Pour le 17 mai, les associations déplorent des LGBTIphobies aggravées par la crise sanitaire


Après une année 2020 chaotique, où en est-on dans la lutte contre les LGBTIphobies ? Comme chaque 17 mai, journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, les associations font le bilan.

Pour le 17 mai, les associations déplorent des LGBTIphobies aggravées par la crise sanitaireMercedes Mehling via Unsplash

C’est aujourd’hui le 17 mai, et comme chaque année, l’association SOS homophobie produit son rapport annuel, basé sur des témoignages reçus au cours de l’année précédente.

Sans surprise, celui de l’année 2020 est un peu particulier, car marqué par la crise sanitaire.

Une preuve (s’il en fallait vraiment encore une) que la pandémie a impacté durement la communauté LGBTI+, a fragilisé les personnes les plus vulnérables, notamment les jeunes et les plus précaires, a creusé des inégalités et a renforcé les discriminations déjà existantes. L’association en a fait d’ailleurs état dès le début de son rapport :

« Le fait que les victimes mentionnent rarement les confinements ou la pandémie de Covid-19 dans leurs témoignages semble confirmer que ces dernières sont bien installées et parfois même tragiquement ancrées dans le quotidien des personnes. En outre, même sans être verbalisées, ces situations exceptionnelles ont pu dégrader des relations déjà tendues, exacerber la scrutation de la vie privée d’autrui, isoler les personnes encore davantage et faciliter des violences LGBTIphobes, tout comme cela a pu être le cas pour les violences conjugales et les féminicides. »

SOS homophobie constate une légère baisse dans le nombre de témoignages (1815, contre 2396 en 2019).

Les discriminations se déplacent vers la sphère privée

Conséquences des confinements, les contextes où ont lieu ces situations de discriminations ont évolué et l’association observe davantage d’actes LGBTIphobes dans la famille et dans le voisinage, qui représentent à eux deux un quart des témoignages.

Internet continue d’être, d’année en année, un terrain privilégié pour la propagation des LGBTphobies. À l’inverse, et en toute logique, moins de cas ont été relevés dans les lieux publics, en milieu scolaire, au travail ou dans les commerces et services.

De son côté, l’Observatoire LGBT+ de la Fondation Jean-Jaurès a publié avec l’association Flag! (qui regroupe des agents des ministères de l’Intérieur et de la Justice, les pompiers et policiers municipaux LGBT+) un autre rapport.

Celui-ci se base sur les données recueillies grâce à l’application de signalement des actes LGBTphobes, lancée début 2020, qui permettait de rapporter de façon anonyme des violences et leur localisation.

Les injures et les provocations, notamment via Internet, arrivent largement en tête des signalements, qui s’élèvent au total à 1.573 recueillis sur dix mois. 63% d’entre eux sont le fait de témoins.

Le genre des plaintes

Le ministère de l’Intérieur a annoncé ce matin une baisse du nombre de plaintes déposées en 2020. Mais pas question de se réjouir : cela ne signifie en rien qu’il y a eu moins d’actes LGBTIphobes au cours de l’année précédente… toutes les victimes d’actes LGBTIphobes ne portent pas plainte. Enfin, le contexte de la crise sanitaire a joué un rôle de  mais aussi parce que l’année a été marquée par deux périodes de confinement.

Que ce soit dans les signalements de l’application Flag! ou bien dans les témoignages recueillis par SOS homophobie, on remarque que les gays cisgenres sont les personnes de la communauté LGBTI qui témoignent le plus. 69% des témoignages recueillis par SOS homophobie où le genre de la victime est connu concernent des hommes cisgenres, et cela va même jusqu’à 82% des victimes signalées pour le rapport de la Fondation Jean Jaurès.

Que cela révèle-t-il ? Pourquoi les lesbiennes, les personnes bisexuelles, les personnes trans et intersexes sont-elles si peu représentées dans ces rapports sur les LGBTIphobies ?

La Fondation Jean Jaurès laisse entendre que :

« l’invisibilisation sociale des lesbiennes, femmes bi et de l’ensemble des personnes trans et intersexes est probablement un facteur, de même que la virulence et le caractère généralisé des propos sur Internet visant les gays et l’homosexualité masculine ».

Sur ce point, SOS homophobie a fait part de sa volonté d’améliorer sa communication :

« La part des témoignages de femmes cis (19%), de femmes trans (6%) et d’hommes trans (4%) doit nous astreindre à poursuivre et amplifier nos actions pour inciter davantage ces victimes à témoigner et pour que SOS homophobie puisse être identifiée comme une association pouvant leur apporter aide et soutien. »

Le rapport d’SOS homophobie est d’ailleurs contient plusieurs témoignages faisant état de fonctionnaires de police peu ou mal informés sur les LGBTIphobies, rechignant parfois à prendre des plaintes ou tout simplement à prendre au sérieux les victimes.

La France, encore à la traîne au niveau européen

L’organisation européenne Ilga-Europe publie chaque année son classement des bons et mauvais élèves en matière de respect des droits des personnes LGBTI, en se basant sur les législations en vigueur.

Loin derrière Malte, la Belgique ou encore le Luxembourg, la France arrive seulement à la 13e place, avec 57% des objectifs atteints sur l’ensemble des protections à garantir pour les personnes LGBTI.

Un score peu élevé qui s’explique par plusieurs points négatifs détaillés dans le rapport : l’extension de la PMA et la réforme de la filiation qui se font toujours attendre, des atteintes à la liberté d’expression avec la loi Avia, les violences commises contre les migrants, les suicides de jeunes trans à Montpellier et à Lille qui ont mis en exergue la transphobie institutionnelle, l’absence d’interdiction des mutilations génitales commises sur les enfants intersexes, ou encore le manque de mesures pour lutter contre la précarité qui a touché de plein fouet les personnes trans pendant les confinements.

Et oui la liste des manquements du pays des droits de l’Homme (ahem) semble bien longue quand il s’agit de regarder un peu plus loin que l’adoption de la loi sur le mariage pour tous.

La preuve qu’en ce 17 mai, il est important de rappeler que la France est mal placée pour donner des leçons, mais devrait plutôt chercher à agir concrètement pour améliorer sa politique en faveur des personnes LGBTI.

Et parce que la lutte contre les discriminations est l’affaire de tous et toutes et que chacun peut agir, on ne résiste pas à partager aussi le très beau clip Nous Les Amoureux de Santé Publique France qui se mobilise dans une campagne de sensibilisation contre les LGBTIphobies :

À lire aussi : A l’occasion du 17 mai, Madmoizelle lutte contre les LGBTIphobies avec Sofia, Maëlle et Anthony

Maëlle Le Corre

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