Je suis catholique, et j’ai soutenu le mariage pour tous, quitte à perdre mes amis

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Cette madmoiZelle est catholique. Pendant des années, elle a été très impliquée dans l'Église, et la religion faisait partie intégrante de sa vie, de son cercle d'amis. Jusqu'au jour où... le mariage pour tous.

Je suis catholique, et j’ai soutenu le mariage pour tous, quitte à perdre mes amis

Je suis catholique, et la religion a longtemps été une part importante de mon quotidien.

Cependant, tout a changé au moment des débats sur le mariage pour tous (et toutes). Mon monde entier s’est mis à marcher sur la tête.

J’en ai parlé à une copine, qui m’a conseillé de témoigner sur madmoiZelle. Voici mon histoire.

La religion catholique, une histoire de famille

Des deux côtés de ma famille, mes grands-parents sont très catholiques, mais mes parents ne le sont pas particulièrement.

Mon père est anti-Église, pour être honnête. Il a été forcé de rejoindre un internat catholique dans sa jeunesse et en a gardé une très mauvaise expérience. L’hypocrisie qu’il a pu constater, notamment, l’a profondément dégoûté.

Ma mère est plutôt neutre. Elle n’est pas vraiment impliquée dans la foi, mais ça ne la dérange pas.

J’ai tout de même été baptisée, par ma grand-mère, en l’absence de mon père, et malgré le refus de ma mère. J’ai appris très tard qu’elle n’avait pas consenti à la cérémonie.

Mais dans son pays d’origine, où nous étions à ce moment-là (enfin, on me l’a raconté : j’avais 6 mois), impossible de faire l’impasse sur le baptême. La mère de ma mère lui a donc forcé la main.

Le catholicisme omniprésent dans mon enfance

J’ai grandi dans une petite ville alsacienne, une région dans laquelle le poids de l’Église est encore très fort. L’écrasante majorité des élèves, en primaire, étaient catholique ; les autres étaient protestants.

Dans mon univers, il y avait « cours de catéchisme » ou « cours spécial pour les protestants » : les gens athées, agnostiques, ça n’existait pas.

Mais à ce moment-là, la foi est à mes yeux d’enfants un concept très vague. Je ne saisis pas vraiment la portée de la chose.

Je fabrique des œuvres pour les Rameaux ou Pâques, et je suis surtout contente de faire une activité créative !

Dans la même idée, je finis par rejoindre la chorale de l’église, avec ma meilleure amie. Une fois par mois, nous chantons à la messe. J’adore chanter, je suis comblée.

À l’adolescence, mon implication dans la religion

C’est en devenant adolescente que j’ai commencé à croire vraiment, et à devenir pratiquante en mon âme et conscience.

Vers la fin du collège, je m’implique davantage dans l’Église. Mes cours de catéchisme me permettent de monter une solide bande d’amis, et tous ensemble, on prépare la profession de foi avant de passer la confirmation.

Ça prend du temps, comme une grosse activité extrascolaire : il y a catéchisme le samedi, parfois la messe le soir même ou le dimanche matin, un rendez-vous chaque premier mercredi du mois…

Et nous faisons pas mal de voyages, que nous aidons à financer via du bénévolat (on emballe des cadeaux pour les gens, on vend de petites choses). Mais c’est ludique, ça m’occupe et ça m’amuse !

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À ce moment-là, la religion est une partie très prenante de ma vie personnelle, mais aussi sociale — même si tous mes amis ne font pas partie de l’aumônerie (je dirais que la moitié en sont, l’autre ce sont des gens du lycée tout simplement).

Comment j’ai pris du recul par rapport à la religion

Au final, m’impliquer dans l’Église, c’était ma crise d’ado à moi.

Ma mère s’en fiche, et a toujours été du style à me laisser beaucoup de liberté. Mais pour mon père, qui déteste la religion, c’est un affront. J’étais fière de lui tenir tête.

Et ironie du sort, c’est mon daron, finalement, qui a été le premier « déclic » me faisant prendre du recul.

