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Quatre situations dans lesquelles je ne m’excuserai plus (parce que ça va 5 minutes)

« Désolée. » Un si petit mot, si lourd de sens pourtant. Les femmes sont éduquées à s’excuser, mais s’il est bon de savoir faire amende honorable, il s’agirait de ne pas se laisser marcher sur les pieds — en souriant bien sûr, « c’est plus féminin » !

En partenariat avec Netflix (notre Manifeste)

« Pas déso » pourrait être le sous-titre de Sky Rojo, la nouvelle série électrique de Netflix (disponible depuis le 19 mars) qui met en scène des femmes résolues à échapper à leur mac, et à la violence des hommes : elles ne sont pas du genre à s’excuser d’exister. Alors en attendant de découvrir leurs aventures, on a décidé de vous motiver, vous aussi, à arrêter de balbutier « Désolée » quand vous n’avez rien à vous reprocher !

Les femmes s’excusent plus souvent que les hommes

« Si vous avez l’impression d’entendre les femmes s’excuser plus souvent que les hommes, eh bien vous avez raison. »

Cette phrase, on ne la doit pas à un manifeste féministe mais au site Christian Science Monitor, qui relaie une étude portant sur la propension des gens à reconnaître lorsqu’ils font du tort à autrui puis à s’excuser en conséquence. Et en effet, les femmes font plus souvent acte de contrition que les hommes…

Non pas que tous les mâles soient des goujats incapables de reconnaître leurs erreurs ! Ils s’excusent aussi lorsqu’ils reconnaissent avoir commis une faute, c’est juste qu’ils identifient moins souvent, comme l’explique Karina Schuman, l’une des chercheuses à l’origine de l’étude :

« Ce n’est pas comme si les hommes refusaient activement de s’excuser parce que ça leur donnerait l’air faible ou parce qu’ils ne veulent pas prendre leurs responsabilités. Les résultats suggèrent qu’ils s’excusent tout autant que les femmes lorsqu’ils ont l’impression d’avoir fait quelque chose de mal. C’est juste qu’ils ont moins souvent l’impression de faire quelque chose de mal. »

Ouf, tout n’est pas perdu en termes de politesse. Penchons-nous cependant sur cette « impression d’avoir fait quelque chose de mal » qui semble plus fréquente chez les femmes : elle pose la question de la légitimité.

Entre plafond de verre, syndrome de l’imposteur, timidité, croyances limitantes et ce bon vieux sexisme, on finit par s’excuser de s’être fait marcher sur les pieds. Commencer une phrase par « Désolée » peut vite devenir une seconde nature, et la première étape pour sortir de ce mauvais réflexe c’est de le regarder en face !

Voici donc quelques situations dans lesquelles j’ai décidé, moi, jeune femme féministe comme vous, de ne plus m’excuser. En espérant pouvoir vous inspirer !

Je ne m’excuserai plus de demander de la thune

Dans le cadre de mon activité professionnelle, je suis payée pour divers types de prestations. Il est toujours compliqué de fixer un prix à ses propres compétences : on ne veut pas se brader en visant trop bas, ni perdre toute crédibilité en demandant trop d’argent… Sans compter que le budget disponible peut vite varier, selon si l’on bosse avec un grand groupe plein aux as ou une association locale aux coffres bien légers.

Négocier sa valeur, c’est une danse qui se fait à deux. Il faut savoir viser la lune pour atterrir dans les étoiles : j’ai l’habitude de demander plus que ce que je veux, afin de donner l’impression au client qu’il « gagne » quand il retombe en réalité sur le tarif que j’avais fixé dans ma tête. De son côté, le client me fait une première offre forcément plus basse que ce qu’il peut se permettre, sans quoi il n’y aurait pas de négo possible ; à moi de le prendre en compte, avec professionnalisme et sympathie bien sûr !

