« Le congé maternité, c’est un peu des vacances non ? » HAHAHA


Chloé, notre hilarante contributrice qui sévissait initialement chez Rockie /Daronne, est de retour chez Madmoizelle pour nous raconter l'expérience terrible qu'est le « congé » maternité.

Une mère et son bébé qui vient de naîtrePhoto tirée de la série Breeders

Qui est l'autrice ?

Chloé est une de nos contributrices à l’humour mordant. Tous les mois, elle partageait sur Rockie son expérience de la vie. On est ravies de l’accueillir maintenant sur Madmoizelle ! Vous pouvez retrouver toutes ses autres chroniques en cliquant ici, sans oublier de la suivre sur Instagram !

Alors que je suis au milieu de mon deuxième congé maternité et que j’ai l’impression d’être un vieux briscard rodé, la télécommande et les chips posées de part et d’autre du rocher qui me sert de carcasse et auquel un bébé s’accroche avec ferveur telle l’huître en pleine tempête, je me souviens avec émotion de mes croyances primipares en matière de congé maternité.

En voici quelques-unes, rédigées à une main, l’autre servant à bercer l’enfant que je viens de mettre au monde.

Croyance #1 : « Pendant mon congé maternité, je vais manger sain »

Attente : J’ai lu Le mois d’or, référence en matière d’ouvrage sur le post-partum. Les conseils énoncés dans ce guide étaient censés m’éviter tout un tas de tracas post-naissance, notamment grâce à la confection de mets sains totalement adaptés au corps féminin convalescent.

Cette lecture est intervenue à un point de ma vie où, enceinte de 38 semaines et camée aux préceptes physio jusqu’à la moelle, j’ai cru que j’étais enfin devenue une fille zen dont le corps sacré communiait avec l’immensité de l’univers.

Je me suis donc plongée avec passion dans la préparation de plats ayurvédiques miraculeux que j’ai congelés sous l’œil serein de monsieur papa qui n’était guère aguiché par mon gaspacho betterave-orties et pressentait que tout ce cirque allait immanquablement se finir en pizza surgelée.

Réalité : Naissance +2 mois, après m’être exclusivement nourrie de barres Mars, de baguettes entières recouvertes de camembert et de casseroles de ramens lyophilisés, je suis saisie par un flash brumeux, vestige d’une époque dont je ne me souviens que partiellement maintenant que la drogue des hormones de fin de grossesse a cessé de faire effet.

Mue par ce vague souvenir, j’ouvre mon congélateur et constate effarée qu’à un moment de mon existence, j’ai sérieusement cru qu’un litre de bouillon de salsifis au varech composerait un repas aussi copieux que satisfaisant.

Faisant mine d’ignorer ce que je viens de voir, je referme discrètement la porte, me promettant tout de même de consommer un jour ces petits plats préparés avec amour. Mais pas ce soir, ce soir, j’ai beurre et emmental aux coquillettes.

Croyance #2 : « Pendant mon congé maternité, je vais imposer un rythme à mon bébé »

Attente : Je n’ai jamais compris pourquoi les gens qui faisaient des enfants acceptaient sans broncher la servitude absolue que semblait leur imposer leur descendance.

Avec ces histoires de parentalité positive, on se retrouve à la merci de créatures qui font la taille d’un poulet. Autant j’adhère au précepte qui veut qu’on ne violente ses enfants sous aucun prétexte, autant c’est moi l’adulte, donc c’est moi qui décide quand le bébé dort, mange et reste tranquillement posé.

Tout ça, c’est une question d’HABITUDE. Comme je voulais quand même être une mère attentionnée, j’ai investi dans une nacelle à 1.500 euros, censée reproduire l’aérodynamisme du ventre maternel. Avec ça, c’est certain, le bébé restera bien tranquille jusqu’à la prochaine tétée 4 heures plus tard.

Réalité : Le bébé a vu la nacelle, s’est marré et a réclamé un petit coup de lait pour l’occasion. Il faut le comprendre, il a vécu neuf mois dans un utérus délicieusement confortable avant qu’une bande d’enquiquineurs ne viennent l’en extraire sans lui demander son avis, alors mon faux cocon en polyester je peux me le mettre où je pense, il va rester sur moi, merci bien.

