Cat Marnell, journaliste beauté et toxicomane

 Jack Parker vous explique le "phénomène Cat Marnell", cette journaliste beauté américaine qui ne parle pas que de cosmétiques, mais aussi de son addiction à diverses drogues.

Cat Marnell, journaliste beauté et toxicomane

Cat Marnell est une journaliste beauté qui a beaucoup fait parler d’elle sur les Internets ces derniers mois. En effet, en plus d’avoir un caractère bien à elle et une façon d’aborder ses sujets toute particulière, Cat est toxicomane depuis l’âge de 15 ans. Le fait qu’elle en parle excessivement et sans pudeur dans ses articles a fait d’elle une véritable attraction – qu’on l’adore ou qu’on la déteste, Cat a l’art d’attirer les gens dans sa toile.

1. xoJane, la genèse

Tout a commencé au lancement du magazine en ligne xoJane, créé par Jane Pratt – connue pour avoir lancé Sassy et Jane, deux magazines féminins print qui ont fait d’elle la légende qu’elle est aujourd’hui. Pour les fans de Daria, la rédactrice en chef du magazine fictif Val qui vient se faire passer pour une étudiante au lycée de Lawndale dans l’épisode The Lost Girls est une grosse caricature de Jane Pratt. Elle passe son temps à parler de ses potes super célèbres, notamment Courtney Love avec qui elle passe la moitié de son temps, quand elle n’est pas en vacances avec Courteney Cox ou en train de coucher avec Drew Barrymore.

C’est une grande professionnelle du name-dropping, un peu perchée, probablement hyper-sensible, qui aime beaucoup parler d’elle, partage tout, y compris ses mails et ses textos. Et tout ça, elle l’a injecté dans xoJane, qui ne porte pas son nom pour rien. Les rédactrices du site parlent toutes en détails de leur vie privée, de leur intimité, de leur corps et de ce qu’elles ont bouffé à midi – ça fait partie de la ligne éditoriale, c’est la marque de fabrique du magazine, au nom de la transparence.

Évidemment, la rubrique beauté ne pouvait pas échapper à la règle. C’est alors qu’on a vu débarquer Cat Marnell, journaliste beauté qui avait déjà bossé pour un tas de publications (dont Lucky et Teen Vogue, par exemple). À quoi pouvait bien ressembler une rubrique beauté dans un magazine qui mise tout sur l’honnêteté et la folie de ses rédactrices ?

(Tout ce que cette photo m’inspire, c’est « Oh putain, elle aussi elle a un oeil plus ouvert que l’autre !« )

2. Cat Marnell, addiction et transparence

Il n’a pas fallu très longtemps à Cat pour se faire une petite notoriété sur le site et sur le reste d’Internet. En effet, en plus d’être 100% honnête dans ses revues de produits de beauté (comme notre chère Annelise, mais la comparaison s’arrête là), elle passait toujours les trois quarts de ses articles à parler d’elle, de sa vie, et… de sa consommation de drogues diverses, et donc de son addiction. Lire un article sur une crème de jour ou un rouge à lèvres et se retrouver à apprendre à quoi ressemble un trip sous Adderall, ça ne m’était encore jamais arrivé. On peut aujourd’hui trouver des articles longs comme l’autoroute du Soleil dans lesquels elle raconte tout en détails. Celui sur la mort de Whitney Houston est particulièrement éloquent – mais on peut également la voir en action, comme dans cette vidéo où elle sniffe des sels de bains, parce que pourquoi pas, après tout.

Pour résumer, Cat Marnell est accro aux médocs depuis que son père, psychiatre, l’a foutue sous Adderall pour soigner son « hyperactivité » à 15 ans avant de l’envoyer en internat.

Ma première réaction a été plutôt prévisible : j’étais révoltée, je la trouvais pathétique, et je ne comprenais pas qu’on la laisse étaler sa vie de junkie dans les pages d’un magazine féminin, sur un sujet qui n’avait rien à voir avec le schmilblick.