Dans ce contexte, malheureusement, la propension des femmes à se « sur-excuser » peut plomber leur argumentaire. Je me suis vite rendue compte que mes négociations ressemblaient un peu trop souvent à ça :

« Bonjour, vraiment désolée mais ce tarif me semble un peu bas… Serait-il possible de le revoir à la hausse ? »

Je n’ai pas fait d’école de commerce, mais j’ai vu assez de films avec des traders cocaïnés pour savoir que ce n’est pas comme ça qu’on double son salaire (car le cinéma, c’est la vraie vie, vous ne le saviez pas ?). Ce n’est pas en s’excusant, en s’écrasant, en suggérant soi-même qu’on devrait être « désolée » d’être mieux payée qu’on convaincra autrui de notre propre valeur ! Au contraire, on lui met dans la tête qu’on n’est pas légitime à demander plus d’argent.

Ainsi, je formule plutôt mes messages ainsi :

« Bonjour ! Le montant annoncé ne me convient pas : pour ce type de prestation, mon tarif-plancher est de XXX€. Est-ce envisageable pour vous de travailler sur cette base ? »

Rien ne m’empêche de faire preuve de souplesse par la suite, mais avec cette formulation :

  • Je ne m’excuse pas de demander ce à quoi j’ai droit
  • Je pose une base saine : je ne descendrai pas en-dessous de ce tarif, c’est ce montant que je vaux
  • J’informe le client que j’ai une connaissance de ma valeur et de l’expérience dans le domaine

Est-ce que c’est parfois une grosse arnaque ? Est-ce que je bricole un tarif-plancher pour une prestation que je n’ai jamais effectuée auparavant, en me basant sur quelques avis de professionnels et mes expériences précédentes ? Bien sûr. Vous savez, les mecs le font aussi ! Et la bonne nouvelle, c’est qu’à la fin, je suis effectivement compétente pour cette tâche, sinon je n’aurais pas accepté la mission.

Je parle ici de négocier un salaire, mais ça fonctionne en réalité pour l’ensemble du contexte professionnel : relisez vos échanges, vos mails… Il est probable que « désolée » revienne souvent, trop souvent. Vous connaissez votre job, vous connaissez vos compétences, alors arrêtez de vous aplatir !

Je ne m’excuserai plus de prendre la parole

On parle souvent de la « pilule rouge » du féminisme (en référence à Matrix) : lorsqu’on a pris conscience du patriarcat et de toutes les façons dont il régit nos vies, on ne peut pas ne plus le voir. On ne peut pas retomber dans l’ignorance. Les écailles sont tombées de nos yeux, et n’y reviendront pas.

Je suis donc, depuis maintenant dix bonnes années, consciente de nombreuses manifestations des inégalités de genre que je ne remarquais même pas auparavant. Et l’une d’entre elles ne vient pas des hommes, mais des femmes ; à chaque fois, elle enfonce dans mon cœur une petite pointe de tristesse.

Tant de femmes s’excusent de… prendre la parole. Littéralement. Elles n’ont rien fait de mal. Elles ne coupent personne, ne prennent la place de personne, ne mettent personne en retard. Elles sont parfois dans un lieu qui est fait pour ça : un club de lecture, un groupe de parole, une réunion professionnelle ou associative. Et pourtant leur phrase commence par « Désolée. »

— Désolée, c’est peut-être une question bête…

— Désolée, j’ai juste une petite remarque…

— Désolée, c’est un détail mais…

Aaaaaah ! AAAAAH ! Mais arrêtez ! Arrêtez de vous excuser alors que vous êtes légitime à prendre la parole ! Je sais pourquoi vous le faites, je l’ai longtemps fait aussi, poussée par ma timidité maladive et mon sentiment que rien de ce que je pouvais penser n’est intéressant. J’avais l’impression que c’était plus poli, que ça préparait les gens au fait que j’allais peut-être dire une bêtise…

Mais j’avais tort. Tout ce que ça fait, c’est suggérer à vos interlocuteurs et interlocutrices qu’ils et elles peuvent se passer de votre avis. Après tout, si vous vous excusez de le donner, c’est bien qu’il n’est pas pertinent, non ?

Non. Votre avis n’est pas moins pertinent qu’un autre. Vos pensées, vos opinions, vos luttes, vos craintes ne sont pas moins intéressantes que celles d’une autre, et surtout que celles d’un autre — car là encore, on entend moins d’hommes s’excuser de parler, même si bien sûr cela peut arriver.

