hui. Pendant toute la durée de notre relation je ne me suis pas rendue compte qu’il y avait un problème, que mes envies étaient niées au profit des siennes. On faisait l’amour comme lui le voulait, je n’ai jamais pris de plaisir ou en tout cas rien de comparable à ce que je connais aujourd’hui.

Et pendant tout ce temps j’étais persuadée que le problème venait de moi : je ne me suis pas posée la moindre question sur son attitude à lui. Quand on s’est séparés, j’ai commencé à réaliser tout ça, et plus encore avec mon copain suivant, quand je me suis rendue compte de ce que c’était de vraiment faire l’amour avec quelqu’un, d’avoir un orgasme (chose que j’étais persuadée de ne jamais vivre), de prendre les commandes…

Cette absence de plaisir de la première fois m’a fait me sentir différente ; le sexe étant quelque chose de positif aux yeux de tout le monde, je ne comprenais pas pourquoi moi je le vivais mal. Je ne pense pas avoir parlé à quelqu’un à cœur ouvert de ce problème, premièrement parce que je ne voulais pas voir la réalité en face et parce que j’étais embarrassée, pleine de culpabilité, persuadée que quelque chose n’allait pas avec moi… »

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Beaucoup de filles veulent surtout se débarrasser d’une virginité qu’elles ressentent comme un fardeau, ou se donner à l’autre pour le/la garder. Elles ressentent une certaine pression, de leur•e partenaire, d’elles-mêmes ou de leur entourage. Il en résulte des expériences sans beaucoup de plaisir, car sans beaucoup d’envie.

Eve se souvient :

« J’ai eu mon premier rapport à très exactement 16 ans et deux semaines, je m’en souviens parce que c’était le jour de l’anniversaire de mon père (détail glauque). Je l’ai fait avec mon copain de l’époque, il le réclamait et je voulais aussi me débarrasser de ce « fardeau » au plus vite. Je voulais savoir ce que ça faisait, et pourquoi on en faisait tout un plat. Je dois avouer que c’était aussi un peu pour me rebeller contre ma mère qui me rappelait sans cesse que je n’avais pas intérêt à « le faire avant d’avoir au moins 18 ans ».

Autant dire que ça s’est très très mal passé. Je pensais mon copain de l’époque expérimenté, mais comme on dit c’est toujours ceux qui en parlent le plus qui en font le moins. C’était en pleine après-midi chez ses parents, avec sa sœur dans la pièce d’à côté. J’étais très mal à l’aise du début à la fin, j’ai trouvé les préliminaires beaucoup trop longs et gênants et le reste beaucoup trop rapide.

J’étais ce qu’on peut dire une étoile de mer, je regardais par la fenêtre en attendant le moment où je pourrais me rhabiller. Je n’ai pas eu mal, je n’ai rien senti, mais j’ai versé quelques larmes à la fin. Je ne l’ai pas regretté, je l’ai simplement mal vécu. Je me sentais encore enfant, pas assez mature. »

Marie ne garde pas non plus un excellent souvenir de ses débuts, où le plaisir était plus que limité :

« Après un mois de relation nous avons fait l’amour pour la première fois. J’avais 15 ans, lui 16. Il m’avait dit qu’il l’avait déjà fait plusieurs fois mais pour moi c’était la grande découverte. Avec du recul je trouve que j’ai démarré ma vie sexuelle comme une machine.

Les semaines suivant la première fois nous le faisions comme par obligation, par automatisme. Comme si maintenant qu’on était en couple on DEVAIT faire l’amour, comme dans les films porno, sans plaisir. On a brûlé beaucoup d’étapes, tentant tout de suite levrette, fellation, dans la douche…

Avec le temps nos relations se sont espacées et j’ai découvert l’ENVIE de faire l’amour et l’orgasme. Et ÇA c’est vraiment bon ! »

Et malheureusement, il y a aussi de très mauvaises expériences, comme Flo qui a été victime de viol conjugal :

« J’ai eu mon premier rapport l’été entre mon passage du collège au lycée, donc l’été de mes 14 ans… Ce qui avec le recul me parait tôt ! Le José avait un an de moins que moi mais il était très mature. On sortait ensemble depuis un petit moment déjà, cinq mois, quelque chose comme ça, et ça s’est passé pendant une soirée chez une amie.

