« Malcolm & Marie », une nuit d’amour turbulente dont on ne sort pas indemne


Malcolm & Marie scrute les tourmentes d'un couple récemment confronté à la célébrité. Emmené par Zendaya et John D. Washington, ce drame Netflix en noir et blanc vous plonge au cœur d'une nuit que vous avez peut-être déjà vécue...

« Malcolm & Marie », une nuit d’amour turbulente dont on ne sort pas indemne

Après Marriage Story l’année passée, c’est au tour du tout aussi tempétueux Malcolm & Marie, pressenti pour concourir aux Oscars (bien qu’actuellement critiqué par certains à cause de l’écart d’âge entre les acteurs), de faire les yeux doux aux abonnés Netflix.

Cette romance contrariée emmenée par Zendaya et John David Washington aura pour vous, sans doute, un air de déjà-vu…

Malcolm & Marie, de quoi ça parle ?

Plan fixe sur la tranche d’une maison d’architecte bordée par les herbes hautes. Des noms défilent en transparence sur un paysage endormi. Les feux d’une voiture réveillent le cadre. Malcolm et Marie rentrent de leur soirée. Le calme des lieux est immédiatement rompu par les humeurs du couple.

Entre Malcolm et Marie ce soir là, rien ne va. Et pourtant tout avait si bien commencé.

Malcolm, un réalisateur de films médiocres, dont tous ont pâti d’une mauvaise presse, a fait un triomphe quelques heures plus tôt, lors de la première de son nouveau long-métrage — l’histoire d’une jeune femme noire de 20 ans accro à la drogue, qui tente comme elle peut de vaincre ses démons.

Pour la première fois, Malcolm est acclamé, comparé aux plus grands réalisateurs de son époque et des précédentes. Marie, compagne du réalisateur, le sait très bien : leur vie va changer. Car en peu de temps, son amant est devenu l’un des plus gros poissons de la mare et que tout le monde va, d’après elle, « lui lécher le cul ».

Marie en veut à Malcolm. Non qu’elle soit foncièrement jalouse du succès de son partenaire… mais celui-ci a commis une bourde plus ou moins volontaire : il ne l’a pas mentionnée dans son discours de remerciements.

D’autant plus vexant que, d’après la jeune femme, le film est inspiré de son histoire à elle — ancienne junkie, Marie a traversé l’enfer avant de trouver la stabilité aux côtés de son amour.

Pendant 1h46 de ce qui ressemble à la confrontation d’egos blessés, les deux amants tantôt furieux, tantôt complices se reprochent leurs victoires et leurs défaites.

Malcolm & Marie, un film simple mais puissant

De prime abord, Malcolm & Marie, disponible sur Netflix le 5 février, ne subjugue ni par ses décors somptueux ni par une mise en scène compliquée. Au contraire, tout est simplicité dans la plastique de ce film néanmoins élégant.

En noir et blanc, la fiction de Sam Levinson se déroule en huis-clos dans une baraque impressionnante, pourtant presque trop petite pour supporter les grands drames de ses habitants.  La caméra, tantôt derrière la baie vitrée, tantôt à l’intérieur d’une chambre ou d’une salle de bain, capture les silhouettes lointaines d’un Malcolm qui calme ses colères dans les herbes hautes, ou le visage d’une Marie en proie à une introspection douloureuse.

Rien d’extraordinaire dans la manière de filmer : l’œuvre est visuellement classique, à l’instar de ses inspirations qu’on imagine valser de Casablanca à Sailor et Lula.

Pourtant, il ne suffit que d’une poignée de secondes pour comprendre que Malcolm & Marie a la puissance des films qui marquent la peau au fer rouge. Non par les images, non par l’extraordinaire, mais bien pour la teneur de ses dialogues.

Malcolm & Marie, une écriture soignée

Des couples qui s’aiment, se déchirent, ou s’aiment et se déchirent, on l’a vu, lu et expérimenté soi-même des centaines de fois. Pourtant les histoires d’amour contrarié, pour peu qu’elles soient bien écrites, demeurent le terreau de grandes émotions.

Ici, l’écriture est sans doute la première pierre à l’édifice du mainstream mais raffiné Malcolm & Marie. Souvent longs, parfois brefs parce que tronqués par les humeurs de l’un ou de l’autre, les dialogues gagnent en profondeur au fur et à mesure que l’intrigue se développe. 

