Le calvaire des porteuses d’implants contraceptifs Essure, devenues « cobayes à vie »


Dévoilé en 2016, le scandale Essure continue de faire parler de lui. Des récents travaux scientifiques ont démontré que l’étain utilisé dans ces implants contraceptifs était la source des nombreux effets secondaires rapportés par les utilisatrices.

Le calvaire des porteuses d’implants contraceptifs Essure, devenues « cobayes à vie »

Un article écrit par Léa Nicosia.

« Tu te souviens des implants dont Nathalie* nous a parlé il y a quelques années ? Elle doit se faire retirer entièrement l’utérus pour s’en débarrasser aujourd’hui. »

Un soir, j’entends mon père rapporter ces nouvelles à la suite d’une conversation téléphonique où il raccroche, la mine sévère. Nathalie est une membre de notre famille qui a décidé de recourir aux implants Essure, une méthode de contraception définitive en 2014.

Deux ans après la pose, elle se plaint souvent de lourde fatigue et de douleurs aux cervicales. Cependant, elle est loin de se douter que ses maux ont un quelconque lien avec sa méthode de contraception.

Ce n’est qu’en 2020 que sa fille lui fait part d’un reportage qu’elle a vu à la télévision et qui l’a alertée. « Il semblerait que de l’étain présent dans les implants se soit dissimulé dans son corps ce qui cause les effets secondaires », explique mon père à ma mère après l’appel de Nathalie.

« Je n’avais jamais entendu parler du scandale Essure »

Je ne suis pas du genre à me mêler des conversations, mais cette fois-ci, je ne peux pas m’empêcher de m’immiscer dans l’échange : « Pourquoi doit-elle subir une opération aussi importante ? »

N’ayant jamais entendu parler du scandale Essure, je ne comprends pas et je me pose de nombreuses questions. Trop chamboulée par ce qu’il lui arrive, Nathalie n’a pas donné plus de détails que l’annonce de son opération à ses proches.

Dès l’instant où j’apprends ce qui lui est arrivé, je ne peux pas m’empêcher de me dire que si je n’étais pas au courant de cette affaire, il est possible que d’autres personnes ne le soient pas non plus. Possiblement même des porteuses de ces implants.

J’apprends que les implants de contraception Essure sont des petits ressorts de 4cm, placés dans les trompes de Fallope. Ils ont commencés à être commercialisés par Bayer en 2002 en Europe et aux États-Unis.

En France, plus de 220.000 personnes les ont adoptés selon l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament). Remboursé par la Sécurité sociale, le dispositif a de quoi séduire : il permet d’éviter la ligature des trompes et peut être posé sans anesthésie générale.

Assez rapidement, des porteuses du dispositif commencent à déclarer subir de nombreux effets secondaires : fatigue, douleurs dans le corps, pertes de mémoire, dépression… La liste est longue et certains symptômes, très handicapants, bouleversent complètement leur quotidien.

Des effets secondaires importants et une action judiciaire lancée en 2016

En France, la première action judiciaire contre le fabricant est lancée en 2016, après la création d’une pétition ayant recueilli plus de 73.500 par Marielle Klein, l’une des plaignantes.

Un an plus tard, en 2017, les implants sont retirés du marché en Europe. La commercialisation est définitivement arrêtée dans le monde entier trois mois après.

Dans le cas de la France, il s’agit d’une décision préventive. Par mesure de précaution, l’ANSM demande à la société Bayer de « procéder au rappel des produits en stock et aussi de ne plus implanter le dispositif médical Essure. »

Les États-Unis suivent la même voie et retirent les implants de la vente en 2018. Le temps file et les victimes ne cessent de se multiplier. Elles échangent sur les réseaux sociaux et se font aider par l’association R.E.S.I.S.T qui mène de multiples actions pour aider les femmes.

En 2019, 70 patientes portent plainte contre X au tribunal de grande instance de Marseille pour « blessures involontaires, mise en danger et possiblement, tromperie aggravée. »

De l’étain retrouvé dans le corps des personnes implantées

Anne-Cécile Groléas fait partie des femmes qui ont porté plainte contre X. Elle m’explique au téléphone qu’il est difficile de vivre sans explication concrète en tant que victime. Elle a donc décidé de financer des recherches avec d’autres victimes en faisant appel à un laboratoire privé lyonnais Minapath.

En avril 2020, le laboratoire dévoile ses premiers résultats. Après analyse des tissus utérins de 25 patientes explantées, il démontre que dans plus de 90% des cas, on trouve de l’étain dans les échantillons.

« Ce métal présent dans les implants, n’était jamais censé se retrouver dans le corps des femmes », explique Anne-Cécile Groléas.

Les études ne s’arrêtent pas là. Le 22 décembre dernier, la laboratoire annonce avoir fait de nouvelles trouvailles. Cette fois-ci, ce sont 18 femmes explantées qui présentent le même cas de figure.