On faisait un camping, avec feu de camp et bières, en écoutant de la musique… Et puis bon, José et moi on avait notre propre tente. C’était un peu prévu, mais je n’étais pas vraiment angoissée. On en avait parlé, on était tous les deux prêts, alors on l’a fait, tout simplement.

Je suis restée deux ans avec ce José, en comptant les premiers mois sans rapports. C’était toujours très tendre avec lui, nous étions amoureux, les préliminaires se passaient bien mais l’acte en lui-même, la pénétration, ça restait très douloureux pour moi.

Ce n’était pas que j’étais mal à l’aise ou quoi, c’est juste qu’avec le recul, je pense qu’un peu de lubrifiant n’aurait pas été de trop, celui des préservatifs et de mon vagin ne suffisant clairement pas.

Au début, José était patient, doux… Mais très vite il est devenu agacé de voir que je ne prenais pas autant de plaisir qu’il aurait voulu, que ce que les films lui avaient appris aussi je pense… Il se vexait à la fin de chaque rapport en voyant que je n’avais pas joui, était agacé quand je dormais chez lui et refusais de recoucher avec lui parce que le premier rapport m’avait irrité le vagin, voire de coucher tout court de peur d’avoir de nouveau mal.

Très vite, cet agacement s’est transformé en mots, en phrases du genre « tu dois être frigide », « c’est pas normal que t’aies pas envie de moi », « non mais allez, tu pourrais faire un effort pour moi », ce qui n’a fait qu’amplifier mon malaise.

J’ai ainsi appris à accepter pour lui plus que pour moi, à le laisser avoir ce qu’il voulait pour pouvoir ensuite passer une soirée tranquille sans me faire harceler. J’ai simulé aussi un peu, pour accélérer le processus… Mais plus le temps passait, plus je me dégoûtais moi-même, et plus il me dégoûtait de ne pas comprendre, de ne penser qu’à son plaisir…

J’ai fini par quitter le José pour un autre, mais le mal était fait : je connaissais très peu mon propre plaisir. Mais j’ai pu en parler, à mes amies notamment, et j’ai pu mettre un mot sur ce qu’était cette première relation : un viol conjugal, même si le terme me paraît fort. J’acceptais pour lui, pas pour moi.

J’accepte petit à petit ce qu’il s’est passé, ça fait de moi ce que je suis, cette éternelle angoissée de mal faire ! Il m’est plus facile de le confier à mes nouvelles amies, et aucune n’a mal réagi. Cela a aussi permis à certaines d’avouer qu’elles aussi s’étaient parfois forcées, avaient parfois simulé… Du coup on en discute ensemble, et je trouve ça bien : j’ai l’impression que l’on n’explique pas assez le plaisir féminin aux filles.

Les garçons, par les pornos et la masturbation principalement, ont déjà une idée de comment doit se passer la chose, de quel sera leur plaisir. Je me masturbe depuis un moment, fait que les filles n’avouent en général jamais vraiment (ce qui veut tout dire), et pourtant le plaisir que je prends en couchant ou lorsque je suis avec un partenaire n’a rien à voir, c’est une toute autre forme à laquelle rien ne m’avait préparée. »

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Tasha ne s’est pas non plus sentie suffisamment préparée à avoir une relation sexuelle, avec tout ce que cela impliquait, et surtout elle s’est sentie bien seule :

« Cela c’est relativement mal passé je dois dire. On était très maladroits, j’ai eu super mal, au point de me demander si c’était possible qu’on puisse trouver cela plaisant un jour. J’étais persuadée que moi en tout cas je préférerais sans doute continuer à m’amuser toute seule avec mon corps !

Comble de malchance, le préservatif a craqué (eh oui ce n’est pas une légende, ça arrive), et je crois que ce fut le plus horrible, le stress post-coïtal ! Mon copain ne semblait pas du tout concerné par tous les risques (grossesse, maladie) et il m’a laissée seule face à tout ça.

Du haut de mes quinze ans, je n’ai vu qu’une personne vers qui me tourner pour m’aider dans cette situation : ma mère. Celle-ci a été très vexée je crois, de voir que malgré tout ses conseils je n’avais pas eu de conduite « appropriée ». Pour elle il aurait certainement fallu que j’attende plus longtemps.

