Alfred et Emily (Doris Lessing)

Doris Lessing, prix Nobel de littérature 2007, est visiblement très marquée par son enfance, et pas seulement par l’Afrique qui l’a vue grandir : ses parents ont aussi joué un très grand rôle dans la construction de ce qu’elle est aujourd’hui. Alfred et Emily est donc un livre dans lequel elle nous raconte ses parents […]

Alfred et Emily (Doris Lessing)

Doris Lessing, prix Nobel de littérature 2007, est visiblement très marquée par son enfance, et pas seulement par l’Afrique qui l’a vue grandir : ses parents ont aussi joué un très grand rôle dans la construction de ce qu’elle est aujourd’hui. Alfred et Emily est donc un livre dans lequel elle nous raconte ses parents : tout d’abord ses parents tels qu’ils auraient pu l’être, ensuite ses parents tels qu’ils l’ont été. C’est, plus généralement, un livre sur la jeunesse et la construction de soi.

Première partie : la Grande Guerre n’a jamais eu lieu.

Son père est toujours valide. Sa mère n’a jamais soigné des blessés traumatisés par cette guerre. Tous deux se connaissent, mais… ce ne sont pas les parents de Doris Lessing puisqu’ils ne sont pas en couple. Leur vie n’est pas forcément idyllique ; mais elle ressemble à ce que Doris Lessing devine dans la vie, bien réelle, de ses parents : à leurs rêves. Alfred, brillant étudiant et excellent joueur de base-ball, se rebelle contre l’autorité parentale, qui échafaude de glorieuses carrières pour lui, et devient un fermier anglais ordinaire, vivant au rythme des saisons. Emily se rebelle elle aussi contre l’avis parental et devient infirmière. Après un riche mariage, elle mène une vie mondaine ; devenue veuve, elle se découvre un talent pour raconter des histoires aux enfants et fonde alors des écoles dans tout le pays pour faire partager à tous le plaisir de la lecture.

Deuxième partie : la Grande Guerre a bel et bien eu lieu.

Les parents de Doris Lessing se connaissent, sont mariés ; Alfred a une jambe de bois et revit chaque nuit les horreurs de la guerre. Emily est elle aussi traumatisée à la pensée de tous les soldats qu’elle a essayé de soigner quand elle était infirmière. La vie se déroule maintenant à la ferme… mais en Rhodésie. La vie mondaine dont rêvait sa mère est résumée dans un coffre où les mites dévorent de belles robes de soirée ; la ferme dont Alfred avait tant envie est une misérable bicoque de fortune avec de maigres animaux et des ouvriers pauvres. Sa mère commande sans cesse des livres d’Angleterre et en prête volontiers, désireuse de faire connaître la littérature à tous.

C’est cet univers qui va construire Doris Lessing. Sa mère, qu’elle dit détester pourtant, lui transmet l’amour des livres. Elle découvre également la nature, nous décrit la nourriture saine qu’elle absorbe en Afrique, regrette ce qu’il en est aujourd’hui. Elle approche la pauvreté, le chagrin immense qui reposent sur les épaules des parents, la souffrance qu’ils endurent : son père pense que seuls la vue du ciel et des papillons mérite le mal qu’il se donne pour faire vivre cette ferme ; sa mère s’occupe de ses enfants avec zèle, les étouffant dans sa solitude.

C’est tout cela qui va également faire de Doris Lessing la féministe qu’elle est aujourd’hui. Jeune femme curieuse et indépendante, elle se réunit avec ses amies dont les mères sont toutes étouffantes et envahissantes, pour arriver à la conclusion suivante : ces mères sont étouffantes parce que ce ne sont que des mères. Elles n’ont aucun autre rôle que celui de mère, aucun travail rémunéré, aucune activité ; leur vie, c’est leurs enfants. De là elle tire tout le féminisme qui l’anime : une femme doit travailler, une femme n’est pas une machine à reproduire, une femme n’est même pas obligée d’être une mère. Une femme est un individu comme un autre !

Mon avis

Alfred et Emily est un livre qui m’a beaucoup touchée par la tendresse un peu bourrue avec laquelle Doris Lessing dépeint ses parents, en faisant une fiction dans un premier temps, puis en passant à l’autobiographique. J’ai aussi aimé la diversité de son propos : évoquant ses parents et la vie passée, elle est capable de parler des conditions de vie des femmes, des dangers de l’agriculture transgénique, de l’alimentation trop lourde d’aujourd’hui, de la pauvreté et de l’injustice qui règnent toujours … Ses parents semblent lui ouvrir la porte à tous les thèmes et c’est vraiment un plaisir de lire quelque chose d’aussi diversifié que ce livre !

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