Lorsque j’ai essayé de L’HABITUER en le décrochant de ma mamelle tarie pour le poser dans son berceau jusqu’à la tétée suivante, il a lancé un hurlement indigné tellement strident qu’au bout d’une seconde et demie, il était de retour en position initiale. Deux mois plus tard, si tu cherches ledit bébé, il n’a pas bougé d’un centimètre et vit sa meilleure vie affalé sur moi, un nichon open bar 24 / 7 fourré dans le bec.

Croyance #3 : « Pendant mon congé maternité, je ne pourrai plus rien faire »

Attente : « Tu verras, tu ne dormiras plus, tu ne te doucheras plus, quant à manger… Oublie ! », me promet mon feed Instagram très désireux de libérer la parole via des hashtags du type #parentalitévraie.

Personnellement, cette idée me terrifie puisque lorsqu’on cesse de se sustenter et de dormir, on meurt. Et bien que l’air éperdu de mes pairs parents de bébé me suggère que l’envie d’exister va probablement bientôt quitter mon corps, à ce moment-là, j’aime encore la vie.

Faut-il vraiment que je m’habitue à ne manger que mes ongles rongés par mes tourments parentaux et à ne m’abreuver que de mes larmes alors qu’une odeur de crasse putride causée par deux mois d’absence totale d’hygiène intime se dégage de mon sillage ?

Réalité : D’un point de vue nourriture, je devrais prendre la prédiction pour ce qu’elle est : une occasion inespérée d’échapper au gaspacho betterave-orties partiellement décongelé qui hante désormais mon réfrigérateur.

En ce qui concerne la question du sommeil et de la douche, je continue d’assouvir mes triviaux besoins quotidiens, seulement, je suis suivie par mes fidèles courtisans, telle la reine de France en des temps immémoriaux.

Dans ce cas, la troupe de suivants se compose exclusivement d’un bébé paumé, mais très affectueux qui ne voit pas d’inconvénient à ce que je me lave, dorme un peu, voire me rende aux toilettes, tant qu’il peut venir aussi.

Croyance #4 : « le congé maternité, c’est comme des vacances »

Attentes : Quand j’entends le mot congé, je pense aux petites ombrelles en papier qui flottent dans mon mojito et à Julio Amor, un intermittent du spectacle engagé par mon hôtel pour faire danser les sexagénaires divorcées le samedi soir.

Et je ne dois pas être la seule à buter sur la sémantique du terme congé, puisque quand j’annonce que je vais passer 4 mois sans travailler pour m’occuper de mon bébé, on me regarde comme si j’étais la personne la plus chanceuse au monde alors que chaque semaine des gens gagnent des millions d’euros au loto.

Je me laisse emporter par cette condescendance patriarcale et je me réjouis d’avance de tout ce temps libre que je me promets d’utiliser efficacement.

Réalité : À quelques mètres du canapé gît une tartine recouverte de confiture que j’ai malencontreusement laissé tomber quatre heures plus tôt, alors que je me précipitais au chevet de mon bébé hurlant et irrémédiablement trahi par ma minute d’absence consacrée à la confection de la tartine en question.

Si je tends bien la jambe, je peux peut-être la récupérer en utilisant mes orteils comme un genre de crochet. Je me coule le plus silencieusement possible, tout geste brusque risquant de réveiller ma progéniture qui vient enfin de sombrer après avoir passé la matinée à exprimer bruyamment son courroux.

Alors que mon pied n’est plus qu’à un centimètre du morceau de pain, je sens que la masse endormie sur moi s’ébroue. Je me fige, m’efforçant de ne surtout pas établir de contact visuel. Trop tard, un claquement de langue rageur m’informe que l’enfant affamé vient de se réveiller.

Et si toi aussi tu trouves que ce descriptif ressemble plus à un camp d’entraînement du Mossad qu’à des vacances, alors tu seras d’accord pour dire que l’alliance des mots « congé » et « maternité » est une vaste farce dont nous sommes les dindonnes.

Chloé Genovesi

Chloé Genovesi


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Commentaires

Coahoma.

C'était vraiment drôle et agréable à lire, moi qui n'allait pas sur Rockie (un peu + jeune que la cible + childfree) je suis contente de découvrir une jolie plume :happy:
 

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