Le docteur Michel Vincent, président de Minapath, explique à France 3 Région que « l’étain, s’il est transformé, peut devenir toxique et cela peut expliquer aussi les symptômes locaux dont se plaignent les patientes ».

Suite à cette dernière étude, Bayer France publie un communiqué de presse : « Bayer ne peut commenter ces conclusions, n’ayant pas participé à l’étude et n’ayant pas eu connaissance de l’ensemble des résultats. »

Le texte explique aussi que le géant pharmaceutique « suit de près l’ensemble des études portant sur ses dispositifs médicaux et collabore étroitement avec les professionnels et autorités de santé pour assurer le suivi ».

La vie après les implants contraceptifs Essure

Dans le cas de Nathalie ou d’Anne-Cécile, la vie après avoir été implantée est difficile. Après avoir subi une hystérectomie totale en septembre 2020, Nathalie a encore du mal à parler de cette épreuve.

« Je n’ai jamais reçu de courrier qui m’indiquait que les implants étaient dangereux, je n’en ai jamais entendu parler à la télévision, et les médecins que j’ai consultés n’étaient visiblement pas au courant puisqu’ils ne m’en ont jamais parlé », explique-t-elle.

Cette femme de 56 ans évoque aussi la difficulté pour trouver des chirurgiens capables de retirer les implants. C’est l’association R.E.S.I.S.T qui lui a conseillé un médecin dans sa région.

« J’ai fait le choix de me retirer des groupes d’entraide après le retrait des implants et je ne parle plus de mon opération. Pour moi c’est du passé, maintenant je vais de l’avant »,  raconte cette mère de famille qui a décidé de ne pas porter plainte. « Je ne veux plus dépenser d’énergie, car cela a été un réel traumatisme ».

Contactée par téléphone, Caroline Paris, avocate qui s’occupe de plusieurs dossiers de victimes Essure, raconte également le traumatisme de ses clientes.

« Le choc a été immense pour toutes ces femmes lorsqu’elles se sont rendues compte que leur contraceptif était à l’origine de leurs douleurs. Certaines se faisaient dire qu’elles étaient ‘hystériques’ lorsqu’elles parlaient de leurs problèmes de santé aux médecins. »

Anne-Cécile Groléas, sa cliente, a subi une hystérectomie totale et fait le choix de témoigner. Elle rejoint son avocate et décrit un réel « calvaire ».

Un réel calvaire : fatigue importante et troubles cognitifs

Anne-Cécile Groléas, qui a aujourd’hui 48 ans, a été implantée en 2013. Conseillère municipale en région lyonnaise débordante d’énergie, elle a fini par devoir s’arrêter de travailler tant sa fatigue était éprouvante.

Contrairement à Nathalie, Anne-Cécile Groléas à reçu un courrier de l’hôpital où elle avait été implantée pour l’alerter. Une lettre qui l’a « dévastée ».

Après avoir obtenu un rendez-vous avec un gynécologue qui « par chance » (ce sont ses mots) connaissait les problèmes des implants, il l’oriente également vers une hystérectomie totale. « J’ai accepté mais j’ai été mise devant le fait accompli », confie-t-elle.

Dans son cas, le retrait des implants n’a pas effacé tous les effets secondaires. Encore aujourd’hui, la mère de quatre enfants est épuisée lorsqu’elle marche trop longtemps et ne parvient pas à lire autant qu’avant à cause de troubles cognitifs…

Anne-Cécile Groléas est très émue lorsqu’elle évoque tous les changements de sa vie et marque de nombreuses pauses pour les raconter. « Pour moi, je suis cobaye à vie », insiste-t-elle, avant de poursuivre : « Personne ne sait comment nous allons réagir au fil du temps. »

« J’ai fait confiance au docteur »

L’ANSM rencontre régulièrement des femmes porteuses d’implants pour alimenter leurs travaux scientifiques. Lors de leur dernière réunion en octobre 2020, ils concluent : « Les effets indésirables se manifestent différemment d’une femme à l’autre. »

À la fin de notre interview, Anne-Cécile Groléas souhaite ajouter quelques précisions. Elle raconte qu’avant de choisir les implants Essure comme moyen de contraception, elle et son mari pensaient recourir à la vasectomie. « Devant moi, les médecins disaient à mon mari qu’il pourrait regretter ce choix s’il venait à refaire sa vie. »

Une phrase choc qui a amené Anne-Cécile Groléas à réfléchir à la ligature des trompes. Mais un autre médecin lui propose les implants pour éviter cela, « il me vendait cette solution comme le progrès, une solution miracle ».

Elle parle aussi de la culpabilité qu’elle a ressentie lorsque les problèmes sont arrivés : « En 2013, j’ai fait confiance au docteur, je ne me suis pas renseignée sur les implants. »

Féministe, Anne-Cécile Groléas encourage les couples à ne pas se décourager face aux médecins qui n’approuvent pas leurs choix.

Aujourd’hui, la militante attend que « l’État accomplisse sa mission de contrôle sanitaire ».

*Le prénom a été modifié

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