L’épilation en 2021 : les pratiques changent, le diktat reste


En 2021, les femmes s'épilent moins qu'en 2013, c'est ce qu'annonce une étude de l'IFOP. Mais si les pratiques changent, le diktat de l'épilation reste la norme : les chiffres indiquent que les poils sur les corps féminins continuent à déranger.

L’épilation en 2021 : les pratiques changent, le diktat resteCliff Booth / Pexels

Visiblement, ce n’est pas demain que prendra fin le diktat de l’épilation… Dans leur Enquête sur les pratiques dépilatoires et le poids des injonction liées à l’épilation* publiée ce 3 février 2021, l’IFOP et charles.co dressent un bilan du rapport des Français et Françaises aux poils. Et si la donnée phare de l’étude indique que les femmes s’épilent moins qu’avant, on en retient aussi et surtout que les poils sur les corps perçus comme féminins sont toujours considérés « inesthétiques ».

Les poils restent perçus comme inesthétiques

On aimerait pouvoir penser que la baisse des pratiques épilatoires reflète un changement dans la manière dont la société perçoit (et décrie) les poils sur le corps féminin. Mais le constat de l’étude est sans appel : dans l’imaginaire collectif, les poils sont synonymes de masculin, tandis qu’une peau glabre est associée au féminin.

Ainsi, 73% des femmes interrogées considèrent qu’il est important qu’une femme s’épile pour être considérée comme séduisante. Par ailleurs, 57% des personnes interrogées, tous genres confondus, indiquent être dérangées à la vue d’une femme portant des poils sous les aisselles. À la mention de ces mêmes poils sur un homme, ce chiffre baisse à 15%

La pilosité est même stigmatisante pour les femmes dans l’espace public : 51% des sondés et sondées estiment qu’une femme sortant de chez elle avec des poils sur les jambes se « laisse aller ». Dans le monde du travail, 60% du panel estime même qu’il n’est pas professionnel pour une femme d’afficher des poils sur ses jambes ou sur les aisselles.

Choisir de ne pas s’épiler, c’est donc s’exposer au regard sévère d’une société qui ne laisse que très peu la possibilité aux femmes de présenter leurs corps comme elles le souhaitent.

L’épilation est en baisse… quand les poils ne se voient pas

Pourtant, les chiffres de la pratique dépilatoire sont en baisse : la proportion de femmes qui déclarant ne pas s’épiler du tout le pubis est passée de 15 à 28% en sept ans. L’épilation du maillot intégrale, quant à elle, est en baisse constante.

Sur le reste du corps aussi, cette tendance se constate : même si l’épilation reste la pratique largement majoritaire, les femmes sont moins nombreuses qu’en 2013  à déclarer s’être enlevé des poils sur les aisselles, les jambes ou le maillot au cours des trois derniers mois. Ce chiffre est accru par les circonstances sanitaires, puisqu’une Française sur six déclare moins s’épiler depuis le premier confinement.

Et c’est ici que le bât blesse : il semblerait que les femmes cessent de s’épiler quand leurs poils ne sont pas vus. En d’autres termes, si les chiffres baissent, le diktat, quant à lui, reste bien présent…

L’étude révèle ainsi que l’esthétique est la première raison pour laquelle les femmes s’épilent le maillot. Par ailleurs, une Française sur deux déclare qu’elle serait prête à laisser ses poils vivre librement sur les zones du maillot et des jambes, mais ce chiffre chute à moins d’une sur cinq dans l’hypothèse de garder ses poils toute l’année, la plupart estimant qu’elles ne pourraient pas les assumer durant les saisons où ils sont le plus visibles.

Si les pratiques des femmes changent, le regard de la société (et le leur) sur leur corps ne change pas forcément avec.

Normaliser les poils, pour mettre fin au diktat

Sur la question des poils, il semblerait donc que l’on soit encore bien loin de la fin de l’injonction à l’épilation. Quand on associe systématiquement le féminin à l’imberbe, dans des contextes intimes ou professionnels, on fait peser sur les pratiques individuelles des femmes le poids d’une société qui refuse de leur laisser le choix.

Pour mettre fin au diktat de l’épilation, il faudrait peut-être avancer sur la normalisation de la pilosité féminine. Car le corps féminin n’a pas toujours dû être glabre pour être considéré comme beau ! En laissant de la place aux corps féminins poilus dans les clips, les œuvres culturelles ou sur les panneaux d’affichage (comme Adidas l’a fait en laissant Avida Bystroöm garder des poils dans la publicité ci-dessous), on cessera peut-être enfin la stigmatisation de celles qui choisissent le « naturel »

 

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À lire aussi : Comment l’activiste Queen Esther normalise les poils de torse sur Instagram

*Étude Ifop pour Charles.co réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 18 au 21 décembre 2020 et du 19 au 20 janvier 2021 auprès d’un échantillon de 2 027 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine
Aïda Djoupa

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Commentaires

missaaj

En fait je suis contente de l'évolution du regard de la société en la matière et même si je me conforme aux diktats globalement, j'ai toujours une pensée émue pour les petites filles qui ne se prendront plus des remarques méchantes visant leur pilosité dans la cours de recre, mais par contre @Baba Yaga jquand on critique celles qui s'epilent integregralement le maillot en disant que c'est malsain etc....ce n'est pas mon cas mais je pense que certaines se préfèrent vraiment ainsi et donc aller leur dire qu'elles ressemblent à des petites filles me semblent un peu... agressif?...
 

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