À ma petite sœur, que j’ai quittée pour partir faire mes études

Cette madmoiZelle a quitté la maison familiale, et sa petite sœur, pour partir faire ses études. Elle a donc écrit cette jolie lettre.

À ma petite sœur, que j’ai quittée pour partir faire mes étudesIgnat Kushanrev / Unsplash

En partenariat avec les éditions Milan (notre Manifeste)

Un joli livre pour parler à sa petite sœur

madmoiZelle accompagne la sortie, ce 6 novembre 2019, du très joli Chère petite sœur aux éditions Milan !

Mi-écriture, mi-illustrations, cet ouvrage touchant est un récit épistolaire : 10 ans de lettres écrites par un grand frère à sa petite sœur, avant qu’il ne parte faire ses études.

Tu peux d’ores et déjà précommander Chère petite sœur sur Amazon, à la Fnac ou en librairie et le dévorer dès le 6 novembre… ou le glisser au pied du sapin, après l’avoir découvert en vidéo ci-dessus !

En attendant, une madmoiZelle a décidé de publier sur le magazine les mots qu’elle aimerait dire à sa petite sœur, qu’elle a laissée derrière elle pour partir faire ses études.

Chère petite soeur,

Voilà bientôt 3 mois que j’ai quitté la maison que nous partagions, pour aller dans une ville un peu plus grande, mais aussi un peu plus grise, faire mes études supérieures.

Toi, tu es restée. Tu as encore le lycée à finir, et quelques années à attendre avant de prendre à ton tour ton envol.

Tu me manques un peu chaque jour, même si je ne sais pas forcément comment te le dire. J’ai peur de t’étouffer, et puis peur d’avoir l’air bête, je crois.

Alors je me suis dit que j’allais t’écrire. Ça nous a toujours bien réussi de parler par clavier interposé.

Ma petite sœur que j’admire

Chère petite soeur, tu sais que je t’admire ? Je ne suis pas sûre de te l’avoir déjà dit.

Je t’ai vue garder la tête haute même quand tu traversais les douleurs du harcèlement scolaire.

Je t’ai vue défendre bec et ongles tes convictions féministes, même quand tes potes étaient adeptes du slut-shaming.

Je t’ai vue découvrir ta bisexualité, timidement, et j’ai été flattée que tu m’en fasses part, même si tu n’oses pas encore le dire à nos parents.

Je te trouve tellement en avance sur moi, petite soeur. Tellement plus affirmée, tellement plus libérée.

J’aime à penser que je t’ai défriché un peu la voie, que j’ai déblayé le passage pour que tu puisses avancer moins entravée.

Mais loin de moi l’idée de m’attribuer tout le mérite.

Je suis fière de toi, de la jeune femme que tu es et de la femme que tu deviens.

Je suis fière de me dire que même si on n’était pas soeurs, on serait sûrement copines.

Malgré mes goûts en matière de séries télé qui te font parfois lever les yeux au ciel !

Ma petite sœur qui m’inquiète parfois

Je suis fière de toi, et en même temps parfois je m’inquiète.

J’ai l’impression, certains jours, que tu veux grandir trop vite. Vivre trop fort, trop intensément.

Je ne vais pas faire la vieille ronchon et te reprocher tes soirées jusqu’au petit matin ou tes partenaires sexuels — je sais que tu fais attention, et que tu es bien entourée.

Mais je décèle dans tes mots, dans tes lectures, dans tes goûts et dans tes story Insta une forme de mélancolie qui est arrivée trop vite au fond de tes yeux verts.

Je sais que le monde ne t’a pas toujours bien traitée, et qu’il n’est pas toujours rose.

Je sais que l’avenir te fait peur et que tu as parfois envie de hurler à la face de la France qu’elle devrait se réveiller, qu’elle ne pige rien, qu’elle ne s’occupe pas des vrais problèmes.

Ces problèmes qui t’angoissent, qui font de ton avenir comme du mien un brouillard flou, aussi encrassé que les brumes des journées « alerte pollution » qu’on voit aux infos.

Je sais que ça te rend dingue que maman mange encore de la viande à tous les repas, que ça te fait vriller quand tu vois papa prendre sa voiture pour aller acheter du pain.

Je le comprends, et je comprends qu’il est dur d’accepter que le monde n’avance pas forcément aussi vite que toi. Mais tu vas le construire, cet avenir, petite sœur. Et je vais le faire avec toi.

Ma petite sœur qui ne s’aime pas assez

Et puis je sais aussi que tu es rongée par des problématiques plus « futiles ».

Par le ventre plat de ces filles que tu suis sur Insta, par les story cryptiques de ton ex qui parlent peut-être de toi ou peut-être pas, par tes huit mille tentatives pour réussir enfin ce trait d’eyeliner parfait qui t’obsède.

Tu es belle, petite soeur, mais je crois que certains jours tu l’oublies. Comme tu oublies que ce n’est pas si important, d’être belle, que tu es aussi intelligente, cultivée, drôle à crever, et que tu mets la misère à tout le monde sur Mario Kart.

Je te le dis ici, ça ne va pas gâcher le secret : je crois qu’à Noël, je vais te faire un bocal à mots doux, comme ça quand tu te coucheras fâchée, tu auras une réserve de gentillesse de ma part.

Ma petite sœur qui me manque

Ouais, c’est cheesy, mais bon, tu me connais. Toujours un peu trop émotive, un peu trop expansive.

Je te vois bien essayer d’esquiver mon deuxième câlin quand je pars prendre mon train. Eh bah tu sais quoi, je vais continuer à te le faire quand même !

Parce que tu me manques, petite soeur. Nos soirées séries sous la couette, nos errances au centre-ville, nos bagarres dans la piscine, elles me manquent.

Pour finir, tu veux savoir un secret ?

Je t’imagine parfois arriver au lycée le matin, avec cette manucure toujours impeccable qui est devenue ton signe distinctif, prête à affronter un nouveau jour et à bouffer le monde.

Et je me dis que si t’y arrives, du haut de tes seize piges, j’y arriverai aussi. Alors ça me donne de la force pour ma journée.

Je te vois dans deux semaines, petite soeur, pour le samedi raclette. J’ai hâte de te piquer ton poêlon de fromage et de te tirer la langue quand tu râles.

Peut-être même que je te ferai lire cet article. Tant pis si ça te gâche ton cadeau de Noël.

Tu pourras le relire quand ça va un peu moins bien… et je puis te glisserai cette fichue palette Too Faced dont tu rêves sous le sapin !

Pour prolonger cet article, précommande Chère petite sœur, qui sort le 6 novembre 2019, sur Amazon, à la Fnac ou en librairie !

À lire aussi : Lettre d’amour à ma grande sœur, pour tout ce qu’elle m’a apporté

Une madmoiZelle

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Commentaires

Libellule dansante

J'ai eu les larmes aux yeux à la lecture de cet article... J'aurais pu écrire certaines phrases.
Ça fait plus d'un an que je suis partie à plus de 500km de mes soeurs. Pour compenser la distance, je m'efforce de ne pas me censurer quand j'ai envie de leur dire que je les admire, que j'ai envie de les voir...
Mon frère et mes soeurs comptent tellement pour moi, j'ai l'impression que c'est un amour qui n'est pas toujours compris par mes proches. C'est une relation à nulle autre pareille, on est souvent assez reservés sur nos vies personnelles et notamment sentimentales, mais ça ne nous empêche pas de nous aimer très fort.
 

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