Mon père était absent de la maison, et lorsque je suis rentrée de chez mon petit copain et que j’ai parlé à ma mère, lui demandant comment faire, appelant à l’aide en fait, elle m’a tout simplement engueulée. Je me sentait déjà terriblement mal à cause de la situation, j’angoissais et je me demandais comment m’en sortir, et elle a ajouté ses reproches et une tonne de culpabilité par-dessus.

Elle m’a dit de me débrouiller et m’a vraiment laissé en plan, même lorsque je lui ai demandé de me conduire à une pharmacie de garde pour acheter une pilule du lendemain. J’ai passé mon dimanche à crever d’angoisse, littéralement.

Heureusement, le lendemain une amie plus âgée a vu, à ma tête, que j’avais un problème.

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Elle m’a écoutée sans juger, m’a conduite chez l’infirmière de mon lycée qui m’a donné une pilule du lendemain, elle-même sans juger, en me réconfortant, en m’affirmant qu’il n’y avait aucun mal et que tout irait bien. Je crois que toutes les deux ont vu une gamine paumée qu’il fallait aider à tout prix.

Ma mère ne m’a jamais vraiment pardonné ça. Elle ne m’a jamais crue au sujet du préservatif, elle cherche toujours, si par malheur on aborde le sujet, à me faire avouer qu’en réalité on n’en avait pas utilisé. »

Toutes insistent cependant sur le fait qu’il s’agissait bien d’une première fois, du tout début d’une découverte qui ne faisait que commencer, et qui continue avec chaque partenaire. Lise explique ainsi :

« Au fur et à mesure, notre sexualité est devenue moins « précipitée » : on a pris tout notre temps pour se découvrir, touche par touche, et on a pas encore fini aujourd’hui ! En apparence, on pourrait dire qu’une certaine routine s’est installée, mais il continue encore souvent de me surprendre, et j’espère que c’est la même chose de son côté ! »

Le regard des autres

La première fois est souvent compliquée par la pression sociale, qui est particulièrement forte à l’adolescence, un âge où il n’est pas toujours évident de se libérer des influences familiales et amicales.

Estelle a par exemple du mal à se libérer des conceptions véhiculées dans sa famille :

« Je viens d’une famille assez coincée là-dessus ; mes parents ne m’ont jamais parlé de sexe hors des mécanismes purement génétiques et anatomiques (en gros je savais à 7 ans ce qu’étaient les règles et les gamètes, mais il a fallu que j’attende d’avoir 15 ans et d’aller me documenter seule dans une encyclopédie pour savoir ce qu’était la pénétration).

Ils étaient très clairement mal à l’aise, avaient un discours qui oscillait entre un « faut pas juger » un peu forcé et un « les filles qui pensent aux garçons à l’adolescence sont de petites idiotes dépravées et décérébrées qui n’arriveront à rien dans la vie » qui avait l’air de leur venir beaucoup plus naturellement, et ne m’ont jamais parlé dans l’urgence que du danger des MST… Bref, pas top.

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Pour couronner le tout, quand j’ai commencé à grandir, mon père (ma mère aussi un peu, mais moins) a eu énormément de mal à accepter que je n’étais plus tout à fait sa petite fille. C’était fait dans la plus grande innocence du monde, mais ça a durablement perturbé mon rapport à la sexualité.

Je ne me suis masturbée pour la première fois que très tard (j’avais trop honte), je suis toujours incapable de me livrer à une activité de nature vaguement sexuelle dans la même maison qu’un de mes deux parents. Et évidemment, absence d’éducation sexuelle oblige, je me suis un peu laissé pourrir la vie par tous les mythes qu’on nous raconte :

  • que forcément la première fois fait mal (du coup je me suis bloquée, et du coup, bah oui, ça m’a fait bien mal)
  • qu’il existe des « techniques » sexuelles qui font que certaines personnes sont « bonnes au lit » et d’autres non (rien de tel pour se faire une vie sexuelle pourrie que d’envisager la sexualité sous un jour purement technique, en oubliant de communiquer sur ce qu’on aime ou pas)
  • que c’est au garçon de prendre l’initiative…

En plus, mon copain étant assez peu sûr de lui, il se sentait tout de suite menacé par l’idée que je puisse me donner du plaisir toute seule, ou que je fantasme sur autre chose que sur lui seul. Comme je n’avais déjà jamais pensé à m’approprier ma sexualité avant, ça m’a paru normal.

