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« Le temps est venu pour les survivantes » : le procès de R. Kelly s’ouvre à New York

09 août 2021

La sélection du jury démarre ce lundi 9 août pour le procès de R. Kelly à New York. La star déchue du R’n’B est visée par de multiples accusations de violences sexuelles. Deux autres plaintes, dans deux autres États américains, sont en attente de procès.  

L’heure de la justice a-t-elle enfin sonné ? Retardé de plus d’un an à cause de la pandémie, le procès de la star du R’n’B R. Kelly s’ouvre ce lundi 9 août au tribunal fédéral de Brooklyn (New York). Le chanteur américain de 54 ans sera notamment jugée pour extorsion, exploitation sexuelle de mineure, enlèvement, corruption et travail forcé, sur une période allant de 1994 à 2018.

En détention depuis 2019, R. Kelly a plaidé non coupable de toutes les charges. Les jurés doivent être sélectionnés aujourd’hui tandis que les premiers témoins sont attendus à compter du 18 août.

Depuis 1996, Robert Sylvester Kelly est visé par de multiples accusations de violences sexuelles, pédopornographie et relations sexuelles sur mineures. Sa fortune et ses avocats lui ont épargné les condamnations ; l’artiste a pu poursuivre sa carrière jusqu’en 2016, année de parution de son dernier album, 12 Nights of Christmas.

Retour sur une affaire plus que sombre.

« L’âge n’est qu’un nombre »

L’interprète de I Believe I Can Fly, Bump ‘N Grind ou encore Ignition avait pourtant laissé des indices. Au début des années 1990, il rencontre la nièce de son manager, qui n’est autre qu’Aaliyah, et décide de produire son premier album intitulé… Age Ain’t Nothing but a NumberL’âge, c’est juste un chiffre »).

R. Kelly, alors âgé de 27 ans, épouse « la princesse du R’n’B » quelques mois plus tard. Si le certificat de mariage prétend qu’Aaliyah Dana Haughton était alors âgée de 18 ans, elle n’avait en réalité que 15 ans. Leur relation est de fait illégale dans l’État de l’Illinois, où l’âge du consentement est fixé à 17 ans, et leur mariage est annulé en 1995.  

Vingt ans après la mort tragique de la chanteuse dans un crash d’avion, en 2001, le procès de R. Kelly à New York revient sur cette affaire. La juge de district Ann Donnelly a décidé que les jurés sélectionnés seraient autorisés à entendre que l’artiste aurait eu des relations sexuelles avec Aaliyah, alors qu’elle était mineure

R. Kelly y sera aussi jugé pour des faits de corruption. En décembre 2019, les procureurs fédéraux de Brooklyn l’ont accusé d’avoir soudoyé un employé du gouvernement de l’Illinois, la veille du mariage, afin d’obtenir une fausse pièce d’identité pour Aaliyah

« Au procès, nous allons voir qu’elle n’était pas une exception mais bien la règle » et « pour la première fois, ce mariage sera vu pour ce qu’il est : une fraction d’un système très violent », a confié à l’AFP Kathy Landoli, autrice d’une biographie à venir sur Aaliyah. 

De l’argent, à défaut de justice

Entre 1996 et 2002, au moins quatre femmes ont intenté des poursuites contre R. Kelly.

En décembre 1996, Tiffany « Tia » Hawkins, alors lycéenne, a poursuivi l’accusé pour 10 millions de dollars, selon le Chicago Sun-Times. La jeune fille a déclaré que R. Kelly aurait eu des relations sexuelles avec elle dès 1991, alors qu’elle était âgée de 15 ans (et lui 24). Deux ans après le procès, le chanteur de R’n’B aurait versé 250.000 dollars à la plaignante pour régler l’affaire.

La même année, il a remporté trois Grammys pour sa chanson I Believe I Can Fly.

En 2001, Tracy Sampson dépose une autre plainte contre R. Kelly. Celui-ci l’aurait forcée à avoir des rapports sexuels alors qu’elle n’avait que 17 ans. Encore une fois, l’artiste règle ses comptes loin du tribunal en signant des chèques.

L’histoire se répète en 2002 lorsque deux nouvelles femmes accusent le chanteur. Patrice Jones, une habitante de Chicago, a déclaré qu’elle était mineure lorsqu’elle serait tombée enceinte de R. Kelly, qui l’aurait forcée à avorter. Montina Woods, l’autre plaignante, aurait été filmée à son insu pendant des rapports sexuels.

Les deux cas n’ont jamais pris le chemin de la justice et se sont soldés par des règlements à l’amiable. Ce qui est souvent interprété comme : l’accusé a acheté le silence des plaignantes. 

