L’ABCD de l’Égalité entre à l’école

L'ABCD de l’Égalité doit permettre de transmettre la culture de l’égalité hommes-femmes dans les écoles primaires. Une expérimentation est lancée dans 600 classes dès cette année.

L’ABCD de l’Égalité entre à l’école

Ils vous avaient prévenus. Ils l’ont tant redouté. Les détracteurs de la « théorie du genre » (qui n’en est pas une) n’ont pourtant pas relâché leur mobilisation. La Manif Pour Tous avait même organisé une université d’été, décidée à lutter contre « l’arrivée de la théorie du genre à l’école ».

On sait désormais la forme que va prendre l’éducation à l’Égalité à l’école primaire, grâce au site l’ABCD de l’Égalité :

L’ ABCD de l’Égalité va être expérimenté dans dix académies volontaires.

L’éthique journalistique me force à vous avouer qu’il s’agit d’une « expérimentation législative », un dispositif permettant de tester localement une mesure avant d’en faire une loi. Aucun être humain ni aucun animal ne devrait être physiquement blessé ou traumatisé lors de ce type d’expérience.

Rien à voir donc avec l’expérimentation animale ni avec l’expérimentation des douleurs de l’accouchement par des hommes.

Des outils « pour agir sur les idées reçues et les pratiques »

Le site de l’ABCD de l’Égalité met à disposition des enseignant·e·s plusieurs outils, répartis en deux catégories :

  • Outils de formation pour les enseignants
  • Outils pédagogiques à utiliser avec les enfants

Les outils de formation, à l’attention des professeurs, sont composés essentiellement de conférences vidéos. Elles sont en accès libre pour permettre à chacun de profiter de ces ressources. Exemple avec Former les enseignants à combattre les stéréotypes sexistes : un travail délicat, conférence de Geneviève Guilpain, professeure de philosophie, formatrice à l’IUFM-UPEC de Créteil.

On y apprend notamment que s’il est admis que les stéréotypes liés à la race, à la nationalité, à la religion ne sont pas acceptables, il n’en va pas de même pour les stéréotypes liés au sexe ou au genre. Ces derniers sont profondément ancrés dans l’imaginaire collectifs, et par conséquent, plus difficiles à combattre. Exemple :

« Les Italiens sont fainéants, alors que les Allemands sont très rigoureux. »

Euh, non mon ami·e. Il y a des Italiens rigoureux, d’autres fainéants, et c’est la même chose pour les Allemands. Ce genre d’affirmation est facile à démonter.

« Les filles sont plus douces, elles ont une capacité d’écoute et d’attention supérieure aux garçons. »

Alors non. Même si concrètement, les petites filles ont tendance à être plus sages que les petits garçons, ça n’a rien à voir avec leur patrimoine génétique mais tout à voir avec leur éducation. C’est un stéréotype. Et c’est un stéréotype qui peut influencer négativement les chances des petites filles dans la vie, car elles vont oser moins que leurs camarades masculins.

Tout le monde n’est pas obligé d’oser, de prendre des risques. On peut aussi aimer — et vouloir ! — « rester sage ». L’éducation à l’égalité ne cherche pas à imposer une ambition unique à tous, filles et garçons confondu-e-s. Son but est de donner à chacun les mêmes chances, les mêmes possibilités, que personne ne se laisser arrêter à cause de ces stéréotypes.

Un peu comme si je m’étais dit « de toute façon, je ne trouverai jamais un travail épanouissant, je suis d’origine italienne, donc je suis intrinsèquement fainéante, c’est dans mes gènes »…

(Si seulement la génétique pouvait excuser ma paresse… Mais non.)

« Ce qui relève du sexe est social, est politique »

Notre conception du sexe interfère avec des codes, avec des normes. Le but de l’ABCD est d’amener les enfants à comprendre ces codes, pour ne pas les subir et ne pas se laisser arrêter par eux.

Le but n’est pas de nier le genre (et encore moins de nier le sexe) mais de le prendre en compte dans la construction individuelle. Parce que le genre fait partie de notre identité, mais que la construction de cette identité est loin d’être une évidence, comme en témoignait récemment LadyDandy : Mon genre et moi, une histoire pas si simple.