Le résultat a été que je me suis retrouvée avec une sexualité émergente où je ne jouais aucun rôle, où c’était mon copain et lui seul qui était censé m’apporter du plaisir. Je me suis même convaincue que se servir d’accessoires, se masturber ou avoir des fantasmes élaborés, c’était un truc un peu nul que faisaient les gens qui voulaient être à la mode ou qui n’avaient pas une bonne vie de couple (eh oui).

Inutile de dire qu’au bout de quelques temps, c’est dans ma vie de couple à moi que ça a commencé à être franchement triste…

Ah, et la seule grande découverte que j’ai fait toute seule après ma première fois : le lendemain, j’ai d’un coup réalisé que je n’étais plus vierge. Je m’attendais à ce que ça me fasse quelque chose, à être une personne différente, plus épanouie, plus femme, je ne sais pas. Et puis non, ça ne m’avait rien fait du tout (à part que j’étais contente d’avoir un copain cool).

C’est ce jour-là que j’ai compris que ces histoires de virginité, de première fois super importante, d’attendre le bon et tout, c’était de belles conneries, parce que franchement, perdre sa virginité, c’est rien du tout. C’est pas grand-chose, mais c’est un mythe que je suis contente d’avoir pu démonter toute seule. »

Et il n’y a pas que la famille. Le seul problème avec sa première fois a été pour Maëlys le jugement de ses copines :

« En fin de compte ça ne fait pas si longtemps que ça que j’ai fait ma première fois : c’était il y a tout juste cinq mois. J’avais 16 ans donc. J’avais déjà tenté deux/trois trucs, avec des garçons plus ou moins gentils (et que j’aimais plus ou moins aussi), et puis à une soirée au début de l’été j’ai rencontré Jean-Claude.

Il était grand, beau, blond, fin séducteur d’après nos amis communs, et dans l’euphorie du début de juillet on a un peu fricoté, puis on a convenu qu’on se reverrait après les vacances, sans exigences l’un vis-à-vis de l’autre.

Globalement, j’ai bien vécu ma première fois, et le fait de ne pas l’avoir fait avec quelqu’un de « spécial ». Mais il y a bien une chose qui m’a un peu travaillée : c’est le jugement de mon entourage.

Dans ma famille, ça a été : on en a un peu parlé avec ma mère ou avec mon frère, et il est vite ressorti de la discussion que tant que je m’amusais, tout allait bien. Par contre c’est avec mes amies que je l’ai pas toujours bien vécu ; j’étais la première à me faire « dépuceler », et surtout, la seule à penser qu’on n’a pas forcément besoin d’aimer son partenaire plus que tout pour lui laisser son ruban.

J’ai dû faire face à l’incompréhension de certaines de mes très proches amies, et ce n’est pas toujours facile d’entendre des trucs comme « t’es une fille facile », ou d’être regardée avec un petit sourire en coin dès qu’on aborde le sujet des plans culs. J’ai eu l’impression d’être réduite à ma première fois, alors que pour mes copines qui l’ont fait par la suite, avec leur copain et de manière « officielle », tout le monde a trouvé ça génial et « trooop mignon ». Pourtant, mon histoire n’était absolument pas différente de la leur, mis à part le fait que je ne parle plus à Jean-Claude depuis ! »

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Pour Nina, qui a fait sa première fois avec son meilleur ami, pour l’expérience « physique », cela a un peu été la même chose :

« L’opinion de mes amis a été mitigée. Certains pensent comme moi, et estiment qu’il ne faut pas trop se prendre la tête pour un truc aussi cool en soi. D’autres trouvent triste que ma première fois se soit déroulée ainsi. Ce n’est pas mon avis, mais si ça leur fait plaisir de vivre une première fois « dans les règles » (non, pas ces règles-là), tant mieux ! Du moment que personne ne se met en tête de se juger négativement, chacun est libre de son frifri. »

La question de l’âge

La préoccupation quant à l’âge de la première fois s’est manifestée quasiment chez chacune, et là aussi le plus difficile est le regard des autres.

