Comment j’ai appris à aimer mes cheveux bouclés

Lise a hérité des super cheveux bouclés de ses parents. Au lieu de se promener la tête haute, elle a préféré passer six ans à les lisser, les rendant peu à peu rêches et emmêlés. Aujourd'hui, elle a décidé de laisser vivre ses bouclettes en paix.

Comment j’ai appris à aimer mes cheveux bouclés

Pendant six ans, j’ai lissé mes cheveux bouclés. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, j’arrivais à les garder sans la moindre vague. Mais j’ai tout arrêté il y a un an, et je vous explique pourquoi ça a été hyper compliqué.

Quand j’étais enfant, j’avais une belle chevelure bien lisse. Avec l’âge, ils ont commencé à onduler… puis à boucler vraiment beaucoup. Je m’acharnais à les brosser, leur donnant alors trois fois plus de volume.

J’avais déjà un complexe capillaire, puisqu’ils sont roux. Quand on me parle de ma couleur de cheveux aujourd’hui, j’ai toujours des compliments (eh oui, déso pas déso). Mais au collège, on se permettait de m’insulter pour ça. On devait être trois rouquin•es dans mon bahut et clairement, on s’en prenait plein la tronche.

Le début des complexes

Mon complexe était double : mes cheveux étaient bouclés ET roux, autant dire que c’était pas évident. Pour vous donner une idée, l’un de mes surnoms était « Bozo le clown ». Merci, sympa.

Quand j’ai commencé à lisser mes cheveux, j’ai eu beaucoup de compliments. Du coup, j’ai décidé de me coiffer tout le temps comme ça.

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On parle beaucoup d’assumer ses cheveux frisés sur Internet. Mais ça concerne souvent des filles qui ne sont pas blanches, parce que la question n’est pas uniquement d’assumer son physique, mais aussi ses origines. À ce moment-là, la pression de la société est réelle et écrasante.

Les filles ont pratiquement toujours les cheveux lisses dans les films, alors j’ai un peu pensé que c’était la norme.

Dans des cas comme le mien, elle est plus discrète parce qu’on nous fait rarement des reproches, et les injonctions sont plutôt sous-entendues. Mon complexe venait surtout de tous ces films, ces séries, ces pubs que je me mettais dans la tête toute la journée. Les filles y ont pratiquement toujours les cheveux lisses. Alors j’ai un peu pensé que c’était la norme.

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Quand on cache ses cheveux bouclés, on déploie des techniques de ninja : j’avais toujours un parapluie ET un vêtement avec une capuche sur moi, j’avais investi dans des tas de produits capillaires lissants (avec plein de silicone dedans) et j’avais toujours un bandeau pour planquer tant bien que mal ma masse de cheveux quand j’allais à la plage ou à la piscine.

Je lissais ma tignasse deux fois par semaine avec des plaques en céramique. J’avais la chance d’avoir des cheveux qui tenaient très bien une fois lissés, du coup je n’avais pas à faire ça tous les jours… d’autant plus qu’ils sont tellement épais que ça me prenait une heure, quarante minutes avec de l’entraînement !

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Est-ce que c’était vraiment une bonne idée ?

Peu à peu, je me suis retrouvée avec une espèce de tas de paille sur la tête, emmêlé et plutôt moche. Mes cheveux étaient devenus ternes et tristes, et je me sentais très mal dans ma peau.

Au lieu de m’appeler par mon prénom, on disait « la rousse là ».

Il faut savoir que j’ai un rapport bizarre aux cheveux : ils sont extrêmement importants pour moi. Quand je flashe sur un garçon, c’est souvent parce qu’il a une belle tignasse. D’ailleurs, mon copain a les cheveux noirs les plus épais et brillants de la galaxie.

Je pense que c’était dû au fait qu’à mon arrivée au collège, on a défini mon identité par rapport à mes cheveux : au lieu de m’appeler par mon prénom, on disait « la rousse, là ». Forcément, ça marque.

Du coup, j’ai complètement déprimé quand je me suis retrouvée avec une espèce de chevelure moche. En plus, c’était de ma faute ! J’ai essayé à plusieurs reprises de sortir dans la rue sans avoir lissé mes cheveux. Systématiquement, je pensais que les gens me regardaient fixement en me jugeant.

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Au cours de cette année où j’ai compris que j’allais devoir renoncer au lissage un jour ou l’autre, je devais faire un stage à l’étranger. Un peu au hasard, je me suis retrouvée au Cambodge puis en Thaïlande, des pays où il fait très chaud mais aussi très humide.

Avec la moiteur de l’air plus la transpiration, mon lissage tenait environ quinze minutes. Dans un premier temps, j’ai continué mon petit rituel par manque de confiance en moi. Et un jour, j’ai dû me rendre à l’évidence : ça ne servait à rien, alors autant l’accepter.

Les cheveux frisés, en fait, c’est cool

Dès lors, j’ai commencé à assumer ce que je considérais jusqu’alors comme un défaut. Personne ne me parlait comme si j’étais une pestiférée, les gens ne m’observaient pas d’un air horrifié dans la rue… et j’ai compris que j’avais été un peu bête.

Au fil des mois, j’ai appris à m’occuper comme il se doit d’une chevelure bouclée. J’ai lancé un SOS sur le topic des cheveux frisés du forum de madmoiZelle, et j’ai acquis certains réflexes : arrêter de les brosser, me faire une tresse le soir avant d’aller me coucher, les rincer à l’eau froide… des gestes qui ne sont pas obligatoires mais assez salvateurs.

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Sauf qu’une question s’est posée à la fin de mon séjour en Asie : est-ce que j’assumerais aussi facilement ce changement en France ? J’ai beaucoup hésité mais j’ai décidé de ne pas retoucher à mes cheveux. Me rendre en cours m’a fait super peur au début, aller en stage aussi… mais personne ne m’a fait la moindre remarque.

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Moi quand je vais acheter du PQ

Aujourd’hui, j’assume pleinement ma crinière. J’ai réessayé de me la lisser, mais le petit bruit de brûlure dès la première mèche m’a fait tout de suite renoncer. Maintenant, je n’ai pas peur qu’on se moque de moi et je marche dans la rue fièrement.

Et ça a l’air tout con mais croyez-moi, il a fallu du temps !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lafeemandarine
    Lafeemandarine, Le 10 juin 2016 à 9h04

    ça me rappelle le roman "Jane Eyre".

    Spoiler: élément de l'intrigue

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