La grossesse accidentelle, vue par les hommes : témoignages rares sur un sujet tabou

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Un bébé, ça se fait à deux. Mais la contraception reste trop souvent la préoccupation des femmes. Et quand elle échoue, les hommes se retrouvent aussi face à une grossesse imprévue, qu'ils ne savent pas forcément gérer...

La grossesse accidentelle, vue par les hommes : témoignages rares sur un sujet tabou

Un homme aime une femme. Ou un homme fréquente une femme, en tout cas. A des relations sexuelles avec elle. Et un jour, la femme tombe enceinte.

Sauf que ce n’était pas prévu. La contraception (pilule, anneau, implant, DIU…) n’a pas fonctionné.

Selon l’avancée de la grossesse, la femme peut choisir d’avoir recours à la pilule du lendemain, à une IVG, ou d’aller jusqu’au terme. C’est à elle que revient la décision finale, car c’est de son corps qu’il s’agit.

Mais c’est aussi l’homme qui a créé cette grossesse. Et sa place, dans tout ça, elle existe — même si on en parle très peu…

Les couilles sur la table parle des grossesses accidentelles, côté masculin

Ce matin, j’écoutais dans le métro le dernier épisode du podcast Les couilles sur la table, qui parle de masculinité. Victoire Tuaillon y reçoit Coline Grando, réalisatrice de La place de l’homme.

Un documentaire qui, justement, s’intéresse aux hommes ayant « vécu » une grossesse accidentelle.

Ce passionnant échange m’a beaucoup fait réfléchir sur le sujet, et mon intérêt a été renforcé par le fait que… eh bien, ça pourrait m’arriver, puisqu’aucune contraception n’est fiable à 100%, même pas mon DIU cuivre.

La place de l’homme face à une grossesse accidentelle

Coline Grando a réalisé La place de l’homme avec le Centre Vidéo de Bruxelles. Elle y interroge des hommes âgés de 20 à 40 ans, qui se sont retrouvés face à une grossesse accidentelle.

Seul l’un d’entre eux, le plus âgé, a fini par devenir père. Dans les autres cas, la grossesse n’a pas été menée à terme.

Coline Grando explique à Victoire Tuaillon avoir eu du mal à trouver des hommes prêts à parler de ce sujet. Elle a fini par avoir recours au bouche-à-oreille pour rassembler son panel d’intervenants.

En plus d’un certain malaise chez les mecs qui ne sont pas habitués à s’ouvrir, à parler de ce qui les bouleverse, les attriste ou les blesse, il y avait aussi une pudeur liée directement aux différences biologiques.

Eux ne porteront pas l’enfant, eux n’auront pas recours à l’IVG, ce n’est pas « leur » problème, et ils ne veulent pas « voler » la parole à celles qui vivent, dans leur chair et leur ventre, cette grossesse accidentelle.

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C’est louable, mais ça ne les empêche pas de ressentir, d’espérer, d’avoir peur, de se sentir coupable, démuni… et c’est ce qu’ils finissent par exprimer devant la caméra de Coline Grando.

Quelles options pour les hommes face à une grossesse accidentelle ?

« Mon corps, mon choix » ; « pas d’utérus, pas d’opinion ». Ces deux slogans féministes restent d’actualité à l’heure où le droit à l’IVG doit sans cesse être défendu face aux obscurantistes.

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Il faut, évidemment, que la personne enceinte ait le choix final, car il s’agit de son corps, sur lequel elle est la seule à avoir tous les droits. Coline Grando l’explique :

« Si on me retire le droit à disposer de mon corps, alors je suis une enfant, je ne suis pas une adulte à part entière. »

Cela n’empêche pas, cependant, les hommes d’avoir des émotions, des opinions. De vouloir peut-être garder un enfant alors que la femme souhaite avorter, ou à l’inverse, de ne pas vouloir être père.

Les ressources sont rares. Les centres du Planning Familial ne sont pas tous accueillants pour les hommes ; faute de moyens, leur priorité reste parfois de soigner et d’encadrer les femmes, comme l’explique Coline Grando.

De plus, il y a toujours le risque que l’homme oppresse la femme, cherche à la forcer (à garder l’enfant, à avorter). Il est donc important qu’elle puisse se confier, en privé, à un personnel compétent.

Pour les hommes, souvent, c’est la solitude face à une grossesse accidentelle, qui peut aussi être un évènement grave, traumatique dans leur vie.

L’un d’eux, qui s’est rendu avec sa compagne au Planning Familial, dit à Coline Grando :

— Personne ne m’a demandé, à moi, « Est-ce que cette nana n’est pas en train de te forcer à perdre ton gosse ? ». Non, personne ne m’a rien demandé. Tu te rends compte ? Comme c’est absurde ?
— C’est le droit d’une femme de disposer de son corps, donc je ne trouve pas ça absurde…
— Okay.