Victoria raconte ainsi :

« J’ai 20 ans aujourd’hui, et j’ai des copines qui trouvent que 14 ans c’est jeune pour une première fois ; j’ai des remarques par rapport à ça encore aujourd’hui et sur mon rapport au sexe (« T’as aussi couché avec lui ? Mais tu couches avec tout le monde… »), mais chacun•e fait ce qu’elle/il veut ! »

Dans un sens, le slut-shaming est souvent de mise ; dans l’autre, on accuse la personne d’être inexpérimentée, honteusement en retard… Clarisse a ainsi longtemps menti à son entourage, par honte de ne pas avoir eu de relations sexuelles à 18 ans :

« Je faisais semblant de comprendre les problèmes sexuels de mes copines, je m’inventais des positions préférées sans même savoir à quoi elles correspondaient. J’ai menti pendant très longtemps pour être acceptée socialement. C’est un secret que j’ai gardé au fond de moi pendant très longtemps, même aux yeux de mes parents à qui je pouvais pourtant tout dire, sans tabous.

Mais même devant eux, j’avais honte. Honte d’avoir 18 ans et de ne pas être foutue de me retrouver au lit avec un mec puisqu’apparemment c’était aussi simple que ça que de perdre sa virginité. Pour moi, c’était un tout petit peu plus compliqué que ça. Ce n’est pas que je n’avais pas l’occasion, c’est parce que je ne me sentais pas capable de faire un truc qui paraît pourtant si simple, même si ce n’était pas de ma faute. Je me sentais stupide. »

Mila raconte par ailleurs :

« Quand je repense à mes débuts niveau sexualité, je me dis que j’ai eu de la chance. Je ne regrette rien. Tout s’est bien passé. Le fait que je ne sois plus avec l’homme avec qui j’ai vécu ma première fois n’a aucune importance pour moi. Mais avec du recul, je pense quand même que je me souciais trop du regard des autres. J’avais réellement peur de perdre ma virginité tardivement, d’être au-dessus de la moyenne.

Je pensais qu’avoir un rapport sexuel changeait une personne, et que cela se voyait physiquement, que les gens « non-vierges » avaient une démarche différente, se sentaient plus libres, ou je ne sais quoi… Maintenant, j’essaie de lutter contre l’idée que ça fait pitié de coucher tardivement, car je me rends compte que c’est ridicule.

J’ai des amis qui ont 22 ans et sont toujours vierges, ils ne sont pas plus « coincés » que d’autres ! Ce que je me conseillerais si je pouvais me rencontrer à 16 ans : ne fais pas une montagne de la première fois. Elle n’a pas plus d’importance que celles qui vont suivre, et ne te changera pas autant que tu le crois. »

Hélène l’a d’ailleurs fait à 22 ans :

« Je n’ai parlé de ma virginité tardive qu’à mes amies proches. Comme on l’a toutes fait plus ou moins tard, on a mis du temps à en parler librement entre nous (on n’avait pas grand-chose à raconter quoi). Mais récemment on s’est mises à en parler beaucoup, à rentrer dans le vif du sujet et j’aime bien quand on aborde ça, parce que ça rassure, ça dédramatise la chose (en tout cas pour moi).

Dernièrement, un détail m’a amusée. Je parlais avec des potes (des garçons) de l’âge qu’ils pensaient être « correct » (avec de gros gros guillemets !) pour une première fois. Ils m’ont dit que pour les mecs, c’était chaud de le faire après 17 ans, et qu’ils se mettaient tous la pression pour le faire le plus tôt possible. Pour eux, à cet âge, « puceau » était l’insulte ultime. En revanche, pour les filles, être vierge jusqu’à 25 ans, ils trouvaient ça mignon — « pucelle », c’est vrai que ça fait plus chou… encore un coup de l’idéal de féminité pure qu’on nous inculque très tôt !

Ça m’a fait réaliser que j’avais VRAIMENT stressé pour rien, et que les garçons étaient vachement à plaindre de ce côté-là. Qu’ils avaient eux aussi tendance à se vanter alors qu’ils en faisaient peu, pour sauvegarder les apparences de la virilité. Société sexiste, quand tu nous tiens… Jamais je n’ai été jugée par mon entourage parce que j’ai fait l’amour plus tard que les autres. J’ai toujours reçu de la compréhension de la part des amis auxquels je révélais ce que je considérais comme mon plus lourd secret.

