Lettre à mon collègue qui juge le contenu de mon assiette à chaque repas


Margaux a un message à faire passer à son collègue et à tous les relous qui ne peuvent pas s'empêcher d'avoir un avis sur son corps et ses choix.

Lettre à mon collègue qui juge le contenu de mon assiette à chaque repas

Salut Gino (Nota Bene : Le prénom a été modifié pour garder l’anonymat),

Toi et moi, cela fait deux étés que l’on se côtoie. Deux étés passés dans cet emploi que nous adorons, en pleine montagne, dans un décor de rêve, avec pour seule compagnie trois autres collègues, les randonneurs de passage et une tribu de marmottes facétieuses.

Cependant, qui dit boulot saisonnier en pleine montagne dit isolement et promiscuité. Repas pris en commun et nuitées tous ensemble sur place, chacun dans une chambre mais avec la cuisine commune. L’Auberge Espagnole version montagne quoi.

Et c’est là que le bât blesse, Gino.

Je fais 1m75 et mes cuisses s’épanouissent dans mon jean taille 44, tandis que mon petit bidon ressort un peu de l’ensemble façon muffin tout chaud. Je suis un peu ronde, je le sais, mais, pour tout te dire, ça ne m’ennuie pas plus que ça.

Ça ne me gêne pas pour faire mon travail en extérieur : je pousse ma brouette, manie ma pioche et fais des allées et venues toute la journée sans trop de soucis. Je vais à la salle de sport deux fois par semaine en automne, je fais de la randonnée et de la via ferrata l’été, l’hiver, c’est ski, ski et re-ski.

Autrefois complexée, j’apprends de plus en plus à aimer mon corps, notamment grâce au regard façonnant de mon amoureux, qui m’aime comme je suis.

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Tiens, c’est régime aujourd’hui ?

Alors, pourquoi juges-tu le contenu de mon assiette tous les midis de façon fort peu subtile, Gino ?

Oui, j’avoue, j’aime bien manger. Mon chéri est fromager et les raclettes et autres fondues, je ne m’en prive pas. Oui, j’avoue, j’aime cuisiner : je fais partie de ces meufs semblant sortir d’un téléfilm de Noël niais qui passent leur temps libre à confectionner toutes sortes de gâteaux à partager.

Du coup, toi, du haut de tes 50 piges, tous les midis, quand je sors ma gamelle, tu y vas de ton commentaire, plus ou moins implicite, mais toujours très malvenu…

Salade verte à midi ? « Tiens, c’est régime aujourd’hui ? »
Pâtes au fromage ? « Ah non, moi à midi c’est salade, regarde comme je suis encore mince à 50 ans »
Aubergines à la parmesane ? « Ah toi tu manges beaucoup, hein ? », etc.

Et ainsi de suite. Quelle que soit la nourriture ingérée, je me prends toujours un petit regard en coin et une réflexion.

Oui, c’est vrai, c’est pas la fin du monde me diras-tu. N’empêche que, Gino, je vais pas y aller par quatre chemins : ce que tu fais, c’est extrêmement relou.

C’est extrêmement relou, parce que c’est encore une injonction inhérente à ma condition de femme. Une femme, ça ne doit pas trop manger et faire attention à sa ligne, pour être jolie à regarder.

Ne viens pas me dire à quoi je dois ressembler

C’est vrai, je pourrais mincir. Mais je n’ai pas envie. Je ne souhaite pas pour le moment me rajouter une charge mentale de plus en faisant un régime. Parce que, tu sais, décider de mincir, c’est pas seulement « une question de volonté ». C’est changer de rythme de vie, se mettre au sport, changer son alimentation, anticiper son prochain repas, etc. Et pour l’instant, j’ai d’autres chats à fouetter que de me conformer à une norme juste pour faire plaisir aux gens comme toi.

Je le sais que tu aimes les femmes minces : tu crois que je ne te vois pas faire les yeux doux à ma jolie collègue et à son petit 36 ? Franchement, tu fais bien ce que tu veux. Chacun ses goûts, je respecte.

Mais ne viens pas me dire à quoi je dois ressembler. Je n’ai pas été embauchée pour te plaire mais pour faire mon travail. Même du haut de ton expérience de vie de 50 années, tu n’as pas le monopole de la beauté.

Maintenant, tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas. Et, si tu me refais encore une réflexion sur mon assiette, dorénavant, je me réserve le droit d’organiser un rencard entre son contenu et ton visage, puisque qu’elle t’intéresse tant.

À bon entendeur !

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Une madmoiZelle

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