Quand j’étais en fin de lycée, mes parents ont divorcé. J’ai compris que mon père était un connard, adepte de la violence, de la maltraitance psychologique. Un homme haineux.

J’ai eu du mal à comprendre comment un Dieu bienveillant, qui veille sur moi, peut créer un homme aussi intolérant, aussi colérique, et en faire mon père. Ma foi en a pris un sacré coup.

Comment moi, catholique, je vois l’homosexualité

Parmi les voyages dont je parlais plus tôt, il y en a un qui nous a régulièrement emmené·es, les jeunes de l’aumônerie et moi, à Taizé, une communauté œcuménique fondée par un frère, centrée autour du dialogue et du partage.

The Prior of #Taizé Received by Pope Francis / Photo by Vatican Media-Foto

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Taizé est un lieu marqué par les discussions et les débats, notamment sur la conciliation entre la science (le Big Bang, les dinosaures…) et la religion.

Pourquoi je vous raconte ça ? Pour vous expliquer que je n’ai jamais vécu ma foi en suivant à la lettre la Bible !

À mon sens, la Bible, c’est d’un côté un outil t’apprenant la foi en une entité puissante et miséricordieuse, et de l’autre un ensemble de règles issues d’une lointaine époque, qu’il serait absurde d’appliquer aujourd’hui.

Pour moi, l’homosexualité n’a jamais été quelque chose de négatif. Oui, la Bible dit que c’est un péché — mais elle dit aussi qu’on ira en Enfer si on mange des fruits de mer !

Alors soit on suit tout à la lettre, soit on admet que ces règles sont obsolètes et que les respecter au XXIè siècle, ça n’a aucun sens.

Tout ça pour dire que le mariage pour tous n’a jamais été un souci à mes yeux. Plus que le mariage, l’homosexualité même, c’était simplement une partie de la vie. Pas un péché, ni une honte.

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Le mariage pour tous VS mon entourage religieux

Vous vous en doutez, dans mon entourage religieux, beaucoup de gens étaient contre le mariage pour tous.

Une minorité de fidèles participaient aux honteuses Manifs Pour Tous, mais j’ai entendu des gens de mon âge dire, quand on débattait, « non mais c’est contre nature ».

Face à ces propos, j’étais sous le choc. Je n’ai jamais été du genre à monter au clash, j’avoue, je me suis souvent tue, sous le coup de la surprise et de la peine.

J’avais un ami homosexuel — pas un de ceux de l’aumônerie, sans surprise. Je l’aimais beaucoup. Je l’aime toujours beaucoup.

Et puis il y a eu la goutte d’eau : j’ai craqué, j’ai fini par réagir.

Pendant un repas avec mes amis religieux, une fille a proposé, de façon tout à fait naturelle, « de rassembler catholiques, protestants et orthodoxes et de faire une prière silencieuse pour les âmes des pauvres homosexuels ».

Pour tout le monde, la proposition semblait normale. J’étais sur le cul. J’ai tenté de faire entendre ma voix, de débattre. Peine perdue. Je suis partie.

C’est le jour où j’ai quitté l’aumônerie, et avec, la moitié de mes amis.

L’intolérance va à l’encontre de la foi

La religion catholique, c’est de l’amour. Dieu nous aime. Jésus nous aime. Nous aimons notre prochain.

Et si je m’y suis réfugiée à l’adolescence, ce n’est pas non plus un hasard : le catholicisme m’a transmis des valeurs que mes parents, notamment mon père, ne m’avaient pas inculquées.

Des valeurs d’empathie, d’entraide, de tolérance, de bienveillance, d’ouverture d’esprit.

La violence à peine voilée derrière ce « bon sentiment » de « prier pour l’âme des homosexuels », ce n’est pas la voie de Dieu. En faire une « fausse bonne action » n’enlève rien au caractère haineux de ces opinions.

Un jour, en route vers Taizé, un prêtre m’a glissé à l’oreille « vous savez, l’homosexualité, c’est pécher ». Sans contexte, sans préavis, sans rien. Quelle hostilité gratuite !