Je n’aurais pas de conseils à me donner, si ce n’est d’avoir le déclic plus tôt. Par déclic, j’entends : avoir confiance en soi, accepter l’idée de séduire, ne pas avoir peur d’aller vers la personne qui me plaît ou de lui envoyer des signaux positifs. Ne pas avoir peur du désir, parce que même si ça implique de se mettre à nu, au sens propre comme au figuré devant quelqu’un, c’est aussi quelque chose de bon, qui devient extraordinaire lorsque c’est partagé. Voilà ce que je dirais à mon moi de 13, 15, 17 ans. Mais encore faut-il le comprendre… »

À lire aussi : Une première fois bien pourrie

Se protéger

À posteriori, les conseils que les filles se donneraient coïncident. Le recul sur leurs débuts, et ce qu’elles ont appris sur elle-même, sur le sexe et sur les relations changent bien souvent leur vision.

Flo, qui a été victime de viol conjugal, aimerait pouvoir prévenir ce qui lui est arrivé :

« Avec le recul, je me dis que je n’aurais pas dû me forcer. J’aurais dû lui dire que je n’aimais pas, et en parler avec lui, le forcer à en parler. Et s’il ne m’avait pas écoutée, le quitter. Il était tellement obnubilé par son propre plaisir que le mien passait à la trappe, et ce n’est pas normal : aujourd’hui, je sais que grâce à cette expérience, je suis capable (et je l’ai déjà fait !) de dire « stop », ou « j’aime pas », ou même de le guider, de lui donner des indications sur ce qui me plaît.

Je ne sais pas si j’aimerais que les choses se passent différemment, car je me rends compte que cette capacité à décréter que non, je n’avais pas envie de m’épiler les jambes alors c’est à prendre ou à laisser, toutes mes amies ne l’ont pas : certaines pensent même, sans jamais avoir demandé à leurs copains, qu’ils préfèrent les épilations intégrales du frifri. »

Lily a quant à elle énormément souffert physiquement en pensant que c’était inévitable, et insiste maintenant sur l’importance de ne jamais accepter la douleur chronique comme une situation normale, de ne pas rester à avoir mal et en parler :

« Il y a énormément de pathologies, psychologiques ou pas, qui peuvent vous causer des douleurs lors des rapports. Je ne peux parler que de mon histoire. Mais ce que j’en ai retenu, c’est qu’il ne faut jamais accepter la douleur chronique comme une situation normale.

Il se trouve que les pathologies causant des douleurs à la vulve et/ou lors des rapports sexuels sont extrêmement répandues. Vulvoldynie, vaginisme, endométriose… Souvent, on dit aux femmes qu’il faut « se forcer un peu », ou que c’est normal d’avoir très mal pendant ses règles.

Vous savez si c’est normal ou pas. La douleur n’est jamais quelque chose avec laquelle on doit se résoudre à vivre. Faites-vous confiance.

Écoutez votre corps. Votre désir, votre plaisir et votre confort sont importants. Vous méritez une vie sexuelle satisfaisante si vous le désirez. On ne parle jamais du plaisir et du désir des femmes (à part pour dire des conneries de généralisations dans les magazines féminins bas du front).

Intéressez-vous aux muscles de votre périnée, à votre vulve. Intéressez-vous à la VRAIE anatomie du clitoris. Intéressez-vous aux hormones qui régulent votre libido, à votre cycle, à votre contraception.

Les médecins ne sont pas des super-héros, ils ont en général des journées bien remplies. Posez-leur vos questions, osez, ils sont là pour vous parler de vous.

Demandez les réponses, demandez que votre médecin vous explique ce qu’il fait et pourquoi. Posez des questions. Intéressez-vous à vous. Et si vous ne vous sentez pas à l’aise lors d’une consultation, ou que vous repartez avec trop d’interrogations et pas assez d’information, c’est qu’il faut peut-être changer de médecin. »

Eve, elle aussi marquée par ses mauvaises premières expériences, voudrait également se conseiller :

« Lui et moi nous sommes séparés il y a deux ans et je n’ai pas eu d’autres relations sexuelles depuis, ni de relation tout cours. J’ai fait un véritable blocage avec les mecs et avec mon corps après cela. J’appréhende ma « première fois » avec quelqu’un d’autre presque plus que ma véritable première fois.