Vous pouvez vaincre votre timidité. Vous pouvez arrêter de vous excuser. Je suis bien placée pour le savoir, je l’ai fait !

Je ne m’excuserai plus lorsqu’on me manque de respect

Les timides, les introverties, les pas sûres d’elles, les hésitantes connaissent bien ce sentiment au goût de bile qui se déclenche lorsque non seulement quelqu’un nous manque de respect, mais en plus qu’on ne dit rien pour se défendre.

La cliente désagréable qui vous double dans la file d’attente alors qu’elle vous a clairement vue. Le type plus fort que le Covid qui enlève son masque dans le train dès que le contrôleur est passé, en se foutant éperdument de votre présence en face de lui. La collègue malpolie qui a encore piqué votre casque sans vous le rendre. Le vendeur qui vous infantilise et vous appelle « Ma p’tite dame. »

Toutes ces interactions sont autant de rouleaux-compresseurs venus aplatir votre ego. Et quand vous ne dites rien, c’est pire. La honte reste là, cuisante, pendant des heures, des jours, sapant votre moral et vous persuadant peu à peu qu’après tout, si vous ne vous êtes pas défendue, c’est peut-être parce que vous méritez d’être traitée comme ça…

Je vous le dis tout de go : non. Ce n’est pas parce que des connards et connasses existent que vous méritez qu’on abuse de vous, de votre gentillesse, de votre patience, de votre timidité.

Essayez, juste une fois, de lever le menton. Raclez-vous la gorge. Écoutez Eye of the Tiger pour vous mettre du courage. Et surtout, surtout, ne prononcez pas les mots :

« Désolée, mais… »

Désolée ? Désolée ?! Mais ce n’est pas vous qui êtes désolée, c’est au malotru d’en face de l’être ! Ça ne veut pas dire qu’il faut partir direct à l’offensive et traiter tout le monde de cérumen moisi : l’erreur est humaine, la dame dans la file ne vous a peut-être pas vue (moui… allez, si, ça arrive), le vendeur a peut-être l’habitude de s’adresser ainsi à ses clientes, votre collègue est peut-être tête en l’air…

Par contre, pour le mec du train, il y a peu d’excuses possibles donc n’hésitez pas à insulter ses grands morts.

Non je déconne. Soyons polies. Fermes, mais polies. Comme cela :

— Madame ? J’étais devant vous dans la file, je vous laisse vous mettre derrière moi.

— Monsieur ? Monsieur ! Le masque est obligatoire, merci de remettre le vôtre.

— Collègue, tu as encore oublié de me rendre mon casque. Si tu continues, je ne te le prête plus, j’en ai besoin !

— Je ne suis pas “votre p’tite dame”, je n’aime pas qu’on me parle comme ça, traitez-moi comme une adulte, merci.

Vous voyez ? Rien de malpoli, rien d’exagéré. Et pas de « Désolée ». Ça va cinq minutes, hein, on ne va pas non plus lécher les sneakers des rustres de France et de Navarre.

Je ne m’excuserai plus de répartir la charge mentale

Ah, la charge mentale. Encore un cadeau fait aux femmes par le patriarcat ! Déjà que les roses le 8 mars c’est casse-ovaires, celui-ci est bien relou, vous-même vous savez.

À ce sujet, laissez-moi vous dépeindre un échange tout à fait réel ayant eu lieu entre moi et mon compagnon de l’époque :

— Chérie, tu as pris de la béchamel en rentrant ?

— Non, désolée ! Tu m’avais demandé ?

— Bah non mais j’en ai besoin pour les lasagnes…

— Ah, bah j’y ai pas pensé, désolée.

La meuf. S’excuse. De ne pas avoir inventé. Un besoin. Dont elle n’était pas au courant. Qui est un besoin de son mec. Lequel a probablement imaginé qu’elle l’aurait en tête par télépathie. Et elle s’excuse… Deux fois. Et la meuf c’est moi.

L’envie de facepalm est grande quand j’y repense. Et encore, quelques années plus tôt, j’aurais derechef enfilé mes baskets et mon manteau pour aller acheter cette foutue béchamel ! C’est à y perdre la boule !