Des outils pédagogiques mis à disposition des enseignants

L’éducation à l’égalité n’est pas conçue comme un sermon laïque qui trouverait sa place entre une heure de maths et une heure de français. Il s’agit de déconstruire les stéréotypes de genre à travers toutes les matières.

Dans l’onglet Outils pédagogiques, les enseignant·e·s pourront trouver des supports à la discussion autour des thèmes fille-garçon.

On propose par exemple de montrer des peintures de Renoir aux enfants, et de les laisser s’exprimer librement. Extrait du matériel pédagogique proposé :

Exemple de réactions d’élèves de 6 ans [face au fait que les enfants étaient tous habillés en robe, petits] :

« Mais comment ils savaient qu’ils étaient des garçons ou des filles ? » ou « Tout le monde devait se moquer d’eux qui s’habillaient comme des filles ! »

Expliquer qu’à cette époque (deuxième moitié du XIXe siècle), on habillait les petits enfants, jusqu’à six ou sept ans, avec les mêmes vêtements. Les garçons et les filles portaient des robes avec les mêmes couleurs et les mêmes formes.

À partir de six ou sept ans, les petits garçons portaient des culottes courtes. Ils devaient commencer à « sortir des jupes de leur mère » pour « porter la culotte » et passer dans le monde des hommes.

Les filles, elles, restaient en robe, ce qui les maintenait symboliquement à leur état premier.

On commençait alors à distinguer les garçons et les filles en différenciant leurs tenues vestimentaires et en les éduquant différemment. »

Il s’agit donc d’amener les enfants à comprendre par eux-mêmes la construction des différences entre filles et garçons. Et à partir de là, les amener à s’affranchir des codes qui viendraient autrement brider leurs ambitions, les cantonnant à leurs rôles genrés soigneusement définis.

Quand je lis des tweets en réaction à l’ABCD de l’Égalité

Les modules de formation seront expérimenté dans 600 classes, de la maternelle grande section au CM2. Les académies concernées sont les suivantes :

  • Bordeaux
  • Clermont-Ferrand
  • Créteil
  • La Corse
  • La Guadeloupe
  • Lyon
  • Montpellier
  • Nancy-Metz
  • Rouen
  • Toulouse

Y-a-t-il des enseignantes dans la salle ? Avez-vous eu connaissance de l’ABCD de l’Égalité ? Ta classe est-elle concernée par cette expérimentation ? Le matériel de formation ainsi que les outils pédagogiques te semblent-ils adaptés ?

Pour aller plus loin :

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 30 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Red_lady
    Red_lady, Le 30 juin 2014 à 17h17

    hole;4403446
    Ca y est @binjoo @Van Kasteel @Marie.Charlotte j'ai retrouve le truc (vous m'obligez a remuer la pire merde d'internet).

    - Harald Eia : « Donc selon vous il n’y a pas d’études démontrant des différences du cerveau pour comprendre pourquoi tant d’hommes deviennent si souvent ingénieurs ? »

    - Catherine Egeland : « Non, je ne pense pas. »

    - Harald Eia : « Quelles sont vos bases scientifiques pour dire que la biologie ne joue aucun rôle dans les choix professionnels des deux genres ? »

    - Catherine Egeland : « J’ai ce que vous appelleriez des bases théoriques. Il n’y a pas de place pour la biologie là dedans pour moi. Je pense que les sciences sociales doivent ‘challenger’ l’idée selon laquelle tout cela est basé sur des différences biologiques. » 

    Moi j'appelle cela de l'ideologie. Je ne me prononce pas sur la pertinence des etudes mentionnees (je pourrais mais c'est pas le probleme). De toute facon, je m'en tape : je suis ingenieure :cretin:
    Je pense qu'il y a effectivement des différences biologiques entre les deux sexes (taille différente du cerveau et façon différente de l'utiliser (sisi on en a parlé en biologie), différentes hormones dans le corps, différents aspects physique, ...)

    Seulement, ces différences ne justifient pas l'entièreté de l'écart présent entre les femmes et les hommes.

    D'autre part, pour les psychologues modernes, la personnalité, le développement d'un individu est le fruit de l'interaction entre son patrimoine génétique et son environnement.
    Pour ma part, je pense que l'environnement a un impact plus important mais bon, personne n'est d'accord sur les proportions des influences de l'un et de l'autre....

Lire l'intégralité des 30 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)