À genoux les gars, le film qui a des ovaires, du clit’, et ose rire des violeurs

À genoux les gars, c'est la bombe de Cannes 2018. Antoine Desrosières ose y parler de viol, de harcèlement et de chantage avec un ton plein d'esprit et une prose enlevée, à base de « suce ma bite ». Kalindi te parle d'un film choc, qui par le prisme de l'humour, éveille les consciences.

À genoux les gars, le film qui a des ovaires, du clit’, et ose rire des violeurs

À Cannes, la sélection Un Certain Regard est depuis toujours ma préférée.

En général composée de films audacieux, réalisés par des cinéastes voulant faire la différence, cette annexe du festival a su affirmer au fil des années son statut de compétition couillue.

Et cette année, les ovaires ont remplacé les couilles, justement…

À genoux les gars, l’OVNI sur le viol et le harcèlement

« Sucer des bites », « lécher des chattes », « sucer », « doigter », « branler »… Tels sont les mots qui sortent BEAUCOUP de la bouche des personnages d’À genoux les gars.

Ce film s’empare d’un sujet violent, et le détourne en comédie acerbe et INDISPENSABLE. 

J’ai découvert cette fiction d’Antoine Desrosières, il y a plusieurs semaines, et je suis restée coite.

Pendant 1h30, j’ai vu les journalistes parisiens (une espèce d’ordinaire assez peu encline à se gausser) se tordre de rire. Mais vraiment !

Moi-même, j’ai laissé échappé quelques haha très gras, les yeux écarquillés. Car ce que j’avais sous les yeux, c’était du jamais-vu.

Tu te demandes, en toute légitimité, ce qui a causé l’hilarité générale ? Eh bien… un drame. Celui d’une jeune femme prise dans le tourbillon du chantage et du harcèlement sexuel

Je te raconte avec un peu plus de précisions ?

Yasmina et Rim sont deux soeurs très complices. Elles dorment dans le même lit et se disent tout.

L’une sort avec un bellâtre pas franchement fute-fute. L’autre vit ses premiers émois avec une espèce de scélérat plus infect qu’un vil cafard, meilleur ami du bellâtre en question.

Au détour d’une soirée sans sa soeur (partie en vacances avec sa classe), Yasmina se laisse manipuler par son mec et le meilleur pote de celui-ci (le mec de sa soeur, donc) (tu suis ?)

Le but de ces deux derniers ? Contraindre la jeune femme à sucer le mec de sa soeur, dans un parking désert. Soit-disant que comme ça, il aurait les couilles vides, et n’irait pas tromper la jeune femme partie en villégiatures…

« Ça reste dans la famille, au moins. »

Ça te semble lunaire ? Pourtant, ce film est librement inspiré d’un témoignage. Le réel intègre donc la fiction, et ça fait froid dans le dos.

Et le cauchemar ne s’arrête pas au viol.

Le mec de Yasmina la filme en pleine action sans qu’elle s’en aperçoive, puis décide de lui faire du chantage.

Elle ne doit rien dire à sa soeur, et le sucer aussi souvent qu’il en a envie, si elle ne veut pas que cette vidéo se retrouve partout sur Internet.

LA GRANDE CLASSE. Ce qu’il fait a un nom : c’est du revenge porn, et c’est puni par la loi.

Mais Yasmina est une jeune femme courageuse, forte, déterminée et honnête. Alors les choses ne se passeront pas comme prévu pour les deux harceleurs / agresseurs / violeurs

À genoux les gars donne un coup de pied dans les couilles du machisme

Ça aurait pu être un flop. Ça aurait pu être un ramassis de clichés sur la banlieue. Ça aurait pu être tire-larmes. Mais À genoux les gars n’est rien de tout ça. 

Avec intelligence, et surtout avec un casting FABULEUX, Antoine Desrosières s’empare d’un phénomène de société et à l’aide d’une prose peu utilisée au cinéma, l’éviscère et se roule dans ses boyaux.

Au festin des machistes, tous les plats seront empoisonnés.

Bluffant, À genoux les gars l’est d’autant plus qu’il est le fruit d’un travail d’équipe complètement fou. En effet, Souad Arsane et Inas Chanti (les deux actrices principales) ont participé à l’élaboration du scénario.

Elles l’ont fait évoluer, et lui ont même trouvé un dénouement.

Parfaites dans des rôles de meufs courageuses, elles ont enchanté la petite salle de cinéma de la rue Marbeuf à Paris, et créent actuellement le débat dans la ville de Cannes, où le film a déjà été projeté.

C’est bien normal, car toute œuvre forte est forcément clivante. C’est l’apanage d’un cinéma qui ose taper là où ça fait mal.

Antoine Desrosières n’a signé que 3 films en 20 ans, mais quels films ! À genoux les gars naît après Haramiste, une fiction sur des jeunes femmes de cité, qui défonçaient les clichés à coups de punchlines.

Le voile, les mecs, la religion… tout y passait.

Avec humour et franc-parler, le cinéaste donne des gros coups de Doc Martens dans les préjugés et le machisme. C’est sa marque de fabrique. Avec ce dernier film, il se hisse très haut, et s’inscrit dans l’actualité.

À genoux les gars a en effet une résonance tout particulière dans le monde d’aujourd’hui. Un monde en mouvance, qui tend à lever le voile sur toutes les ignominies faites aux femmes.

Allez voir À genoux les gars le 20 juin 2018 au cinéma, c’est important. Et très drôle.

À lire aussi : Fatma Racha Shehadeh, réalisatrice libanaise de 23 ans (et déjà deux fois à Cannes)

💣 FAVORIS DE L'ANNÉE 2018 EN BOMBE 💥

Commentaires
  • Skippy01
    Skippy01, Le 29 novembre 2018 à 11h35

    @Clemence Bodoc Je me pose une question: est-ce que tu as vu du second degré dans ce film ? Ça expliquerait pourquoi ta perception du film est aux antipodes de celle des autres madz. Je ne l'ai pas vu (et au vu des critiques, j'hésite à le faire), mais peut-être que tu y as vu un marqueur d'ironie, soit qui a échappé à beaucoup de gens (pas suffisamment clair ? trop mal amené ?), soit qui est totalement absent et est juste issu de ton interprétation erronée du film. Dis-moi si je me trompe.

    J'émets cette hypothèse car la perception du degré d'une œuvre est souvent biaisée, et que les «vrais-faux second degrés» pullulent, soit par maladresse de leur auteur, soit pour des raisons beaucoup moins excusables.

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