Je la trouvais ridicule, j’avais honte pour elle et je me prenais la tête dans les mains en soupirant « Pauvre fille…« . Mais je revenais tous les jours. Même quand elle s’est mise à parler de sa consommation excessive de la pilule du lendemain parce que, « Pfff, la contraception, non merci quoi« , j’ai continué à la lire. Chaque jour il me fallait ma dose, je passais sur xoJane tous les matins et quand il n’y avait pas d’article à lire je lisais tous ses tweets religieusement (bien qu’ils ne soient pas tous très faciles à déchiffrer).

Plus je la lisais, plus je m’attachais au personnage, plus je me retrouvais aussi dans ce besoin de se livrer corps et âme sans se soucier des conséquences, par pur plaisir de déballer ses tripes sur les genoux des gens, histoire de s’alléger un peu. Dans l’espoir aussi, peut-être, qu’on nous réponde « Ouaiiiis, moi aussiiii » ou « Hey, j’te comprends pas des masses, mais merci de nous avoir dit tout ça !« .

3. Fascination et obsession

On pourrait penser que le fait d’avoir côtoyé de très, très près d’ « anciens » toxicomanes (j’en connais un qui prend encore de la méthadone tous les jours alors qu’il a arrêté de prendre de l’héroïne depuis près de 30 ans) m’en aurait dégoûtée. C’était sans compter sur Cat.

Il m’a fallu du temps pour comprendre que ce que je ressentais était en réalité une forme d’admiration, et non le dégoût qu’on attend de la plupart des gens « sains de corps et d’esprit ». Cette admiration ne porte absolument pas sur son addiction, mais sur sa façon d’écrire, de se livrer, de se mettre en scène et de se raconter. Ce narcissisme pur et assumé, ce refus obstiné de se soumettre aux règles, de corriger ses propos et son attitude, cette honnêteté limpide et brutale, c’est un tout qui m’hypnotise et me hante encore aujourd’hui.

Cat Marnell n’a rien d’un modèle. Elle est tout ce qu’il ne faut pas être. Elle se complaît publiquement dans sa misère, dans sa dépendance, et paradoxalement, c’est ce qui la rend plus libre. Elle est enchaînée depuis 15 ans, prisonnière de son addiction, mais c’est bien la seule relation longue durée qu’elle ait jamais réussi à entretenir.

Incapable de garder un job, de respecter ses deadlines, de s’engager dans une relation amoureuse ou d’arriver à l’heure à n’importe quel rendez-vous, Cat est un blizzard qui fout tout en l’air sur son passage. Mais que voulez-vous reprocher à une femme qui a déjà tout dégueulé sur des kilomètres de pages virtuelles ? Tout ce qu’on aimerait lui claquer à la gueule, elle l’a déjà admis. Elle connaît ses faiblesses, ses tares, toutes les petites choses qui font que les gens la détestent, tout ce qui fait qu’on l’adore. Elle se sait terriblement imbue de sa personne, froide, superficielle, camée jusqu’aux os, peu fiable, pourrie gâtée, fille à problèmes. Elle a déjà tout dit et répété des centaines de fois, sans l’ombre d’un regret.

4. Une fascination partagée

Il y a quelques mois, j’ai commencé à comprendre que j’étais loin d’être la seule à entretenir ce genre de relation avec le personnage de Cat Marnell. Tout s’est emballé quand l’annonce de son départ provisoire de xoJane est tombée. Convoquée par le service des ressources humaines, elle a été sommée d’aller faire un tour en désintox sous peine de jarter du site illico. Les choses avaient empiré, elle devenait exécrable, imbuvable, faisait n’importe quoi au taff et se comportait comme une vraie garce avec ses collègues (et évidemment, elle a tout raconté dans un article sur le site).

La nouvelle a été vue par beaucoup de médias comme un prétexte pour aborder enfin le sujet Cat Marnell – et tout est parti d’un portrait dans le New York Mag qui nous offrait plus de détails sur l’affaire. Jezebel, que je lis religieusement trois fois par jour, s’y est mis aussi, Vice également, et bientôt c’est devenu impossible de faire le tour de mes médias préférés sans tomber sur un article parlant de la célèbre « journaliste beauté toxico complètement bousillée et fascinante ».