Il y a des gens que ça arrange de rejeter la responsabilité sur les autres, mais ça ne veut pas dire que vous êtes obligée de subir ça — voire de, quelque part, l’encourager, puisque si vous vous excusez, c’est bien que vous avez quelque chose à vous reprocher… Ben oui, j’aurais pu déduire toute seule que « lasagnes ce soir = béchamel nécessaire = il faut acheter de la béchamel car on l’a finie il y a trois mois ».

Quoi, vous n’avez pas l’appli Liste de courses dans votre cerveau, vous ? Je pensais que c’était installé par défaut chez toutes les femmes !

Vous savez qui d’autre aurait pu y penser ? Mon mec. Rapport que c’est lui qui gère le dîner, et « gérer le dîner », ça ne veut pas dire « cuisiner en se tapant des barres grâce au dernier Laisse-moi kiffer ». Ça veut dire s’occuper d’avoir tous les ingrédients nécessaires, une cuisine propre et rangée, et du temps devant soi ; ensuite, seulement, on passe à la partie rigolote.

La charge mentale, c’est précisément ça : le fait d’avoir, en tâche de fond, conscience de tout ce qu’il faut accomplir pour que les choses se déroulent correctement. Entre la propension des femmes à s’excuser pour rien et l’éducation genrée qui nous martèle que nous sommes plus responsables que notre conjoint du foyer que nous partageons pourtant, on peut vite se retrouver à s’excuser de ne pas avoir anticipé une tâche qui n’est même pas la nôtre !

Rassurez-vous, ce n’est pas une fatalité. Hier encore, mon mec avait oublié le basilic ET l’ail pour sa bolognaise : laissez-moi vous dire que j’ai promptement annoncé que je n’irai pas en chercher, et qu’il s’est très bien débrouillé. Sans que je n’aie à m’excuser. Rapport que c’est pas mon problème, ni ma faute.

Arrêtez de vous excuser pour rien, la vie sera si douce

Je sais que quand on a tendance à s’excuser pour un rien, tous ces conseils peuvent paraître un peu… absurdes. Peut-être vous dites-vous « Merci bien Madmoizelle, mais c’est pas si facile de changer sa personnalité. »

Vous avez raison. Je ne prétends pas que c’est facile de perdre une mauvaise habitude, surtout lorsqu’elle est inextricablement liée à notre propre estime de nous-mêmes, à notre ego, à la valeur que nous nous accordons et à la légitimité que nous ressentons… ou non.

Mais « pas facile » ne veut pas dire impossible. Je suis très bien placée pour vous affirmer, avec tendresse, qu’il est possible de changer ! C’est difficile au début, on a peur d’être malpolie, trop directive, sèche, froide. Et puis c’est de moins en moins dur. On s’habitue à une forme de fermeté qui n’a pas à être violente : on peut se tenir droit dans nos bottes sans rabaisser autrui !

Essayez, et vous verrez : je ne dis pas que tous les malotrus arrêteront de vous marcher sur les pieds ou que votre boss sera immédiatement OK pour doubler votre salaire. Mais vous aurez, et c’est peut-être le plus précieux, la certitude de vous être défendue. D’avoir lutté pour ce que vous valez. Ce n’est pas grave de perdre une bataille, par contre c’est dommage de s’avouer vaincue sans même lever les armes.

Un ou une psy pourra vous être d’une grande aide s’il vous paraît vraiment impossible de surmonter cette impression qu’il faut vous excuser d’exister. Rappelons donc qu’il n’y a aucune honte à consulter, et que ça n’enlèvera rien à votre future victoire !

Sur ce beau chemin vers l’affirmation de soi, laissez donc Coral, Wendy et Gina, les héroïnes de Sky Rojo, vous accompagner : elles cavalent déjà sur Netflix, et vous verrez, elles ne sont pas du tout désolées.

À lire aussi : 9 phrases que les femmes devraient prononcer plus souvent

Les Commentaires
18

Avatar de Mymy Haegel
29 mars 2021 à 14h31
Mymy Haegel
@BravoCharlie BRAVO ! (Charlie :cretin: ) (pardon)
3
Voir les 18 commentaires

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