Je me conseillerais d’attendre, d’attendre d’être avec quelqu’un qui me met à l’aise et pour qui je ressens vraiment quelque chose. Je me conseillerais aussi d’oser plus de choses et de ne pas être totalement « passive ». »

Lisa insiste de son côté sur le fait qu’il ne s’agit que de débuts, et qu’il est heureusement souvent plus que possible d’évoluer :

« Je me dirais de bien choisir la personne, mais je ne suis pas sûre que je ferais les choses différemment. Je ne sais pas si j’étais trop jeune, en tout cas j’ai l’impression que cette rupture m’aura fait énormément grandir, et apprendre de moi.

Je suis consciente que c’est loin d’être la meilleure manière de commencer sa vie sexuelle, mais je reste persuadée qu’on peut inverser la tendance ensuite, et repartir sur de bonnes bases : c’est ce que j’ai fait et continue à faire. Je pense qu’on a besoin de ces mauvaises expériences pour apprendre ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas, même si on s’en passerait bien ! »

Lise est de son côté toujours avec son premier partenaire avec qui tout s’est bien passé, et ne changerait rien :

« Si aujourd’hui je pouvais parler à cette fille de 17 ans complètement transie qui fut moi, je ne lui dirais rien de plus que « Vas-y, éclate-toi, tu as tout à y gagner ! ». Je ne regrette absolument pas la manière dont ça s’est passé et les circonstances qui ont accompagné cette expérience : ça reste une période géniale, limite du bonheur pur (l’effet LSD du premier amour sans doute) de ma vie. Et je suis heureuse de penser qu’aujourd’hui on est toujours amoureux, qu’on a des projets ensemble, et encore plein de choses à découvrir ensemble… dans la sexualité ou dans d’autres domaines ! »

sexualite66

Sybille est d’accord :

« Je ne crois pas qu’il faille trop en attendre, de cette fameuse première fois, car au final avec chaque garçon c’est comme une première fois. »

Victoria voudrait quant à elle insister sur l’importance de décider pour son corps, et de se protéger :

« N’hésitez pas si vous avez envie et besoin de sexe, mais surtout ne le faites pas si c’est pour impressionner des gens, pour être dans la norme. Et n’ayez pas honte : le sexe c’est un plaisir, et personne ne doit vous juger sur vos comportements, votre corps, vos pratiques…

Il n’y a pas d’école du sexe, pas de parcours type, alors amusez-vous, ayez confiance en vous, refusez ce qui ne vous plaît pas et n’hésitez pas à dire non quand c’est non ! Parce que même quand on se retrouve en string léopard dans le lit de quelqu’un, on a le droit de dire que l’on a plus envie.

Enfin, n’hésitez pas non plus à vous documentez sur les méthodes de contraception ! »

À lire aussi : La contraception 1/2 (pilule, capote et stérilets) – Marion & Sophie

En conclusion

Les filles ont pour beaucoup évoqué l’importance de la communication, de parler avec son/sa partenaire pour que tout se déroule dans le respect et le confort de chacun. Elle sont également très nombreuses à avoir mis en avant l’importance primordiale de l’envie, comme Rachel :

« Je pense que pour passer à l’acte, il faut être à l’aise avec son partenaire, être à l’aise dans son corps (très très important) et surtout EN AVOIR ENVIE. Combien de mes amies sont passées à l’acte « pour faire plaisir à leur copain » ou « parce que c’était l’occasion » sans réellement avoir envie de faire l’amour !

Désirer quelqu’un, ce n’est pas anodin et tellement puissant comme sensation : c’est là qu’on devrait faire péter la culotte ! C’est vraiment le seul conseil que je pourrais donner : ne le faites que si VOUS en avez envie ! »

En repensant à sa première fois qui s’est bien passée, Arielle ne changerait rien justement parce que c’était ce qu’elle voulait :

« Je n’aimerais pas recommencer différemment. Oui ça aurait pu être mieux, ça peut toujours être mieux. Mais « mieux », qu’est-ce que ça veut dire ? Moins maladroit ? J’aurais pu ne pas avoir du mal à retirer mon débardeur ? Mais c’est ça qui fait toute la beauté du souvenir aussi ! C’est un très beau souvenir qui n’a pas été trop sacralisé je pense, étant donné que le jour même je me souviens m’être déjà dit : « WOW WOW WOW putain mais c’est génial ! ».