Je ne lisais plus seulement ses articles et ceux qui parlaient d’elle, mais les commentaires des lecteurs aussi. Il m’en fallait encore, encore plus, je voulais savoir ce que tout le monde en disait, ce que les gens en pensaient, et pourquoi, et ce qu’elle en disait, elle. Je ne pouvais plus passer une journée sans avoir ma petite dose de Cat.

5. Le départ

Et comme pour nous punir d’être tombés dans le vortex Cat, la nouvelle est tombée. Après plusieurs jours sans nouvel article, je commençais à me sentir mal, seule, abandonnée, quand j’ai vu l’article de Jane Pratt – Cat’s Gone. Cat a démissionné. Elle n’a jamais terminé sa cure de désintox – c’est à se demander aujourd’hui si elle a vraiment essayé un jour. Elle a refusé de se forcer, s’est rendue compte que cette vie ne lui convenait pas, qu’elle en avait sa claque des deadlines. Après avoir passé une semaine coupée du monde, enfermée chez elle sans connexion Internet, en ayant laissé son portable au bureau, elle a hiberné sans se soucier des conséquences. Parce qu’elle s’est rendue compte qu’elle n’en avait rien à battre de perdre son taff. Elle n’en voulait plus.

L’annonce de son départ a généré pas mal de réactions intéressantes. Des groupies qui se sont jetées sur leur clavier pour lui crier leur amour et leur admiration, leurs encouragements même, aux haters satisfaits, en passant par ceux qui lançaient les paris sur la date de sa mort, qui ne devrait plus tarder selon eux. Ça s’est bousculé dans tous les sens. Cat était la star de xoJane, alors beaucoup se demandent ce que deviendra le magazine sans son attraction la plus populaire.

De son côté, Cat ne se fait aucun souci. Elle préfère passer ses nuits à fumer du PCP sur le toit de son immeuble, et de toute façon, elle se prépare à écrire un bouquin – ses mémoires – et a déjà reçu pas mal de propositions de taff, alors pas d’inquiétude. Tout ce qui me rassure dans cette histoire, c’est qu’on a pas fini d’entendre parler d’elle, et moi, ça me va très bien comme ça. Même si certains considèrent qu’en lisant ce qu’elle écrit à propos de son addiction, on l’encourage à continuer dans cette voie, je pense que même si elle vivait dans l’anonymat le plus profond, ça n’y changerait rien.

Il y a évidemment une part de voyeurisme dans cette fascination, puisque Cat est une fenêtre ouverte sur une vie que beaucoup d’entre nous ne mèneront jamais. Les gens qui vivent dans les extrêmes suscitent souvent un intérêt particulier pour ceux qui évoluent plutôt dans les normes. Cat est cette part d’ombre personnelle que je ne laisserai jamais s’exprimer, et j’admire sa façon de mener sa barque, même si je ne ferai jamais l’apologie d’un tel mode de vie – pour des raisons évidentes. Mais j’ai toujours aimé lire les freaks de ce monde, quel que soit l’univers dans lequel ils évoluent. Ils me permettent de garder un lien avec toute cette extravagance, ce goût de l’extrême, cette vie de funambule dont j’ai toujours voulu me tenir éloignée.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lyncis
    Lyncis, Le 26 juin 2012 à 14h04

    Madeleineandtea;3301085
    C'est toi qui voit en elle un stéréotype parce qu'elle est blonde et qu'elle est journaliste beauté, et je trouve cette critique facile.
    Je pense pas que cette fille fasse l'éloge de la drogue ; elle se met en scène et gagne du fric à travers ça, et c'est ça qui est à mettre en cause.
    Mais à mon avis on peut y voir autant une mise en garde contre les effets de la drogue, que quelque chose qui peut attirer.
    Ecoute, ce n'est pas MOI qui voit quoique ce soit, c'est elle qui fait tout pour être perçue ainsi, comme une bombe blonde pas si lisse que ça, genre "je suis bonne mais trash". Son look, sa façon de parler, son côté "je prends soin de moi tout en disant des insanités", tout ça est surjoué, délibéré... Et je n'adhère pas à ce personnage, point.

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