Mon ami est gay, mais ce n’est pas un sous-humain, et ce n’est pas juste un gay, c’est un mec génial. Qui ne mérite en aucun cas d’être ainsi insulté.

Je le dis comme je le pense : rejeter les personnes homosexuelles, c’est aller contre les valeurs de l’Église.

La diversité, arme essentielle contre l’intolérance

Après mon coup d’éclat, j’ai revu quelques amis proches, mais je me suis totalement détachée du groupe social dans lequel j’évoluais depuis des années. J’ai arrêté de pratiquer ma foi de façon collective.

Aux yeux des jeunes de l’aumônerie, je ne pense pas être une « traîtresse à la cause ». J’imagine qu’ils se disent que j’ai une « sensibilité différente » ou quelque chose comme ça.

Je sais que certains de ces anciens amis sont restés impliqués dans l’Église tout en étant opposés à la Manif Pour Tous. Au fond, c’est peut-être important qu’ils y restent, pour représenter leurs opinions face à l’intolérance.

C’est un sujet complexe, mais je pense que ce qui motivait la fermeture d’esprit de ces jeunes… c’était un profond manque d’éducation, de rencontres, de diversité.

Ils vivaient dans un vase clos, avec une religion omniprésente et une homosexualité inexistante. Évidemment, dans mon entourage « IRL », personne n’était out : le tabou était trop pesant. Mon ami homo, je l’ai rencontré sur Internet.

D’un côté, s’ils avaient été confrontés à la normalité des personnes non-hétéro, peut-être auraient-ils été plus tolérants. De l’autre, je comprends totalement que les gays restent dans le placard ou quittent ce type d’environnement hostile…

Où en est ma foi ?

Sept ou huit ans plus tard, je ne sais plus trop si je suis croyante ou non.

Quand la religion était infusée dans ma vie, je réfléchissais tout le temps à ma foi. On débattait de la science VS la Bible, on avait des temps de prière, les messes… autant d’occasions de se poser et de cogiter.

Je crois que j’ai besoin de refaire le point sur ma foi. Je me tâte à retourner à Taizé, pour retrouver ces jeunes de tous horizons ayant une soif d’échange, de partage, ayant besoin d’étancher leur curiosité.

Ça me permettrait de me poser, et de réfléchir à ce en quoi je crois.

Même si j’ai quelques certitudes : l’amour est essentiel, l’intolérance tue, et je préfère vivre dans un monde où j’ai perdu les gens de l’aumônerie, mais où mon ami a les mêmes droits que moi.

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Commentaires
  • Kaus Australis
    Kaus Australis, Le 24 avril 2018 à 23h34

    Adybou
    Ce qui est un peu chiant avec les enfers c'est que y a à la fois les homophoes, la dame "c'est contre-naturhan" et en même temps y a la mifa :lunette: alors j'comprends Satan il a voulu faire de sa casa un espace chaleureux, cosy etc mais du coup il a expédié la liste des invités c'est un peu dommage :lunette:

    Du coup c'est pour ça que je commets des tas de pêchés parce que comme ça, parce que du coup ptet que si t'es bi et que tu fais des choses bien, la charité, le don de soi toussa bah ptet on va voir plus que ta sexualité et du coup tu finiras au-dessus des nuages :lunette:
    Ouais mais pour quoi faire? Déjà j'ai le vertige et pour avoir skié près du Mont Blanc on se les pèle sévère en haut; qu'on ne me dise pas que la douleur et la peine n'existent pas au Paradis car sans elles le concept de soulagement est improbable; or rien que pour la sensation de mettre des mains pleines d'engelures sous un filet d'eau chaude, de manger un plat bien fat après une fin de mois impossible ou de s'étaler dans un pieu après une journée fatigante, je veux continuer de souffrir du froid de la faim de la fatigue oui :drama:

    Puis bon les 3/4 des gens que j'aime sont des enflures par intermittence et ne finiraient pas tous au Paradis, donc être dispatchés pour l'Éternité... je préfèrerai, je sais pas, que ça n'existe pas tout simplement? On peut croire en une entité divine sans pour autant imaginer une vie après la mort?

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