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Moi, mes poils sur les jambes et les 15 minutes les plus longues de ma vie

27 juin 2019
Éloïse a décidé d’arrêter de s’épiler il y a deux ans, et tout va bien. Enfin, tout allait bien jusqu’à ce que des passants misogynes s’en mêlent.

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Hier, c’était l’anniversaire de mon copain. J’étais au top, il faisait beau et j’avais tout prévu : j’avais mis ma robe préférée, j’allais l’attendre en bas de son boulot et je l’emmènerais au resto.

On mangerait bien, on rentrerait à la maison en passant par le parc, à la maison on prendrait un bain et puis dodo. C’était parfait. Une belle soirée d’anniversaire en perspective. Mais il y a toujours des imprévus et là, l’imprévu, c’est que je n’avais pas prévu de me faire humilier en l’attendant en bas de son boulot.

Prendre la décision de laisser mes poils tranquilles

Pour vous remettre dans le contexte, ça fait maintenant deux ans que je ne m’épile ou ne me rase plus du tout.

Plusieurs raisons m’ont poussée à prendre cette décision. D’abord, je suis très poilue, donc l’épilation me fait très mal et prend beaucoup de temps (j’ai déjà passé plus de 3h à m’épiler les deux jambes).

Et d’un autre côté, j’ai la chance d’être blonde et donc mes poils se voient beaucoup moins que pour d’autres personnes donc c’est un peu plus facile pour moi psychologiquement (même si bon, au bout d’un moment, ils se voient quand même).

Quand je me suis mise avec mon copain, je venais de passer mon premier été sans m’épiler, j’étais contente de moi et fière de mes convictions. Il ne m’a jamais fait de remarque et quand je lui ai demandé s’il été incommodé il m’a répondu : « je suis beaucoup plus poilu que toi et ça me fait flipper l’épilation. J’irais pas te demander de faire un truc que je ferais pas moi-même ».

Ça fait maintenant 1 an que j’arrive vraiment à m’en foutre. J’ai jeté mes rasoirs, donné mon épilateur électrique et mes bandes de cire froide. Mais il a suffi d’une journée pour que je sois de retour à la case départ.

Des regards fixes sur mes jambes… et leurs poils

Alors que j’attendais mon copain en bas de son boulot, boulevard de l’opéra – autant te dire que le cadre est magnifique – j’écoutais « You Need To Calm Down », le dernier single de Taylor Swift, en regardant l’opéra.

Et là, un homme d’un cinquantaine d’années passe et fixe mes jambes. Bon, ok. Puis, quelques minutes plus tard, un deuxième, puis un troisième. Je me dis innocemment :

« Merde ! Y’a un problème avec ma robe ? Elle est remontée ? On voit ma culotte rigolote ? » Non ….
« Oh, j’ai le lacet défait ! » Non ….
« Ça doit être mes chaussettes à fruits qui font mouche ahaha ! »
Si seulement.

« Tu es immonde et tes poils sont dégueulasses »

Un quatrième homme s’arrête, me mime d’enlever mes écouteurs. Je m’exécute et il me dit que je suis immonde et que mes poils sont dégueulasses. Et il s’en va.

J’étais scotchée et je venais de comprendre le problème des trois hommes précédents. J’étais ébranlée, prête à pleurer. Quelques minutes passent, mon copain me dit par message qu’il a un petit truc à finir et qu’il arrive. De toute façon, j’étais arrivée en avance donc je pouvais encore attendre.

D’autres gens sont passés et avaient l’air de n’en avoir strictement rien à foutre de ma gueule mes poils. Je me suis dit que j’étais tombée sur les 4 quinqua misogynes du quartier, et que je n’avais pas eu de chance.

C’était sans compter sur les trois suivants qui ont ralenti devant moi en fixant mes jambes puis ont réaccéléré. Et le dernier, le coup de grâce, qui s’arrête devant moi, fixe mes jambes, me regarde dans les yeux d’un air dégoûté, reporte son regard sur mes jambes et fait mine de vomir.

Je le vois s’éloigner et il me prend l’envie de l’arrêter et de lui demander ses motivations, de lui demander pourquoi, qu’est-ce que ça lui apporte, qu’est-ce qu’il attend comme réaction en faisant ça ? Pourquoi ça le gène autant alors qu’il ne me reverra sûrement jamais de sa vie ?

Le choc, et la révolte !

Là-dessus, la porte de l’immeuble s’ouvre sur mon copain et je le prends dans mes bras en pleurant et en lui racontant tout ça. Il me dit que je suis belle, qu’ils sont cons et que ça va aller. On reste quelques minutes comme ça, jusqu’à ce que le choc passe.

Ensuite, j’étais surtout révoltée.

Comment en seulement 15min j’ai pu passer de « meuf sûre d’elle » à « meuf qui se sent observée et jugée par tous les passants » ? Comment une dizaine de cons ont pu me miner à ce point le moral alors que j’étais toute guillerette ? Il a suffi de quinze minutes pour que je remette en question mes choix et mes convictions forgées en plusieurs années.

Aujourd’hui, on est le lendemain de cet épisode et ça va mieux. Je regrette d’avoir regardé mes jambes avec dégoût hier soir et l’envie de m’épiler m’est passée. Je suis juste et surtout révoltée.

Révoltée contre cette société et surtout ces hommes qui doivent avoir une famille, probablement une femme, peut-être des enfants. Je plains leur femme, j’ai peur pour l’éducation de leurs enfants et je me dis « dans quel monde vit-on ? ».

Être fières de nos corps et de nos poils

J’ai peur de me dire que si j’ai une fille avec mon copain un jour, vu nos pilosités respectives, elle sera très probablement très poilue. Comment pourra-t-elle assumer si déjà moi je peine à être assez forte pour ça ? Comment le pourra-t-elle avec des connards pareils dans les rues ?

J’espère que les choses vont s’améliorer, parce que je ne veux pas que qui que ce soit ressente la honte que j’ai ressentie pendant ces quinze minutes. On ne devrait pas avoir honte de nos corps, de nos poils ou de quoi que ce soit qui fait de nous qui nous sommes. Soyons fières de nous !

Merci à Éloïse pour son message d’intérêt public avant l’été et force à elle et à toutes celles qui font le choix de ne pas s’épiler !

Pour aller plus loin :

Tu peux suivre le travail du collectif non-mixte Liberté Pilosité Sororité qui lutte en faveur de l’acceptation de la pilosité féminine. Des événements sont régulièrement organisés dans toute la France. Allez suivre leur page Facebook ou leur compte Twitter pour en savoir plus.

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