Ils s’ouvrent sur la fierté de Malcolm, qui se gargarise d’avoir plu à tous les « petits journalistes blancs et pédants ». L’homme, en même temps qu’il laisse éclater sa joie, démontre immédiatement son mépris vis à vis d’une élite blanche sur-éduquée, qui selon lui critique au lieu de créer.

Tandis que le réalisateur explose de bonheur après avoir séduit jusqu’aux journaleux prétentieux de Variety grâce à son chef-d’œuvre, Marie demeure mutique. De leurs premiers échanges volatils naissent alors des confrontations aux racines infectées.

L’une accuse l’autre d’être un homme médiocre qui ne sait qu’imiter, jamais créer, l’autre répond en énumérant les tares de la première, et c’est une toile brune qui se tisse autour des égos, des obsessions et des ratés du couple.

Les deux finissent par payer les pots d’une célébrité naissante, à laquelle il faut s’acclimater sans jamais se travestir.

Malcolm & Marie, l’importance de la banalité

Mais si Malcolm & Marie prend pour sujet d’étude un couple d’artistes (Marie souhaitait, avant, être actrice), ce qui induit forcément des problématiques auxquelles le commun des mortels n’a jamais à se confronter, ses enjeux ont un savant air de déjà-vu.

Cette dispute, on aurait en effet tous et toutes pu la vivre. Vous, moi et les autres. 

On aurait pu, éméchés, revoir nos ambitions, accuser celles de l’autre de prendre toute la place, écraser notre partenaire pour ne pas risquer de regarder nos propres problèmes en face, insulter, faire l’amour, partir, revenir, insulter encore — mais pas à coups de « connard », à coups de mots qui font plus mal encore : « médiocre », « ratée », « prétentieuse ».

Malcolm & Marie, c’est le récit d’une nuit qu’on a tous vécue et dont on se souvient encore. Comme quoi c’est souvent dans le banal qu’on taille l’extraordinaire.

Malcolm & Marie, un binôme convaincant

Zendaya et John David Washington se sont jetés corps et âme dans Malcolm & Marie. Ça se voit.

D’ailleurs, alors que le tournage du film avait été mis en stand-by à cause de la Covid-19, Zendaya a proposé au réalisateur (avec lequelle elle avait déjà collaboré sur Euphoria) de revoir le budget à la baisse et de tourner à huis-clos pour que le projet se poursuive en dépit de la pandémie.

Tourné en un temps record (du du 17 juin au 2 juillet 2020) Malcolm & Marie a mis son binôme d’acteurs à rude épreuve. Zendaya a confié à Deadline :

«  Il y avait des jours qui étaient émotionnellement épuisants et durs […] Je dormais toute la journée pour pouvoir tourner la nuit. Mais on était entourés d’amour et très soutenus. » 

Que l’actrice de seulement 24 ans se rassure, ses efforts n’auront pas été vains. Avec l’appui de son partenaire à l’écran, l’artiste la plus jeune à avoir jamais reçu un Golden Globe déploie toutes les facettes de son talent, qu’on savait déjà pluriel mais pas aussi protéiforme, avec succès.

Les deux acteurs, scrutés par la caméra intime de Sam Levinson, font le détail de leur compétence en 1h46 de grimaces, de sourires abîmés, de sourcils levés et de rictus moqueurs.

Il n’y a qu’eux durant tout le film. Et jamais ils ne nous lassent. Jamais ils ne ploient non plus sous la tâche qui leur incombe. Ils incarnent Malcom et Marie avec ardeur, avec férocité, transformant ce qui aurait pu être un exercice de style en une fiction sincère, brutale ou brutalement sincère.

Malcolm & Marie a beau parfois fureter du côté funeste de l’amour, il demeure l’heureux rappel qu’aux nuits succèdent toujours les jours.

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Kalindi Ramphul

Kalindi Ramphul


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Commentaires

TennanTen

Je viens de regarder la première heure...
Alors, j'aime beaucoup l'ambiance nocturne, intime et le fait que ce soit en noir et blanc.

Après, faut pas se le cacher, il faut s'accrocher...
On est quand même sur un couple qui s'engueule, se lance des atrocités dans la gueule pendant deux putain d'heures et le tout entrecoupés de long silence contemplatif.

Je sais pas si je regarderais la dernière heure...
 

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