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La réalité virtuelle pour lutter contre les violences conjugales : dispositif prometteur ou gadget inutile ?

Actuellement en cours d’expérimentation, un dispositif de réalité virtuelle vise à lutter contre les récidives des auteurs de violences conjugales en leur faisant vivre ce que subit une victime. Une bonne idée ?

Mettre les nouvelles technologies au service de la lutte contre les violences conjugales, c’est ce que propose Reverto, une start-up lyonnaise en partenariat avec la direction de l’administration pénitentiaire.

Elle propose un dispositif de réalité virtuelle destiné aux centres pénitenciers et aux programmes d’accompagnement des auteurs de violences conjugales, qui permet, à travers un film d’une douzaine de minutes, d’expérimenter une situation de violences dans une cellule familiale, en étant tour à tour l’auteur, la victime ou le témoin de ces violences.

L’initiative est déjà en phase d’essai dans trois centres pénitenciers. Une trentaine d’hommes, condamnés pour violences et sélectionnés sur la base du volontariat, mais aussi parce qu’ils présentent un risque de récidive, l’expérimentent pendant plusieurs mois.

Le dispositif a fait parler de lui dans la presse car le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, en visite à Poitiers, a pu tester le fameux casque de réalité virtuelle.

Pour le président de Reverto interrogé par France Info, ce dispositif permet de « comprendre ce que la victime peut vivre, en termes de peur ou de sentiment d’insécurité » :

« À la fin de cette expérience, vous serez capables d’identifier les différentes expressions de violences conjugales, de comprendre les émotions de toutes les parties concernées par ces violences et de prendre conscience. »

Déclencher l’empathie pour lutter contre les comportements violents, une bonne idée ?

Est-elle là, la solution pour sortir du cercle des violences conjugales et faire en sorte que les auteurs ne recommencent pas, une fois libérés ? Faut-il forcément « se mettre à la place de » pour comprendre que son acte est répréhensible ? Est-ce là l’ultime remède ?

On peut se poser la question du besoin d’échanger les rôles pour devoir prouver qu’une personne doit être traitée comme un être humain. Doit-on forcément en passer par une inversion des rôles pour voir « ce que ça fait » d’être du côté de celle qui prend les insultes et les coups ?

Les hommes violents sont-ils à ce point inconscients de la violence qu’il perpétuent sur leurs compagnes, sur leurs enfants, sur leur entourage, pour qu’ils aient besoin d’un casque de réalité virtuelle… pour prendre conscience du problème ?

Sont-ils à ce point ignorants de leurs actes et de ce que cela engendre comme traumatisme ?

La réalité virtuelle pour lutter contre les violences conjugales : dispositif prometteur ou gadget inutile ?
Jeanne Menjoulet from Paris, France, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Se mettre à la place de, la bonne recette pour créer l’empathie… et après ?

Si un auteur de violences conjugales n’a pas reconnu les actes qu’il a commis, le mettre devant un petit film a-t-il une chance de le convaincre de leur gravité ? Préconiser le recours à l’empathie pour lutter contre les violences conjugales apparait donc un peu vain.

Remarquez que pour être sensible à des oppressions ou à des mécanismes de discriminations, certains prônent de le vivre, de l’éprouver pour de vrai.

Se déplacer en fauteuil le temps d’une journée pour réaliser à quel point l’espace public est conçu pour les personnes valides, se déguiser en femme avec maquillage et talons (comme si l’expérience d’être perçue comme femme ne passait que par ces artifices) pour comprendre ce qu’est le harcèlement de rue, être un homme et marcher en tenant la main d’un autre homme pour se rendre compte de l’hostilité à l’égard des hommes gays … autant de procédés que l’on a déjà vus, et qui peinent à convaincre de leur portée réelle.

Être une femme le temps d’une journée ! - Je t’aime etc S03

Pourquoi ne pas juste écouter les personnes qui expérimentent DÉJÀ au quotidien une société oppressive, sans avoir à en faire l’expérience soi-même pour reconnaître leur véracité ?

Dans le contexte des violences conjugales, l’immersion afin de générer l’empathie a de quoi laissé songeur — tant sur le procédé en lui-même que sur ses effets réels, qui doivent être mesurés après la phase d’expérimentation auprès d’auteurs de violences.

Questionné sur le sujet par une auditrice plutôt sceptique, le ministre de la Justice a défendu les bases scientifiques sur lesquelles s’appuie le dispositif.

Maître Elodie Tuaillon-Hibon, avocate engagée qui travaille sur les questions de violences sexistes et de harcèlement a dénoncé le côté gadget de ce procédé mis en œuvre par le ministère de la Justice :

Un discours que soutient l’humoriste Nicole Ferroni, qui a dénoncé le dispositif par l’absurde, comme à son habitude, en montrant que ce casque cache aussi une autre réalité, bien palpable — celle du manque de moyens de la justice.

À lire aussi : 210.000 femmes victimes de violences conjugales pour 33.000 auteurs poursuivis, y’a un souci non ?

Crédit photo : Eugene Capon via Pexels

Les Commentaires
8

Avatar de eLLuLa
29 septembre 2021 à 07h02
eLLuLa
@Adhar Je trouve ta réponse sur la VR intéressante.
Pour ce qui est des hommes qui commettent des violences conjugales, je crois que c'est un peu comme les violeurs. Il ne faut pas imaginer que ce sont forcément des hommes atteints de pathologies mentales lourdes. Alors certes tous les hommes ne vont pas être violents, mais il y a des facteurs qui expliquent (et non pas excusent) ces comportements. Beaucoup ont vu leur propre père être violent avec leur mère, ils ont souvent aussi subi eux-même des violences dans leur enfance. Comme pour l'inceste, on est encore et toujours face à des violences intra-familiales qui peuvent amener à des troubles psychologiques qui amènent parfois à la reproduction (je ne dis bien sûr pas que toute personne victime de violence dans son enfance deviendra violente/agresseuse). Tous ne sont pas pervers narcissiques ou psychopathes. On est aussi clairement dans un symptôme de la masculinité toxique et du patriarcat (basses compétences pour communiquer, mauvaise gestion de la colère, etc).


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