Pendant ce temps, la carrière de Robert Sylvester Kelly continue de plus belle et lui vaut même de se produire à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City, en 2002. Ce jour-là, la police de Chicago révèle son enquête sur R. Kelly, tandis que le journaliste Jim de Rogatis avait commencé ses propres recherches après avoir reçu des vidéos anonymes accablant la star.

Quatre mois plus tard, le musicien est inculpé par un grand jury de 21 chefs d’accusation de pédopornographie à Chicago.

L’affaire ne sera jugée que cinq ans plus tard, tandis que R. Kelly enchaîne les sorties d’albums et les concerts. Le procès s’ouvre en mai 2008 et l’artiste, qui refuse de témoigner, plaide non coupable. En juin, après moins d’une journée complète de délibérations, un jury l’acquitte de toutes les accusations.

#MeToo ravive l’affaire R. Kelly

En 2017, plusieurs évènements ravivent l’attention collective sur les comportements de R. Kelly.  Le journaliste Jim DeRogatis publie un article explosif intitulé à l’origine Inside the Pied Piper of R’n’B’s “Cult” (Avec le joueur de flûte de la « secte » R’n’B), qui rapporte des allégations selon lesquelles le chanteur vivait avec plusieurs jeunes femmes et contrôlait tous les aspects de leur vie.

« Même 17 ans de reportages n’ont pas suffi à braquer sur Kelly un projecteur aussi brillant que celui qui en a exposé beaucoup d’autres, car personne, semble-t-il, ne compte moins dans notre société que les jeunes femmes noires », déplorait le journaliste dans les colonnes du New Yorker.

En parallèle, #MuteRKelly (#FaitesTaireRKelly), sur les réseaux sociaux, commence à attirer l’attention. Oronike Odeleye, la co-fondatrice de ce mouvement, a lancé une pétition pour que la musique de R. Kelly ne soit plus diffusée sur les ondes d’Atlanta. Son élan trouve un écho à l’échelon national, porté par la force de #MeToo, et multiplie les protestations et les appels au boycott.

Mais il faudra attendre deux années de plus pour que tout s’accélère. 

En 2019, la chaîne de télévision Lifetime diffuse le documentaire Surviving R. Kelly, qui expose plusieurs témoignages de jeunes femmes accusant R. Kelly de violences sexuelles. Le film provoque une onde de chocs et plusieurs femmes témoignent publiquement de faits similaires.

Surviving R. Kelly: The Impact - The Conversation Continues (Bonus) | Lifetime

Kelly est lâché par son label, deux semaines après la diffusion, et plusieurs de ces concerts sont annulés. La fin de l’impunité ? Plutôt le début de longues procédures. 

Nouveau procès, nouveaux espoirs de condamnation

En février 2019, R. Kelly est inculpé de dix nouveaux chefs d’accusation d’abus sexuels criminels aggravés à Chicago. Trois des quatre personnes identifiées comme victimes dans l’affaire étaient des jeunes femmes âgées de 13 à 16 ans au moment des faits. Aucune date de procès n’a encore été fixée pour ces chefs d’accusation. 

Sept mois plus tard, le chanteur est de nouveau arrêté à Chicago, cette fois par des procureurs fédéraux, et inculpé de 13 chefs d’accusation comprenant l’entrave à la justice (pour l’affaire jugée en 2008) et la pédopornographie.

Le même jour, les procureurs fédéraux de Brooklyn ont descellé un acte d’accusation distinct selon lequel R. Kelly aurait dirigé un réseau qui recrutait et préparait des jeunes filles à avoir des relations sexuelles avec lui, les enfermant dans leurs chambres d’hôtel quand il était en tournée, leur demandant de porter des vêtements amples quand elles n’étaient pas avec lui, de « garder la tête basse » et de l’appeler « papa » (« daddy »).

Ces faits seront jugés lors du procès qui s’ouvre ce lundi 9 août, à New York.  

L’artiste plaide non coupable mais les juges fédéraux de Chicago et de New York ont refusé sa libération sous caution, invoquant un risque de fuite, de subornation de témoin ou le danger que représente le chanteur — qui est également visé par une plainte pour prostitution dans le Minnesota. 

Au contraire de 2008, où il avait été acquitté, « il y a cet effort concerté pour défaire la poupée gigogne que représente Robert Kelly », a déclaré Kenyette Barnes, cofondatrice du mouvement #MuteRKelly, à l’AFP.

« Le temps est venu pour les survivantes (…) Il a fait du mal à trop de jeunes femmes et de jeunes filles tout au long de sa vie, et a évité de rendre des comptes. Et il est temps que ce règne prenne fin. »

S’il est reconnu coupable, R. Kelly pourrait encourir jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. Pas sûr qu’il puisse « fly » depuis sa cellule. 

Crédit photo : interview de CBS, 2019

À lire aussi : Marilyn Manson est officiellement recherché par la police

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