La seule chose que je me conseillerais est peut-être de ne pas me mettre autant la pression sur la fameuse première fois parce que ça arrive quand ça doit arriver, ça n’est jamais « tard » et surtout, je conseillerais de ne pas stresser en se posant plein de questions du type « Et les poils ? Et la lingerie ? Et l’odeur ? Et si j’embrasse mal ? Et si je ne sais pas quoi faire quand je devrais faire ça ou ça ? » parce que sur le moment ça vient comme ça vient et ça vient naturellement, et c’est ça qui fait que ça se passe bien parce qu’on n’apprend pas à embrasser ou à faire un cunnilingus.»

Sabine conclut :

« C’est le seul conseil que l’on puisse donner, je crois : S’ÉCOUTER ! À chacun sa langue, son écriture, son histoire, sa chronologie, ses envies, ses besoins, ses réticences. S’écouter, rien d’autre. »

– Un très grand merci à tou•te•s pour vos précieux témoignages !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Jus d'orange au sel
    Jus d'orange au sel, Le 25 mars 2015 à 1h06

    @Cosmolatte : moi j'aurais tendance à penser que c'est au garçon de te faire te sentir bien! Et il est encore plus impardonnable s'il est plus âgé et plus expérimenté. Si tu en parles avec lui et que c'est un gentil garçon, son boulot c'est de te rassurer, de te donner des conseils, d'entendre que ce sont des débuts pour toi et que c'est important qu'il te laisse de la place pour en parler, pour dire non si une position ou autre te gêne.

    Je sais que l'expérience vient avec le temps et la "pratique" mais j'aimerais bien kiffé ça comme il faut.
    Bin oui et non, enfin oui dans le sens où en effet ça vient avec le temps et la pratique, mais surtout ça passe par la parole, par le fait d'avoir un partenaire en qui on puisse avoir confiance; un partenaire qu'on peut rembarrer facilement si on a peur / mal / un coup de mou en plein milieu (ils sont pas les seuls à avoir des pannes ! )
    Je pense que le dialogue avec un partenaire c'est ESSENTIEL !! C'est par là que va passer le consentement, la confiance en soi / en l'autre, le fait de se connaître. Jsuis peut-être un peu radicale, mais pour moi un partenaire avec qui on ne peut pas parler de sexe c'est déjà un mauvais coup. Et plutôt que de prendre la culpabilité sur toi-même, tu as le droit de t'interroger aussi sur lui : est-ce que la porte est vraiment ouverte de son côté pour en parler? est-ce que son attitude te met à l'aise? Si tu as mal c'est sûrement qu'il n'y a pas assez de préliminaires pour toi : parles-en! Dis le lui, c'est super important. Vous n'êtes pas obligés d'avoir des rapports avec pénétration à chaque fois. Apprends lui à faire attention à toi de la façon que tu souhaites, et encore plus si tu dis que c'est quelqu'un de bien.
    Ne serait-ce qu'à propos de l'orgasme, combien de fois faut-il expliquer à un mec que le clitoris / les préliminaires c'est super important ? De mon expérience, je trouve que les mecs sont assez souvent ignares en matière de plaisir féminin (et je ne parlerai même pas d'éducation sexuelle basique, savoir ce que c'est que le sida et compagnie...) : ils ne savent pas si on a joui ou pas, ils ne savent pas forcément qu'on peut jouir sans pénétration, le clitoris jamais entendu parler, la masturbation est un papillon d'afrique... bon!
    Mais comme on va pas les laisser ignorants (notre plaisir en dépend après tout) je considère que c'est un peu à nous de les éduquer aussi, petit à petit, en osant dire ça j'aime, ça j'aime pas. Tout doit se construire dans le dialogue, et même un coup d'un soir, même alcoolisé, votre partenaire a interdiction de vous faire peur / mal / pas confiance, virez le si vous ne le sentez pas ! Ah ! je suis désolée pour le petit coup de nerf, mais des fois il me semble qu'il y a tellement d'ignorance du point de vue des garçons (leur mère ne leur dit jamais rien???) que ça m'énerve un brin. Et encore plus quand il y a une personne plus expérimentée qui ne fait pas suffisamment attention à la jeune personne avec qui il est.
    Bon je m'arrête là, désolée pour le roman >< Plein de bises à toutes, tu peux me mp si tu as envie, il y a pas de soucis

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