Une souffrance réelle qui se heurte à une autre réalité, celle de la biologie. Oui, la femme, à la fin, choisit. Et oui, l’homme peut ne pas être d’accord, peut en souffrir. Mais il ne peut pas (encore ?) se charger de la grossesse à sa place…

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Recréer du lien entre sexualité, contraception et grossesse

Une des volontés de Coline Grando, avec ce documentaire, était de renouer le lien entre une relation sexuelle et le risque d’une grossesse accidentelle. Un lien qui semble absent des esprits de beaucoup d’hommes.

Bien sûr, il est normal de tomber des nues lorsqu’on pense avoir une contraception efficace et qu’elle nous fait défaut. Mais dans les faits, la contraception pour hommes est très limitée, donc c’est souvent à la femme de s’en occuper.

Des partenaires sexuels réguliers, dans un duo hétérosexuel, vont souvent délaisser le préservatif une fois les tests IST/MST effectués. À la femme, ensuite, de prendre une pilule, de se faire poser un DIU, un implant…

Les seules options accessibles pour les hommes souhaitant être en charge de la contraception sont de continuer à utiliser un préservatif, ou d’avoir recours à une vasectomie (qui risque de ne pas être réversible).

Un tweet à dérouler, l’expérience très instructive d’un homme ayant eu recours à la vasectomie

D’autres contraceptions masculines existent, mais sont très peu connues et difficiles d’accès.

Alors, rappelle Coline Grando, une solution simple existe pour les hommes : utiliser des capotes, même si ça n’est pas l’idéal, même quand leur partenaire prend une contraception de son côté.

Le risque zéro n’existe pas, mais associer deux contraceptions (par exemple pilule et préservatif) est une sécurité supplémentaire.

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À quand du soutien parmi les hommes ?

En cas d’accident, c’est en effet à la personne enceinte d’avoir le dernier mot… Ce qui n’empêche pas de créer des initiatives pour les hommes dans cette situation, comme des associations ou groupes de parole.

Je suis bien obligée de remarquer qu’encore une fois, c’est une femme, Coline Grando, interviewée par une autre femme, Victoire Tuillon, qui parlent de questions touchant aux émotions et aux sentiments des hommes.

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En France, les ressources d’entraide et de soutien entre hommes, créées par des hommes, notamment pour parler de sujets liés à la masculinité, restent rares.

Ce documentaire et l’interview de Coline Grando me fait penser qu’il est urgent pour les hommes de se saisir de ces thèmes, car ceux qui souffrent sont bien réels, et souvent seuls.

En attendant, je lance très bientôt un podcast madmoiZelle dédié à la masculinité, alors stay tuned !

Où voir La place de l’homme, le documentaire de Coline Grando ?

  • Il est sélectionné à Filmer à tout prix et sera projeté le 28 novembre à Charleroi à 9h30 et 20h30 et le 1er décembre au cinéma Aventure à Bruxelles à 16h.
  • À Traces de vie à Clermont-Ferrand, il sera projeté le 29 novembre à 9h30.
  • Au Festival international du film d’éducation à Evreux, il sera projeté le 6 décembre à 9h30 au Cinéma Pathé d’Evreux.
  • Vous pouvez le voir à Flagey du 18 au 30 novembre et le 29 nov au Plaza Art à Mons.

Merci à LilyOnMarch du forum madmoiZelle pour ces infos !

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Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu’elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.


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Commentaires
  • Cequizz
    Cequizz, Le 21 novembre 2017 à 10h06

    @Destiel Mok´ , oui je suis tout à fait d'accord avec toi sur la pluralité des situations ^^. Je voulais vraiment poser ma pierre en mode Sam Gamgie : " Il y a du bon en ce monde Monsieur Frodon", ^^. Et aussi parce que je suis persuadée que c'est "trop facile" de balancer toutes nos vérités (et ce sont bien des vérités hein, je ne veux pas minimiser le féminisme et ses constats) à la tronche des hommes sans jamais leur jeter avec des bouées de sauvetages ou des échelles pour qu'ils remontent à la surface (en gros ce que je disais avec la médiation des savoirs et expériences). Parce que bon, aujourd'hui un homme qui réalise tout ça, j'imagine même pas comme il doit être perdu et en colère (contre lui-même en plus). Je compare ça un peu au moment où moi j'ai découvert le racisme et à quel point j'étais privilégiée d'être une fille blanche. Bah honnêtement ce jour-là moi si personne ne m'avait tendu la main en mode "si si tu peux dépasser ça, t'es pas archi conditionnée par ta couleur de peau et tu peux ne pas te comporter comme une privilégiée" bah peut-être que j'serais restée dans mon racisme ordinaire par manque de courage et de clefs pour commencer à changer.

    Et effectivement je pense qu'ouvrir la porte aux émotions et ressentis des hommes, c'est leur ouvrir le droit à l'erreur (parce qu'une émotion c'est faillible) et donc en même temps, le droit d'apprendre et de changer. Après, dans le cas d'une grossesse accidentelle, c'est sûr que l'enjeu est peut-être trop important pour leur accorder le droit à l'erreur, mais leur accorder le droit de ressentir c'est déjà une main tendue.

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